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L’ÉCHANGE

Historiqae de Téchange,

La place qu occupe l’échange dans la vie moderne est incalculable.

Pour s en faire quelque idée, il suffit de remarquer que la presque totalité des richesses n’ont été produites que pour être échangées. Prenez les récoltes dans les greniers ou dans les celliers des propriétaires, les vêtements dans les ateliers de confection, les chaussures chez le cordonnier, les bijoux chez lorfèvre, le pain chez le boulanger... et demandez-vous quelle est la part de ces richesses que le producteur destine à sà propre consommation! Elle est nulle ou insignifiante. Ce ne sont que des marchandises^ c’est-àdire, comme le nom l’indique assez, des objets destinés à

port, lesquels ont bien un caractère purement économique et technioue mais c est qu en fait ceux-ci ne peuvent guère se séparer de ceux-là ’ Dans de traite classique de J. -B. Say, la circulation se trouve aussi

tPnH ^ le» traités les plus récents on

tend plutôt a inclure la circulation dans la répartition, et cela par la

raison meme que nous indiquons dans le texte, à savoir que la circulation implique un transfert de propriété, un contrat d’échange ou de crédit

r" T répartition, d’où dérivent tous les revenus, tels que le

salaire, le fermage, et l’intérêt, etc., ne sont eux-mêmes que des modes d eohang, d. crédit. Et cetl. façon de voir peut trè.’b ic. , ’ déf.n!

VOT notamment l'cicellcol traité de M. Pieraon, A-mepte of hconomios (traduit du hollandais en anglais).

l’échange. 237

être vendus Notre industrie, notre habileté, nos talents, sont aussi le plus souvent destinés à satisfaire les besoins des autres et non les nôtres. Arrive-t-il jamais que l’avocat, le médecin, le notaire, aient à travailler pour eux-mêmes, à plaider leurs propres procès, à soigner leurs propres maladies ou à dresser des actes pour leur propre compte? Eux aussi donc ne considèrent ces services qu’au point de vuede l’échange. Et voilà pourquoi quand il s’agit d'estimer nos richesses, nous les apprécions non point d’après leur plus ou moins d’utilité pour nous, mais uniquement d’après leur valeur d’échange, c’est-à-dire leur utilité pour autrui.

Mais il ne faut pas croire qu’il en ait été ainsi de tout temps. L’échange n'est pas un procédé aussi simple que l’association ou la division du travail, ceux-ci si naturels que certaines espèces animales elles-mêmes savent les mettre en pratique*. Loin d’être instinctif il paraît avoir été d’abord antipathique à la nature humaine! L’homme primitif considérait ce qu’il avait fait, les produits de son travail, comme inhérents à sa personne. De là les formalités étrangement solennelles dont l’aliénation est entourée à ses origines (par exemple la mancipatio du droit romain). Chose curieuse 1 le don paraît avoir été pratiqué avant l’échange et on croit même que c’est lui qui a donné naissance à l’échange sous la fiction d’un don réciproque.

Dans la première phase d’organisation industrielle, celle de la famille, il est évident qu’il ne peut y avoir lieu à aucun échange, chaque groupe formant un organisme auto-

^ A première vue oo pourrait croire que Téchange a dû précéder la division du travail, puisque chaque individu n'a pu hisloriquemeot se spécialiser dans une seule tâche qu'autaot qu’il savait pouvoir obtenir des autres hommes de quoi satisfaire à ses autres besoins. Et c’est bien ce que disait Adam Smith. Mais la vérité parait être en sens inverse. C'est la division du travail qui a précédé l’échange, car elle peut tièa bien fonctionner sans échange dans l'étal de communauté de la famille ou même de la tribu, — tandis qu’il n’est guère facile de concevoir réchange fonctionnant sans division du travail, c’est-à-dire sans une certaine spécialisation de la production. Voir cependant pour cette seconde thèse, Bûcher, Etudes â^histoire économique (traduction française).

nome qui se suffit à lui-même. C’est uniquemt vail de ses membres et de ses esclaves, plus tat vees de ses serfs, que le groupe pourvoit a Tout au plus l’échange intervient-il, sous fort naire ou accidentelle, pour certains produits e des marchands étrangers apportent du dehors ( Les marchands). ^

Dans la seconde phase, celle de l’industrie I échange apparaît nécessairement avec la sé métiers. Toutefois, il est renfermé dans les mi meme ville ; c'est sur le marché urbain que S( les producteurs et consommateurs qui sontcon( marchands du dehors arrivent pourtant à pén< cite, mais non sans peine et sans luttes et seu certaiûes conditions rigoureuses.

