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CHAPITRE IX

LE CRÉDIT

Comment le crédit

nest qu’une extension de l’échange.

1 S’il s’agit ilu prêt d'un objet certain que l’emprunteur devra rendre tel quel, prêt d'une maison ou d'une terre (qui s’appelle bail à ferme ou à loyer), prêt d'un cheval ou d'un livre (qui s'appelle prêt à usage), en ce cas la définition que nous avons donnée ne s'applique plus : il n’y a plus d’échange, il y a location ; — mais aussi il n'y a plus de crédit dans le sens propre de ce mot.

elUn’existepas encore : elle devra être produite à cette fin réservé à celle forme parliculièredo ïréUe“l>neTcrtd“l “

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b.oqoes, Miu™ îfs sociéiÆ erS “Zt'i“ordit‘' U

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l’emprunteur, son obligation ne consiste nas seulement, comme celle du fermier ou du locataire à con server la chose prêtée et à l’entretenir en bon éta^pouTîâ

resUtuer au (^rme fixé; il fautqu’aprèsl’avoirutilisée “L U

a dire détruite, il travaille à en constituer une autre équiva lente pour s acquitter au jour de l’échéance. Il faM donc gu II ait grand soi« d'employer cette richease d’une façon Vroducltve. S il a le malheur de la consommer improducu” ement, pour des dépenses personnelles, par exemnle ou même simplement s’il ne réussit pas, par une raisorauelconque, a reproduire une richesse au moins équivalente à Céllé qo, lu. a élé prélée, c’esl la raioo. El de fait rSîrô

de tous les pays et de tous les temps est un véritable martvrologe des emprunteurs qui se sont trouvés ruinés par le

Le crédit est donc un mode de production infiniment plus dangereux que tous ceux que nous avons vus jusqu’à présent et qui ne peut rendre des services que dans les sociétés dont 1 éducation économique est très avancée

Historique du crédit.

De tous les modes d’organisation sociale, le crédit est de beaucoup le plus récent. En effet, sa fonction, telle que nous venons de la définir, est trop compliquée pour avoir pu naître dans des sociétés primitives, car elle suppose, au préalable, 1 accumulation des capitaux sous la forme monnayée. Autrefois pourtant le crédit a été pratiqué sous la forme de prêt de bétail.

dira-t-on, le prêt (sinon la vente à terme) a déjà tenu une grande place dans l’antiquité et au Moven âge? 11 est vrai : mais uniquement comme mode d’assistance entre gens de même famille, de même classe, ou comme mode d’exploitation entre étrangers ou gens de classes différentes» — rarement comme mode de production. Et de là la défaveur qui s’est attachée à si juste litre à cette forme de contrat, les émeutes que celle question des dettes a si souvent provoquées, la remise des dettes si souvent réclamée et parfois accordée par les gouvernements populaires. Les canonistes du Moyen âge, en s’appliquant a dégager du contrat de prêt les cas où il était productif (et où Ils admettaient l’intérêt comme légitime) de ceux où il

* diverses formes de crédit, crédit foncier,

crédit Bgncole, crédit populaire, crédit public, voir le Cours

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6tait im productif (et où ils condamnaient l’intérêt comme usuraire), ne raisonnaient pas si mal qu’on l’a dit et leurs

•'épondaient très bien aux nécessités de leur

Le crédit, en tant que mode de production, n’a véritablement pris naissance que du jour où les richesses futures non encore existantes’ qui constituent son véritable objet' ont été en quelque sorte réalisées et mises dans le commerce sous la forme de titres négociables. Il y a eu là une véritable révolution économique qu’on peut faire dater du xm siècle. Voici comment il faut la comprendre.

Au début, la créance n’est pas conçue en tant que richesse car elle ne porte pas sur un objet matériel, sur une richesse quelconque : cest un lien purement personnel entre le créancier et le débiteur. Selon la forte expression des glossateurs I obligation adhère au corps du débiteur, ossibus hœlet. ht SI le débiteur ne rembourse pas, le créancier ne peut se payer sur ses biens; il n’a point d’objet à saisir, sinon le corps même du débiteur, et voilà pourquoi, comme nous le rappelions tout à l’heure, il peut l’emprisonner ou même le couper en morceaux. Dans ces conditions l'idée de créances transmissibles, c est-à dire de la possibilité de mettre entre les mains de n importe qui un tel pouvoir sur une personne ne peut même pas venir à la pensée.

