LA MONNAIE
qu une petite fraction (5 p. 0/0 environ) du stock bi-métallique . existant, 1 effet produit sera peu de chose.
Et toutefois ces variations finissent par être sensibles à la longue, puisque, par exemple, au taux de production actuelle le^tock ordoubleraiten20ans. Si donc la valeurdesmétaux précieux présente des garanties suffisantes de stabilité dans le temps, quand on s’en tient à de courtes périodes, elle est loin de les présenter au même degré quand on embrasse de longues périodes. De là des inconvénients graves sur lesquels nous aurons à revenir.
3® Identité de qualité. — Les métaux étant, comme on dit en chimie, des corps simples, sont partout identiques à euxmêmes. Un négociant expérimenté saura distinguer le blé d’Odessa du blé de Californie, ou une touffe de laine d’un naouton d’Australie de celle prise sur le dos d’un mérinos d Espagne, mais 1 orfèvre le plus habile ou le chimiste armé des plus puissants réactifs ne trouvera aucune différence entre l’or d’Australie et celui de l’Oural. Il n’est pas besoin ici « d’échantillons ».
4® Difficulté de falsification. — Chacun des métaux précieux est reconnaissable à la fois, à l’œil par sa couleur, à 1 ouïe par sa sonorité, au toucher par son poids,* et par là se distingue assez aisément de tout autre corps*.
Divisibilité parfaite. — Cette divisibilité doit s’entendre non seulement au sens mécanique de ce mot (l’or et l’argent étant en effet extraordinairement divisibles, soit à la filière, soit au laminoir), mais encore au sens économique. Divisez un lingot en cent parties, vous n’en changez en rien la valeur : chaque fragment a une valeur précisément proportionnelle à son poids et tous les fragments réunis ont une valeur précisément égale à celle du lingot primitif*.
1 Les pièces d'artfent donnent une sensation tactile nettement différeote de celles de nickel, par exemple. - -
• Les pierres précieuses, qui présentent une supériorité sur les métaux précieux au premier point de vue - grande valeur sous un petit volume — sont, i tous les autres, dans des conditions très défavorables, hiles sont très variables en qualité, susceptibles d’être imitées à s'y
Autre chose est employer les métaux précieux comme instrument d'échange, autre chose est employer la monnaie proprement dite *• C’est une év^olution ^ passé par trois étapes très distinctes.
1® On a commencé par se servir de métaux précieux sous la forme de lingots bruts. Il fallait donc dans tout échange les peser d’abord, les essayer ensuite. Les actes juridiques du vieux droit romain, là mancipatio par exemple avec son libripens, conservaient le symbole de ce temps où l’instrument des échanges, argent ou bronze, était pesé. Aujourd’hui encore en Chine, où la monnaie frappée n’est pas en usage, on voit les marchands porter à leur ceinture la balance et la pierre de touche.
:2» Las d’être obligés de se livrer à chaque échange à cette double opération, les hommes ont eu l'idée de se servir de lingots taillés dont le poids et le titre étaient déterminés à l’avance et au besoin garantis par quelque sceau, quelque poinçon officiel. Lelégislateur qui a eu cette idée ingénieuse peut revendiquer la gloire d’avoir véritablement inventé la monnaie, car désormais on ue pèsera plus les lingots, on les comptera et telle est la caractéristique de la monnaie. Il paraît probable que c’est un roi de Lydie, un successeur de Gygès, vers l’an 650 à 700 avant Jésus-Christ, qui a fait frapper la première monnaie, dont on peut voir encore les spécimens au Musée Britannique. Elle n’est ni en or ni en argent, mais en alliage des deux métaux que les Grecs nommaient « electrum », et elle n’a pas encore la forme d’un disque, mais celle d’un lingot ovoïde, d’un haricot,
tromper et surtout elles ne peuvent être divisées sans que leur valeur soit pour ainsi dire anéantie.