A la troisième phase, celle de l’industrie dei res, le marché s’élargit et devient national : ali

l’échange

^ oo lait uiicuieinenc, marcnandise contre marchandise — il porte alors le nom de troc c’est la

plus incommode et souvent même la plus impraticable des opérations. 11 faut, en effet, pour que le troc aboutisse, que le possesseur d’un objet quelconque se mette en quête d’une personne disposée à acquérir la marchandise qu'il possède et (coïncidence bien plus difficile encore à réaliser!) qui se trouve disposée à lui céder précisément l'objet dont il a besoin. Ce n est pas tout : il faut encore, en admettant que cette rencontre heureuse puisse s’effectuer, que les deux objets à échanger soient de valeur égale, c’est-à-dire répondent a des désirs égaux et inverses, troisième improbabilité’.

L’invention d’une marchandise tierce remédie en effet à* ces inconvénients. Elle suppose évidemment une certaine convention expresse ou tacite établie entre les hommes vivant en société, à savoir que chacun consentira à recevoir en échange de ses produits cette marchandise tierce. Ceci admis, l’opération marche à souhait. Soit le métal argent choisi a cette fin. En échange de la marchandise que j’ai

‘ Le lieutenant Caraeron dans son voyage en Afrioue (1884) nous raconte comment il dut s’y prendre pour se procurer une’ barque- « L homme de Said voulait être payé en ivoire et je n’en avais ra<!* On

de I étoffe . malheureusement comme je navals pas plus deVnri que de 1 autre, cela ne m avançait nas beaucoim \fmc ik«

240 PRINCIPES d’économie politique.

produite et dout je veux me défaire, j’accepte volontiers une certaine quantité d’argent, alors même que je n’en ai que faire : et pourquoi cela? Parce que je sais que lorsque je voudrai acquérir l’objet dont j’ai besoin, je n’aurai qu’à offrir à son possesseur cette môme quantité d’argent et qu’il l’acceptera par la même raison qui me l’a fait accepter à moi-même.

11 est clair que par là toute opération de troc va se trouver décomposée en deux opérations distinctes. Au lieu d’échanger ma marchandise A contre votre marchandise B, j’échange ma marchandise A contre de l’argent pour échanger ensuite cet argent contre la marchandise B. La première opération porte le nom de vente et la deuxième d achat (du moins quand la marchandise tierce se présente sous la forme de monnaie proprement dite). 11 semble donc qu’il y ait là une complication plutôt qu’une simplification. Mais le chemin le plus court n'est pas toujours la ligne droite et ce détour ingénieux supprime au contraire une quantité incalculable de peine et de travail. Ce qui rendait en efiet le troc impraticable, c'est que, comme nous l’avons dit, un producteur quelconque, Primus, devait rencontrer comme co-échangiste une autre personne, Secundus, qui fût disposée tout à la fois : i® à acquérir la chose dont Primus voulait se défaire; 2® à lui céder précisément la chose que Primus voulait acquérir. Dorénavant le producteur Primus aura bien à se préoccuper de trouver preneur de sa marchandise, mais il n’aura plus besoin de demander à ce preneur la marchandise dont il a besoin lui-même. C’est à une autre personne, dans un autre moment, dans un autre lieu, qu’il s’adressera pour cela. C’est Vindivisibilité de ces deux opérations qui les rendait très difficiles : une fois rompu leriRiid qui les unissait, chacune d’elles séparément devient assez simple. 11 ne sera pas toujours facile de trouver quelqu’un qui ait besoin de votre marchandise, c’est-à-dire un acheteur. Mais il sera presque toujours très facile de trouver quelqu’un d’autre qui soit disposé à vous céder la marchandise dont vous avez besoin, c’est-à-dire un vendeur.

