L-il-s
Lies uns, dont nous partageons l’opinion, attribuent cette hausse assez imprévue à la grande production des mines d or qui a quadruplé depuis vingt ans. Mais la plupart, rejetant cette explication, en cherchent d’autres dans les causes qui ont affecté les marchandises elles-mêmes et chacun a indiqué la sienne : celui-ci le protectionnisme, celui-là les impôts croissants; l’un les grèves incessantes, l’autre la législation ouvrière et le repos hebdomadaire; ou même encore la multiplication des intermédiaires, le goût croissant du luxe, la guerre russo-japonaise, etc., etc. C’est donc une recherche vaine que celle de découvrir des causes générales qui détermineraient le prix des marchandises, et l’étude ne peut être fructueuse qu’en prenant chaque produit séparément.J| n y a de causes générales de variation de prL% que celles qui agissent suj-i’étalôn dirs p^^^^ sur la monnaie. "*
cause opérait seule parce que c’est aussi dans les grandes villes que la troisième cause se fait le plus sentir.
d) Le degre de perfectionnement des modes de ç rédit gn; permettent de se passer de monnaie et qui par conséquent rendent la monnaie moins utile et moins demandée.
En ce qui concerne le papier-monnaie et le billet de banque, ils équivalent simplement à un accroissement de monnaie métallique : il faut tenir compte cependant de la quantité de monnaie immobilisée dans l’encaisse des banques et que le billet ne fait que remplacer dans la circulation.
Mais c’est surtout par le chèque et les compensations que le crédit se substitue à la monnaie. Sans leur aide, l’or n’aurait pu sufQre, malgré les nouvelles mines, à l’accroissement énorme des besoins du commerce, et très probablement nous aurions vu un renchérissement énorme de la monnaie et une baisse consécutive des prix.
i 2. — Si maintenant nous voulons rechercher les causes de variation des prix en considérant celles qui agissent directement sur les marchandises, la valeur de la monnaie étant supposée fixe, nous nous égarons dans une forêt, car il n’est pour ainsi dire pas un seul événement, je ne dirais pas seulement de l’ordre économique, mais de l’ordre politique et social, qui n’ait quelque influence sur les prix en général ou tout au moins sur les prix de certains produits. Ce problème a été précisément très discuté ces derniers temps. Depuis 190i» une hausse très forte et générale des prix par tous pays a fait surgir nombre d’interviews dans les journaux et de discussions dans les sociétés savantes*.
1 La courbe des prix semblait avoir touché son point culminant en 1913 et même tendait à fléchir quand la guerre est venue lui donner une impulsion violente. A ce jour (décembre 1915) la hausse est de 40 p. 0/0 environ sur les prix d’avant la guerre en France et en Angleterre, et près de 100 p. 0/0 en Allemagne et en Autriche : elle est très forte même dans les pays neutres.
Cette hausse ne peut plus être expliquée par la surabondance d’or, puisque celui-ci a au contraire disparu de la circulation, mais elle peut l’èire par la surabondance de papier monnaie : d’ailleurs la dil'üculté des transports et la raréfaction de certains produits y ont aussi une part.
Les avantages de l’échange.
Voici les avantages de l’échange :
i® L échange permet d utiliser pour le mieux les ricnesses gui sans lui seraient restées inutiles.
Sans l’échange, que ferait l'Angleterre de sa houille, le Transvaal de son or, la Tunisie de ses phosphates, le Brésil de son café ou de son quinquina? En analysant la notion de la richesse nous avons constaté que la condition indispensable pour qu un objet quelconque figure parmi les richesses cestqu on puisse l’utiliser (p. 55). Or pour qu’une richesse puisse être utilisée, il faut que l’échange la mette entre les mains de celui qui doit .s’en servir, la quinine entre les mains du fiévreux, le phosphate entre celles du cultivateur, la houille entre celles de l’usinier. Imaginez que demain, en vertu d’un décret, l’échange soit partout supprimé et que chaque homme et chaque pays soit obligé de garder chez SOI et pour soi la totalité des richesses qu’il possède : pen-
HW nnimi Wi nirwiniiniiT’èyiii^iuit^
sez alors quelle énorme quantité de richesses se trouveraient du même coup frappées d’inutilité et bonnes seulement à laisser pourrir sur place I Non seulement il faut dire que sans l’échange la plupart des richesses resteraient inutiles, mais encore il faut dire que sans lui elles n’auraient jamais été produites. L’jçhange crée donc un. accroissement d’utilité et souvent crée rutilité..elïe-même.