1 « De grands et puissants empires comme ceux de l’Égypte, de la Chaldée et de l'Assyrie, oui traversé des milliers d'années d’existence dans la richesse et la prospérité, avec des relations commerciales aussi étendues qu'ont jamais pu l'élre celles d’aucun peuple de l'antiquité, en se servant constamment de métaux précieux dans les affaires de négoce mais ignorant absolument l'usage de la monnaie » [Monnaies et médailles, ch. I). — Les Égyptiens les employaient surtout sous la forme d anneaux.
LA MONNAIE MÊTALUQUK.
portant seulement la marque de quelques raies et de trois poinçons. Tel est à peu près, de nos jours, le cas pour la Chine où les lingots sont souvent revêtus de la marque de certaines maisons de commerce, destinée à certiOer leur poids et leur titre.
3® 11 restait encore un pas à faire. Non seulement la forme du lingot cubique ou irrégulière est peu commode, mais, malgré l’empreinte du poinçon, rien n’est plus aisé que de le rogner sans que cette falsification soit reconnue. 11 est donc toujours prudent de le peser pour s’assurer qu'il est intact. C’est pour remédier à ces difficultés pratiques qu’on a été conduit à adopter cette forme de la monnaie frappée qui est familière à tous les peuples civilisés, à savoir celle de petits disques revêtus d'empreintes en relief sur la totalité de leur surface, la face, le revers et le cordon, de façon qu’on ne puisse limer ni altérer la pièce sans laisser des traces visibles sur le dessin qui la recouvre de toutes parts.
Désormais on est arrivé au type de la pièce de monnaie proprement dite, qui depuis des siècles ne s'est pas sensiblement modifié et pour lequel on peut adopter la définition donnée par Stanley devons : lingots dont le poids et le titre sont garantis par l'Etat et vérijiés par l'intégrité des empreintes qui en recouvrent la surface.
Si le nnméraire occnpe un rang hors pair parmi les richesses.
Si l'on consulte l’opinion courante, la réponse à cette question ne sera pas douteuse. De tout temps, en tout lieu, sauf chez les sauvages, le numéraire a tenu une place hors rang dans les préoccupations et dans les désirs des hommes. Ils Font considéré, sinon comme la seule richesse, du moins comme la plus importante de beaucoup et, à vrai dire, ils semblent n’estimer toute autre richesse qu'en raison de la
quantité de numéraire qu’elle représente et qu’elle permet d’acquérir. Être riche, c’est avoir soit de l’argent, soit les moyens de s’en procurer.
Il serait curieux de suivre à travers l’histoire les manifestations diverses de cette idée qui confond l’or avec la richesse : — dans les tentatives des alchimistes du Moyen âge pour changer en or les métaux et réaliser ainsi ce qu’ils appelaient « le Grand Œuvre » , entendant par là bien moins une découverte chimique qu’une révolution économique; — dans l’enthousiasme qui saisit le vieux monde à l’arrivée des premiers galions d’Amérique et lui persuada qu’il allaittrouver dans ce pays d’Eldorado la fin de toutes ses misères; — dans les systèmes compliqués essayés par tous les gouvernements durant les xvi® et xvii* siècles, pour faire affluer le numéraire dansles paysqui n’en possédaient pas ou l’empécher de sortir de ceux qui en étaient pourvus; — et, à celle heure encore, dans les préoccupations avec lesquelles hommes d’Étatet financiers surveillent de l’œil les entrées et sorties du numéraire, causées par les différences des exportations et des importations.
Mais si on s’adresse aux économistes la réponse sera bien différente. On peut dire que c’est par une protestation contre cette idée, qu’elle qualifie de préjugé que l’économie politique a révélé pour la première fois son existence. Elle venait à peine de naître et balbutiait encore avec Boisguillebert (1697) que déjà par sa bouche elle affirmait : « qu’il est très certain que l’argent n’est point un bien de lui-même et que la quantité ne fait rien pour l’opulence d’un pays». Et depuis lui, il n’est pas d’économiste qui n’ait traité le numéraire avec un parfait dédain et n’ait affirmé que ce n’est qu’une marchandise comme toutes les autres, et môme bien inférieure à toute autre, car par elle-même elle est incapable de satisfaire directement aucun besoin ou de nous procurer aucune jouissance, et c'est en conséquence la seule dont on puisse dire que son abondance ou sa rareté sont choses éijalement indifférentes. S’il y a peu de pièces de monnaie dans un pays, chacune aura un pouvoir d’acquisi-
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
LA .MONNAIE .MÉTALLIQUE
t on plus considérable; s’il y en a beaucoup, chacune aura un pouvoir d acquisition moindre. Que nous importe.
