CHAPITRE X
DES BANQUES
Les fonctions et l’évolation des banques.
Nous avons vu que l’échange des marchandises était à peu près impossible sans le secours de certains intermédiaires qui sont les marchands. De même, le commerce des capitaux serait impossible sans le secours de certains intermédiaiies qui s’appellent les banquiers.
L’histoire des banques se rattache étroitement à l'histoire du commerce depuis le Moyen âge, et chaque grande banque créée marque une étape nouvelle du développement commercial. Les premières furent celtes des Républiques italiennes : Venise (1400), Gênes (1407). La prééminence commerciale passe à la Hollande et nous voyons alors la grande et célèbre Banque d’Amsterdam (1609), suivie bientôt parcelle de Hambourg et de Rotterdam. Enfin la création delà Banque d'Angleterre en 1694 nous apprend que cette nation va hériter de la suprématie commerciale dans le monde. La Banque de France n'est venue que beaucoup plus tard, au commencement duxix* siècle seulement. Toutefois, en 1716, Law avait fondé une banque, célèbre surtout par sa triste fin.
Les banquiers à l’origine ont été tout simplement des marchands d’argent, des changeurs, comme on dit aujourd’hui. A Londres, au xvii* siècle, c’étaient les orfèvres qui , jouaient ce rôle. Mais tandis que les changeurs n’ont au-
DES BANQUES
jourd’hui qu’un rôle insignifiant — seulement dans les villes frontières ou les grands centres, là où les étrangers ont besoin de changer leur monnaie, — au Moyen âge, la multiplicité prodigieuse des monnaies (chaque seigneur avait le droit de faire battre monnaie) la fréquence des falsifications clandestines, souvent faites par le souverain lui-même, rendaient très important le rôle de ces boutiques où chacun pouvait trouver de la bonne monnaie en payant un agioj En Hollande où venaient s’accumuler, par suite'cf^oh grand commerce, les monnaies de tous les pays, les commerçants avaient un grand avantage à déposer leur argent à la banque d’Amsterdam, celle-ci leur garantissant qu’ils recevraient toujours le même poids d’argent, c’est-à-dire une valeur égale à la somme déposée. On faisait le compte en une monnaie idéale qu’on appelait l'argent de Banque. Aussi un crédit sur la Banque représentait toujours une valeur de 8 ou 10 p. 0/0 supérieure à la même somme en monnaie courante (voir le célèbre exposé d’Ad. Smith, Liv. IV, Ch. 3 sur ce sujet).
Les banquiers sont des commerçants tout comme les autres. Les commerçants opèrent sur des marchandises : les banquiers opèrent sur des capitaux représentés par des titres decrédit ou du numéraire. Les premiers achètent pour revendre, et trouvent leur bénéfice à acheter le meilleur marché possible pour vendre le plus cher possible. Les seconds empruntent pour prêter, et trouvent leur bénéfice à emprunter le meilleur marché possible pour prêter le plus cher possible. Voilà donc les deux opérations fondamentales de tout commerce de banque : emprunter et prêter, et comme ces emprunts se font d’ordinaire sous la forme de dépôts, et ces prêts sous la forme d'escompte, on les appelle ordinairement « banques de dépôts et d’escomptes ».
Il est cépenJant une troisième opération très distincte des deux autres, quoiqu’au tond elle constitue aussi un mode d’emprunt, c’est l'émission de billets. Pourtant cette opération nesl pas esseotiellé aux banques; elle est même, le plus souvent, une fonction exceptionnelle et privilégiée qui Gide. — Éc. Pol. y2
par actions — dont les noms sont si connus du public, le ÇrédiLlynnnÆix, ^& Socie^te Generale, le Comptoir (CEsétend r leurs milliers de succursales sur tous les points de la France et faire aux banques locales, qui sont généralement des entreprises individuelles, une concurrence écrasante. Le même fait se manifeste dans les autres pays et surtout en Allemagne où sept grandes banques exercent leur contrôle sur une soixantaine d'autres banques, qui leur ser-
vent de « filiales et groupent ainsi un capital-action de plus de 2 milliards fr.
