‹ Principes d'économie politique [microform]Chapitre 4 sur 64 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Objet de l'économie politique.

Les êtres qui constituent l’univers et les relations qui> existent entre eux — corps'^ célestes, globe terrestre, élé-^ menls contenus dans son, sein, animaux et végétaux qui peuplent sa surface — voilà autant d’objets de sciences distinctes qui s’appellent les sciences physiques et naturelles.

Mais dans ce vaste monde il y a d’autres objets non moins dignes de notre étude : ce sont les hommes, c’est nousmêmes. Us vivent en société, ils ne sauraient vivre autrement : des rapports se forment donc entre eux et voilà l’objet d’un groupe différent de sciences qui s’appellent les sciences

Gioe. — Éc. PoL, 4

Ir ^ principes d’économie politique.

r ’ sociales. Autant de relations différenles entre les hommes

[' rapports moraux, juridiques, économiques, politiques,

) religieux, et relations de langaee qui servent de véhicule à

i toutes le§ autres — autant de sciences distinctes qpi s’appel-

leront la worafê, le droit, l’ économie politique!, la politique,

[ . lascjeqcs des religions ou des langues.

I II est vrai que les lignes de démarcation entre les sciences

j* sociales qui ont toutes, en somme, un même objet, l’homme

social, ne sauraient être aussi précises que celles que l’on ^ peut tracer entre des sciences dont les objets sont dissem-

. blables, telles que la géologie, la botanique, la zoologie.

, Cette classification sera toujours plus ou moins artificielle et

plutôt faite poqr faciliter l’étude et subvenir à la faible

portée de notre entendement qu’imposée par une division f naturelle.

I Aussi Auguste Comte considérait-il comme irrationnelle

} toute séparation des sciences qui ont pour objet les sociétés

; humaines : il n admettait qu’une science unique embrassant

: tous les aspects de ces sociétés, à laquelle il a donné le nom

devenu classique de Sociologie^ et condamnait notamment toute prétentioq de conslttuer l’économie poljtique comme science distincte. Il n’a pas été suivi parce que, comme f bonne méthode de travail, on ne saurait refuser aux sciences

sociales déjà nommées le droit de se constituer a l'état de : disciplines distinctes. Pour les trois sciences notamment qui

I se touchent de plus près — morale, droit et économie po-

litique les l^rontières seront toujours plus ou moins I flottantes ; certaines institutions, telles que la propriété, la

, transmission des biens, le salariat, rentrent dans la juridic-

< lion de toutes les trois à la fois. Heureuse pénétration d’ail-

1 leurs et très profitable à ces sciences sœurs! Il suffit de noter

. que les mêmes objets peuvent être envisagés sous des points

; de vue distincts et de savoir reconnaître ces points de vue

I différents auxquels se placent le moraliste, le jurisconsulte

et l'économiste. Or cela est relativement aisé : faire son devoir, exercer ses droits, — pourvoir à ses besoins — constituent trois fins assez différenles de l’activité humaine.

Et c’est cçttp dernière qui fait l’objet propre de la science économique.

Disons donc — sans chercher trop de précision dans une définition qui, après une centaine de traités écrits sur celte matière, est encore à trouver — : que l’économie politique a pour objet, parmi les rapports des hommes vivant en société, ceux-là seulement qui tendent à |a satisfaction de leurs besoins matériels, à tout ce qui concerne leur bien-être^'. Elle est au corps social à peu près ce que la physiologie est au corps humain. f ,

Cette science tend à se diviser aujourd'hui en deux disciplines ou en deux ordres d’étude :

D’une part, l’Économie Politique pure (qu’qn appelle aussi parfois y Ecpnoinique) étudie les rapports spontanés qui se forment entre des hommes vivant en masse, comme elle étudierait les rapports qui se forment entre des corps quelconques, « ces rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », comme disait Montesquieu. Elle ne se propose pas de les juger, pas plus au point de vue moral qu’au point de vue pratique, mais seulement d'expliquer ce qui est. Par là elle cherche à se constituer comme science naturelle?'