Ces deux opinions, si contradictoires qu’elles paraiLent, se concilient très bien. Le public a raison au point de vue individuel le seul qui l’intéresse; les économistes ont raison en faisant abstraction des individus. Voici l’explication •
Knn considérée comme un
portant sur 1 ensemble des richesses existantes et donnant droit au porteur de se faire délivrer une portion quelconque de ces richesses à son choix jusqu’à concurrence de la valeur indiquée sur sa pièce *.
11 est clair que l’intérêt de chacun de nous c'est d’avoir le plus grand nombre possible de ces « bons», et que plus nous en aurons, plus nous serons riches. Sans doute, nous savons bien que par eux-mêmes ces bobs ne peuvent ui nous rassasier ni nous désaltérer; les hommes ne sont pas si stupides, et longtemps avant que les économistes eussent découvert cette vérité, la légende antique nous l'avait enseignée en nous dépeignant le roi Midas mourant de faim au milieu des richesses que sa sottise avait transformées en or. Mais nous estimons néanmoins qu’il est infiniment plus
commode d avoirces bons que n’importe quelle autre richesse,
et nou^s avons parfaitement raison de penser ainsi. En effet étant donnée l’organisation de nos sociétés, nous savons que toute personne qui désire se procurer un objet qu’elle n’a pas produit directement (et c’est le cas de l’immense majorité) ne peut se le procurer que par une double opération qui consiste : 1» à échanger les produits de son travail lui-
même contre du numéraire, ce qui s'appelle vendre; â*» échan-
présente cette supériorité sur les titres de crédit de pnr-
P^^rlie, par la
de r/,nru ? “re avec les >eu.x
de 1 esprit les mscnptions dont un écu est chargé, vous déchiffrerez
lui* oTlU rendu*iT^S ’ porteur un service équivalent à co-
celle oui en * constatée, prouvée et mesurée par
teliL^cèrtaLr - Faisons tou-
! réserves sur le postulat optimiste que toute pièce de monnaie représenterait un service rendu.
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
ger ce numéraire contre les objets qu'elle désire, ce qui s’appelle acheter. Or, de ces deux opérations, la seconde, l’achat, est très aisée : avec de l’argent, il est toujours facile de se procurer ce que l’on veut. La première opération, la vente, est au contraire beaucoup plus difficile; avec un objet quelconque même de grande valeur, il n’est pas toujours aisé de se procurer de l’argent. Le possesseur de numéraire se trouve donc dans une position bien plus avantageuse que le possesseur d’une marchandise, car le premier pour arriver à la satisfaction de ses besoins, n’a qu’une seule étape à franchir et très aisée, tandis que le second en adeux et dont l’une est souvent très malaisée. Comme on l’a fort bien dit, une richesse quelconque ne permet de satisfaire q\i un besoin spécial et détermin£a.\i lieu que le surnuméraire permet de satisfaire un besoin quelconque à notre choix. Le possesseur d’une marchandise même trèslitTlTne peut savoir qu’en faire. Le possesseur de monnaie n’est pas en peine; il trouvera toujours preneur, et si par hasard il ne trouvait pas à l’employer, il aurait du moins la ressource de la garder indéfiniment en attendant une meilleure occasion, ce qui n’est pas toujours possible pour toute autre marchandise.
