CHAPITRE II
LES DIVERSES ÉCOLES ÉCOîjOMIQÜES
Les écoles au point de vue de la méthode.
On appelle « méthode », dans lë langage scientifique, le chemin qu il faut suivre pour arriver a la découverte de là vérité.
La méthode déductive part de ceriaiues données générales, admises comme indiscutables, pour en déduire, par voie de raisonnement logique, uue série indéfioie de propositions. La géométrie peut être citée comme type des scieuces qui ertiploient la méthode dédiictiVe. On peut citer aussi, comme exemple familier à dés étudiants en droit, le Droit lui-même, surtout le droit romain dans lequel on voit le jurisconsulte, partant de quelques principes posés par la loi des Douze Tablés ou parle jus (jentium, construire tout ce prodigieux monument qui s’appelle les Pandectes. On l’appelle aussi rtiéthode. parce qu elle s’efforce de simplifier les
phénomènes en les réduisant au seul élément qu’on veut, étildier et en écartant tous les autres.
La méthode est celle qui part de l’observation de certains faits particuliers pour s’élever à des propositions générales — par exemple, du lait que tous les corps tombent à la loi de la gravitation.
C’est uue grande/fquerelle que de savoir laquelle de ces deux méthodes convient le mieux à la science économique.
!1 est certain que c’est par la méthode déductive que l’économie politique a été constituée. C’est sur un petit nombre de principes, considérés comme, axiomatiques ou ^suggérés par des observations très générales — tels que îjl’accroissement de la population, le rendement non proportionnel de, la terre — que les économistes de l’école classique ontl'dressé les colonnes et la charpente de leur beau monument. Et même, pour construire toute l’écono.mie politique pure, ils se seraient contentés à la rigueur d’un seul principe, à savoir que « l’homme cherche en toute circonstance a se procurer le maximum de satisfaction avec le minimum de peine ». Les économistes classiques ont cherché ainsi à simplifier l’objet de leur étude en considérant l’homme comme un être mû uniquement par son intérêt, homo œconomicus, identique à lui-même en tout pays et en tout temps, et en faisant abstraction de tout autre mobile qui serait perturbateur.
Mais il y a un demi-siècle on a commencé à contester l’efficacité de cette méthode.
L'école nouvelle recommande la méthode inductive^ cellelà même que Bacon a introduite dans les sciences physiques et naturelles depuis quelques siècles et qui a donné de si merveilleux résultats. Dans le domaine ^onomique cette méthode s’appelle aujourd’hui surtout en Allemagne où elle est presque uniquement pratiquée, réaliste. Ellq/renonce à chercher des lois générales^égissant l’homme^abstrait, mais cherche seulement des lois historiques régissant les hommes vivant dans une société déterminée à une époque déterminée. Elle s’enferme dans l’observation patiente et accumulée de tous les faits sociaux, tels qu’ils nous sont révélés — dans leur état actuel, par les statistiques ou les renseignements des voyageurs — dans leur état passé, par l’histoire. Elle s’appelle aussi école historique parce qu’elle prétend que c’est l'histoire qui, en nous apprenant comment se sont formées les institutions économiques et sociales et comment elles se transforment, peut seule nous éclairer sur le vénlable caractère des faits sociaux.
Il en résulte que le double caractère d’universalité et de permanence que l’école classique attribuait aux phénomènes économiques, et qu’elle décorait du nom de lois naturelles, s’évanouit.
Cette méthode est sans doute plus sûre que l’autre puisqu’elle s’abstient de toute généralisation téméraire. Mais estelle aussi féconde? 11 est permis d'en douter. C’est en effet une illusion de croire que l’emploi de la méthode purement inductive puisse jamais être aussi efficace dans les sciences sociales que dans les sciences physiqueset naturelles : et cela par deux raisons.
D’abord parce que l’observation des faits y est plus difficile — bien qu’il puisse sembler paradoxal au premier abord de déclarer plus difficile l’observation des faits qui nous touchent de plus près et à l’égard desquels nous sommes non pas seulement spectateurs, mais acteurs. Mais voilà justement la raison qui nous empêche de les bien voir! — De plus, ils sont infiniment plus diversifiés. Qui a vu un seul hanneton les a tous vus: mais qui a vu un seul ouvrier mineur n’a rien vu. A vrai dire, l’observation des faits économiques et sociaux est une tâche qui dépasse infiniment les forces individuelles et qui ne saurait être que l’œuvre collective de milliers d’hommes réunissant leurs observations, ou des États employant à cet effet les puissants moyens d’investigation dont ils disposent. C’est toute une science nouvelle qui s’appelle la Statistique
De plus, l’observation pure des faits n’aurait jamais donné dans les sciences naturelles le merveilleux résultat que nous admirons sans le secours d’un mode particulier d’observation, pratiqué dans certaines conditions artificielles, et qui s’appelle \’ expérimentation. Or, précisément dans les sciences sociales l’expérimentation directe est impossible. Le chimiste, le physicien, le biologiste même (quoique pour ce dernier ce soit déjà plus difficile), peuvent toujours placer le phénomène qu’ils veulent étudier dans certaines conditions artificiellement déterminées et variables à volonté — par exemple, pour étudier la respiration d’un animal, pla-
PRINCIPES d’économie POLITKJUE.
f'er celui-ci sous la cloche d’uue machidB pueumatiquè et faire variera leur ghéla pression de l’àir. Mais l’économiste, fàt-il même doublé d'un législateur ou d’ün despdte toutpuissant, n’a point cette faculté.
11 doit se contenter en fait d’eXpériméntatlon, si tant èst qu’on puisse lui donner ce nom, de cohipater les résultats donnés par des législations ou des systèmes différents : par exemple en France il regardera ouels sont tes résultats 8U^ le réseau des chemins de fer de l'Etat et sur ceux des grandes compagnies — ou bien ceux du système des retraites pour les ouvriers en Belgique et en Allemagne. Mais les conclusions qu’il pourra eri tirer seront tohjours incertaines et discutables parce que les conditions de part et d’autre he sont jamais tout à fait semblables.
H est obligé d’étudier les faits tels qu’ils se présentent à lui, sans pouvoir les isoler de la trame des faits connexes dans laquelle ils Se trouvent engagés. 11 ne pourrait les isoler que par l’imagination, en supposant que tel ou tel phénomène s’accomplit isolément : de la l’emploi si fréquent chez les écononrtistes et si ridiculisé, quoique à tort, des faits et gestes d’un RobinsOn, Mais il est clair que par là la méthode soi-disant d’expérimentation relombet’ait dans la méthode abstraite qu’elle voulait écarter.