D’autre part, VEconomie Sociale étudie plutôt hs relations volontaires que les hommes créent entre eux soiis

* On disait g^inéralement autrefois, et on dit encore souvent auiourdhui que I Economie Poliliqiie esl la « science de la Richesse » Mais ceUe déanition a l'àiconvénient de détourner l’attention du véritable objet ,de la sciencp ^con.oiniqae, qui est l’homme et sps be.soi^is pour la concentrer sur des objets e.Uérieurs à j homme qui ne .spnt que des moyens pour lui de satisfaire se.s besoins. Ce qu'on appelle une loi'économu|ue ou sociale, alors même qu’elle parait avoir pour objel’ies cHo<es sappl^ue en réalité aux hommes. Dire que le blé hausse de pri’x cela veut dire, que les hommes le désirent davantage pour un motif quelconque. Et ce n’est pas la une simple question dç mots : ce déplacement

«ncourir à certains écopomistés le reproche jushfié de raisonner comme, si l’homme était fait pour la riches.se et 'non la nchesse pour 1 homme. * '

D’uill.eurs, il y a un autre inconvénient à définir l’Économie Politique par la richesse : c’i?st que le mot de richesse Iqi-môme’ n’est guère facil^ a aetinir, comme nous Je verrons ci-après. ^ ’

^ PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

forme d ass iciations, de lois écrites ou d’institutions quelconques — en vue d’améliorer leur condition. Elle se propose de rechercher et d’apprécier les meilleurs moyens pour atteindre cette fin. Par là elle participe plutôt au caractère des sciences morales en recherchant ce qui doit être, et au CÆ,ractère des arts en recherchant ce qu'il faut faire. Aussi est-elle désignée quelquefois, parles économistes étrangers, sous le nom de Politique Sociale'.

Cette séparation s’impose aux spécialistes, mais elle nuit beaucoup à l’intérêt de l’exposition. Aussi nous ne la suivrons pas dans un traité comme celui-ci qui porte aussi bien sur l’économie sociale que sur l’économie politique.

Parmi les phénomènes économiques ce sont ceux relatifs à la production qui ont tout d’abord attiré l’attention. Les physiocrales et Adam Smith n’ont guère étudié queceu.x-là. La seconde génération d’économistes, avec Ricardo, s’appliqua plus spécialement à analyser ceux relatifs à la répartition. Et telles sont encore aujourd’hui les deux grandes divisions de 1 Économie Politique — ou plutôt les deux aspects sous lesquels se présentent les mêmes phénomènes, car, à vrai dire, ce sont à peu près les mêmes qu’on retrouve dans les deux parties. Entre ces deux questions : Comment sont produites les richesses? — et : A qui appartiennent-elles?

le lien est évident. Ce n'est pas une raison pour ne pas les étudier séparément.

Dans la production elle-même on n’a pas tardé à établir une subdivision entre les phénomènes de la production proprement dite et ceux de la circulation, c’est-à-dire à distinguer les modes de création de la richesse et ceux de transfert ou d échange. Et ceux-ci, en effet, ont une importance

‘ II ne faut pas coofondre l’Économie Sociale avec l’Économie Politique appliquée. L’Économie Politique appliquée indique les meilleurs moyens d accroître la richesse d’un pays, tels que banques, chemins do fer, systèmes monétaires ou commerciaux, etc., — tandis que l’Économie Sociale cherche surtout à rendre les hommes plus heureux. Mais cee questions d Économie appliquée ne sont pas traitées dans ces pTiticipct^ on les trouvera dans notre Cours d" Économie Politique.

énorme et une physionomie spéciale. Cependant cette division répond plutôt à une convenance didactique qu’à une nécessité logique, car nous verrons qu’au fond l’échange n’est qu’un mode de production.

Il est une autre catégorie de faits qui, à partir de J.-B. Sày, a constitué souvent une section spéciale : ce sont ceux a la consommalioit des richesses. Et c’est bien à tort qu’elle est aujourd’hui souvent supprimée, car la consommation — autrement dit, la satisfaction des besoins — est évidemment le but et la seule raison d’être de toute l'activité économique. D’autre part, nous croyons que sur la scène économique, où jusqu’à présent il n’y avait place que pour les producteurs, le consommateur est appelé à jouer un rôle de plus en plus important comme représentant de l’intérêt public. Voilà pourquoi nous avons tenu à réserver une place spéciale a la consommation.

S’il existe des lois naturelles en économie politiqne.

Quand on donne à une branche quelconque des connaissances humaines le titre de «science», on n’entend point lui décerner simplement un litre honorifique, mais on prétend affirmer que les faits dont elle s’occupe sont lies entre eux par certaines relations nécessaires qui ont été découvertes et qui s'appellent des lois.

Il est certains domaines dans lesquels l’enchaînement des phénomènes est si apparent que les esprits les moins habitués aux spéculations scientifiques n’ont pu faire autrement que de le remarquer.

