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CHAPITRE VI

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Si l’on peut remplacer la monnaie métallique par de la monnaie de papier?

Si nous ne savions déjà par une expériencé journalière que 1 on peut substituer la monnaie de papier à la monnaie métallique, nous aurions quelque peine à le croire et la question inscrite en tête de ce chapitre paraîtrait bizarre.

Assurément on ne saurait remplacer du blé ou du charbon, ou une richesse quelconque, par de simples feuilles de papier sur lesquelles on aurait fait graver ees mots’ : « cent hectolitres de blé *> ou « cent quintaux de charbon ». Ce ne sont pas ces feuilles de papier qui pourront nous nourrir ou nous chauffer. Et si même nous nous servions des pièces de nionnaie, comme les filles d’Orient de leurs sequins d’or ou d’argent, pour les suspendre à notre cou, il est clair que des morceaux de papier multicolores ne pourraient en tenir lieu.

Mais nous savons que la monnaie n’est pas une richesse comme une autre et que dans nos sociétés civilisées son utilité est toute immatérielle. Une pièce de monnaie n’est pas autre chose qu un bon qui nous donne le droit de nous faire délivrer, sous certaines conditions, une part des richesses existantes (voir p. 270). Or ce rôle de « bon » peut être joué par une feuille de papier aussi bien que par un morceau de métal. Le financier Law — qui d’ailleurs par ses expérimentations prématurées mena la France à la banqueroute — a

eu le mérite de parfaitement comprendre et montrer cette possibilité.

Pour mieux 'éclaircir ceci, il nous faut distinguer trois espèces de monnaies de papier :

1“ La monnaie de p^ier revrésentative est celle qui ne fait que représenter une somme ?gâle de numéraire déposée quelque part, par exemple dans les caisses d’une Banque, et qui lui servira de gage. C’est ainsi que lorsque le public trouve les écus d’argent trop encombrants, la Banque les garde dans sa caisse et les remplace dans la circulation par des billets qui, précisément parce que ce sont des feuilles de papier, sont d’un maniement plus commode. — Cette première forme de monnaie de papier ne peut présenter aucune difficulté.

2'> La monnaie de oeLpieT Muciaire est celle qui se présente sous la forme d^un titre de crédit proprement dit, d’une promesse de payer une certaine somme d'argent. 11 est clair que la valeur de cette créance dépend uniquement de la solvabilité du débiteur : si donc on a pleine confiance dans cette solvabilité, si, comme on le dit quelquefois dans le langage des affaires, « la signature vaut de l'or », il est clair qu’il n’y a pas de raison pour que cette feuille de papier ne circule aussi facilement que la monnaie métallique. Les billets de banque rentrent en général dans cette seconde catégorie, sauf dans quelques cas particuliers que nous verrons ci-après.

3“ La monnaie ^ia^apier conventionnelle est celle qui ne représente rien du t^ et ne donne droit à~rien. C’est pour celle-ci qu’il convient de réserver le nom de papier-monnaie dans le sens strict. Ce sont des feuilles de papier émises par un État qui n’a point de numéraire. Ces feuilles portent, il est vrai, ces mots inscrits « billets de cent francs ou de mille francs » et par là revêtent l’apparence, comme les précédents, d’une promesse de payer une certaine somme d’argent. Mais on sait que c’est une pure fiction et que l’État ne les remboursera point, puisqu'il n’a point d’argent pour cela en caisse et qu’il n’y en a même point en circulation.

<5^4 PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

C est sous cette dernière forme surtout que la substitu-

papier à la monnaie métallique parait difficile a comprendre, et certes elle n’est point aussi aisée a réaliser. Cependant des expériences, cent fois répétées dans tous les pays, ont prouvé que, sous certaines conditions, cette substitution était possible et que même les peuples s’enaccommodaient assez aisément. La Russie et les républiques de l’Amérique du Sud sont à ce régime depuis plusieurs générations. Pourquoi pas en effet? Si par la volonté de la loi et par le consentement général — qui doit toujours ratifier dans une certaine mesure les déclarations U législateur — ces morceaux de papiers blancs ou bleus sont investis de la propriété de servir à payer nos achats nos dettes, nos impôts, pourquoi ne circuleraient-ils pas tout aussi bien que les pièces blanches ou jaunes? Car cellesci ne nous servent pas à autre chose.