' Il Tairtr“vôir~dàn‘s Téchange le dernier acte de cette série d’actes de production qui commence par l’invention, acte immatériel aussi, et qui se poursuit à travers toute la série des opérations agricoles, manufacturières et de transport, acheminant les produits, étape par étape, vers leur destination définitive qui est d’arriver entre les mains de celui qui doit en user. Changement de forme, changement de lieu, changement de mains, tous les trois sont également indispensables pour arriver au résultat final.
Il est vrai qu’il y a certaines opérations d’échange et de crédit, comme les ventes de maisons, celles des valeurs mobilières à la Bourse qui se chiffrent par milliards, celles des objets d’art ou des meubles, à l’hôtel des ventes, dont on ne saurait dire qu’elles constituent des actes de production, car qu’importe à la production que telle action ou telle obligation, tel titre de rente, tel tableau ou telle maison, appartienne à Pierre ou à Paul ? Ce sont des actes de transfert, purement juridiques. Aussi bien n’ont-ils d'intérêt que pour le jurisconsulte et non pas l’économiste, et c’est de la première catégorie seulement, ceux qui sont liés à la production, que nous avons à nous occuper.
Et encore est-on en droit de dire, même quand il s’agit de ventes ou de locations ayant pour objet soit des produits définitifs, soit des capitaux ou des terres, mais en tout cas d’opérations en dehors de l’industrie et du commerce, que pourtant elles peuvent être considérées comme créatrices et par conséquent productives, en ce sens que la chose vendue ou louée acquiert plus d’utilité puisqu’elle répond à un besoin urgentde l'acheteur ou emprunteur tan dis qu’elle est inutile au vendeur ou prêteur. C’est l’évidence
l’échange. 259
même, car s’il n’en était pas ainsi, ni le vendeur ne l’aurait vendue, ni le bailleur ne l’aurait louée.
2® L’échange permet d’utiliser pour le mieux les personnes et leurs capacités productrices qui sans lui seraient restées inactives.
Remarquez en effet que si l’échange n’existait pas, chaque homme devrait se préoccuper de produire tout ce qui est nécessaire à ses besoins, et en supposant que ses besoins fussent au nombre de dix par exemple, il devrait faire dix métiers différents: qu'il les fît bien ou mal, il n’importe, il serait obligé de régler sa production non point sur ses aptitudes mais sur sesbesoins. Du jour où l’échange est mis en pratique, la situation est complètement intervertie : chaque homme, sûr désormais de pouvoir se procurer par l’échange tout ce qui lui sera nécessaire, se préoccupe seulement de faire ce qu’il pourra faire le mieux; il règle désormais sa production non sur ses besoins mais sur ses avti-
toujours le même produit sur le marché, assuré qu’il est, grâce aux mécanismes ingénieux que nous étudierons plus loin, de retirer en échange n’importe quel autre produit dont il aura besoin. On a souvent fait remarquer que ce que chacun de nous consomme dans un jour était le résultat combiné de l’action de centaines et peut-être de milliers de travailleurs tous réunis par le lien d’une association très réelle quoique inconsciente*.
L’échange serait presque impossible s’il ne s’élait créé luimême certains organes indispensables ;
1“ Moyens de transport destinés à faciliter et à accélérer le déplacement des marchandises ;
2o Lieux de rendez-vous appelés marchés pour permettre aux propriétaires d’objets différents de se rencontrer;
3“ Professionnels désignés sous le nom de marchands ou commerçants pour servir d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs;
4* Instruments dits poids et mesures pour mesurer les quantités échangées ,
5® Marchandise tierce désignée sous le nom de monnaie et destinée à décomposer le troc en vente et achat.
Nous n étudierons ici que le dernier de ces organes de l’échange, le plus important d’ailleurs*.
« On raconte que le milliardaire américain, M. Carnegie, en offrant un splendide festin aux membres du congrès pan-américain de 1890, leur dit fièrement : « Le monde presque entier a contribué au menu qui va vous être servi ». Sans doute, mais ce qui est mieux, c’est qu’un pauvre homme pourrait en dire exactement autant de son dinerl Comme le dit mieux encore .M. de Laveleye : « Le plus pauvre ouvrier consomme les produits des deux mondes. La laine de ses habits vient d’Australie ; le riz de sa soupe, des Indes; le blé de son pain, de l’Illinois; le pétrole de
sa lampe de Pensylvanie, son café, de Java... » {Éléments d' Economie politique, p. 198).
* Pour les quatre autres facteurs de l’échange se référer à notre Cours d'Economie Politique.
LA MONNAIE MÉTALLIQUE