Il suffit de lever les yeux au ciel pour constater la régularité avec laquelle se déroule chaque nuit la marche des étoiles, chaque mois les phases de la lune, chaque année le voyage du soleil à travers les constellations. Aux jours les plus lointains de l’histoire, les pâli-es en gardant leurs trou-

B PRINCIPES d'économie POLITIQUE.

peaux OU lesnavir^ateurs en dirigeant leurs barques, avaient déjà reconnu la périodicité de ces nioUvfements et, par là, ilà avaient jeté les bases d’une vraie science, la plus vieille de toutes, la science astronomique.

Les phénomènes qui se manifestent dans là constitution des corps bruts ou organisés ne sont pàs aussi siibples, et l’ordre de leur coexistence ou de leur succession n’est pas aussi facile à saisir. Aussi a-t-il fallu de longs siècles avaut que la raison humaine, perdue dans le labyrinthe des choses, réussît à saisir le fil conducteur, à retrouver l’ordre et la loi dans ces faits eux-mêmes, et à édifier ainsi les sciences physiques, chimiques et biologiques.

Petit à petit, cette idée d’un ordre constant des phénomènes, a pénétré dans tous les domaines, même dans ceux qui, à jjremière vue, semblaient devoir lui rester toujours fermés. Même ces vents et ces Ilots, dont les poètes avaient fait l'emblème de l’inconstance et du caprice, ont reconnu à leur tour l’empire de cet ordre universel. On a pu constater les grandes lois auxquelles obéissent, à travers l’atmosphère ou les océans, les courants aériens ou maritimes, et la météorologie ou physique du globe a été à son tour fondée. 11 n est pas jusqu’aux chances des paris, jusqu’aux combinaisons du jeu de dés, qui n'aient été soumises au calchl des probabilités. Le hasard lui-même, dorénavant, a ses lois.

Lejour devait venir enfin où cette grande idée d’un Ordre Naturel des choses, après avoir envahi peu à peu comme une puissance conquérante tous les domaines deâconnais- .sances humaines, pénétreraitdaris la sphère des faits sociaux. C’est à Monlesqiiieu et aux Physiocrales. comme nous le verrons, que revient l’honneur d’av'oir reconnu et proclamé les premiers l’existence de ce « gouvernement naturel » des choses.

Nombreux encore étaient naguère ceux qui répugnent a accepter cette assimilation des sciences sociales aux sciences physiques. Il leur semble qu’entre les unes et les autres s'élève un mur iniraucliissablé, edr celles-ci sont le royaume

LA scîÉNCÉ Économique. 7

de la Nécessité, tandis que celles-là sont le royauine de la Liberté.

La preuve, dit-on, c'est que dans les sciedeefe de l’ordhé physique le savànt peut toujours prévoir avec certiUide,- ilti lait étant donné, celui qui lui succédera ou qüi l’accompàgnera ; — astronome, il annonce, mille ans à l’avance et à une seconde près, une éclipse; chimiste, il sait, toutes les fdis qu’il combine deux substances dàns un creuset, quel eSt le corps qui en sortira et quelles en seront leS propriétéè; géologue, il énumère les diverses couches de terrain que l’on renconü-éra eii perçant un tunnel ou eu Creusant un puits de mine. Mais l’économiste, ThisLorien, l’homme d’Liai, quô peuvénl-ils prévoir des faits sociaux et politiques? Tout àu pluspeuvertt-ils hasarder quelques conjectures trop souvent démenties par les événements. La prévision ici peut parfois être l’intuition du génie, mais n’a rien de scientifique.

Mais cette objécüoh vulgaire tient à Üne double erreur qui porte à la fois sur le sens du liiOt loi naturélle et sur celui de libre aï'bitre.

En ce qui concerne là loi nàturelle, l’erreür est de se là représenter sous rirhagé d’dne puisèancë qdi porté lé glaive

— comme la figilre de la Loi dans les tableaux allégoriques

— et qiii véüt être obéfé. Or, là loi natlirelle n’exprime rien de plus quë Certains rapports qui fe’établissent spoHlànénïént entré leé Choses on les hommes, rapports qu’on peut •lire nécessaires seulement si certaines coMitions préalables s'ônl remplies. Les atomes d’oxygène et d’hydrbgène né sont pas forcés de faire de l’eau, mais si lin atome du premier de cès éléments èt dfehx dU second sont mis en présence souà certaines conditions de température, de prèssioh, ëlc., àloCs ils formeront de l’eau. De même les hommes ne sont pas forcés à vendre et à acheter, mais si un homme disposé a vendre est mis en présence d’un homme disposé à âchétër, et si leurs prétentions ne sont pas inconciliables, ils concluront nécessairement un marché à un certain prix qu’on peut déterminer — ■ et ce n’en sera pas moins un libre contrat.