Cependant il faut avouer qu’entre la valeur de la monnaie métallique et celle de la monnaie de papier, il y aura toujours de graves différences. Celle-ci sera toujours plus précaire, plus resserrée, plus variable :

i*La valeur du papier est précaire, car elle repose uniquement sur la volonté du législateur, et la même loi qui 1 a créée peut aussi l’anéantir. Si la loi démonétise le papiermonnaie, il ne restera rien entre les mains du porteur qu’un chiffon sans valeur : quand il a perdu sa valeur légale il a tout perdu. Il n’en est pas tout à fait de même de la monnaie métallique. En dehors de sa valeur légale, elle a aussi une valeur naturelle qu’elle doit aux propriétés industrielles et rares du métal dont elle est composée. Sans doute, si

I or et 1 argent étaient démonétisés par tous pays la monnaie métallique perdrait la plus grande partie de sa valeur :

II n y a pas d’illusions à se faire à cet ée-ardV et In nronva

rar tous pays, disona-noas. car s’il n’est démonétisé que dans un seul, cela ne diminuera pas sensiblement sa valeur. Et voilà justement ce qui constitue pour le porteur du numéraire la plus ftrande sécurité I » C’est cependant une illusion que se font même quelques économistes ou

c’est qu’il a suffi que quelques pays seulement aient démonétisé leur monnaie d argent pour causer une baisse considérable dans la valeur du métal blanc. Toutefois même dans cette hypothèse, les métaux précieux conserveraient encore une certaine utilité, puisqu’ils pourraient être affectés à des usages industriels,’ et comme ces emplois industrielsdeviendraient d’autant plus importants et d’autant plus nombreux que la valeur du métal baisserait, il est possible que celte baisse de valeur ne fût pas aussi grande qu’on le pense. Mettons qu’elle fût des deux tiers ou des trois quarts de la valeur actuelle. Encore resterait-il, entre les mainsdu porteur de pièces de monnaie, une certaine valeur que la loi n’aurait pu lui ravir, probablement même une valeur supérieure

da moins contre laquelle ils ne mettent pas assez en garde leurs lecteurs. La plupart semblent dire que le sceau de l'État imprimé sur les pièces d’or et d’argent ne fait que constater leur valeur réelle, comme ces étiquettes que les marchands piquent sur leurs marchandises. Mais la déclaration que la pièce d’or de six grammes vaut 20 francs n’est pas seulement déclarative, elle est en partie attributive de valeur C’est parce que la volonté du législateur, ratifiée, si l’on veut, par la volonté des hommes, a choisi l’or et l’argent comme monnaie, que ces métaux ont acquis la plus grande partie de leur valeur, et ils en perdraient au moins la moiüé et probablement davantage sitôt que cette loi ou cette adhésion viendrait à disparaître.

Mais il ne faudrait pas tirer de ce fait, comme l’ont fait en sens inverse d’autres économistes et Cernuschi notamment, cette conclusion que la valeur des métaux précieux est purement conventionnelle. Pour qu’un objet quelconque ait une utilité et une valeur reconnue, il faut toujours que la volonté et le choix des hommes interviennent, mais si cette volonté et ce choix sont déterminés par dex causes naturelles, la valeur qui en résultera sera elle-même naturelle et nullement conventionnelle. Or le choix des hommes, en se portant sur les métaux précieux, n’a rien en d’arbitraire, car il a été édicté par les qualités très réelles que possèdent ces métaux et que nous avons indiquées, f.e blé lui-même ne doit sa valeur qu’au fait que la plupart des hommes civilisés ont adopté cette céréale, entre tant d'autres, pour leur alimentation, et si jamais ils la remplacent par une autre, nul doute que sa valeur ne soit anéantie; pourtant personne ne songera à dire que la valeur du blé est conventionnelle!

Il en est de même des métaux précieux. La seule différence c’est qu’il est plus aisé de remplacer les métaux précieux comme monnaie que de remplacer le blé comme aliment.