Les causes de cette concurrence victorieuse sont les mêmes a peu de chose près, que celles que nous avons déjà signai lées dans les autres domaines (voir La loi de concentration,
prestige d’une puissante maison, la possibilité d abaisser les prix (c’est-à-dire le taux de l’escompte) par la multiplicité des opérations, la sélection de chefs capables par de gros traitements, sauf à se rattraper sur traitements des employés inférieurs qui se consolent par 1 esperance, etc. Néanmoins ici. pas plus que dans les autres branches de la production, il ne faut généraliser et se hâter de conclure à la disparition des petites ou moyennes banques. Celles-ci gardent des attraits sufQsants pour retenir divei-ses catégories de capitalistes et notamment les rentiers Ceux-ci. qui aujourd'hui aiment beaucoup à mouvementée leur portefeuille, y trouvent des conseils plus solides et plus desintéressés quant au placement de leurs capitaux -- et peut-elre un asile plus sûr, parce que plus modeste, contre les investigations du Ose qui menacent plus spécialement les grands établissements de crédit comme représentants du capitalisme et de ce qu’on appelle « l’oligarchie financière ». Il ne semble donc pas que cette concentration du commerce de banque marche vers le monopole (sauf en ce qui concerne 1 émission des billets dont nous parlerons dans le chapitre suivant), pas plusque pour les grands magasins — ni même vers un trust ou un consortium des grandes banques. La concurrence entre celles-ci paraît ass.z active pour garantir les intérêts du public. ®
n'appartient qu’à certaines banques désignées sous le nom '• de « banques d’émission ».
En dehors de ces opérations fondamentales, il en est beaucoup d’autres.
D’abord d'autres modes de prêt que l’escompte, à savoir: le compte courant qui est le prêt pur et simple sur la simple honorabilité de l’emprunteur; Vgvance sur titres qui est au contraire une sorte de prêt sur gage; commandite directe à des entreprises industrielles, opération dangereuse dont les banques en France s’abstiennent généralement mais que les banques allemandes pratiquent sur grande échelle et qui n’a pas peu contribué sans doute à l’essor industriel de ce pays *.
Il 11 y a la grande opération du çhctnQe qui est le commerce // des lettr^ de change sur l’étranger.
TI y a l’émission des valeurs mobilières, c'est-à-dire des actions et obligations des sociétés anonymes et des emprunts d’Etat, qui se chiffrent par milliards chaque année et que le banquier se charge de lancer et de placer.
Dans le commerce de banque, comme dans les autres, la division du travail crée la spécialisation. Certaines banques ne s’occupent que des opérations de crédit proprement dites, certaines autres que des opérations financières qu’on appelait autrefois en France (et encore aujourd’hui en Allemagne) de ce nom tout à fait inintelligible le crédit mobilier. On veut dire que celles-ci s’occupent de fournir* aux entreprises industrielles les capitaux qui leur sont nécessaires.
La loi de concentration ne se fait pas moins sentir dans le commerce de banque que dans le commerce des marchandises. Il est naturel que le même mouvement qui a conduit aux Grands Magasins conduise aussi aux grandes banques. Cela est bien visible en France où depuis trente ans on a vu quelques établissements de banque, sous forme de sociétés
* Il y a aussi le pn'ét hypothécaire fait par les banques spéciales dites banques foncières, voir Le Coure.
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
Les dépôts.
La première opération du banquier, c’est de se procurer les capitaux d autrui. Sans doute il peut bien se servir de son capital propre, ou de ceux plus considérables qui peuvent être réunis par l’association et qui, dans nos grandes sociétés de crédit, peuvent s’élever à des centaines de raillions. Mais SI le banquier ne faisait des opérations qu’avec son capital individuel ou même avec un capital social, il ne ferait que peu de bénéfices : le public lui-même ne retirerait que peu d avantages de ses opérations, nous allons voir pour quelles raisons. Il faut qu’il fasse ses opérai ions avec /’urgent du public et que pour cela il le lui emprunte ». Ce mot dune comedie qui a paru un trait sanglant : « les aflaires c est 1 argent des autres >> n’est, en matière de banques tout au moins, que l’expression de la pure vérité économique.