En raillant donc, comme elle le fait, les procédés et les méthodes de l’école déductive, l’école nouvelle montre trop de prétentions et même quelque ingratitude, car, en somme, elle se meut toujours dans les catégories que la vieille école avait posées 1 elle n’a pas refait la science, elle y a seulement apporté un esprit nouveau ; c’est beaucoup, d’ailleurSI Elle-même, de son côté, l’école historique donne prise à la critique en ce que, à force d’appliquer son attentiofa à l’observation des faits et aux variations des peuples et des temps, elle tend trop à verser danS l’érudition et à perdre de vue les conditions générales qüi déterminent partout les [ihénomènes économiques. Elle risque de rester purement descriptive. On aura beau accumuler deS millions de faits, il n’y aura une science que du jour où on aura découvert
entre eux certaines relations. S'il fallait renoncer à découvrir, sous les manifestations changeantes des phénomènes, des rapports permanents et des lois générales, il faudrait renoncer définitivement à constituer l’économie politique cOnihie science ; or, si dangereuses que puissent être pour là science des hypothèses téméraires, elles le seraient infiniment moins que cet aveu d’impuissance (voir ci-dessus, p. o-b). Si justifiées que puissent ^tre, à certains égards, les railleries que l’on a dirigées contre l’homme abstrait, Vhomo œco«(;/HiC2« de l’école classique, il faut bien admettre cegendânt qu’il y a certains caràctères généraux propres à l’espèce humainé. El là meilleuré preuve qu’on puisse en trouver est précisément dans l’histoire, puisque celle-ci nous montre que partout où des sociétés humaines se sont trouvées placées dans des conditions analogues, elles ont reproduit des types similaires : — régime féodal en Europe au XII* siècle et au Japon jusqu’au xix® siècle, formes successives de la propriété et du mariage, emploi simultané des métaux précieux comme monnaie, coutumes funéraires et jusqu’aux contes de fée, comme celui du Petit Poucet que les « Folk-loristes » retrouvent aujourd’hui plus ou moins identique sur tous les points du globe!
Un ne peut donc pas rejeter absolument l’emploi de la’ méthode abstraite et ces « Supposons que... », familiers à l’école de Ricardo et que l’école historique a en horreur. Le labyrinthe des faits économiques est bien trop inextricable pour que nous puissions jamais arriver, par le seul secours de l’observation, à nous y reconnaître et a démêler ces rapports fondamentaux qui constituent la matière de toute science. Ce n’est pas seulement à l’abstraction, mais à limaginaiion, c’est-à-dire a l'hypothèse, qu’il faut faire appel pour porter la lumière dans ces ténèbres et l’ordre dans ce chaos.
La véritable méthode procède par trois étapes ,
1“ Observer les faits, sans idée préconçue, et ceux-là surtout qui paraissent a première vue les plus insignifiants;
2" Imaginer une explication générale qui permette de rat-
iwmrrr
20 PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
tacher entre eux certains groupes de Faits dans dos rapports de causes à effet : en d’autres termes, formuler une hypothèse.
30 Vérifier le bien-fondé de cette hypothèse, en recherchant— sinon par l’expérimentation proprement dite, tout au moins par l’observation conduite d’une façon spéciale — si l’application correspond exactement aux faits.
Du reste c’est ainsi que l’on procède même dans les sciences physiques et naturelles. Toutes les grandes lois qui constituent les bases des sciences modernes — à commencer par la loi de la gravitation de Newton, ne sont que des hypothèses vérifiées. Disons plus même : les grandes théories qui ont servi de base aux découvertes scientifiques de notre temps — par exemple l’existence de l’éther dans les sciences physiques ou la doctrine de l’évolution dans les sciences naturelles — ne sont encore que des hypothèses non vérifiées'.
Le tort de l’école classique, ce n’est donc point d’avoir trop usé de la méthode abstraite, mais seulement d’avoir souvent l’abstraction et l’hypothèse pour la réalité ; par exemple, après avoir supposé son homo œconomicus mû uniquement par l’intérêt personnel — ce qu’elle était en droit de faire — d’avoir cru à son existence réelle et même de n’avoir plus vu que lui dans le monde économique.
Aussi l’école déductive n’est point morte : elle revit au-
< Voir V Introduction à Vétude de la Médecine expérimentale de Claude Bernard el La Science et VUypothèse de M. Poincaré. — Comme Ta fait obocrver Stanley Jevons, dans scs Principles of Science^ la méthode qu’on emploie pour arriver a la découverte de la vérité dans les
sciences est semblable à cHIe qu’emploient inconsciemment ceux qui cherchent l’explication de ces rébus ou de ces langages chiffrés qui figurent à la dernière page des journaux illustrés. Pour deviner quel peut être le sens de ces éni^es, nous imaginons un sens quelconque, puis nous vérifions si en effet il s’accorde avec les chiffres ou les images que nous avons sous les yeux. S'il ne s’accorde pas, c’est une hypothèse à rejeter. Nous en imaginons alors quelqu'autre jusqu’à ce que nous soyons plus heureux ou que nous perdions courage. Le chercheur ne trouvera jamais rien dans les faits, s’il n’a pas déjà dans la tête l'image pressentie de la vérité.
les diverses écoles économiques. îl
jourd’hui dans deux écoles nouvelles qui sont ses filles.
D’abord l’école dite mathématique. Celle-ci considère les relations qui s’établissent entre les hommes en toute circonstance donnée comme des relations d'équilibre, semblables à celles qu’on étudie dans la mécanique mathématique et, comme elles, susceptibles d’être mises en équations algébriques. Pour cela il faut réduire le problème à un certain nombre de conditions données et faire abstraction de toutes les autres, exactement comme on fait d'ailleurs dans la mécanique mathématique. '
L’école psychologique (dite aussi autrichienne d’après la nationalité de ses représentants les plus éminents) s’attache exclusivement à la théorie delà valeur dont elle fait le centre de toute la science économique; et comme la valeur, selon ellé, n’est que l’expression des désirs de l’homme, elle est tout naturellement conduite à réduire la science économique à une étude des désirs des hommes, des causes qui les tendent ou les détendent, c’est-à-dire à une analyse psychologique très subtile. D’ailleurs le vieux principe classique, qu’elle a rajeuni sous le nom de principe hédonistique (d’un mot grec qui signifie plaisir, jouissance) — obtenir le maximum de satisfaction avec le minimum d’effort — n’étail-il pas déjà tout à fait psychologique?
On voit donc que ces deux écoles se servent de la méthode déductive poussée à ses extrêmes conséquences. Toutefois, il faut leur rendre celle justice quelles n’ont pas commis la faute, comme l’avait fait la vieille école déductive, de se laisser prendre au piège de leurs propres spéculations. Elles ne donnent leur principe hédonistique et leurs abstractions que comme des hypothèses nécessaires pour établir la science pure*.
’ « L’économie politique pure, dit M.Walras dans ses Éléments {rÉconomie Politique pure, est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de libre concurrence absolue ». M. Pantaleoni fait même cet aveu, inouï jusqu’ici {Principii di Ec.onomia pur a): • Que l’hypothèse hédonistique et psychologique, d’où se déduisent toutes les vérités économiques, coïncide ou non avec les motifs
^2 PRINCIPES P ECONOMIE PQ}4TJ9ü|Ç.
D’autre part, si la méthode abstraite de Hicardp rpyit dans les écoles mathématique et psychologique,, ou peut dire aussi que la méthode naturaliste de J.'B, Say revjt dao| l’école organiciste qui fait de l’écQppmie politique une aqnexe de l’histoire naturelle et de la biplogie, en assimilant les sociétés humaines à des êtres vivants et toutes leurs institutions à des organes adaptés aux mêmes fonctions, qt transpose ainsi les lois physiologiques en lois sociales, ba Bourse c’est « le cœur », les riches « le tissu adipeux les intellectuels « le système nerveux », les ouvriers les « muscles », etc.