Le numéraire, en dehors de cette qualité d’être le seul instrument d'acquisition direct, en possède une autre fort importante . il est le seul instrument de libération. Il n’est aucune autre richesse qui jouisse de cette vertu singulière, car la loi, comme l’usage, ne reconnaît d’autre mode de libération que la monnaie. Il n’est personne, dans le monde commercial ou industriel, qui ne soit toujours débiteur de sommes plus ou moins considérables. Or, vainement le commerçant ou le fabricant posséderaitil en magasin des marchandises supérieures au montant de ses dettes (et il arrive en effet plus d’une fois, que dans une faillite l’actif se trouve, tout compte fait supérieur au passif) : — s’il n’a pas au moment voulu, pour faire honneur à sa signature, cette richesse spéciale qui s’appelle des espèces monnayées, il est déclaré en faillite. Est-
LA MONNAIE MÉTALLIQUE
il donc surprenant qu’on attache une importance si grande à une marchandise de la possession de laquelle peut dépendre à tout instant notre crédit et notre honneur?
iMais si, au lieu de considérer la situation d’un individu, nous considérons l’ensemble des individus constituant une société, le point de vue change. La thèse des économistes en vertu de laquelle le plus ou moins de numéraire est
I chose indifférente, devient plus exacte. Feu importe, en
eflet, de voir décuplée la quantité de numéraire que je puis avoir en ma possession si pour tous les autres membres de la société il en est de même. Dans cette hypothèse, en eflet,
I je ne serai pas plus riche, car la richesse est chose pure-
ment relative, et je ne pourrai pas me procurer une plus ! grande somme de sat.siactions que par le passé, puisque,
I la somme totale de richesses sur laquelle portent ces « bons
ne se trouvant pas accrue, chaque bon désormais ne donnera droit qu’à une part dix fois moindre : en d’autres termes, chaque pièce de numéraire aura un pouvoir d’acquisition dix fois moindre, ou, en d’autres ternies encore, tous les prix se trouveront décuplés — et ma situation restera la même.
Et pourtant dans leurs rapports les uns vis-à-vis des autres les pays ont intérêt, tout comme les individus dans leurs rapports entre eux, à être bien pourvus de numéraire. Si la quantité de numéraire existant en France venait à décupler, cela ne changerait rien sans doute à la situation respective des Français les uns vis-à-vis des autres (en supposant que l’augmentation fût proportionnelle pour tous) mais cela changerait fort la situation de la France vis-à-vis des pays étrangers, et les économistes ont eu quelquefois le tort, dans leur lutte contre le système mercantile, de sembler nier un fait aussi évident. 11 est bien vrai que, en raison même de leur abondance, les pièces de monnaie se trou- I veraient dépréciées en France, mais elles conserveraient
intact leur pouvoir d’acquisition sur les marchés étrangers : la France les emploierait à acheter des marchandises étrangères, et, par conséquent, elle pourrait se procurer un ac-
-^s. U ^ V. IC
2"2 PRINCIPES d’économie politique.
croissement de satisfactions proportionnel à l’accroissement de son numéraire.
La thèse des économistes que le plus ou moins d’abondance du numéraire est chose indifférente, ne devient donc absolument vraie que du moment où l’on embrasse par la pensée, non plus certains individus ni même certains pays, mais le genre humain dans son ensemble. Alors il devient parfaitement exact d’affirmer que la découverte de mines d’or cent fois plus abondantes que celles qui existent à ce jour ne serait d’aucun avantage pour les hommes : ce serait même un événement plutôt désagréable, car l’or, en ce cas, ne valant pas plus que le cui vtc. nous serions obligés de surcharger nos poches d’une monnaie aussi encombrante que celle de Lycurgue v’oulut imposer aux Lacédémoniens*.
Ji
Si la monnaie métalliqne est destinée à baisser indéfiniment de valeur.
La dépréciation continue de la monnaie métallique est un fait démontré par tous les documents historiques, tout au moins depuis un millier d’années. Cette dépréciation est même énorme*. La valeur de l’argent était environ neuf to\s
* Adam Smith avait dit : « Les mines les plus abondantes de métaux précieux n’ajouteraient rien à la richesse du globe, un produit qui fonde »a principale valeur sur sa rareté étmt nécessairement déprécié lorsqu*Ü abonde ».