• 20 La valeur de la monnaie de car comme elle est conférée en dehors des limites du ne peut donc servir ài ' ‘ contraire, la valeur de la

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papier est plus resserrée, par la loi, elle ne peut s’étendre territoire que cette loi régit'. Elle régler les échanges internationaux. Au

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plus d’une fois, maisces variations n’ont jamais l’amplitude et les fatales conséquences qu’entraîne toute variation dans la quantité de papier-monnaie, parce qu’elles s’étendent sur toute la surface du monde civilisé : partout recherchés et reçus, les métaux précieux, s’ils sont en excès dans un pays, ne tardent pas à refluer d’eux-mêmes dans les autres pays, tandis que les crues subites du papier-monnaie — étant toujours renfermées dans les limites d’un pays déterminé, qui forme comme réservoir clos et en dehors duquel elles ne peuvent se déverser — sont désastreuses.

Tels sont les inconvénients qui font du papier-monnaie un instrument si imparfait comparativement à la monnaie métallique. Mais ajoutons qu’ils pourraient être très atténués et même disparaître presque complètement, si l’on imaginait une convention internationale conclue entre tous les pays civilisés et par laquelle ils s’engageraient tous :

1“ à donner cours légal à un même papier-monnaie;

2* à n’en pas augmenter la quantité, ou à ne l’augmenter que dans une proportion déterminée à l’avance, calculée pour chaque pays, par exemple, d’après l’accroissement de sa population.

En ce cas, la valeur du papier-monnaie, quoique toujours conventionnelle, artificielle si l’on veut, néanmoins par le seul fait qu’elle reposerait sur le consentement unanime des peuples, aurait désormais une assiette aussi large et plus stable que la valeur de la monnaie métallique elle-même. Car si, comme nous l’avons dit tantôt, celle-ci est émise par la Nature et celle-là par les Gouvernements, il faut remarquer que la Nature est aveugle, tandis que les Gouvernements ne doivent pas l’être! Ils ont aujourd’hui, comme nous le verrons ci-après, assez de moyens de se renseigner, pour pouvoir régler l’émission du papier-monnaie d’après les besoins de la circulation. Dès lors, comme sa quantité serait réglée par les prévisions scientifiques et non plus par le jeu du hasard, il est à croire que sa valeur serait moins sujette à varier. C’est probablement sous cette forme que sera la monnaie de l’avenir.

Le caractère de la monnaie de papier d’être artificielle n est point du tout un signe d’infériorité : bien au contraire! Le chronomètre est un instrument artificiel pour mesurer les heures, tandis que le soleil est un instrument naturel. Cela n empêche pas que le premier ne soit, pour cet usage, fort supérieur au second. C’est la caractéristique même du progrès de remplacer les instruments naturels par des instruments artificiels le [bâton par le fusil, le cheval par la locomotive, la lumière du soleil par la lampe électrique et sa chaleur par le calorifère.

Si la création d’nne monnaie de papier équivaut à une création de richesse.

Les hommes qui les premiers ont eu Tidée de créer de la monnaie de papier* se flattaient parla d’accroître la richesse générale, delà même façon que s’ils avaient découvert une mine d’or ou réalisé le Grand-OEuvre de la permutation des métaux rêvé par les alchimistes.

Sous cette forme l’idée était évidemment absurde, car elle suppose une création de richesses ex nihilo. El pourtant on l’a trop tournée en ridicule, caril est très vrai que l’émission d’une monnaie de papier peut accroître dans une certaine mesure la quantité de richesses existant dans un pays. Mais de quelle façon? C’est Adam Smith qui le premier en a

* Qui a inventé la monnaie de papier? On ne sait. Elle était connue en Chine de temps immémorial et le voyageur Marco Polo au xiv» siècle en avait rapporté la description. L'antiquité nous a laissé maints exemples de monnaies, sinon de papier, du moins de cuir ou d'une valeur purement conventionnelle, que Ton appelait monnaies obaidionales parce qu elles avaient été en général émises dans des villes assiégées, pour suppléer à la monnaie métallique qui fais.. il défaut. C'est le financier Law qui a fait le premier sur une grande échelle, en 1721, l'émission de la monnaie de papier : tout le monde sait à quelle catastrophe abuuljt son système.