Mais cette dernière école, qui a eu un moment d’éclat, a fort décliné. Bon nombre de sociologues protestent aujourd’hui contre cette assimilation. Herbert Spencer, lui-mécpe, qui avait le plus brillamment développé ces analogies, dans ses Principes de Sociologie, a protesté plus tard contre toute idée d’assimilation entre les organismes vivants et les sociétés humaines.
Les écoles an point de vne des solntions.
Ce n’est pas seulement sur la méthode à suivre, mais plus encore sur le programme d’action, swv \b. politique sociale, comme disent les Allemands, sur les solutions à proposer, que les éronomlstes sont divisés en nombreuses écoles — presqu’aulant que les philosophes. G est incontestablement un signe d’infériorité. Il ne suffit pas de dire, pour se consoler. que l’économie politique n’a guère plus d’un siècle d’existence et que ce défaut passera avec l àge. D'autres sciences qui ne .sont guère plus vieilles, qui ont à peine dépassé une vie d’homme, sont arrivées déjà à constituer un ensemble de principes assez certains pour obtenir l'adhésion
qui déterminent réellement les actions de l'homme... cest là une questiop qui ne touche point k l’exactitude des vérités ainsi déduites ».
presque unanime de tous ceux qui les cultivent. On serait en droit d’espérer le même accord entre économistes, tôt ou lard, si les divergences qe portaient que sur l’observation des phénomènes et l’explication des rapports qui les unissent. Malheureusement ces divergences portent sur les fins a poursuivre, sur l’idéal désirable et sur les moyens propres à les réaliser. Elles ne pourraient donc cesser que le jour où Tunité morale, politique, sociale, du genre humain serait
réalisée.
On peut distinguer dans le mouvement économique contemporain cinq^ écoles ou, si l’on~veut, cinq tendances, assez* nettement caractérisées.
§ 1. — École Libérale.
La première de ces écoles, qu’on appelle parfois classique parce que tous les fondateurs de l’économie politique, les Physiocrates, Adam Smith, Ricardo. J. -B. Sav. Stuart Mill, Igi appartienuent; parfois aussi individualiste parce qu’elle voit dans l^indTvidu à la fois le moteur et le but de l’activité éco- Domioue — et que ses adversaires appellent théoriquement orthodoxe, à raison du caractère un peu dogmatique de ses affirmations et du dédain qu’elle a un peu trop souvent témoigné aux soi-disant hérétiques — a déclaré à maintes reprises n’accepter d’autre qualificatif que celui d'dcole liberale. Il convient donc de lui donner exclusivement ce dernier titre, parce que d’ailleurs il la caractérise fort bien et s’accorde avec la formule fameuse qui lui a servi longlempsde devise : « laisser faire, laisser passer ». Mais est-ce bien « une école »? Sm partisans s en défendent avec hauteur et prélenlenl représenter la science elle-même, lisse donnent à eux-mémes, et leurs ad versaires leur concèdent même le plus souvent, le titre de « économistes » tout court. Il est vrai que les origines de celte école se confondent avec^ celles de la science économique elle-même. Sa doctrine est fort simple et peut se résumer en trois points :
1® Les sociétés humaines sont gouvernées par des loisna-
24 PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
turelles que nous ne pourrions point changer quand même nous le voudrions, parce que ce n’est pas nous qui les avons faites, et que d’ailleurs nous n’avons point intérêt à les modifier quand même nous le pourrions, parce qu’elles sont bonnes ou du moins les meilleures possibles La lâche de l’économiste se borne à découvrir le jeu de ces lois naturelles, et le devoir des individus et des gouvernements est de s’appliquer à régler leur conduite d’après elles.
2® Ces lois ne sont point contraires à la liberté humaine . elles ne sont, au contraire, que Vexpression des rapports qui s'établissent spontanément entre les hommes vivant en société, partout où ces hommes sont laissés à eux-mêmes et libres d'agir suivant leurs intérêts. En ce cas, il s’établit entre ces intérêts individuels, antagoniques en apparence, une harmonie qui constitue précisément l’ordre naturel, lequel est de beaucoup supérieur à toute combinaison artificielle que l’on pourrait imaginer.
3» Le rôle du législateur, s'il veut assurer l’ordre social et le progrès, se borne donc à développer autant que possible ces initiatives individuelles, à écarter tout ce qui pourrait les gêner, à empêcher seulement qu’elles se portent préjudice les unes aux autres, et par conséquent V intervention de l’autorité doit se réduire à îin minimum indispensable à la sécurité de chacun et à la sécurité de tous, en un mol & laisser faire* .
Une telle conception ne manque, certes, ni de simplicité, ni de grandeur. Quelle que soit la destinée qui lui soit ré-
1 Les lois qui président au capital, au salaire, à la répartition des richesses sont aussi bonnes qu’inéluctables. Elles amènent l’élévation graduelle du niveau humain • (Leroy-Beaulieu, Précta d' Economie Politique).
» >. Nous disons qu’il sufllt de les observer (ces lois naturelles!, en aplanissant les obstacles naturels qui s'opposent k leur action, et surtout en n’y ajoutant point les obstacles artificiels, pour que la condition de l’homme soit aussi bonne que le comporte l’état d’avancement de soa connai.ssances et de son industrie. C’est pourquoi notre évangile se résume en ces quatre mots : « laisser faire, laisser passer ». (De Molinarl, Les lois naturelles).
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servée, elle aura du moins le mérite d’avoir servi à constituer la science économique et si d’autres doctrines doivent la remplacer un jour, elle n’en restera pas moins le fondement sur lequel celles ci auront bâti.
Mais voici les critiques qu’on peut adresser à celte doc*
Irine :
\ “ La première, c’est une tendance très marquée à Voptimisme, tendance qui paraît inspirée beaucoup moins par un esprit vraiment scientifique que par le parti pris de justifier l’ordre de choses existant. Elle s’est surtout manifestée dans r^le française. Elle est d'ailleurs inévitable étant donné le point de départ. Si en effet l’intérêt individuel est le seul mobile d’action, il fautbien admettre que les intérêts individuels sont finalement convergents car, sans cela, toute vie sociale serait impossible. Et sans doute, quand on considère l’organisation économique d’une société et les institutions qui en sont le fondement, on est autorisé à conclure qu’elles sont bonnes par certains côtés, puisqu’elles démontrent suffisamment, par le fait même de leur existence et de leur durée, une valeur au moins relative : on est même autorisé à conclure qu’elles sont naturelles en ce sens qu’elles sont évidemment déterminées par la série des états antérieurs qui leur ont donné naissance; mais on n’est nullement autorisé à conclure qu’elles sont les meilleures possibles. Celte conclusion est tout à fait irrationnelle.