Mais bientôt — et les jurisconsultes romains ont fait ce grand pas — les créances sont considérées comme des richesses {bona), et uiême on arrive par d’ingénieux détours

a les rendre transmissibles (par la novatio et la litis contestatio)

Cependant cette transmission est restée toujours plus difficile que celle des biens matériels — et encore aujourdhui. d après notre Code civil, la^ cession des créances exige des formalités assez compliquées,' notamment la notification au debiteur.

LE CRÉDIT

quer souvent, devancejtoujours le droit civil et marche en éclaireur, a réaiïsé dès le Moyen âge une double et admirable invention qui consiste à représenter le droit de créance par un titre écrit, une lettre {^lettre de change ou billet à ordre).

Le marchand de Venise, au lieu d’envoyer 1.000 ducats à Amsterdam, remettait ces 1.000 ducats à un confrère de Venise ayant des relations avec Amsterdam et celui-ci lui remettait en échange une lettre ordonnant à son correspondant d’Amsterdam de payer 1.000 ducats à celui qui lui présenterait la lettre. Ainsi le marchand de Venise n’envoyait que la lettre au lieu de monnaie. — Mais au début cette lettre ne pouvait être utilisée que par cêlui à qui elle était adressée. Ce n’estque plus tard^uxv* siècle, qu’on imagina de la rendre négociable par une simple mention au revers de la lettre, un endossement^ .

L’endossement était déjà une merveilleuse simplification.

‘ Les deux principnies formes de titres de crédit sont les suivantes : 1» La lettre de change. Pau), qui a vendu à Pierre écrit ainsi ; « Montpellier le janvier 1908. - A quatre-vingt-dix jours de date, veuillei payer à Jacques, ou à son ordre, la somme de 1.000 francs, valeur reçue en marchandises .. Il ajoute en bas ; « A M. Pierre à Paris .. Il signe : « Paul », et ilia remet à Jacques. Et quand Jacques voudra la transférer Il écrira derrière : Payez à l’ordre de Guillaume. Signé : « Jacques » — El ainsi de suite.

2* Le billet à ordre. Pierre acheteur écrit ainsi : « A quatre-vingt-dix jours de date Je paierai à Paul ou à son ordre, la somme de 1.000 francs valeur reçue en marchandises. — Ce 1” janvier 1908. — Signé : Pierre »’ Le billet à ordre est donc simplement une promesse de payer faite' par le débiteur à son créancier. La lettre de change est plus compliquée : c’est un ordre de payer adressé par le créancier à son débiteur : ordre de payer à qui? non point au tireur, au créancier, mais à un tiers. C'est grâce à cette forme que la lettre de change est spécialement employée pour régler les opérations à distance de lieu à lieu et de pjiysà pays.

C’est chose grave pour le débiteur commerçant que de ne pas payer une lettre de change, que de la laisser protester, comme on dit; il peut de ce fait être déclaré en faillite. Si celui sur qui la lettre de change a été Urce est insolvable, c'est celui qui l'a émise, le tireur, qui est responsable. Et à defaut de celui-ci, c'est l‘un quelconque de ceux par les mains de qui la lettre a passé, et qui y a apposé sa signature pour l'endosser, qui est responsable. La garantie que donne ce litre au créancier est donc parfaite.

P’Wini

^ ® PRINCIPES d’économie POLITIQUE-

mais pourtant c’est encore une formalité et non de peu d importance puisqu’elle entraîne la responsabilité solidaire de tous ceux qui ont signé. On a fait un pas de plus en supprimant même l’endossement et en créant des titres de créance qui peuvent se transmettre simplement de la main à

pièces de monnaie (litres et chèques au

Cette fois le dernier terme est atteint. Et désormais des masses prodigieuses de richesses - non pas précisément tictives, mais futures^ ce qui est bien ditférent — viennent s ajouter à la masse des richesses existantes et vont circuler sous la forme de titres négociables ou au porteur. Ces titres tont 1 objet d un commerce colossal dont on ne pouvait se faire autrefois aucune idée, et les marchands qui ont la spécialité de CO commerce-là s’appellent les banquiers.

Mais quelle utilité si grande peut-il y avoir, demandera-

t-on peut-être, a représenter les créances par des titres négociables?