En ce qui concerne le libre arbitre, l’erréur est de se le

8 PRINCIPES d’économie POUTIQUB.

représenter comme la faculté de « faire à sa tête », comme une forme du caprice. Cependant il suffit d’y réfléchir pour voir que le fait d’agir sans raison appréciable est précisément ce qui caractérise l’état de démence, et que tout homme raisonnable, au contraire, obéit dans sa conduite à certains motifs — en un mot, ne se détermine pas sans cause. Or, toute loi sociale ou économique n’est qu’une prévision de la conduite des hommes et sa valeur scientifique se mesure a la fréquence des cas où cette prévision se trouve confirmée par les événements.

Sans doute ces prévisions sont souvent démenties par les événements*.

Elles le sont aussi dans les sciences naturelles! Tout homme qui réfléchit est bien assuré que le vent, la pluie, la grêle ou les orages, ne sont pas le résultat du hasard : il ne met pas en doute qu’ils ne soient régis par des lois naturelles. Cependant les prévisions en ce domaine ne sont nullement plus exactes que dans le domaine économique : on peut prédire plus longtemps à l’avance l’arrivée d’une crise commerciale que celle d’un cyclone, et le transit du chemin de fer de Lyon à Marseille est moins variable, certes, que le débit du Rhône dont il suit les rives : — pourtant l’un est alimenté par les hommes et l’autre par le ciel. Si nos prévisions, en fait d’économie politique, sont toujours incertaines et à courte vue, il n’en faut donc point chercher la raison dans les fantaisies du libre arbitre, mais simplement dans notre ignorance des véritables causes. Si un jour les hommes deviennent infiniment sages, il est vraisemblable que la prévision économique s’exercera avec autant de sûreté que pour les corps célestes.

1 On donne comme argument, pour nier l’existence des lois naturelles en matière sociale, ce fait que beaucoup de choses tournent autrement qu’elles n’avaient été prévues. Cela prouve seulement notre ignorance. Mais pensez plutât combien de fois des choses tournent autrement qu’elles n’avaient été voulues par leurs auteurs I Cela ne prouve-t-il pas que dans ce monde U y a à l’œuvre des causes plus fortes que la volonté des hommes?

Il est vrai qu'il serait absurde devouloirprédire à Tavance les faits et gestes d'un individu : mais cela n’a aucun intérêt pour réconomiste. H n est pas un diseur de bonne aven ture. La seule chose qui nous importe, c'est la conduite des hommes considérés en masse. Nous n’avons besoin, pour établir nos lois théoriques et nos institutions pratiques, que de moyennes^.

Remarquez d’ailleurs que les gens pratiques qui dénient le plus vivement aux économistes la possibilitéde prévision dans les questions économiques ne manquent pas pourtant d*en user dans le train ordinaire de leur vie et dans la conduite de leurs affaires quotidiennes. Quiconque spécule — et qui ne spécule pas? — exerce tant bien que mal la prévision scientifique. Ce financier, qui achète une action de tel chemin de fer, prévoit la continuité et Taugmentation progressive d'un certain trafic suivant une direction déterminée et en payant ce litre fort cher, il affirme par la, qu’il le veuille ou non, sa ferme confiance dans la régularité d’une loi économique. Pourtant, il est bien certain que toute personne ou tout colis qui circulera sur la ligne n’y circulera que parce que quelqu’un l’aura vom/m ainsi.

Comment s'est constituée la science économique.

C’est en 1615 que l’économie politique reçut pour la première fois le nom sous lequel elle est aujourd’hui connue, dans un livre français, le Traicté de iŒconomie politique, par Antoine de Montchrétien.