2“ L’idée que l’ordre économique existant est l’ordre nor turel, en ce sens qu’il est le résultat spontané des lois naturelles et de la liberté etque par conséquent il est, sinon tout ce qu’il devrait être, du moins tout ce qu'il peut être, ne paraît pas plus exacte. L'histoire montre que très souvent cet ordre est le résultat, soit de faits de guerre et de conquête brutale (par exemple, l’appropriation du sol de l’Angleterre et de l’Irlande par un petit nombre de landjords a pour origine bislorique la conquête, l’usurpation ou la confiscation), soit de lois positives édictées par certaines classes de la société à leur profit (lois successorales, lois fiscales, etc.). Si donc le monde était à refaire et s’il pouvait être re- Gids. — Èc. POL. 2
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
fait dans des conditions de liberté absolue, rien ne prouve qu’il fût semblable à celui qui existe aujourd'hui.
3® Enfin, quand bien même l’ordre existant serait l’ordre naturel, on ne serait pas davantage autorisé à conclure que les faits et les institutions économiques actuelles doivent avoir un caractère de permanence et d’immutabilité. C’est là un pur sophisme, pour ne pas dire un jeu de mots. Si au contraire, comme tend à le croire la science contemporaine, la loi naturelle par excellence est celle de l’évolution, alors il faudrait dire que les lois naturelles, bien loin d'exclure Vidée de changement, la supposent toujours. Si nous prétendons, par exemple, que le salariat doit disparaître, parce que de même qu’il a succédé au servage et à l’esclavage, de même il sera remplacé à son tour par la coopération ou tout autre état innommé, on peut sans doute critiquer cette argumentation, mais on ne peut prétendre qu’elle soit en contradiction avec les lois naturelles, puisque ces mêmes lois font succéder sur une même plante la fleura la graine et le fruit à la fleur.
Et non seulement les faits et les institutions économiques peuvent changer, mais encore notre volonté n'est certainement pas impuissante à déterminer ces changements. En fait, cette volonté s’exerce tous les jours sur les faits de l’ordre physique, et de la façon la plus efficace, pour les modifier suivant nos besoins, et cette action raisonnée de l’homme sur les phénomènes naturels n’est nullement incompatible avec l’idée de loi naturelle : elle lui est au contraire intimement liée*.
Sans doute, il est certains faits qui échappent, par leur immensité ou leur éloignement, à toute action de notre part, tels que les phénomènes de l’ordre astronomique ou géologique ou même météorologique : nous n’avons ici qu’à les subir en silence et notre faculté de prévision ne saurait nous
Comme le dit spirituellement M. Espinas {Sociétés animales) : « Si l’activité humaine était incompatible avec l’ordre des phénomènes, il teudrait considérer comme un miracle le fait de faire cuire un œuf »
les ItïVE'îSES ÉCOLES ÉCONOMIQUES.
nermetlred’échapper au choc d’une comète ou à un tremblement de terre — mais que d’autresdomainesou notre science est auasi-souveraine! La plupart des composés de la chimie inorganique, et les plus importants, ont ete créés par le savant dansson laboratoire. Quand on voit 1 éleveur de be ail dans ses étables, l’horlicnlleur dans ses jardins, modifier sans cesse les formes animales ou végétales et créer des races nouvelles, il semble que la nature vivante se laisse pétrir aussi docilement que la matière inerte. Même les phénomènes atmosphériques n’échappent pas absolument à l’empire de l’industrie humaine: celle-ci émet la prétention, Dar des défrichements ou des reboisements appropriés, de modifier le régime des vents et des eaux et, renouvelant le miracle du prophète Élie, de faire descendre a son gré du
ciel la pluie et la rosée 1 ^
A plus forte raison, notre activité peut-elle s exercer sur
les faits économiques, précisément parce que ce sont des faits de l’homme et que nous avons immédiatement prise sur eux Sans doute, icicoramedansle domaine des phénomènes physiques, cette action est renfermée dans certaines limites que la science cherche à déterminer et que tous les hommes, soit qu’ils agissent individuellement par des entreprises privées, soit qu’ils agissent collectivement par des règlements législatifs, devraient s’efforcer de respecter. G est le cas de répéter le vieil adage de Bacon : Naturæ non imperaïur nisi parendo (pour gouverner la nature, il faut commencer par lui obéir). L’alchimie s’efforçait de convertir le plomb en or: la chimie a abandonné cette vaine recherche depuis qu’elle a constaté que ces deux corps sont des éléments simples ou du moins irréductibles, mais elle n a pas renoncé à convertir le charbon en diamant, parce qu elle a constaté qu’il n’y a là qu’un même corps sous deux états différents. L’utopiste torture inutilement la nature pour lui demander ce qu’elle ne peut lui donner: l’homme de science ne Im demande que ce qu’il sait être possible. Mais la sphère de ce possible est infiniment plus vaste que ne le pensait 1 école
classique.
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PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
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§ 2. — Écoles Socialisleê.
L’école socialiste est aussi ancienne que l’école classique:
on peut môme dire que chronologiquement elle l’a précédée,
car il y a eu des socialistes longtemps avant qu’on connût des économistes. Cependant ce n’est qu’après que la science économique a pris un caractère scientifique que le socialisme s’est affirmé parle fait môme de son antagonisme avec elle. Les doctrines de cette école ayant surtout un caractère critique et étant très divergentes, il est beaucoup plus dilficile de les formuler que celles de l’école précédente. Voici cependant comment on peut les résumer:
1» Toutes les écoles socialistes ont ceci de commun qu’elles considèrent l’organisation dessociétés modernes commeentachée de certains vices inrurables ou tout au moins comme portant en elles certains ferments qui doivent entraîner leur fin dans un délai plus ou moins rapproché.
2® Elles voient la cause essentielle du désordre social dans la concentration des biens entre les mains d’un petit nombre d’hommes qui donne à ceux-ci le pouvoir d’exploiter Ik masse en la faisant travailler à leur profit : paum hiimamm mnns vivit.
3® Elles attendent donc un ordre de choses nouveau dans lequel la propriété capitulisle, et son autre face le salariat, seront, sinon complètementabolis,du moinsde plus en plus limités. Et suivant qu’elles se montrent plus ou moins exigeantes sur ce point essentiel, elles peuvent être ainsi classées : les communistes qui veulent la suppression de la propriété privée pour tous les biens; les collectivistes qui réclament la suppression de la propriété seulement pour les biens qui servent à la production ; les socialistes agraires qui se contentent delà suppression de la propriété seulement pour les biens immobiliers, terres et maisons.