La VOICI : s’il est très avantageux pour l’emprunteur dans le prêt, ou pour l’acheteur dans la vente à terme, d’avoir un capital à sa disposition pendant un certain temps, à l’inverse il est très désavantageux pour le prêteur d’être réduit à s’en passer pendant le même laps de temps. Un fabricant a besoin tous les jours de faire des achats et de payer des salaires. Il ne peut marcher qu’à la condition de renouveler au jour le jour le capital qui lui est nécessaire par la vente de ses marchandises : mais s’il vend ses marchandises à terme, c est-à-dire sans être payé, il semble qu’il va lui devenir impossible de continuer ses opérations.

Comment faire? On ne peut pourtant, semble-t-il, faire que le même capital se trouve en même temps à la disposition de deux personnes différentes, celle qui l’a prêté et celle qui l’a emprunté? ^

Si, vraiment, on y parvient 1 et c’est précisément le titre négociable qui réalise ce problème en apparence insoluble.

En échangé du capital par lui cédé, le prêteur ou le vendeur a terme reçoit un titre, c’est-à-dire un morceau de

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papier sous diverses formes, billet à ordre, lettre de change, etc., et ce titre représente une valeur qui, comme toutes les valeurs, peut être vendue. Si donc le prêteur veut rentrer dans ses capitaux, rien de plus simple, il lui suffit de vendre, ou, comme on dit, de négocier son titre*.

Comment le crédit permet de supprimer le paiement

en argent.

Que le crédit permette d’ajourner le paiement, cela est évident et résulte de sa définition même. Mais qu’il permette de le supprimer, cela n’apparaît pas aussi clairement, car, dira-t-on, tôt ou tard quand l’échéance sera venue, il faudra bien s’exécuter *.5* Non 1 cela même n’est pas nécessaire!

Voici comment on procède. En premier lieu, on remplace, comme nous venons de le voir, la venteau comptant, c’està-dire l’échange de marchandises contre du numéraire, par la vente à terme ou à crédit, c’est-à-dire par l’échange d’une marchandise contre une créance. La vente à terme en effet

1 Léon Say dit, dans sa préface à la Théorie des changes de Goschen :

« Cette repi*ésentation absolue de la propriété par le titre a fait disparaître toutes les difficultés qui entravaient t*écbange et la transmission es droits. On envoie aujourd'hui, dans une lettre, de France en Angleterre, d’Angleterre au Canada, de Hollande aux Indes et réciproquement, les usines, les fabriques, les chemins de fer, tout ce qui se possède, en un mot. La chose reste immobile, mais son image est sans cesse trans* portée d*un lieu à un autre. C’est comme un jeu de miroirs qui enverrait un reflet au bout du monde. Le miroir s’incline et le reflet va frapper plus haut, plus bas, à droite, à gauche. La chose est dans un lieu, mais on en jouit partout. Qui a le reflet la possède ».

Mais il faudrait ajouter que si le reflet vaut la chose c'est parce qu'il a vraiment une valeur légale. Voir toutefois ce que nous disons p, 381.

< Nous avons vu déjà (p. 316) comment on peut se passer de monnaie par l’emploi du chèque — mais payer avec un chèque c'est payer tout de même, d'autant plus que, comme nous le savons, le chèque suppose toujours une provision, c’est-à-dire une somme d’argent correspondante, tandis qu'ici nous cherchons le moyen de supprimer la monnaie elle-même.

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

Djesl aulne chose que cela : je vous livre ma marchau. dise cl je reçois en échange une promesse de paver représentée par un billelàordre ou une letlre de change

Au heu de payer A en argent, je lui donne un billel sur

, A, au lieu de payer B, lui donne mon billet, B s’en sert

pour payera, etc. jusqu’à Z par exemple. En admettant

que Z se fasse payer par moi, un seul paiement aura suffi

pour liquider 10, 20 ou 100 échanges; mais il peut même

arriver que Z se trouve être mon débiteur pour une raison

quelconque, et en ce cas cet unique paiement se torerâ

^omême supprimé! Toute la série d’échanges aura eu lieu sans emploi de numéraire.

Or la complication extrême des rapports sociaux et le fait que chacun de nous, ou du moins chaque producteur, se trouve tour a tour acheteur et vendeur, rend beaucoup plus facile qu on ne pourrait l’imaginer à première vue l’emploi de ces divers modes d extinction de créances.

Par exemple, je suis avocat, et un de mes "clients, qui est marchand de vins, me doit une somme d’argent. Au lieu de me la payer, il me souscrit un billet. Quand je voudrai payer mon libraire, je pourrai lui donner en paiement ce b llet Sil arrive par hasard que le libraire se fournisse chez le marchand de vins, il n’aura à son tour, pour le payer, qu à lui remettre ce billet.