Le mot Économie était cependant déjà usité et môme un

1 La statistique a démontré maintes fois la régularité presque infaillible avec laquelle se produisent aussi bien les faits les plus importante de la vie humaine, tels par exemple que les mariages, ou les plus insignifiants, tels que le fait de mettre une lettre à la poste sans avoir écrit Padresbe. {*

PRINCIPES d’économie POLITi(iüE.

des livres de XénophoQ porte cé titre : mais les aociens enleodaient par la I économie domestiqué (otxoç, maison; voVoç, règle, ldi). Le qualificalil politique, usité depuis Monlchrélien, indique qu’il s’agit non plus de l’économie de la maison, mais de celle de la cité, de la nation, et cette appellation nouvelle coïncidait avec une révolution historique: l’avènement des grands États modernes. Aujourd'hui on dit parfois l^conomie Sociale au lieu d'Économie Politique : étymologiquement la signification est absolument la même (néanmoins 1 adjectif « politique » est mieux assorti avec le nom « économique », puisque tous deux viennent du grec), mais ce qualificatif comporte généralement un

ordre d éludes un peu différent, ainsi que nous l’avons indiqué (Voir p. 3).

Certaines de ces questions, que nous appelons aujourd’hui

questions économiques, avaientattirédeloutlempsl’attention

des hommes, telles que l'argent, le commerce et les moyens d’enrichir les individus et l’Ëlat. Les Pères de l’Église avaient condamné le luxe, l’inégalité des richesses, le prêt à intérêt. Les anciens, Aristote entre autres, avaient très bien analysé la naturedela moridàie, la division dés métiers, les formes d’acquisition de la propriété. Mais ou n’avait pas vu le lien qui unissait ces différentes questions : on n’avait pas songé à en faire l’objet d’une science d’ensemble. Elles rentraient dans les attributionsdu sar/e plutôt que du savant. Elles se présentaient sous la forme de bons conseils donnés soit aux souverains, soit aux particuliers.

La découverte de l’Amérique provoqua pour la première fuis, dans le cours du xvi* et surtout du xvii* siècle, la formation d’une véritable théorie économique, d’un système, c’est-a-dire que ces conseils prirent la forme d’un ensemble de préceptes coordonnés et raisonnés. Les pays comme la brance, l'Italie et l’Angleterre, qui voyaient d’un œil d'envie I Espagne tirer des trésors de ses mines du Nouveau-Monde, se demandèrent par quels moyens ils pourraient se procurer aussi l’or et l’argent. C’est précisément le titre que porte le livre d’uu Italien, Antonio Serra,

LÀ. sciÉNCÉ ÉCbNbftiçltJÈ: il

publié avant cèlui de i^lrintfchrétiëü 6ü 1613 : CéS câiù'éh qui peuvent faire abonder Vor et tarqehl datïs lès rOÿdümesoü Üft'y a point de müies. Ils crurent trouver ce môyên dans la vente à l’étranger des produits manufacturés et s cette fin s’efforcèrent de développer le coriimerce extérieur et l’industrie manufacturière par tout un système compliqué et artificiel de règlements. C’est ce qu’on a appelé le système mercdntile.

Au milieu du xvm* siècle, nohs voyons Se proddire én France une viVe réaction contre tous « leS systèmes ». Oti ne rêste plus que revenir « à l'état de nature » èt on répudie tdUtce qui paraît arrangement artificiel. Toute la littérature du xviii* Siècle est imprégnée de Ce sentiment; Inàis la science politique aussi, avec Rousseau et MontesqliieUj s eü . inspira.

L'Esprit des Lois commence par cette phrase itamortellé ; « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de ta nature des choses », et Montesquieu danS là préface de ce même ouvrage de'-'are : « Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais de la nature des choses ».

C’eât alore Seulement que la science écohomique va vriiment prendre haiàsance. Un médecin du roi Louis XVj lô docteur Quesnày, en 1758, publia Le Tableau Économique et eut pour disciples tout un groupe d'hommes éminents qui Se donnèrent le dora d' Économistes et qu’on appela plus tard les Physi'ocratês L

L’école des Physiocrales a introduit dans la science deux idées uoUvellbs qui étaient précisément a l’anllpodë du systèhiè mercantile :

1® L’ëliisiehce d’un « Ordre naturel et essentiel des sociétés humaines » (c’est le titre même du livre d’un des physiocrates, Mercier de la Rivière) qu’il suffit de reconnaître pour que l’évidence s’èn impose et nous oblige à nous y

* Le mol de « physiocratic » est composé de deux mots grecs qui veuleol dire préciséuieot • gouveraemeal de La nature ••

PRINCIPES D’eCONOMIE POLITIQUE.

conformer. Inutile donc d’imaginer des lois, règlements ou systèmes : il n’y a qu’à laisser faire.

