‹ Principes d'économie politique [microform]Chapitre 38 sur 64 · IM · texte numérisé non relu

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papier eo quantité supérieure aux besoins (besoins qu on peut très suffisamment mesurer par la quantité de monnaie métallique habituellement en circulation). Malheureusement la tenlAtioD est grande, pour un gouvernement obéré, de franchir ce cercle fatal : beaucoup l’ont fait et ceux-là onl fini par la banqueroute*.

Toutefois on peut dire que, dans l’état actuel de la science économique, un gouvernement qui franchit la limite est vraiment inexcusable. Il y a en eiïet des signes certains, familiers à 1 économiste et au financier, qui permettent de reconnaître le danger, même à distance, et qui donnent des indications plus sûres que celles que le plomb de sonde ou les amers peuvent donner au pilote :

1» L^^mier, c’est la prhne de l’or. Du jour où le papiermonnaie a été émis en quantité exagérée relativement aux besoins, il commence à se déprécier suivant la loi constante des valeurs, et le premier effet de celte dépréciation, lepre-

Tout le monde cennall la lamentable histoire des asrignats qui forent émis la ConvenÜOD et le Directoire jusqu’au chiffre extraTagant de 45 milliards, c est a-diie vingt fois probablement la quantité du numéraire existant a celle époque I Alors même que celte émission se »eratt farte en Entres pièces d’or et d argenl, elle n'en aurait pas moins entraîné une dépréciation considérable de la monnaie métallique, puisque cell^i se serait trouvée vingt fois supérieure aux besoins. Ou peut pmser dès lors quelle dut être la dépréciation d’une simple monnaie de*^ pier I L assignat de iOO francs finit par tomber, en février 17S)6. à 7 mus! et on vit une paire de bottes se vendre 4.000 francs Sens remonter si loin, en 1903, eu Colombie, la piaslro en papier, qui M pair vaut 5 francs, est tombée à moins de 5 centimes. Aussi un œuf

(iw'w'fr )t «“'rtroD 30.0U0 piastres

L'expérience a démontré que lorsque l’émission de la monnaie de ptpier est confiée à des banques, au lieu d’être faite directement par le gouvernement, elle s’opère eu général avec beaucoup plus de mesure et présenUs beaucoup moins de daogei-s - parce que les banquiers sont p us vigilants pour défendre leurs intérêts ou du moins ceux de leurs actuaires que ne I est le Trésor, hélas ! pour défendre les intérêts da paWic. A^si la plspart des gouvememeots ont-ils recours aujourd’hui

 ludiffirenet entre U

oULct ae banque et le papier-monnaie),

Gide. — Éc. Pou

mier signe qui la révèle, alors qu'elle n’apparaît point encore aux yeux du public, c’est que la monnaie métallique fait prime. La monnaie métallique n’est point englobée, en effet, dans cette dépréciation commençante de l’instriiment monétaire : pourquoi le serait-elle, puisque l’or et l’argent ont conservé partout leur ancienne valeur? Les banquiers et les changeurs commencent à la rechercher pour l’envoyer à l’étranger sous forme de lingots et iis paient une petite prime pour se la procurer.

2° Le second, c’est la hausse du change. Les créances payabTes suT î*êtranger, c’esl-â-dire les letlres de change, donnent lieu dans toutes les places commerciales du monde à un grand mouvement d’affaires. Elles ont un cours public, comme toute autre marchandise, qui est justement ce qu’on appelle le cours du change. Or ces créances sur l’étranger sont toujours payables en or ou en argent, le plus souvent en or, puisque c’est la monnaie internationale. Si donc un pays est soumis au régime du papier-monnaie et que ce papier se trouve déprécié, on voit aussitôt les créances sur l’étranger hausser de prix autant que l’or lui-même, puisqu’en effet elles valent de l’or.

30 Le troisième, c’est \aj)iite de la monnaie métallique. Si faible que sôTTlâ'deprèciatrôn ^e la monnaie de papïèrTsi cette dépréciation n’est pas immédiatement conjurée par le retrait du papier en excès et si on la laisse se prolonger et s’aggraver, on verra disparaître le peu de monnaie métallique qui restait encore. Ce phénomène est tout à fait caractéristique : il se manifeste dans tous les pays où l’on a abusé du régime du papier-monnaie, en Russie, dans toute l’Amérique du Sud (pays de mines d’or ou d’argent cependant I) Nous l’avons expliqué en détail à propos de la loi de Gresham : nous n’y revenons pas (voir p. 2s5).