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LA monnaie: de PAPlkR.

donné l’explicalioa. Il fait observer que la monnaie métallique qui circule dans un pays est un capital improductif et que la substitution de la monnaie de papier, en rendant disponible ce capital, permet de Tutiliser et de lui donner un emploi productif. C’est ainsi, dit-il, dans une comparaison restée célèbre, que si l’on trouvait le moyen de voyager dans les airs, on pourrait restituer à la culture et à la production toute la surface du sol occupée par les routes.

La comparaison ingénieuse d’Adam Smilb laisse cependant quelque obscurité dans l’esprit. On voit bien claiiement que du jour où l’on n’aurait plus besoin des routes ni des chemins de fer, on pourrait défricher le terrain qu’ils occupent et rendre ainsi à la culture et à la production environ iOO.OOO hectares, rien que pour la France, — mais on ne voit pas aussi clairement ce qu’on pourra faire de la monnaie métallique du jour où l'on aura trouvé le moyen de s’en passer. La fera-t-on fondre pour en faire de la vaisselle ou des pendants d’oreilles? Le gain sera bien mince. — Non! mais on l’emploiera en achats ou en placements à l’étranger : voilà le bénéfice. La France a un capital de 6 milliards environ sous forme de monnaie d'or et d’argent. Ce capital énorme ne lui rapporte rien. Supposons qu’on trouve le moyen de le remplacer par du papier ; voilà 6 milliards qu'elle pourra placer à l’étranger, soit en achetant des titres de renies, des actions de chemins de fer, des terres, des navires, soit en renouvelant son outillage industriel ou agricole, et qui, d’une façon ou de l'autre, pourront lui rapporter 4 ou 5 p. 0/0, c'est-à-dire 2 ou 300 millions de revenus.

Ainsi font ces familles qui, possédant une argenterie ou des bijoux d’une valeur-considérable, les remplacent par un métal d’imitation ou des pierres fausses et réalisent le capital ainsi investi pour grossir leurs revenus. Ou encore comme ces particuliers bien avisés qui, sachant que l’argent ne rapporte rien aussi longtemps qu’il dort dans leur poche ou dans leur coffre-fort, ont soin de n’en garder chez eux que le strict nécessaire et de placer tout le reste. Les

Si

PRINCIPES d’économie POLlTIQüB.

plus riches sont le plus souvent ceux qui ont le moins d’argent chez eux. Le paysan économe a un tiroir secret plein de napoléons ou d’écus, mais le millionnaire n’a, pour payer son fournisseur, qu’un carnet de chèques.

Les nations peuvent faire de même. Tandis que la France emploie 8. à 9 milliards de numéraire, l’Angleterre, plus experte en fait de crédit, se contente de 3; elle n’en est pas plus pauvre pour cela, au contraire 1

^ Quand donc on pose cette question : Peut-il dépendre d’un Etat ou même des banques, en émettant du papiermonnaie, d’augmenter réellement la richesse du pays? il ne faut pas répondre par une négation absolue. En réalité la chose est faisable, mais seulement jusqu'à concurrence de la quantité de monnaie métallique existante. En remplaçant les 9 milliards de numéraire que possède la France par égale somme en billets, l'émission du papier-monnaie pourrait en effet procurer à la France un supplément de richesses de 9 milliards pas un sou de plus, et encore est-ce là un maximum théorique, car en fait il serait bien téméraire d’aller jusqu’à cette limite.

Il importe de remarquer encore que si le gain que nous venons d’indiquer peut être réalisé par certains pays, il ne saurait l’être par tous à la fois. Un pays peut bien utiliser son stock métallique d’une façon productive en l’écoulant à l’étranger, mais si chacun voulait en faire autant, il est clair qu’aucun n’y réussirait. Les espèces d’or et d’argent étant offertes par tous les pays qui chercheraient à s’en débarrasser et n étant plus demandées par aucun, deviendraient une marchandise encombrante et désormais sans valeur *.