l’échange.

est très difficile, elle donne heu aux pires exploitations

l’Afrique centrale

quand on donne au nègre des fusils ou des cotonnades en échangé de caoutchouc ou de l’ivoire, le produit qui sert à achat est majoré de quatre fois sa valeur et la Valeur du

diminuée de moitié, ce qui fait que l'Européen donne 1 contre 8 - encore est-ce là un tLx honnête Dans bien des cas le rapport est de i à 100.' A cet égard on peut bénir l’intervention de la monnaie : elle a

““ J'éga-

Mais il ne faut pas oublier que, quoique désormais séoaopérations continuent pourtant à former^un tout et que 1 une ne saurait se concevoir sans l’autre Nous sommes trop disposés, daos la vie de tous les jout i noTs imaginer qu une vente on un achat sont des opérations indépendantes et qui se suffisent à elles-mêmes. C'est une illusion. Tml achat suppose une vente préalabk, car avant de ^livoir «changer son argent contre des marchandises, il

l’arlènt A it marchandises contre de

argent. A 1 inverse, toute vente présuppose un achat pour

IZTrI' échange ses marchandises contre de Tar-

gent ce n est que pour échanger plus tard cet argent contre

d autres marchandises : sinon, qu’en ferait-on ? — Toutefois

comme 1 argent peut se conserver indéfiniment sans être

employé, il es possible qu’il s’écoule un entr’acte très long!

plusieurs années, peut-être même plusieurs génération!

entre les deux actes de la pièce, entre la vente et l’achat

complémentaire Mais la pensée doit rapprocher ces deux

actes, et, en réalité, malgré l’intervention de la marchandise

tierceet la complication qu’elle introduit, tout homme, dans

nos sociétés civilisées aussi bien que daos les sociétés primi-

I,7é!en!, échangeant ses produits ou ses services,

P és nts ou passés, contre d autres produits ou d’autres ser-

Mces présents ou passés. Nul, même le rentier oisif, ne peut dépenser si quelqu’un de ses ancêtres ou de ses débit!u!s

Gide. — Éc. Fol,

tel

PRINCIPES d’économie

n'a vendu les produits de son travail et ne lui a transmis l'argent reçu.

C’est cette marchandise intermédiaire, servant à décomposer le troc en vente et achat, qui s’appelle la monnaie. Son rôle dans la science, économique aussi bien que dans la vie pratique est énorme. Nous devons lui consacrer plusieurs chapitres.

La valeur d’échange et le prix.

Lès anciens économistes, à commencer même par Aristote et après lui Adam Sraitti, distinguaient deux valeurs : celle qu ils appelaient valeur d usage, et qu’il vaudrait mieux appeler « valeur individuelle », et celle qu'ils appelaient valeur d'échange et qu’il vaudrait mieux appeler « valeur sociale ». Et ils montraient qu’elles pouvaient être fortdivergenles. Ainsi, pour un savant myope, des lunettes ont une valeur d usage inappréciable, mais inverS'‘ment leur valeur d échangé est très modique, tandis que des pendants d’oreille en brillants, dont la valeur d’échange peut être fort considérable, n’ont pour lui qu’une valeur d’usage absolument nulle *.

^ Pourquoi cette antinomie? Parce que la valeur d’usage d’une chose est déterminée uniquement par les besoins et les désirs, par les appréciations personnelles, d’un individu déterminé : elle n’a d’autre fondement que l’utilité subjective pour cet individu : elle varie au gré des besoins ou dos caprices de cet individu et n’a aucun caractère général ni

^ ‘ Nous avons déjà fait remarquer (p. 48) qu’une pièce de vingt francs na pas la même valeur dusage (la même utilité) pour un millionnaire que pour un pauvre homme ; car, pour celui-ci. elle représente plusieurs jours de vie et pour celui-là quelques colifichets. Et pourtant il n’est pas moins évident que la pièce de vingt francs dans la main du riche a

la même valeur d'échange que dans celle du pauvre : toutes les nièces de vingt francs se valent, ^

l’échange.

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