2 Voir Leber, Appréciation de la fortune privée au Moyen âge, cl d’Avenel, Histoire des prix. La baisse, du reste, n’a pas été régulière et souvent la valeur de la monnaie a remonté. Voici les maxima et les minima de la courbe historique d'après M. d’Avenel :
Le fait le plus saillant mis en relief par ces chiffres est la chute
LA MONNAIE MÉTALLIQUE. 273
.plus grande du temps de Charlemagne qu’aujourd’hui ; elle était encore six fois plus grande à la veille de la découverte de l’Amérique; elle était trois fois plus grande à l’époque de la Révolution française. La prévision que celle courbe descendante doit continuer indéfiniment paraît donc très légitime. D’ailleurs l’industrie humaine devient chaque jour plus ingénieuse pour découvrir les cachettes où la nature a enfoui ses trésors et plus habile pour les exploiter économiquement. L’argent ni même l’or ne sont pas si rares qu’on le croit; il y en a partout* — en quantité infinitésimale, il est vrai, mais les perfectionnements de l’art métallurgique abaissent progressivement la limite au-dessous de laquelle le traitement du minerai cesse d’être rémunérateur, il est donc vraisemblable que les métaux précieux deviendront de plus en plus abondants et par suite de plus en plus dépréciés.
On pourrait répliquer que la demande de ces métaux, par suite de l’accroissement de la population et du développement des échanges, suffira à contrebalancer l’offre croissante, mais il faut penser que cette cause est à son tour plus que contrebalancée par le perfectionnement des moyens de crédit et la rapidité des communications. Nous verrons que dans les plus grands centres financiers on arrive a supprimer presque complètement la monnaie métallique par des systèmes ingénieux de compensation et de crédit.
Faut-il se réjouir ou s’attrister de ce fait que le numéraire augmente en quantité et se déprécie en raison de cette abondance? Qu’importe, dira-t-on? Personne n’en sera ni plus riche ni plus pauvre. Le seul résultat fâcheux c’est que nous risquerons d’avoir une monnaie de plus en plus lourde relativement à sa valeur ;
énorme de la valeur du numéraire au cours du ivi* siècle, conséquence de la découverte de l'Amérique.
* Dans les corps les plus communs, dans l'eau de mer, dans l'argile. Il est démontré que l'intérieur du globe terrestre est composé de matériaux beaucoup plus lourds que la surface, donc probablement de métaux. Et comme l'or est un des plus lourds métaux connus, peut-être la terre a-t-elle un noyau d’or massif?
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
Comment en un plomb vil l’or pur s’est-Jl changé?
l’intervention des billets de banque et des chèques cette éventualité ne sera pas bien génanl F s. d ailleurs .1 arrivai!, U. les mé!aux dils précieus Serins! sent un jour des métaux vils, même dans cette éventualiiê
noiir^ trouver d’autres métaux plus rares
pour remplacer ces majestés détrônées ^
réaMirkrf°é'n?-°,'“‘ lueation indilTéreme. En
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LA MONNAIE MÉTALLIQUE
répéter un mot fameux appliqué à la découverte des mines du Nouveau Monde, la libération des vieilles dettes. Elle agit dans le même sens que l’abaissement du taux de l’intérêt ou, mieux encore, comme un amortissement fatal du capital. Or, il est très bon que les vieilles dettes soient amorties et ne pèsent pas jusqu’à la centième génération sur les fils et petits fils de l’emprunteur. Cela est précieux surtout
pour les Etats qui sont les plus gros débiteurs et les seuls vraiment perpétuels.
Il est vrai que, dans la mesure même où la dépréciation de la monnaie favorise le producteur et le débiteur, elle porte préjudice au consommateur et au créancier. Mais ce préjudice lui-même est un bien. En ce qui concerne le con-i sommateur d’abord, s’il est également producteur, il se r4ttra4ie aisément de l’accroissement des dépenses par la plus-value de ses produits ou deses salaires*. S il consomme! sans rien produire, tant pis pour lui : la haus.se des prix le frappe justement. En ce qui con^'erne le créancier, si sa créance est à courte échéance, comme celles en usage dans le commerce, la dépréciation de la monnaieluiest insensible, SI sa créance est à long terme ou perpétuelle, si elle est sous forme de placement (rente sur l’État, rente foncière sous forme de fermage, obligations à long terme de chemins de fer ou de villes, etc.), eh bieni alors, il est bon que la réduction croissante de ses revenus l’avertisse qu’il joue en ce monde le rôle de parasite et qu’il fera bien, s’il veut conserver ou transmettre aux siens une situation sociale équivalente à la sienne, de s'évertuer ou du moins d’apprendre à ses enfants à jouer un rôle actif. 11 y a déjà longtemps qu un homme qui n’était rien moins que socialiste, un grand financier de la Restauration, Laffitte, disait en parlant du rentier : « Il lui faut ou travailler ou se réduire.