Et toutefois, même dans cette hypothèse, fort invraisemblable d’ailleurs, le genre humain trouverait encore son compte à se passer des métaux précieux. Il économiserait en

' C’est en cela que la comparaison d’Adam Smith pèche un peu. Car 81 Ion découvrait le moyen de se passer de routes, il en serait auUement : tous les pays à la fois pourraient hénéflcier également de l’utiité nouvelle qu’ils trouveraient dans les terrains autrefois consacrés au transport et désormais devenus disponibles.

LA Monnaie de papier. ^\\

effet désormais tout le travail qu’il consacre annuellement à entretenir son stock métallique, à convertir les lingots en monnaie, à combler le vide que le fret et les pertes accidentelles y causent chaque jour, et surtout à en maintenir la niasse au niveau qu’exigent les besoins d'un commerce et d’une population toujours grandissante. Pense-t-on que co travail-là soit peu de chose? L’extraction des mines, la fonte, le transport, le monnayage, le change, représentent le travail d’au moins 200.000 travailleurs, toute une armée. Supprimez la nécessité d’employer les métaux précieux et tous ces bras vont devenir disponibles pour une production

nouvelle. La force productive de l’humanité en sera accrue d’autant.

En résumé, on voit que la réponse à la question qui fait le titre de ce chapitre est bien différente de celle qu’on donnait autrefois. Il ne faut plus dire que la monnaie de papier accroît la richesse d un pays dans la mesure où elle augmente 1 son stock monétaire, mais au contraire dans la mesure où 1 elle pei'met de le diminuer.

Tel est l'avantage économique que peut procurer l’émission du papier-monnaie à un pays. Mais il n’intéresse guère que les économistes et ce n’est pas ce motif-là qui détermine les gouvernements à émettre du papier-monnaie. Le but qu’ils visent par là est plus pratique et plus simple : c'est un avantage financier. Quand un gouvernement se trouve à court d’argent, la création d’un papier-monnaie est pour lui un moyen très commode de payer ses fournisseurs, ses fonctionnaires, ses dépenses, sans être obligé d'emprunter et par conséquent sans avoir besoin de payer d'intérêt. Quand un gouvernement est dans cette situation, il est probable qu’il ne jouit pas d’un crédit très élevé, et que, s’il est forcé d’emprunter, le taux d’intérêt sera très onéreux. Voilà pourquoi le papier-monnaie peut lui procurer en ce cas une économie qui n’esl pas à dédaigner. Beaucoup d’États y ont eu recours et en somme ne s’en sont pas mal trouvés, à la condition, bien entendu, de ne pas dépasser dans leurs émissions la limite que nous avons fixée et qui est repré-

PRINCIPES d'économie poutique.

seolée par la quantité de monnaie métallique en circulation*. Toute émission qui dépasserait cette limite ne pourrait avoir pour résultat que de déprécier la monnaie de papier et elle infligerait au pays et à TÉtat lui-même des pertes bien supérieures à Téconomie dont nous venons de parler.

i Dans k guerre acluelle, comme dans celle de 1870, le gouvernement français a eu recours à la Banque de France, mais sur une bien plus grande échelle. Dans la guerre de 1870 le gouvernement n’avait emprunté à la Barbue que 1.500 millions. A ce jour(décembre 1915) il lui a emprunté déjà 7.400 millions et ce chiffre sera certainement dépassé. S’il avait dû se procurer cette somme par l’emprunt au public, il aurait dû payer plus de400 millions de francs d'intérêt, au taux de 5 3/4 p. 0/0. La Banque se contente de 2 p. 0/0, soit 73 millions.

Néanmoins l'Etal ne saurait recourir indéfiniment à ce moyen commode de se procurer de l'argent, car chaque prêt fait par la Banque à l’Etat implique une émission parallèle de billets. C'est ainsi qu'elle a dû porter 'e chiffre de son émission de 6 milliards qu’elle était avant la guerre à plus de 14 milliards. Et si ce chiffre était de beaucoup dépassé, la dépréciation du billet serait à redouter. Hile ne se fait pas trop sentir encore parce qu’une partie des billets est Ihésaurisée par le public.

* Circulaire du 25 octobre 1810 de M. de Montalivel,

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