4“ Le quatrièmeui!fisnajLqMMÇiL‘J^^^ que

plus tard et indique que le mal est déjà grave et que la limite permise a été beaucoup dépassée. Aussi longtemps, en effet que la dépréciation du papier-monnaie est faible,' par exemple de 2 ou 3 p. 0/0, les prix ne s’en ressentent guère

(excepté le prix des lingots d’or ou d’argent). Le marchand en détail ou même en gros ne majorera pas le prix de ses marchandises d’une si petite différence, et le ferait-il que le public ne s’en inquiéterait pas. Mais du jour où la dépréciation de la monnaie de papier atteint 10, 12 ou 15 p. 0/0, alors tous les marchands ou producteurs haussent leurs prix proportionnellement. Le mal, qui jusqu’alors était à l’état latent, fait éruption au dehors et se révéle au grand jour.

5° Enfin, il faut remarquer que les anciens prix ne changent pas pour les personnes qui peuvent payer en monnaie métallique, si toutefois il leur en reste encore . celle-ci en effet n’a rien perdu de sa valeur, bien au contraire. On assiste donc à un curieux spectacle, celui du dédoublement des prix; chaque marchandise se trouve avoir désormais deux prix, l’un payable en monnaie métallique, l’autre payable en monnaie de papier et la différence entre les deux mesures est précisément la dépréciation de celle-ci *.

Sitôt donc qu’un gouvernement constate les signes précurseurs, à savoir la prime de l’or ou la hausse du change, son premier devoir est de s’interdire absolument toute émission nouvelle du papier-monnaie' : il a atteint en effet la limite à laquelle il faut s’arrêter. S’il a eu le malheur de la

* Tous les signes indicateurs que nous venons d’énumérer se trouvent pmfoDdément perturbés en temps de guerre. Voici pourquoi :

L’or disparaissant complètement de la circulation pour se cacher dans les coffres des particuliers ou dans les caves de la Banque, le phénomène du dédoublement des prix ne peut se manifester. D’autre part, l’achat et 1 exportation de l’or sont prohibés par la loi, en sorte que la prime de Tor ne peut se révéler publiquement et sa fuite ne peut s'effectuer que par contrebande.

D’autre part, les mouvements du commerce international, et tout spécialement les exportations des pays belligérants, se trouvant arrêtés ou très réduits, la balance des comptes avec l’étranger se trouve bouleversée et le cours du change est affolé. C’est ainsi qu'en ce moment (novembre 1915) à Paris, le papier sur Londres et sur New-York est à 10 et 15 p. 0/0 au-dessus du pair. Mais ce serait une erreur d'attribuer celte hausse à une dépréciation du billet de banque : elle est due, pour la plus grande part, au manque de créances sur l’Angleterre et l’Amérique : en effet, nous leur achetons beaucoup plus et leur vendons beaucoup moins.

Le chèque.

Si la monnaie de papier a l’avantage d’économiser la monnaie métallique, ce n’est, comme on peut le voir, qu’au prix de graves inconvénients et même de grands dangers Si donc on pouvait trouver quelque moyen d'économiser la monnaie métallique sans recourir à ce dangereux substitut ce serait, certes ud grand bien Tait. *

Or, ce moyen existe : il est à la fois plus radical et plus inoiïensif que la monnaie de papier. Il n’expulse pas la monnaie métallique, mais il dispense de s’en servir. C'est le billet de banque et mieux encore le chèque. Ne^arlons pour le moment que de celui-ci.