Soit dans le monde trois pays, ou trois personnes, que nous appellerons A, B, G. Supposons que A est créancier^

B, lequel est créancier pour la même somme de G, lequel à son tour est créancier de A, situation que nous repréinterons par le diagramme suivant :

N’est-il pas évident qu’au lieu de faire faire un circuit

LE CRÉDIT

complet à la somme d’argent due respectivement par ces trois débiteurs à leurs trois créanciers, il est plus simple de tout régler sans débourser un sou?

Mais n’est-il pas bien invraisemblable, dira-t-on /^ut-être, que G soit justement créancier de A et se trouve là, comme à point nommé, pour fermer le cercle? — Sans doute, mais si C n’est pas créancier de A, il sera peut-être créancier de D, de E, de F, de G, de H, etc., etc. ? jusqu’à ce que finalement on arrive à quelqu’un qui se trouvera à son tour créancier de A, et alors le problème sera résolu. Plus il y aura de personnes qui entreront en jeu et évidemmentji/M« il y aura chance de fermer le cercle, de boucler la boucle.

('.'est dans le commerce international tout d’abord, dans réchange de pays à pays, que l’on a appris à recourir au crédit pour se passer de monnaie. Ce furent les difficultés de transporter à de grandes distances de grosses quantités de numéraire qui suggérèrent aux Lombards, croit-on, l’idée de la leltre de change. Voyons comment on s'y prend dans la pratique pour atteindre ce résultat. Supposons que les commerçants français aient vendu pour 10 millions de francs de vin à l'Angleterre : il ont vendu à terme, c’est-àdire qu’au lieu de toucher de l’argent, ils ont tiré pour 10 millions de francs de lettres de change sur leurs débiteurs anglais. Supposons que les Compagnies de houille anglaises aient de leur côté vendu 10 millions de francs de houille aux manufacturiers français et aient tiré valeur égale de lettres de change payables sur la France. Quand les manufacturiers français voudront régler leurs achats, en verront-ils 10 millions en espèces? Non : ils se feront céder tout simplement par les vendeurs de vins les 10 millions de créances payables en Angleterre (il ne leur sera pas difficile de se les procurer, car, comme nous le verrons, il y a des gens appelés banquiers qui ont précisément pour industrie de faire le commerce des lettres de change, c’est-à-dire de chercher le papier payable sur l’étranger pour le céder à ceux qui en ont besoin) et ils enverront alors à leurs créanciers, les Compagnies houillères, au lieu de 10 millions

Pnrxcri'Es d’économie politique.

feront ceux-ci et on aura^^^vihfr ^^^patriotes ». Ainsi la Manche en sens inverse nar de faire traverser

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LE CRÉDIT

Si le crédit peut créer des capitaux.

Le crédit a pris une telle importance dans nos sociétés modernes que l'on est tenté de lui attribuer des vertus miraculeuses. En parlant à chaque instant des grandes fortunes fondées sur le crédit, en constatant que les plus vastes entreprises de l’industrie moderne ont pour base le crédit, on se persuade invinciblement que le crédit est un agent de la production qui peut, tout aussi bien que la terre ou le travail, créer la richesse.

11 y a là une pure fantasmagorie. Le crédit n’est pas un agent de la production : jl estj^ce qui est fort différent, un mode spécial de pcoductio.n, tout comme l’échange, tout comme la division du travail. 11 consiste, comme nous l’avons vu, à transférer une richesse, un capital, d’une main dans une autre, mais transférer n’est pas créer. Le crédit ne crée pas plus les capitaux que l’échange ne crée les marchandises. Comme le dit admirablement Stuart Mill : « Le crédit n’est que la permission d’user du capital d’autrui ».

Ce qui favorise l’illusion, c’est l’existence des titres de crédit. Nous avons vu que tout capital prêté était représenté entre les mains du prêteur par un titre négociable et de même valeur. Dès lors, il semble bien que le prêt ait cette vertu miraculeuse de faire dawa: capitaux d’un seul. L’ancien capital de 10.000 francs qui a été transféré entre vos mains et le nouveau capital qui se trouve représenté entre les miennes par un titre de 10.000 francs, cela ne fait-il pas deux? — Au point de vue subjectif, ce papier est en effet un capital : il l’est pour moi, mais il ne l’est pas pour le pays. Il est clair, en effet, qu’il ne pourra être négocié qu’autant qu’une autre personne voudra bien me céder en échange le capital qu’elle possède sous forme de monnaie ou de marchandise. Ce titre n’est donc point un capital par lui-même, mais il me donne simplement la possibilité de me procurer

PRINCrPBS d'^conchéub POLITIQüE.

un autre capital en remplacement de celui dont je me suis dessaisi. Il est évidcDl d siillcurs (ju6, (jusl que soit l’emploi que je veuille faire de cette valeur que j’ai en portefeuille, que je veuille la consacrer à mes dépenses ou à la production, je ne pourrai le faire qu’en convertissant cette valeur en objets de consommation ou en instruments de production déjà existants sur le marché. C’est avec ces richesses en nature que je produirai ou que je vivrai, non avec des chiffons de papier.