• Malheureusement les salaires ne suivent que de très loin, pede olaudo la hausse des prix là où les ouvriers sont inorganisés, mais ils Unions ^ rattraper partout où ils sont soutenus par des Trade-
Le capitaliste a le rôle de l’oisif : sa peine doit être l'économie et elle n’est pas trop sévère’ ».
Pour faire la contre-épreuve, supposons que nos prévisions au sujet de la baisse des métaux précieux ne viennent pas à se réaliser — et au bout du compte elles sont loin d’être infaillibles, — nous verrions alors se produire les effets inverses de ceux que nous venons d’indiquer : une dépression constante des prix peser sur l’industrie et décourager l’esprit d’entreprise, les États accablés sous le poids d’une dette grossissante et acculés à la banqueroute, et les rentiers s’enrichissant plus sûrement par l’oisiveté que les autres classes de la population par leur travail. Rien ne serait plus propre à provoquer une révolution sociale. Réjouissons- nous donc de la dépréciation des métaux
précieux, pour autant qu’elle dure : elle sert d’huile dans les rouages.
louie monnaie legale doit avoir une valeur métallique rigoureusement égale à sa valeur nominale. Tel est le principe dominant en cette matière.
Nous savons que la monnaie a une double fonction : celle d être le seul instrument d’acquisition et le seul instrument de libération (voir ci-dessus, p. 271). L’une et l’autre sont neesde 1 usage, maisTuneet l'autre doivent être sanctionnées parla loi. La loi seule en effet peut imposer au créancier et au vendeur l’obligation de recevoir telle monnaie en paiement.
' D’ailleurs, les rentiers intelligenU ont bien des moyens pour éluder la déprecialion de valeur de la monnaie, soit en achetant des titres . audessous du pair » (c’est-à-dire au-dessous du prix que le débiteur a promis de rembourser), soit en plaçant une partie de leur fortune en actions de compagnies industrielles, titres qui, à la différence des obligations
ou titres de rente, suivent toujours dans leurs cours la hausse du prix des produits (voir p. 213).
LA MONNAIE MÉTALLIQÜS.
M constitue ce qu’on appelle \e cours
gai. Maisce privilège suppose une condition, celle-là même
En faisant graver sur cette pièce le chiffre de 20 franren môme ternps que les armes de l’État, le Gouvernement
d'e ïfrarcs'rt réellement une valeur
de 20 francs et que chacun peut la recevoir en toute confiance. Si la pièce n’a pas la valeur qu’il lui attribue l’État commet un véritable faux. Pendant de longs si èc^'s’ mlî heureusement, les souverains ont eu peu de ^mpuî^s à
aujourd'hui C’est une question de dig^nité et
ser preX eXT “'“««'■•il »e lais-
double aspect : - En tant que pièce de monnaie Irappte.
U du «rê/r œ: te uTiriSfatVe:
Toutes les fois que ces deus valeurs corncideut — toutes les lois, par exemple, que le petit lingot de 6 grammes 451 raUbgr.au titre de 9/11), qui constifue notre* pièce de si francs, a sur le marché une valeur de 30 francs (ce q ui correspond au prix de 3.t00 francs le kil.') - on dira\ue Ta monnaie est bonne ou, pour employer l’expression techni-
que, qi. elle esl dmta>. Reste à savoir coraraeul ou aiure“«
et on maintiendra cette coïncidence parfaite.
’ Nous parlons du kil or, au titre de 9/10 qui est le a» nr.» «™,,e,c.r i, .. d|„ ,e J, J Jyu*