^ 2® La prééminence de l’agriculture sur le commerce et l’industrie. Pour eux, la terre seule, la Nature, est la source des richesses ; seule elle donne un produit net : les classes

de la société autres que la classe agricole sont des classes stériles.

Le premier de ces principes devait servir de fondement

définitif à tout l’édifice de la science économique en

effet des faits quelconques ne peuvent servir de base à une science qu’autant qu’on a reconnu entre eux des rapports

de (»use à effet, « un ordre essentiel et naturel » et

aussi à toute une politique qui devait durer un siècle et accomplir de grandes choses sous le nom de politique libérale’. ^

Le second, au contraire, bien que réagissant d’une façon heureuse contre les erreurs du système mercantile, était à son tour entaché d’une erreur, comme nous le verrons ci-

après, qui a suffi pour ruiner rapidement l’autorité de cette école.

L’apparition du livre du professeur écossais Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des Nations, en 1776, marque une ère décisive dans l’histoire de l’économie politique et va assurer à l’école anglaise une prééminence incontestée pendant près d’un siècle. Il a valu

à son auteur le titre, un peu exagéré, de père de l’Économie Politique.

Adam Smith rejette le second principe des Physiocrates en rendant à l’industrie sa place légitime dans la production des richesses, mais il confirme et développe magnifi-

‘ Un économiste illustre de la même époque, Turgot, sans partager les erreur de I époque physiocratique, fut le premier à appliquer cette politique d abord comme intendant de Limoges, puis comme ministre de ^uis Xyi : premièrement en décrétant la liberté dee échangée parl’abol’tion des douanes intérieures et droitssurles grains, ensuite en décrétan la liberté du travail par l’abolition des corporaüons.

quement le premier, c'est-à-dire la croyance à des lois économiques naturelles et au laisscr-faire, du moins comme règle de conduite pratique.

11 est d’ailleurs très supérieur aux Physiocrates au point de vue de l’observation des faits et des enseignements à tirer de l’histoire et a su élargir à tel point le champ de la science économique que les bornes n’en ont guère été reculées depuis lui.

Peu de temps après Adam Smith, apparaissent simultanément en Angleterre deux économistes dont les théories, admirées par les uns, exécrées par les autres, vont marquer la science économique d’une empreinte séculaire : — Malthus, dont la célèbre loi sur l’accroissement de la population (1803), bien que ne portant en apparence que sur un pomt spécial, devait avoir un retentissement immense sur toute la science économique; — Hicardo(1817), non moins célèbre par sa loi de la rente foncière et aussi par l’abus de la méthode abstraite et purement déductive.

En France, à la même époque, Jean-Baptiste Say publiait son Traité d’ Économie Politique {\m^) qui brille plutôt par la clarté de 1 exposition, par la belle ordonnance du plan et par la classification des idées, mais qui dans la constitution de la science n’a pas apporté de contributions aussi fécondes que les coryphées que nous venons de nommer. Cependant, traduit dans toutes les langues d’Europe, il a été le premier traité d’économie politique vraiment populaire et a servi plus ou moins de modèle aux innombrables manuels classiques qui se sont succédés depuis lors.

C’est dans ce dernier livre surtout qu’est mis en relief le caractère de science^ naturelle, c’est-à-dire purement descriptive, attribué à 1 Économie Politique. Adam Smith l'avait définie comme « se proposant d’enrichir à la fois le peuple et le souverain », lui assignant ainsi un but pratique. Mais J.-B. Say, corrigeant cette définition, écrit : J’aimerais mieux dire que l’objet de l’Économie Politique est de faire connaître les moyens par lesquels les richesses se forment, se distribuent et se consomment », voulant dire par là dans

14 PRINCIPES ti’ëcdîldiiflE POLIxiQUE.

l'ordre Économique tout va de soi-mème spontanément, automatiquement.

A partir de cette époque, l’Économie Poliliqlie peut êtl’e considérée cbmhtie définitivement constituée sous sa forme classique. Mais elle ne va pas tarder â se diviser en ün grànd nombre d’écoles dont nous allons feoninriàirement indiquer les caractères distinctifs '.

* Pour compléter ce chapitre, ainsi que le chapitre suivant sur t les diverses Écoles », nous renvoyons à noire livre Histoire des Doctrine* Économiques depuis les Physiocrates jûsqù'u nos jours^ en collaboration avec M. rtist — et, plus sominairemedl, aux références indiquées dans notre Cour* di* Economie Politique,

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