Si tout litre de crédit, c’est-à-dire si toute créance, constituait véritablement une richesse, il suffirait que chaque Français prélâtsa fortune à son voisin pour doubler du coup la fortune de la France et pour l’élever de 200 milliards à 400 milliardsl

Ne peut-on dire du moins que ces titres représentent des richesses [utures? Parfaitement! mais c’est précisément parce qu’elles sont futures qu’on ne doit pas les compter. On les comptera le jour où elles auront pris naissance. Jusque-là, entre les richesses présentes et les richesses futures, il y aura toujours cette différence notable que les premières existent, tandis que les secondes n’existent pas. On ne produit pas et on ne vit pas avec des richesses en e^ér^ce. Autant vaudrait, en faisant le recensement de la population de la France, compter, à titre de membres futurs de la société, tous ceux qui naîtront d’ici à vingt ans.

Mais, si le crédit ne peut être qualifié de productif, en ce sens qu’il ne crée pas les capitaux, il rend cependant d’éminents services à la production en permettant d'utiliser le mieux possible des capitaux existants '.

En effet, si les capitaux ne pouvaient pas passer d’une personne à une autre et si chacun en était réduit à faire valoir par lui-même ceux qu’il possède, une masse énorme de capitaux resterait sans emploi. 11 y a dans toute société

< Nous ne parlons ici, parce que nous sommes dans le livre de la production, que du crédit qui a pour but de faciliter la production, mais il y a aussi un crédit qui a pour but de faciliter la consommation. Seulement celui-là est peu à recommander.

LE CRÉDIT

civilisée nombre de gens qui ne peuvent tirer parti euxmêmes de leurs capitaux, à savoir ;

Ceux qui en ont trop: car dès qu’une fortune dépasse un certain chiffre, il n est pas facile à son possesseur de la faire valoir par ses seules forces — sans compter que trop souvent, en pareil cas, il n’est guère disposé à prendre la peine nécessaire pour cela.

Ceux qui n’en ont pas assez : car les ouvriers, paysans, domestiques, qui ont fait quelques petites économies, ne sauraient donner eux mêmes un emploi productif à ces capitaux minuscules, et pourtant ces petits sous, une fois réunis, peuvent former des milliards.

Ceux qui, à raison de leur âge, de leur sexe ou de leur profession, ne peuvent faire valoir par eux-mêmes leurs capitaux dans des entreprises industrielles : les enfants, les femmes, les personnes qui se sont consacrées à une profession libérale, avocats, médecins, militaires, prêtres, fonctlOQDaires et employés de tout ordre.

Et d’autre part, il ne manque pas de gens, par le monde, faiseurs d entreprises, inventeurs, agriculteurs, ouvriers mêmes, qui sauraient tirer bon parti des capitaux, s’ils en avaient : malheureusement, ils n’en ont pas.

Dès lors si, grâce au crédit, les capitaux peuvent passer des mains de ceux qui ne peuvent ou ne veulent rien en faire aux mains de ceux qui sont en mesure de les employer productivement, ce sera un grand profit pour chacun d’eux et ç)ur le pays tout entier. Or, c’est par milliards que se chiffrent dans un pays comme la France les capitaux ainsi soustraits soit à une thésaurisation stérile, soit à une consommation improductive, et fécondés par le crédit. On a dit avec raison que le,cr^it ay^it. celle vertu de faire passer à \^l actif les capitaux qui étaient à l'état latent. En somme, le crédit joue vis-à-vis des capitaux le même rôle que l’échange vis-à-vis des richesses. Nous avons déjà vu que l’échange, en les transférant d’un possesseur à l’autre, ne les crée pas, mais sert à les mieux utiliser et à mieux utiliser aussi le travail de production (voir ci-dessus, p. 2581.

PRINCIPES d’économie POI.ITIQl'R.

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