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278 PRINCIPES d’économie politique.
Premier — Si la valeur du lingot est supérieure à celle
de la pièce, si, par exemple, alors que la pièce ne vaut légalement que “20 francs, le poidsde métal fin qu’ellecontient vaut 21 ou 22 francs, on dit que la monnaie est forte.
C’est un beau défaut, pourtant c’est un défaut et qui môme, comme nous le verrons bientôt, peut avoir d’assez graves inconvénients. Toutefois il n’y a pas lieu de s’inquiéter beaucoup de cette éventualité : — 1° parce qu’il n’arrivera pas souvent qu’un gouvernement s’avise de frapper de la monnaie trop forte ; s’il le fait, ce ne peut être que par ignorance, car cette opération le constitue évidemment en perte : frapper des pièces d’or qui ne valent que 20 francs, avec des lingots qui en valent 21 ou 22, serait une opération aussi ruineuse que celle d’un industriel qui fabriquerait des rails à 100 francs la tonne avec du fer qui en vaudrait 110; — 2® parce que, même en admettant que le fait se produise par suite de certaines circonstances que nous verrons plus tard (par exemple une hausse dans le prix du métal survenue après coup), il ne peut être de longue durée. En effet, du jour où le public saurait que la pièce de 20 francs vaut comme lingot 21 ou 22 francs, chacun, pour réaliser ce bénéfice, s’empresserait d’employer sa monnaie comme une marchandise en la vendant au poids et celte opération continuerait jusqu’à ce que les pièces d’or eussent complètement disparu. Nous verrons que dans les systèmes bi-métallisles celte situation se présente assez fréquemment.
Deuxième cas. — Si la valeur du lingot est inférieure à celle de la pièce, si, par exemple, alors que la pièce vaut légalement 20 francs, le poids du métal qu’elle contient ne vaut que 18 ou 19 francs, on dit que la monnaie est faible.
Celle éventualité est beaucoup plus à redouter que l’autre pour deux raisons : — 1® parce que, à l’inverse de la précédente, elle est de nature à induire en tentation un gouvernement*. Faire des pièces de 20 francs avec des lingots qui
LA MONNAIE MÉTALLIQUE. 279
nen valent que 18 ou 19 est uneopération assez séduisante pour un gouvernement besogneux et peu scrupuleux, et,
ceux qui s’y sont laissés eutraîner . il suffit de rappeler le nom de « faux-monuayeur » que le ressenlimenl public a attaché à la mémoire de certains rois de France, Philippe le*Bel entr’autres (assez injustement d ailleurs paraît-il); — 2» parce que, unefoisqu une semblable monnaie est entrée dans la circulation, elle ne s élimine pas du tout parla force des choses comme la monnaie forte, elle demeure au contraire! et on a même, comme nous le verrons tout à l'heure (voir Loi de Gresham), toutes les peines du monde à s’en débarrasser.
Pour mainfonir l’équivalence entre la valeur du lingot et celle de la pièce, il est de règle dans tout bon régime monétaire — et c’est ici un principe capital — de laisser à quiconque voudra transformer un lingot en monnaie, la faculté de le faire (non pas chez lui, bien entendu), mais par Tintermédiaire de l’ilôtel des Monnaies : c'est ce qu’on appelle \b. liberté du monnayage. Aussi longtemps qu’elle existe, elle garantit 1 équivalence, car s’il arrivait que la valeur de la pièce d’or fût supérieure à celle du lingot, chacun s’empresserait de profiler du bénéfice qui résulterait de la fabrication de celte monnaie : chacun achèterait des lingots d'or et les porterait à l’ilôtel des Monnaies pour les faire transformer en monnaie, jusqu’à ce que la raréfaction du métal or et
* On sait que Tunité monétaire sous Tancîen régime s*appe1ait la livre Mais 00 ne sait pas d'ordinaire que ce nom lui vient de ce qu'à rorigine.
loi) PRINCIPES D ECONOMIE POLITIQUE.
i’augmenlatioD de l’or monnayé eûssent rétabli l’égalité entre les deux valeurs, La bonne monnaie doit pouvoir être fondue sans rien perdre de sa valeur*. C’est ici l’application d’un axiome économique, à savoir que toutes les fois que deux objets peuvent se Iraqgformer à volonté l’un dans l’autre, ils ont nécessairement une valeur égale*.
Il existe cependant, par tous pays, certaines catégories de pièces qui ne satisfont pas à la condition précédente, c'està-dire qui n’ont qu’une valeur intrinsèque plus ou moins inférieure à leur valeur légale : on les appelle monnaies de hillori. Ce sont, en général, des pièces de peu de valeur, le plus souvent de cuivre, quelquefois aussi d’argent, dont on n'a pas l’habitude de se servir pour des paiements importants, mais seulement comme appoint. Dans ces conditions, le législateur peut sans inconvénient se départir de la rigueur des principes. Mais en abandonnant le principe de l’équivalence des deux valeurs, il doit sacrifier du même coup les caractères de ta bonne monnaie, c’est-à-dire : 1» i/ refuse à la monnaie de billon le caractère de monnaie légale : personne ne sera tenu de la recevoir dans les paiemeois*; 2” Il suspend pour la monnaie de hillon la liberté du monnayage, sans quoi tout le monde ferait frapper du métal en monnaie de billon pour gagner la différence entre sa valeur métallique et sa valeur légale. C’est le gouvernement seul qui se réserve le droit d’en émettre tellequantité qu’il jugera utile aux besoins etjil doit se faire une règle de ne jamais en émettre une proportion exagérée.