Mais comment le lui empruntera-t-il? Ce ne sera pas à la façon des Liais on des villes ou des sociétés industrielles qui empruntent à long terme (sous formes de rentes, d’obligations, d actions) les capitaux que leurs possesseurs cher-
d’emprunt exige un taux
^rofi^r y trouver son
proiii. Le que le banquier demande au public c’est le capital circulant, flotüint, qui se trouve'soiis forme de numéraire d^ans la poche de chacun de nous ou dans le tiroir de notre bureau. Il y a dans tous pays, sous celle forme, un capital considérable qui n’est encore fixé nulle part, qui ne fait rien, qui ne produit rien et qui attend le raoraenl de
» Certaines grandes banques même o’emploient iamai# ip..r.
en titres de rente comme une réserve ou une garantie pour leurs clients
d’Anai P**** exemple, de la B mque de France. Quant à la Banque d Angleterre, presque tout son capital consiste en une créance sur l'État
DES BANQUES. 389
s’employer. Le banquier dit au public : « Confiez-!e moi en attendant que vous ayez trouvé l'emploi ; je vous éviterai l’ennui et le souci de le garder et vous le restituerai dès que vous en aurez besoin, à première réquisition : c’est déjà un service que je vous rendrai. De plus je vous en donnerai un petit intérêt, par exemple, t ou 2 p. 0/0 *. Ce sera toujours plus qu’il ne vous produit, puisque chez vous il ne rapporte rien.^ Enfin je vous rendrai encore un troisième service, celui d être votre caissier, de loucher vos revenus, d’encaisser vos coupons eide payer vos fournisseurs sur les indications que vous me donnerez, ce qui vous sera très commode ».
Là où ce langage est écouté et compris du public, les banquiers peuvent se procurer ainsi, à très bon compte, un capital considérable, en drainant, pour ainsi dire, de la circiilalion tout le numéraire qui s’y trouve disséminé : il y a plus de 8. milliards de dépôts en France* et plus de 25 milliards en Angleterre où ils sont beaucoup plus usités. Nous avons dit maintes fois déjà qu’en Angleterre il est d’usage chez tous les gens riches de ne point garder d’argent chez eux et de tout déposer chez leurs banquiers. S’ils ont un paiement à faire à un fournisseur, à un créancier, ils
' 11 pourrait même ne donner aucun intérêt. Certaines banques, telles que la Bauque de France et d’Angleterre, n’en donnent point, en effet, car elles esiiment qu’elles rendent un service suffisant aux déposants; et ce qui prouve bien qu’elles ont raison, c’est que, nonobslaut, elles reçoivent des sommes énormes en dépôt. Bien mieux : autrefois les banques de dépôts, ces anciennes banques dont nous avons cité les noms, se faisaient payer par les déposants un droit de garde, parce qu’en ce temps-
là elles ne touchaient pas à l’argent déposé chez elles et n’en liraient aucun profit.
Mais toutes les banques privées aujourd'hui cherchent à employer productivemenl I argent déposé chez elles : au^si la p'upartont Thabilude de faire bénéficier d un petit intérêt les déposants, afin d'attirer par cette prime la plus grande quantité possible de dépôts. Elles donnent un intérêt un peu plus élevé si le déposant s’engage à ne pas réclamer son argent pendant un certain temps, six mois, un an, cinq ans.
2 Non compris les sommes déposées dans les caisses d’épargne, lesquelles n'ont rien de commun avec les banques, et qui s’élèvent à un chiffre un peu inférieur — 6 milliards.
PRINCIPES d’économie POMTIQUE.
envoient tout simplemeot ce créancier se faire payer chez leur banquier, en lui remettant un ordre de paiement rédigé sur une feuille détachée d’un carnet à souches qui s’appelle
un Chèque. Et cet usage tend à se généraliser par tous pays (voir ci-dessus le Ch. sur le Chèque). ^
Ce sont œs fonds, gardés ainsi dans les Banques pour
‘ 1“'™ Welle le»
L’escompte.
Ce capital une fois emprunté à bon compte par la ban-
nréiàni’** P»"'' maintenant de le faire raloir en le prêtant au public.