Au reste les traits de la société future sont très indéterminés. Les anciens socialistes (Thomas Morus, Saint-Simon, Fourierl, qu’on qualifie dédaigneusement d'utopistes et dont les doctrines sont aujourd’hui assez discréditées, peut-être
les diverses écoles économiques.
troD s’étaierit complu à la construire de toutes pièces d’après quelque idée de justice fl priorf, Us proposaient des IvstèmesXes autres, qui prennent fierement le Utrede socia- \fste\scientifique (les collectivistes) et dont Karl Marx a ^
l'îthifitre chef, se refusentj,^ro£Osefdessj^^
montrer comment la^societé fuTurê se fera]
;r^p.-rr^ême et>-omment elle s’élabore déja sous nos ygu^ iT^tie la^us intéressante et la plus originale de leur thès^e consiste à démontrer que cette société future se trouve déjà contenue, comme à l’état d’embryon, dans le sein e nos sociétés modernes qui seraient mûres pour cet enfante-
40 Ces écoles ne contestent nullement — comme le leur imputaient à tort les économistes afin de les mieux réfuter — rexislence des lois oalurelles : elles s'en emparenl à l'appui de leur thèse. Seulement, tandis que ce mot « loi naturelle » imoliquepourl'écolelibéraleridée de stabilité eld immutabilité ce même mol implique pour l'école socialiste contemporauie l'idée dechangemeul et de transformation indéfinie. Au lieu de se représenter, comme Bastiat, les sociétés humaines semblables aux systèmes planétaires, suspendues dans un équilibre éternelqui neselroublejamais,elleseles représente
à la façon d’une plante ou d'un animal qui, de la naissance à la mort, se transforme sans cesse - et il faut reconnaiire que ce point de vue eslmieuxconformeàl esprit de la science
“L’Se^rxiste non seulement admet les grandes lois He“réconor^iT^ssique, mais encore proclame que les la.ls d^WiTé^^ et plus spécialement en^re ceux relatifs à la production et à la technique indus rielle de. e -
minent tous les jaits sociaux, même les plus « ^ ^
plus élevés dans la hiérarchie, même ceux de 1 ordre politimie moral, religieux, esthétique. Marx a écrit : « t-e changoaùt leur mode de produciionJes h^^e^cha^qLJ^^ feL rapports sociaïïx, Le moulin à bras vous donnera la
le capitaliste industriel ». Et on a voulu expliquer ainsi.
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par des causes puremeotécoDomiques, ravènemeotdu Christianisme ou la Réforme, la Renaissance, les luttes des Guelvoudrf ^ ou des Whigs et des Tories, et tout ce qu’on
Celte doctrine qui a eu un grand retentissement sous le nom de matérialisme historique, contient évidemment une vérité en ce sens que pour faire n’importe quoi, homme doit d abord manger et qu 'ainsi les faits économi- ^ premiers et le fondement sur lequel tout le reste est bâti. Mais autre chose est de dire qu'une certaine infrastructure économique est la base nécessaire de toute civilisalon, autre chose est de dire qu’elle détermine cette civilisation. C est simplement le terrain sur lequel les Hores les plus diverses peuvent s'épanouir. Au reste les socialistes marLtes eux-mêmes ne prennent plus cette doctrine dans un sens absolu et elle n a plus guère^de valeur que comme nroleslatmns cqn tre la méthode idéologique.
En outre la plupart des socialistes attendent la Révolution comme une secousse indispensable pour substituer l’ordre de choses non veau a l’ordre actuel'. De la part dévolutionnistes, celte ^on de voir peut étonner au premier abord • Ils s efTorcent de la justifier en faisant observer que le pro^ cès de 1 évolution s’accomplit souvent par des crises, c’esla dire par le passage brusque et même violent d’un état à
/•!.* Tw socialistes de la première moitié du iix* siè.
de ne faisaient appel qu’à l’union des classes, à la fraternité à l’inW rét mieux compris des classes possédantes ellès-mêmes C’est
oTise ZZt i”‘®’ »^ec la classe bour-
Na. ^ socialisme a pris pour mot d’ordre la lutte des clasies
üo^ viSr- iTluard^î”! “’""P''‘>“® P“® nécessairement la révolu-
quét. des pVdoi S', f" '■
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un autre, témoin la chrysalide qui doit, pour devenir papillon, déchirer son cocon, ou le poussin qui, pour sortir de l’œuf, doit en briser la coquille à coups de bec.
5® Enfin les écoles socialistes sont généralement disposées à étendre autant que possible les attributions des pouvmirs collectifs, représentés soit par l’État, soit par les communes, soit par les associations ouvrières, puisqu’on effet leur but est d’arriver à transformer en services publics tout ce qui est aujourd’hui du ressort de l’entreprise privée.
Notez bien pourtant que le socialisme ne demande l’extension des allribulions de l’Élatque comme mesure transitoire pour transformer les entreprises individuelles en entreprises collectives, mais cela fait, il le supprimera. Car, loin d’être élatisle, il professe le plus grand mépris pour l’État tel qu’il est a ujourd’hui, « l’Etat bourge^ ». comme il l’appelle, c’est-à-dire l’Etat gérant ses intérêts et ses entreprises par les mêmes procédés que les individus. 11 évite même, dans ses plans de réorganisation sociale, de prononcer le mot d’État et il emploie de préférence celui de Société. L’Étal, dans le plan socialiste, devra perdre tout caractère politique pour devenir simplement économique : il ne sera rien de plus que le Conseil d’administration d’une sorte d’immense société coopérative embrassant le pays tout entier. C’esTnar là que le pur socialisme, le socialisme ouvrier (on dit en Allemagne « socialisme démocratique »). se distingue du So- // cialisme d’État que nous allons voir tout à l’heure'. //
1 Entre les diverses écoles socialistes l'Anarchisme se distingue par des caractères si tranchés qu’il faudrait lui réserver une catégorie à part.
Ce mot même de socialiste ne lui convient guère piii.sqii il a au contraire pour caractéristiques rindividualisine à outrance, riioneur de toute régleraenlalion et de toute contrainte. Il apparaît plutôt c.-mme une sorte d’outrance de I ecole libérale, car. comme elle, il veut la parfaite liberté (aussi 8’uppelle-l-il volontiers socialisme lihertaire) et tandis que lecole libérale se contente de réduire au minimum le rôle du lé^dîvlatenr, l'école libertaire supprime toute loi. Celle-ci partage dailleurs le même optimisme etexalle aussi riiannouie des instincts natunds livrés à eux-mêmes.
Mais elle dilfère grandement de i école iiliérale en ce ipielle croit que \n propriété individuelle est incompatible avec la pleine indepetul.iuce de I individu, ou du moins ne peut la donner k l'un sans l’enlever aux autres.
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
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Il est impossible d’apprécier dans ce chapitre la valeur des griefs que l'école socialiste fait valoir contre l’ordre social actuel ; nous les rencontrerons sans cesse au cours de ce livre. Disons cependant, dès à présent, que le rapide essor du socialismê^dans tous les pays s’e.xplique très bien par la part de vérité qu’il contient, et que, en tant que aoctrine critique, il a exercé une intluence plutôt salutaire sur les esprits et les tendances de notre temps '
Mais en tant que doclr'xne positive, c’est-à-dire en tant que plan d’organisation économique destiné à remplacer celui BOUS lequel nous vivons, il n’a pu aboutir. Tous les systèmes proposés autrefois, après avoir recruté quelques disciples enthousiastes, ont été abandonnés ou ne subsistent qu’à l’étatde vagues espérances; et quant au socialisme dit scientifique, il s’est refusé à formuler un plan d’organisation ou même a dû désavouer ceux que de plus^hardis avaient prématurément^esquissés. Nous reprendrons d’ailleurs cette discussion sur le collectivisme au Livre 111.
§ 3. — Socialisme d'Élat. — Du rôle de F État.