Voici comment les choses se passent en pratique, par

AnglaT’a^Z

paiement à faire, même pour ses dépenses courantes, a un fourmsseur par exemple, il lui remet un chèque, c’est-à-dire un ordre de payer sur son banquier (cet ordre suppose naturellemenl un dépôt d argent fait préalablement chez le banquier) . Le fournisseur ne se donne oas In npino rl’allan 1.^..

cher ce chèque, mais il le remet à son propre banquier, et celui-ci, le pjus souvent, ne le touche pas davantage. Voici pourquoi. C’est que tous les banquiers, en Angleterre, se trouvant réciproquement créanciers et débiteurs les uns des autres pour des sommes énormes, leurs correspondants à Londres n ont qii à s entendre et à balancer leurs comptes. C est justement ce qu'ils font en se réunissant tous les jours dans le Clearinq-House (Chambre de liquidation)* où se règle ainsi par de simples compensations un chiffre de transactions qui s’élève annuellement à près de 400 milliards de francs, donc en moyenne plus de 1 milliard fr.parjouv! Les Chambres de compensation des Elats Unis liquident des sommes encore plus colossales (prés de 800 milliards en 1907), mais c’est parce que les opérations de Bourse y sont comprises. Pour régler les diflérences sur ces énormes opérations, on n’a besoin de recourir à la monnaie métallique que dans des proportions infimes (3 p. 0/0 environ).

Ce système de compensation est facilité par l’emploi très habituel en Angleterre du chèque barré (crossed), c’est-àdire ne pouvant être payé à une personne quelconque, mais seulement au banquier nominativement désigné entre deux

suppose toujours une somme d’argent, une provision, comme on dit cJieHe banquier. C’est donc un instrument de naiement et Inon ..n strumeïïratS^ dêsTTlrM di' cre'drt que mms

étudierons plus loin, de la lettre de change et même du billet de ban-

que qui ne suppose pas nécessairement une somme égale en argent dans l'encaisse de la B.inqae. ^

Néanmoins, en fait, le chèque est sur la limite qui sépare la monnaie dn crédit, car souvent il e.st payé par le banquier alors même que celuici n a pas la somme correspondante au compte de son client s’il est avec lui en compte-courant. Et, en tout cas, le créancier qui reçoit un chèque en paiement fait acte de foi car il n’est jamais sûr qu'il sera payé : il se peut, en effet,.que la provision n’existe pas ou que la signa ture soit fausse ou que le chèque ail dté volé, ^

« Ils ne s’y réunissent pas tous, cela va sans direl mais au nombre de 18 qui viennent y apporter les chèques de tous les autres banquiers leurs correspondants. Chacun inscrit ce qu’il doit et ce qui lui est dû et les différences sont portées au compte de chacun à la Banque d’Annieterre où tout vient se centraliser. ®

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PRINCIPES D ÉCONOMIE POLITIQÜK.

barres transversales tracées obliquement sur le chèque. Et ce banquier lui-même généralement ne le touche jamais en argent mais le règle par compensation avec ses confrères. Aussi a-t-on pu définir humouristiquement le chèque barré : un chèque fait pour n’étre jamais payé. L’avantage de ce chèque c’est qu’il ne peut servir à personne autre qu’au banquier dont il porte le nom, et par conséquent peu importe qu’il soit volé ou perdu \

En France l’usage du chèque est beaucoup moins répandu et bien moins encore celui du chèque barré. Le chèque est

, • J • I a ^ mais peu dans les dépenses

quotidiennes. C’est que le Français de classe moyenne garde chez lui ses valeurs et touche directement les coupons, et il paie lui-même ses fournisseur-s. 11 n’a donc pas besoin de chèques. Du reste un fournisseur ne peut accepter un chèque en paiement que d’une personne honorable, car rien ne lui garantit qu’il sera payé. Par là l’usage du chèque implique un état moral assez élevé*.

On peut même aller plus loin et supprimer le chèque.