Mais comment le prêter ? Le banquier ne peut le prêter à ong terme, sous forme de prêt hypothécaire par exemple ou en commanditant des entreprises industrielles. Il ne doit pas oublier en effet, que ce capital n’est qu’un dépôt chez Im. c est-a-dire qu’il peut être tenu de le rembourse? à première réquisition; par conséquent, il ne doit s’en dessaisir que par des operations à court terme quine lui enlèvent la disposition de ce capital que pour peu de temps et en quelque sorte. le laissent à sa portée et sous son regL’
ces condiHorr'' l'*' “ ‘
mil»!” remplit admirablement. Quand un
rnmerçant avendu ses marchandises à /erw«, suivant usage
du terme, il s adresse au banquier. Celui-ci lui avance la
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jairmia loucher. Le SëpCi en Bannne r,'e.i**^*'^- * deposiUire ne doil hi.»,uieraep™p„„ pîl! K,", “ ", „r«
pour cela. Il en est difTérf^mmpnr i * o accepte même que
sarde el en louche les releous. ^ ““ gn'U le.
DÉS BANQUES
somme qui lui est due pour la vente de ses marchandises, déduction faite d’une petite somme qui constitue son profit, et se fait céder en échange par le commerçant sa lettre de change sur son acheteur. Le banquier serre la lettre de change dans son portefeuille et, au jour fixé pour l’échéance, il l’envoie toucher chez le débiteur; il rentre ainsi dans le capital qu’il avait avancé.
C’est là ce qu’on appelle l’wcompfe. C’est une forme de prêt, disons-nous : en effet, il est clair que le banquier qui, en échange d’une lettre de change de 1.000 francs payable dans trois mois, avance au commerçant 985 francs pour faire toucher à l'échéance les 1.000 francs chez le débiteur, se trouve en réalité avoir prêté son argent (pour une période de trois mois) à 6 p. 0/0 et même un peu plus. Et ce prêt est toujours à court terme, car non seulement les lettres de change négociées par le banquier sont payables à un terme qui dans l’usage, ne dépasse pas trois mois, mais encore ce délai eslun maximum qui, en moyenne, n’estjamais atteint. Les négociants n'ont pas toujours besoin de négocier leurs lettres de change dèsle lendemain du jour où ilsnnt vendu; il est possible qu’ils les gardent un certain temps en portefeuille, il est possible même qu’ils n’aient besoin de les négocier que la veille de l’échéance. La Banque de France ne peut accepter des traites àplus de 90 jours de date mais en fait le délai durant lequel les lettres de change restent dans son portefeuille varie de 21 à 23 jours. Ce n’est donc que pour bien peu de temps que le banquier se dessaisit de l’argent qu’il a en dépôt, puisque à bref délai chaque écu doit rentrer dans sa caisse.
On voit qu’il suffirait que les demandes en remboursement des dépôts fussent échelonnées sur une période de quatre semaines pour que le banquier fût toujours en mesure de faire face aux demandes, grâce à ses rentrées: or, il est peu probable que les demandes de remboursement de dépôts soient si fréquentes, en temps normal tout au moins, il serait donc difficile de trouver une opération de prêt qui se conciliât mieux avec les exigences du dépôt.
Ajoutez que nou seulement l’escompte est un mode de prêt commode, mais encore qu’il est extrêmement sûr, à raison de la solidarité de tous les co-signalaires. En effet, il a'y a pas un seul débiteur, le tiré, comme. on dit; il y en a toujours au moins deux, car à défaut du tiré c’est le tireur qui est responsable. Et s’il passe la lettre de change à un tiers, celui-ci, en cas de non-paiement, devient responsable aussi. En sorte que la situation est la môme que si le débiteur avait autant de cautions qu’il y a eu de porteurs de la lettre, en comptant celui qui l’a émise. Donc plus elle circule, plus elle se couvre de signatures — parfois il faut mettre des rallonges en papier parce qu’il n’y a plus de place pour les mettre — et mieux sa valeur est garantie. La Banque de France exige trou! signatures, c’est-à-dire qu’en dehors du tireur et du tiré, il faut un endosseur — généralement c’est une banque qui joue ce rôle. Or, les pertes pour la Banque de France résultant des effets non payés (en souffrance, comme on dit), n’atteignent pas, année moyenne, 5 millions fr. sur près de 13 milliards fr. d’escomptes, c’est-à-dire moins de 4 centimes par 100 francs !