Cette doctrine ne se confond nullement avec la précédente. Au contraire elle se présente comme son’^antidote et est généralement aussi bien vue des gouvernants que l’autre l’est des révolutionnaires.
Elle se rattache étroitement par ses origines à Vécole historique dont nous avons parlé dans le chapitre précédent et même se confond avec elle. Celle-ci ne s’était séparée d’abord de l’école classique que par la méthode, mais elle n’a pas tardé à s’en séparer par ses tendances et son programme. Elle a commencé par rejeter absolument le principe caractéristique de l’école libérale, le « laisser faire ». Elle assigne à la science un but pratique : elle considère commeisurannée, du moins quand il s’agit des sciences soriales. la vieille distinction entre l’art et la science et revient par là à la conception des premiers économistes. Elle estime, en effet, que nous ne pouvons songer à modifier
les institutions économiques dans un autre sens que celui y indiaué par l’histoire, mais que dans ce sens-là nous pou- ' %
vons et nous devons le faire, et que par conséquent science Renferme l’art de la même façon que le passé ren- ^
ferme l’avenir. Ce qui est, ce qui sera, ce qui doit être, tout ^
cela est inséparable. Par exemple, tandis que l’école classique considère la propriété foncière, le salariat, comme des institutions définitives dues à des causes nécessaires et générales, l’école historique les considère comme de simples « catégories historiques », dues à des causes diverses, et qui ont affecté des formes très variables suivant les temps et suivant les pays'.
. Précisément en raison du peu d’importance qu'elle attache à la notion de loi naturelle (voir ci-dessus, p. 16), elle en attache une d’autant plus grande aux lois positives épianées du législateur, et y voit un des Facteurs les plus efficaces de révolution sociale*. Elle est donc portée à étendre considérablement les attributions de l’État et ne partage nullement à cet égard les antipathies ou les défiances de l’école libérale.
Cette école a exercé une grande influence dans ces derniers temps, non seulement sur les esprits, mais sur la législation. Le grand mouvement législatif du dernier quart
* Et mieux que celai A en croire l'école historique, le principe hédonistique lui-méme n'est nullement un instinct inné, universel et de tous les temps. Dans les sociétés primitives (et même aujourd'hui là où les mœurs primitives se sont conservées) Thorame n'a point pour principe de vie de rechercher le profit maximum. C’est seulement dans ses rapports avec l'élranper, c'est-à-dire avec l'ennemi (ces deux mots étant synonymes chez les anciens), qu'il Ta appris; et c'est au fur et à mesure que le commerce extérieur s’est étendu jusqu'à englober et à dominer les rapports individuels que la règle féroce du marché (la marche frontière), où l'on n’échangeait que la lance au poing, est devenue la loi des rapports économiques (Voir Brenlano, Une leçon sur l'Économie clas^ sigue^ Revue d'Êconomie Politique^ 1889).
* tt Les lois dont s’occupe l’économie politique ne sont pas des lois de la nature: ce sont celles qu'édicte le législateur. Les unes échappent à la volonté de l’homme, les autres en émanent » (De Laveleye, Éléments d' Économie Politique^ p. 17).
PRINCIPES p’ÉCONOMIE POLITIQUE.
du xix« siècle qu’on appelle la législation ouvrière, le puissant mouvement en faveur d’une réglementation internationale du travail, l’appui moral et souvent pécuniaire prété par l’État à une foule d’institutions sociales, lui sont dus en grande partie. Elle a certainement rendu grand service à la science en élargissant le point de vue étroit, factice, d’une simplicité voulue et d’un optimisme irritant, auquel l’école classique s’était toujours complu. Elle a fait sortir la science de cette abstention systématique où elle s’enfermait et à cette question posée depuis si longtemps par la misère humaine : « Que faire? » elle a cherché une autre réponse qu’un stérile « laisser faire ».
Elle a été utile aussi en démontrant que cette défiance extrême de 1 Etat manifestée par l’école libérale — ne lui laissant guère d’autre rôle que de préparer son abdication progressive — ne paraît pas établie, ni scientifiquement ni historiquement. Le rôle de l’État a toujours été très grand, et, malgré certaines apparences, il va grandissant.
D’abord, c’est l’État qui toujours a fait les lois et c’est la loi qui crée le droit. Or quelle influence n’exercent pas sur les rapports sociaux, même au point de vue purement économique, la Loi et le Droit, par la propriété, par l’hérédité, et par tous les contrats, ventes, prêts, location? On dit, ii est vrai, que l’État ne crée pas les lois ni le droit, mais' se borne à donner une sorte de formule de consécration à ce que les mœurs avaient déjà créé. C’est pour cette raison, disaient les Physiocrates, qu’on dit législateiirs &\.noxi légisfacleurs. Sans méconnaître la part de vérité contenue dans cette doctrine et sans se rejeter dans l’extrême opposé, par exemple dans la doctrine du philosophe Hegel, qui a exercé une si grande influence sur le développement du socialisme d’Etat en Allemagne, à savoir que l’État serait la conscience de la Nation — il est facile de montrer combien cette conception libérale est insuffisante. Quand nous voyons aujourd’hui l’Etat prohiber par des lois l’absinthe, les publications pornographiques, les jeux, pense-t-on qu’il ne fasse que suivre et consacrer les mœurs ?
De plus il ne faut pourtant pas oublier que l’État et si mal organisé qu’il ait été dans le passé a fait, même à s’en tenir au domaine économique, de très grandes et très belles choses que l’initiative individuelle avait été impuissante à réaliser — abolition de l’esclavage, du servage, des maîtrises, réglementation du travail, protection des enfants, établissement des routes, hygiène des cités. Sans doute, ces réformes ont été provoquées d’abord par les individus : comment pourrait-on oublier, dans l’abolition de l’esclavage des noirs, le rôle de Wilberforce et M™« Beecher-Stowe ? et dans la libération des enfants de la fabrique, celui de lord Shaftesbury? Il est évident que l’État ne se met en branle qu’après les individus et qu’il n’agit lui-même que par l’organe d’individus — l’État c’est toujours quelqu’un, héros ou scribe — mais néanmoins c’est par sa puissance que ces bonnes volontés individuelles parviennent à se réaliser.
Il n’y a que deux graves objections contre le socialisme d’État.
La première, c’est que l’État, même lorsqu’il réalise des réformes bonnes en elles-mêmes, ne le peut faire généralementque par la loi, c’est-à-dire par la contrainte. Maisd'abord, dans toute association, même volontaire, il faut bien admettre que les individus doivent se soumettre à la volonté de la majorité. De plus l’État n’agit pas toujours par voie de contrainte en ordonnant ou en défendant de faire ceci ou cela : très souvent il agit par voie d'exemple — ainsi comme patron dans ses chantiers et ateliers; — ou par voie d'aide, quand il crée les routes, les ports, les canau.x, les télégraphes, subventionne certaines industries, telles les chemins de fer, ou des institutions dues à l’initiative privée, telles les sociétés de secours mutuels, caisses de crédit, de chômage, de retraite, ou quand il organise directement certaines institutions pour les mettre à la disposition des intéressés, telles les écoles professionnelles, caisses d’épargne ou d’assurances.
