CHAPITRE II
LA MONNAIE MÉTALLIQUE
Historique de la monnaie.
Ce n’est pas en vertu d’une convention expresse que certains objets ont pu devenir le medium des échanges, mais par suite de certains avantages qui les imposaient au choix des hommes et les prédestinaient à cette haute fonction.
Les difficultés du troc (voy. ci-dessus, p. 240) ont forcé les hommes a choisir une marchandise tierce destinée à figurer dans chaque échange. Ils ont choisi naturellement celle qui leur était la plus familière et de l’usage le plus général, par exemple, pour les hommes primitifs, dos silex taillés.
Dans les sociétés patriarcales, c’est natureilernent le bétail, bœuf ou mouton, qui paraît avoir joué ce rôle de marchandise tierce, et la plupart des langues indo-européennes, même la langue basque, nous ont transmis le souvenir de cette forme primitive de la monnaie dans le nom même qu’elles lui donnent*.
Nombre d’autres marchandises ont aussi, suivant les cas
' C’est ainsi, pour ne citer que la plus connue, que le mol latin p<rcunia désignait, à l’origine, le bétail, le troupeau. Et même dans Homère on voit que les valeurs, celles des armures de Diogène et de Glaucus, par exemple, sont évaluées en « bœufs ». De là l’expression qui a paru si risible, dans la traduction d’Eschyle par Leconte de Lisle’ dire pour acheter le silence de quelqu’un : « Mettre un bœuf sur sa
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d’économie politique.
et suivant les pays, joué le rôle de marchandises tierces:
riz au Japon, briques de thé dans l’Asie centrale, fourrures sur le territoire de la Baie d’ Hudson, cotonnades dites guinées ou barres de sel dans l’Afrique centrale ; — mais il est, entre tous, une certaine catégorie d’objets qui ont eu le privilège d’attirer de bonne heure l’attention des hommes et qui n’ont pas tardé, dans toutes les sociétés tant soit peu civilisées, à détrôner toute autre marchandise, je veux par- 1er des métaux dits précieux, l’or, l’argent et le cuivre
Grâce à leurs propriétés chimiques qui les rendent relativement inaltérables, ce sont les seuls qu’on trouve dans lu nature a rétat natif — l’or mieux que l’argent et l’argent mieux que le cuivre; et par conséquent les hommes ont pu les connaître et les exploiter avant que leurs connaissances métallurgiques leur permissent de connaître et d’exploiter d autres métaux, tels que le fer. Il est à remarquer que la vieille légende des quatre âges, âge d’or, d’argent, de cuivre et de fer, range les quatre métaux précisément dans l’ordre OÙ ils ont été connus des hommes. Leurs propriétés phvsiques, éclat, couleur, malléabilité, rares aussi et qui les ont fait rechercher de tout temps, soit pour l’ornementation soit pour certains travaux industriels, justifieraient assez le
rôle incomparable qu'ils ont joué chez tous les peuples civilisés.
Ces propriétés naturelles entraînent certaines conséquences économiques de la plus grande importance et qui confèrent aux métaux précieux une supériorité très marquée sur toute autre marchandise :
1® Facilita de transport. — Aucun autre objet n’a une si grande valeur sous un si petit poids. Le poids qu’un homme peut transporter sur son dos est d’environ 30 kilogrammes. Or 30 kilogrammes en charbon représenteraient à peine une valeur de 1 franc; en blé, de 6 francs; en laine, 30 à 40 francs; en cuivre, 50 francs; en ivoire, 7 à 800 francs; en soie
et en or pur