Néanmoins, en temps de crise, il est évident que le banquier a certains risques à courir. Si tous les déposants se précipitent pour venir réclamer leur argent le même jour, la banque sera assurément dans l’impossibilité de les satisfaire, puisque son argent ou plutôt /cwr argent est en train de courir le monde. Il est vrai qu’il ne tardera pas à rentrer, mais enfin, entre les capitaux empruntés parla banquesous forme de dépôt et ceux prêtés par elle sous forme d’escompte, il y a toujours celte différence que les premiers peuvent lui kre réclamés sans délai, tandis qu’elle ne peut réclamer les seconds qu’uM bout d’un certain temps, et cette différence pourrait suffire, à un moment donné, pour entraîner la faillite de la Banque.
Mais ce danger si problématique est-il une raison suffisantp pour empêcher les banques de faire valoir les capitaux déposés chez elles et pour les obliger a les garder intacts comme un véritable dépôt, à l’instar des vieilles banques de
DBS BANQUES.
Venise ou d’Amsterdam ? Certainement non. Tout le monde se trouverait fort mal de cette rigueur :
1® Les déposants eux-mêmes tout d’abord : car il est clair que si la banque devait garder leur argent dans ses caves sans l’employer, bien loin de pouvoir les bonifier d’un intérêt, elle devrait leur faire payer au contraire un intérêt poui ses frais de garde, comme les banques anciennes. Mieux vaut donc pour les déposants courir le risque d’attendre quelques jours leur remboursement que d’être obligés de garder chez eux leur argent improductif ou de payer pour qu’on le leur garde.
2® Le pays lui-même : car la fonction sociale des banques consiste à réunir les capitaux, qui étaient improductifs sous forme d’argent de poche ou de réserve, pour en faire un capital actif et productif, mais cette fonction deviendrait impossible évidemment dujour où elles ne pourraient plus employer leurs dépôts.
Aussi les banques n’hésilent-elles pas à faire emploi des sommes à elles confiées. Seulement elles ont soin, pour faire face aux demandes qui pourraient se produire, de conserver toujours une certaine encaisse.
Aucune proportion ne peut être établie a priori entre le montant de l’encaisse et celui des dépôts (voir ci-après L’organisation des banquets). Une banque doit avoir une encaisse d'autant plus considérable que son crédit est moindre, que les gros dépôts sont plus nombreux, et elle doit surtout renforcer son encaisse au moment des crises commerciales, à l’approche des émissions de rentes ou d’obligations, en un mol dans toutes les circonstances où elle peut prévoir que les déposants auront besoin de leur argent.
Nous avons dit que l’escompte n’est pas la seule façon dont les banques emploient leurs capitaux. Elles les prêtent encore :
i®Sous la forme d'avances sur titres, c’est-à-dire en se faisant remettre en gage des valeurs mobilières et en prenant la précaution de ne prêter qu’nne somme assez inférieure à la valeur réelle de ces valeurs. Ces avances sur
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PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
titres conslitueot une des opérations très importantes de la Banque de France (près de 3 milliards fr.);
2® Sous forme de crédits qu’elles ouvrent à leurs clients. On dit qu’elles sont avec eux en compte-courant quand elles leur permettent de retirer de chez elles plus d’argent qu’ils n en ont déposé, ce qui équivaut évidemment à leur consentir un prêt. Toutefois, comme cette façon de prêter « à découvert », comme l’on dit, est fort dangereuse et n’offre aucune garantie réelle, comme elle exige de la part du directeur de la banque une appréciation très exacte de ce que vaut chacun de ses clients, certaines banques s’y refusent. Les règlements de la Banque de France la lui interdisent absolument.
L'émission des billets de banque.