Un second grief sérieux contre le socialisme d’État, c’est que souvent l’État a montré la plus déplorable incapacité en
36 principes d’économie P0UTIQU8.
matière économique et souvent aussi s’est fait l’instrument des partis plutôt que l’organe de l’intérét général. Ce n’est que trop vrai, mais ce sont là des vices tenant moins à la nature de 1 Hat qu’à son organisation. Nous ne voyons pas de raison de principe pour que l’État, qui n’est en somme
qu une association, soit nécessairement inférieur à n’importe
quelle autre de ces sociétés qui prennent de plus en plus le gouvernement économique. Mais en fait il peut y avoir des btats ma organisés pour exercer des fonctions économiques.
I ne faut pas oublier que l’État, même dans les pays les
démocratique (surtout dans ceux-là, faudrait-il direl), n’a été organisé qu'en vue de set
politiques et nullemenl de ses fonctions dcohomtcelles-ci sont subordonnées à celles-là'—
‘ ^■‘“‘^iience des intérêts électoraux quand il
s agit d établir un chemin de ferl). La forme encore embryonnaire de la division du travail dans le gouvernement,
1 arbitraire avec lequel sont distribuées les fonctions publiques, I instabilité du pouvoir, l’organisation grossière du suffrage dit universel, lequel trop souvent ne représente même pas la volonté de la majorité, peuvent rendre l’État actuel ement impropre à poursuivre des fins économiques Mais 11 est permis d’espérer que du jour où l’action écor,« mique de 1 Etat (ou des municipalités) serait mieux séparée de son action politique, elle pourrait devenir plus efficace ^qu elle ne Ta été justju’à ce jour.
Quoi qu’il en soit, celte action tend à se développer par tout pays; nous retrouverons l’intervention de l’État, et les
critiques qu’elle provoque, dans chacune des quatre grandes divisions de ce livre :
Dans la production, l’État entrepreneur d’industrie ou
Bubvenlionnant et contrôlant certaines industries privées-
Dans la a/-c«/gtiow, l’État réglementant le commerce ’in-
lernalional et les banques et fabriquant lui-même la monnaie ;
Dans la répartition, l’État intervenant dans la distributioû de fortunes par les lois sur les propriétés, sur les suo
cessions, sur le prêt à intérêt, sur les fermages, sur les salaires et se faisant à lui-même sa part par l’impôt prélevé sur le revenu de chaque citoyen.
Et même, dans la consommation, l’État prohibant ou contrôlant certaines consommations.
§ 4. — Christianisme Social.
Celle école est subdivisée en deux tendances très divergentes dans leur orientation, quoique ayant le même point de départ, et qui correspondent naturellement aux deux grandes confessions religieuses chrétiennes entre lesquelles se répartissent les pays les plus avancés au point de vue économique.
§1. — L’école catholique croit fermement, comme l’école classique, à l’existence des lois naturelles, qu’elle appelle loii providentielles, et qui gouvernent les faits sociaux aussi bien que les faits de l’ordre physique.
Seulement, elle croit que le jeu de ces lois providentielles peut être profondément troublé par le mauvais emploi de la liberté humaine et que, en fait, c’est précisément ce qui est arrivé : par la faute de l'homme, par le péché d’Adam, le monde n’est pas ce qu’il devait être, ce que Di*‘u aurait voulu qu’il fût. A la diflérence de l’école liberale, elle n’est donc nullement optimiste : elle ne considère point l’ot-dre social comme bon ni même comme tendant naturellement vers le mieux. Surtout elle n’a aucune confiance dans le laisser faire pour rétablir l’harmonie et assurer le progrès, puisqu’elle voit au contraire dans la foi orgueilleuse en la liberté, qu’elle appelle le libéralisme, la véritable cause de la désorganisation sociale,
La véhémence des critiques que l’école catholique dirige contre l’organisation actuelle, contre le capitalisme, contre le profil, contre l’intérêt qu’elle flétrit, comme au Moyen âge, du nom d’usure {usura vorax), contre les sociétés par actions, contre le libre-échange et toutes les formes de l’internationalisme, et surtout contre la concurrence, lui'a valu
Gids. — Éc. Pot,
38 PRINCIPES d’économie politique.
de la part des économistes libéraux le nom de Socialisme catholique. Elle s’en défend cependant très vivement et en effet, malgré certains points de vue qui leur sont communs, elle diffère de l’école socialiste loto orbe: — d’abord, en ce qu’elle ne propose nullement d’abolir les institutions fondamentales de l’ordre social actuel, propriété, hérédité, salariat, mais bien plutôt de les consacrer par l’esprit chrétien;
— ensuite, en ce qu’elle ne croit nullement à l’évolution ni au progrès indéfini de l’espèce humaine et cherche beaucoup moins son idéal dans le futur que dans une renaissance de celles des institutions du passé qui ont procuré aux hommes une vie relativement heureuse, telles que la vie rurale et aussi les corporations professionnelles de patrons et d’ouvriers.
Elle ne se montre pas hostile en général à l’intervention de l’État, qui est « après l’Église, le ministre de Dieu pour le bien », et la réclame même formellement pour assurer aux classes ouvrières le repos dominical, la réglementation du travail et même un juste salaire. Cependant une fraction de l'école catholique se montre non moins opposée que l’école libérale elle-même à l’intervention de l’Étal. El celte question a provoqué même des querelles très vives dans son sein.
C’està celle branche libérale (dans le sens économique de ce mol) de l’école catholique que se rattache l'école de Le Play, dont nous avons déjà parlé à propos de la méthode. Celleci reste néanmoins en communion avec l’école catholique :
— 1* par la part prédominante qu’elle fait au sentiment religieux; — 2® par une certaine méfiance à l’égard de l’évolution, du progrès naturel, et une vive hostilité contre « les faux dogmes » de la Révolution française; — 3’ par l’importance extrême qu’elle attache à l’organisation et à la stabilité de la famille {famille souche), à la conservation du patrimoine et à la liberté de lester. Préoccupée surtout de rétablir l’ordre et la paix sociale, elle espère y arriver par un triple patronage ; celui du père dans la famille, du patron dans l’atelier, de VÈglise dans la société, mais sous la
hOI
condition de devoirs réciproques de la part de ces « autorités sociales ».
L’objection la plus forte que l’on puisse adresser à cette école, en écartant toute controverse qui porterait sur le terrain politique ou religieux, a été formulée, il y a longtemps déjà, par Stuart Mill quand il a dit qu’il n’y a pas d’exemple qu’une classe quelconque en possession du pouvoir se soit jamais servie de ce pouvoir dans l’intérêt des autres classes de la société. Il serait fort à craindre que le patronage des classes dirigeantes, si jamais on se fiait uniquement à elles du soin de résoudre la question sociale, ne fît que confirmer une fois de plus le fait douloureux signalé par Stuart Mill.
§ 2. — L’école protestante n’est pas plus sympathique à l’ordre économique actuel. Elle dénonce aussi la concurrence et la poursuite du profit. Elle accepte la propriété mais surtout comme fonction sociale. Elle croit que le monde devra se transformer radicalement pour se rapprocher de ce « Royaume de Dieu » dont tous les fidèles doivent attendre et préparer déjà sur cette terre l’avènement.