Supposons que tous les Français sans exception aient un

compte ouvert dans une même maison de banque qui sera

chargée d’encaisser, pour chacun de ses clienls, toutes leurs

recettes qu’elle porte à leur crédit, et de régler pour eux

toutes leurs dépenses qu’elle porte à leur débit. Dans une

semblable organisation, on pourrait supprimer la monnaie

jusqu au dernier centime. Toutes les fois que je ferais un »

* Dans certains pays, not.imment en Autriche et en Sui.sse. l’administration des Postes remplit aussi pour les petites bourses et sur une peüte

échelle encore, mais qui va rapidement grandissant, ce rôle de banque de compensation. ^

* Le chèque est employé aussi bien aui plus gros paiemenU qu'ftui besoins du ménagé. Lors du paieu.i nt de riiuleii.uilé de guerre^de la Chine au Japon, en 1896, un à-comple de 8.?.'iO.Ü(X) liv. sterling (206 millions fr.) a été paye par rainbassadeur de Chine k l’ainbas.sadLr du Ja-

un rnsso-japonnaise en 190e!

un chèque de 121 millions francs a été remis par l’ambassade de Russie à Londres à I ambassadeur du Japon.

dire* je me bornerais à /

dire a le Banque de porter la somme due à mon débil et /

an crédit du marchand ; celui-ci à son tour, toums tes fois

qu il aurait acheté des fouroitures quelconques ferait de I

même Si, an lien de solder desdépensL jraisàftireTn pll!

de la même façon :1a Banque porterait mou débit la somme représentant la valeur du litre acheté e une valeur égale au crédit de la Compagnie quH’a émSs

'^®“du. A U fin de l’année, la Banque enverrait à chacun son compte. Il se solde

rait par une balance, soit en faveur de la Banque soit en \

faveur du citent, ün reporterait ce solde pour I annS .ni"

client dans le premier cas. soità son ' crédit dans le second cas. et ainsi de suite. 11 est clair qu’en

fa^ltS?! Ihéoriquement régler

a totalité des transactions par de simples règlements d’écritures par des virements de parties, comme l’on dit.

Comment les perfectionnements de l’échange tendent à nous ramener an troc.

Dévolution que nous venons de retracer appelle notre Uenlion sur un fait des plus curieux. Il est évident qu’elle

tend comme 1 avait fait remarquer StanlevJevons ens^unnn

nTàSào"T‘ » »oSsX

c'est à dire ër.o "'archan.lises contre marchandises

c est a-dire, en somme, an troc. Il y a, en effet, dans les pro-

du fro^r'é?^!^ compliqués qui constituent le dernier mot ra économique, une curieuse ressemblance avec les

procédés pnmiU fs des sociétés encore barbares. Ce n’est pas

historique des peuples cette marche singulière de l’esprit

nir tout près de son point de départ ayant décrit ainsi, sinon

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

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un de ces grands cercles qui avaient si fort frappé l’imagination de Vico, du moins une courbe en forme de spirale ascensionnelle*. ^

C’est bien à une sorte de troc que l’on arriverait dans l’hypothèse que nous avons supposée, celle où tous les habilanUs d’un pays seraient clients d’une même banque : un tel régime social, où nul n’aurait plus besoin de monnaie, ne pourrait fonctionner que parce que chacun paierait les produits ou les services qu’il consommerait avec ses propres produits ou ses propres services.

C’est bien une sorte de troc qui est réalisé dans cette merveilleuse institution du Clearing-Hou.se, c&r ces liasses monstrueuses de chèques, lettres de change, effets decommerce qui sont échangés et compensés chaque jour, ne sont que les signes représentatifs de monceaux de caisses, de ballots (Je barriques, qui ont été échangés en nature et, pour qui sait regarder derrière les coulisses, le Clearing-House apparaît comme un grandiose marché analogue à ceux des peuplades africaines ou des cités disparues, avec cette seule différence qu au lieu d’échanger des marchandises en nature on échange les titres qui les représentent.

Et, comme nous Je verrons dans le chapitre suivant le commerce international entre deux pays tend toujours à

prendre la forme du troc; chacun importe autant qu’il exporte et vice versa. ^

Il est vi-ai que si les métaux précieux perdent leur fonction d instruments d’échange, ils conservent toutefois leur autre fonction de mesure des valeurs, car il est clair que la

phénomène analogue à celui qui tend à supprimer le marchand pour revenir à la mise en contact du producteur et du consomma-

On pourrait en trouver dans les autres sciences sociales bien d’autres exemples non moins curieux : le formalisme littéral deXs£n primitives tend à revivre dans les législations avancées, sou ferme de mentions inscrites sur des rewsires* Ia * j ‘ «orme de

peuple des cités antiques réparait dans le ^r“ n2m X

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