^ L’intérêt d’un banquier, comme de tout commerçant, c’est d étendre autant que possible ses opérations. En les doublant il doublera ses bénéfices. Comment faire donc pour les développer le plus possible?
Si le banquier pouvait créer ex niltilo des capitaux sous forme de numéraire, au lieu d’attendre patiemment que le public voulût bien les lui apporter, il est clair que ce serait un procédé infiniment avantageux pour lui.
Or, comme il a fallu attendre quelques siècles que le public prît l’habitude de venir apporter son argent, des banquiers eurent l’idée ingénieuse de créer de toutes pièces le capital dont ils avaient besoin en émettant de simples promesses de payer, des billets de banque, et l’expérience a prouvé que le procédé était bon *. Il a admirablement réussi.
* C’est à Palmstruch, fondateur de la Banque de Stockholm, en 1656 que l’on attribue cette ingénieuse invention. *
Les anciens banquiers d'Italie et d’Amsterdam et les orfèvres de Londres au XVII' siècle émettaient bien des billets, mais ces billets représentaient simplement le numéraire qu’ils avaient en caisse; c’étaient des récépissés de dépôt, non de véritables billets de banque.
DES BANQUES. 395
En échange des effets de commerce qui leur sont présentés à l’escompte, les banques, au lieu de vous donner de l’argent, vous remettent donc leurs billets. Mais on peut s’étonner que le public accepte cette combinaison. Voici un , commerçant qui vient faire escompter une lettre de change de 1.000 francs et il reçoit tout simplement en échange un autre titre de crédit, à savoir un billet de banque de 1.000 francs. « A quoi cela me sert-il ? pourrait-il dire. C’est de l’argent qu’il me faut, non des créances ; créance pour créance autant aurait valu garder celle que j’avais dans les mains! » — Mais qu’il réfléchisse que quoique le billet de banque ne soit qu’un titre de créance, tout comme la lettre de change, il représente pourtant un titre de créance infiniment plus commode. Il est très supérieur en effet aux titres de crédit, et notamment à la lettre de change, parles caractères suivants :
1® Il est transmissible an porteur, comme une pièce de monnaie; — tandis que la lettre de change est soumise aux lormalités et aux responsabilités de l’endossement.
2® Il est payable à vue, c’est-à-dire quand on veut: c’était même autrefois inscrit en toutes lettres sur le billet — tandis que l’effet de commerce n’est payable qu’à un terme déterminé.
3® Précisément parce qu’il est payable à vue, il ne peut donner lieu à escompte ni à intérêt — et il en résulte que sa valeur reste toujours la même et n’est pas sujette à varier, de même que celle de la monnaie, tandis que les effets de commerce, n’étant payables qu’à terme, valent plus ou moins selon que l’on est plus ou [moins rapproché du terme.
4*1/ reste toujours exigible — tandis que les titres de créance sont prescriptibles par un certain laps de temps.
0® Il a une valeur ronde, en harmonie avec le système monétaire, 30 ou 1 00 ou 1 .000 francs — tandis que les autres titres de crédit, représentant une opération commerciale, ont en général une valeur fractionnaire.
6® Il est émis et signé par une banque connue dont le nom est familiers tout le monde, même au public étranger aux affaires, telle que la Banque de France, par exemple — tan-
dis que les noms des souscripteurs dune lettre de change ne sont connus le p us souvent que par les personnes qui sont avec eux en relations d’affaires ^ ^ ^
Toutes ces considérations font que le billet de banqoeest en réalité accepte par le public comme argent comntant* c est une monnaie de papier fiduciaire (voir p 303) ^ Généralement les banques trouvent de grands avantages a l'emission des billets : - dune part, elles se proJZt par la les ressources necessaires pour étendre indéfiniment eurs opérations, dans les limites cependant que la prudence eur commande et que nous examinerons tout à l’heure* — autre part, ce capital, qu’elles se procurent ainsi sous forme de bil ets, est bien plus avantageux que celui qu’ellesse procurent sous forme de dépôts, puisque celui-ci leur coûte^gé- 2 ’ comme nous l’avons vu, un intérêt de i ^ou
quecelui-lane leur coûte rien, sauf les frais de fabrication qui sont de peu d’importance.