Mais fidèle à ses traditions démocratiques qui font de chaque église protestante une petite république, elle vise à appliquer le même régime dans l’industrie. Elle cherche la solution moins dans l’association professionnelle — que l’expérience du passé ne lui paraît guère recommander et qui lui paraît de nature à développer l’égoïsme corporatif — que dans une autre forme de l’association, celle dite coopérative. Elle voit dans la coopération l’antithèse indiquée de la compétition. Les « socialistes chrétiens », comme on les appelait (les pasteurs Kingsley, Maurice, etc.), ont pris une grande part au mouvement coopératif en Angleterre, au milieu du xix* siècle.
On conçoit facilement d'ailleurs que l’unité de programme se trouve encore moins dans le protestantisme social que dans le catholicisme social. Il y a une droite qui s’en tient au socialisme d’État consei valeur et antisémite, et une gauche qui tend vers le socialisme collectiviste comme assez
conforme aux doctrines de l’Évang^ile. En Angleterre le j socialisme protestant se montre très favorable à la nationalisation de la terre.
§ 5. — Solidarisme.
Dans cette revue, quoique sommaire, nous ne pouvons j passer sous silence une école qui ne date que de quelques j
années mais dont rintluence grandit rapidement : c’est elle I
qui prend pour devise le mot de Solidarité. j
Le fait de la solidarité, c’est-à-dire de la dépendance '
mutuelle des hommes, qui apparaît si clairement dans la ^
division du travail, dans l’échange — et pour ce qui con- ' cerne les générations successives, dans l’hérédité — avait déjà été signalé par Leroux, Bastiat, Auguste Comte. Mais on y voyait une loi naturelle qui n’avait pas besoin du con- ' cours des individus pour opérer et qui d’ailleurs était loin de pouvoir toujours être considérée comme un bien, car la solidarité dans le mal (exemple la transmission des maladies parla contagion ou l’hérédité) est plus visible que la solidarité dans le bien (dans la santé publique, par exemple). Et elle paraissait contraire à la justice qui veut que chacun ne réponde que de ses propres actes.
L’école solidariste au contraire veut que la solidarité, qui n’était qu’un fait brutal, devienne une règle de conduite, un ; devoir moral, voire même une obligation juridique sanctionnée par la loi. Quelle raison en donne-t-elle? C’est que la solidarité, loi naturelle, nous ayant montré clairement que chacun de nos actes se répercute en bien ou en mal sur chacun de nos semblables, et réciproquement, notre responsabilité et nos risques se trouvent énormément accrus. S’il y a des misérables, nous devons les aider : — t® parce que nous sommes probablement en partie les auteurs de leur misère, par la façon dont nous avons dirigé nos entreprises, nos placements, nos achats, ou par l’exemple que nous leur avons donné : et, étant responsables, notre devoir est de les aider; — 2® parce que nous savons que nous ou nos enfants
les diverses écoles économiques. 41
serons exposés à être les victimes de leurs propres maux, leur maladie nous empoisonnera, leur dépravation nous démoralisera : et, par conséquent, notre intérêt bien compris est de les aider.
Il faut donc transformer la Société des hommes en une sorte de grande société de secours mutuels oOi la solidarité naturelle, rectifiée par la bonne volonté de chacun ou. à son défaut, par la contrainte légale, deviendra la justice, où chacun prendra sa part dans le fardeau d’autrui et recueillera sa part aussi du profit d’autrui. Et à ceux qui craignent de diminuer par là l’individualité, l’énergie qui compte d’abord sur soi, \e^self-help, il faut répondre que l’indivi-' dualité ne s’affirme et ne se développe pas moins en aidant autrui qu’en s’aidant soi-même*.
Le solidarisme se distingue du socialisme en ce qu’il maintient ce qu’on appelle les bases de l’ordre social actuel, propriété, hérédité, liberté de disposer, et les inégalités qui en résultent, mais il atténue ces inégalités en liant les faibles aux forts par les mille liens d’associations volontaires. Cependant il admet aussi l’intervention de l’État toutes les fois que, sous forme de réglementation sur le travail, sur les logements insalubres, ou sur les falsifications de denrées, la loi peut prévenir la dégradation des masses, ou même encore quand, par certaines formes d’assurance ou de prévoyance obligatoires, la loi tend à inculquer dans les diverses classes de la nation l’esprit de solidarité. On ne saurait oublier que l’Etat n’est lui-même que la forme la plus antique et la plus grandiose de la solidarité entre les hommes. Sans doute la solidarité n’acquiert toute sa valeur morale qu’autant qu’elle devient voulue, mais la solidarité imposée par la loi peut être indispensable pour préparer le terrain sur lequel s'épanouira plus tard la coopération libre*.
* Vinet, le critique protestaDt, a dit admirablement ; « Pour se donner il faut s'appartenir ».
* M. Léon Bourgeois a cherché à donner une forme juridique au concept un peu vague de la solidarité. Tout homme, dit-il, naft débiteur de la Société en vertu d'un contrat tacite (qu’il appelle un quasi~con~
Cette doctrine a eu le rare privilège de rallier des adhérents venus de tous les points de l’horizon : les fidèles au vieux socialisme idéaliste français de Fourier et de Leroux, les disciples d’Auguste Comte, les mystiques et les esthètes qui s'inspirent de Carlyle, de Ruskin, ou de Tolstoï, ceux qui vont à l’église comme ceux qui sortent des laboratoires de biologie. Mais peut-être doit-elle cette bonne fortune au fait que son programme est encore assez indéterminé. Et c’est pour cela qu'elle n’a fait que peu de recrues dans les rangs des économistes professionnels.
irai) et ce contrat tacite résulte des avantagea collectifs, fruit du labeur de tous, dont il recueille sa part. Il doit donc commencer par payer cette dette — par exemple en contribuant à Tassurance, à l’assistance, à rinstruction de ses frères, et par tous autres modes de contribution à déterminer. C’est seulement après avoir satisfait à celte condition préalable que la liberté économique et la propriété privée pourront se donner libre carrière (Voir La Solidarité par Léon Bourgeois et aussi le volume Essai d'une philosophie de la Solidarité^ séné de leçons faites par des solidaristes en 1902, à l'École des Hautes Études Sociales).
L’objection à cette théorie ingénieuse c’est qu’il ne peut y avoir de débiteurs sans qu’il n’y ait de créanciers. Or, il n’est pas facile de savoir à qui, dans la Société, devra être attribué le titre de créancier ou celui de débiteur.
Et cela importe pourtant! A première vue on pourrait croire que les riches sont les débiteurs et les pauvres les créanciers (puisriu’on les appelle généralement « les déshérités »)• Mais rien n’est moins certain, car il est très possible que l’homme riche ait en réalité beaucoup plus donné à la Société qu'il n’en a reçu — un grand inventeur, par exemple — et qu'in versement l’homme pauvre soit un incapable ou un infirme qui n’a jamais rien donné en échange de ce qu’il a reçu. Dans cette théorie les enfants, par exemple, sont-ils des créanciers ou des débiteurs ?
les besoins et i^ valeur.