Maison ne peut se dissimuler que si cette onérafirm pci susceptible de procurer de beaux bénéfices aux banques eUe est faite aussi pour leur créer de graves danger^ En effet, le montant des billets en circulation qui peuvent à tout instant être présentés au remboursement représente une dette immédiatement exigible, tout comme celle résultant dL
banque S6 tcouve exposée désormais a un double péril : elle a à répondre à la fois du remboursement de ses dépôts et du remboursement de ses billets. bi la nécessité d’une encaisse s’imposait déjà uuand la
n^dirr^K^ rembourcemet d'e ses dé
pôts. e e sera bien plus urgente quand la banque ajoutera
de ses billets en circulation! On comprend donc que, dans
faniT aux banques, quand elles vouent faire 1 émission, l’obligation de garder toujours une cer-
^ prudence le commande. Mais, d autre part, comme l’arcrant nui i
DES BANQUES
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caves ne rapporte rien, l’intérêt des banques les pousse à réduire leur encaisse au minimum. Si la Banque de France était une banque tout à fait privée, il est certain que les actionnaires protesteraient contre l’immobilisation dans ses caves de plus de cinq milliards de numéraire et demanderaient qu’on les employât à des commandites ou à toute autre opération lucrative.
Des différences entre le billet de banque et le papier-monnaie.
Ils se ressemblent si bien que le public ne comprend guère cette distinction. L'un comme l’autre tient lieu de monnaie. Même le billet de banque, en France et en Angleterre, a cours légal, tout comme la monnaie d’or. — Pourtant le bijlet de banque est distinct du papier-monnaie émis par l’Etat, et il lui est supérieur par trois caractères :
1® D’abord en principe le billet de banque est toujours remboursable, toujours convertible en espèces au gré des porteurs — tandis que le papier-monnaie ne l’est pas. Celui-ci a bien l’apparence d’une promesse de payer une certaine somme, et en fait on peut bien espérer qu’un jour l’Etat revenu à meilleure fortune remboursera son papier; mais cette perspective plus ou moins lointaine ne peut guère toucher ceux qui reçoivent ces billets, car d’ordinaire ils n’ont pas l’intention de les thésauriser;
2® Ensuite le billet de banque est émis au cours d'opérations commerciales et seulement dans la mesure où ces opérations l’exigent, généralement pour une valeur égale à celle des lettres de change qui sont présentées à l’escompte -Ztandis que le papier-monnaie est émis parle Gouvernement pour subvenir à ses dépenses, et cette émission ne connaît dès lors d’autres limites ni d’autres freins que les nécessités financières du moment;
3®.-Eofin, comme le nom l’indique assez, il est émis par Gidk. — Éc. PoL. 23
398 PRINCIPES d’économie politique.
une banque, c’est-à-dire par une société ayaot pour uaique objet des opérations commerciales et pour principal souci de ménager son crédit — tandis que le papier-monnaie est toujours émis par un État.
Ainsi donc le billet de banque ne doit pas être confondu avec le papier-monnaie. Cependant il peut arriver qu'il s’en rapproche jusqu’à se confondre presque avec lui, en perdant tout ou partie des caractères que nous venons de signaler :
1® Il est possible d’abord que le billet de banque reçoive cours forcé, c’est-à-dire cesse d’être remboursable, du moins pour une période plus ou moins longue. Cette éventualité s’est réalisée bien souvent a des époques de crise, pour les billets de presque toutes les grandes banques*.
En ce cas, il reste encore entre le billet de banque et le papier-monnaie les deux autres différences que nous avons indiquées et principalement la deuxième : à savoir que la quantité émise n’est pas indéfinie ni fixée d'une façon arbitraire, qu’elle se trouve réglementée par les besoins mêmes du commerce. C’est une très sérieuse garantie.
2® 11 est possible encore que non seulement le billet de banque reçoive cours forcé, mais qu’au lieu d’être émis au cours d’opérations commerciales, il soit émis à la seule fin de faire des avances à l’État et de lui permettre de payer ses dépenses. Voici, en ce cas, comment les choses se passent. L’Etat a besoin d’argent, il dit à la banque : « Fabriquezmoi quelques centaines de raillions de billets que vous allez me prêter et je vous dispenserai de l’obligation de les rembourser en imposant le cours forcé». C’est, par exemple, ce qui eut lieu pendant la guerre franco-allemande en 1870. Le
. 1 II faut se garder de confondre le cours légal avec le cours forcé. Un bUlet a cours légal quand les créanciers ou les vendeurs n'ont pas le droit de le refuser en paiement. — Un billet a cours forcé quand les porteurs n'ont pas le droit de demander à la Banque son remboursement en monnaie. — Le cours forcé suppose toujours le cours légal, mais la réciproque n’est pas vraie. Les billets de banque ont cours légal en France et en Angleterre, mais ils n'avaient pas cours forcé et même à ce jour ils ne l’ont point en Anglelerre. Mais en France et en Allemagne le cours forcé a été établi dès le début de la guerre.
DES BANQUES
Gouvernement emprunta à la Banque à diverses reprises une somme totale de 1.470 millions, mais, pour rendre cet emprunt possible, il commença par décréter le cours forcé.
Én ce cas, la deuxième garantie disparaît à son tour. L’émission des billets n’a plus d’autre limite que les besoins de l’État, et alors le billet de banque ressemble tout à fait, il faut l’avouer, au papier-monnaie.
Pourtant, même alors, la troisième garantie demeure, à savoir la personnalité de l’émetteur, et, à elle seule, elle suffit encore pour que le billet de banque soit beaucoup moins sujet à se déprécier que le papier-monnaie. L’expérience l’a si bien prouvé que les États ont en général renoncé à l’émission directe du papier-monnaie pour recourir à l’intermédiaire des banques. Le public, en effet, pense que les banques résisteront autant que possible à une émission de billets exagérée qu’on voudrait leur imposer, car il y va pour elles de la ruine et il croit, a tori:ou a raison, que la sollicitude d'une compagnie financière qui doit veiller sur ses propres intérêts est plus vigilante et plus tenace que celle d’un gouvernement ou d’un ministre des Finances qui n’a à s’occuper que de l’intérêt public.
Monopole on concnrrenceT — Banque d'£tat on Banque privée?
Cette question' ne se pose qu’à propos de l’émission des billets de banque. Quand il s’agit en effet des opérations commerciales des banques, telles <{ue l’escompte, il est bien
< I] ne Tiiut pas confondre la question libre concurrence ou monopoU que nous traitons dans ce Chapitre avec celle de la réglementa^ lion de l'émission que nous traiterons dans le Ch. suivant. Il peut très bien y avoir, comme nous le verrons, libre concurrence des banques avec réglementation très sévère de rémission, ou inversement monopole avec une grande liberté dans l’émission. ^
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vrai que, comme nous l’avons déjà vu, la loi de concentration tend à réduire le nombre des banques, mais néanmoins on est loin encore d’un monopole de fait et bien moins encore sitnge-t-on à investir une seule d’entre elles d’un monopole légal. Au contraire l’intérêt du commerce réclame la multiplicité et la concurrence des banques pour obtenir l’escompte à meilleur marché.
Mais quand il s’agit de l’émission des billets, les choses changent de face. 11 ne s’agit plus ici de l’intérêt des commerçants mais de l’intérêt du public. Il ne s’agit plus d’obtenir des avances dans de bonnes conditions; il s’agit d’obtenir une bonne monnaie de papier équivalente à la monnaie métallique etqui donne autant de sécurité. Or quand il s’agit de 1 émission de monnaie métallique, a-t-on recours à la libre concurrence? Point du tout, car on sait qu’en vertu de la loi de Gresham, la mauvaise monnaie chassant toujours la bonne, cette concurrence vouerait le pays à la plus mauvaise des monnaies fabriquées. La frappe de la monnaie est par tout pays un monopole et, qui plus est, un monopole d Etat. Pourquoi en serait-il autrement quand il s’agit d’une monnaie, comme le billet de banque, destinée à remplacer la monnaie métallique et ayant comme elle cours légal? La diversité des billets est d’ailleurs si incommode qu’on en vient, comme au.x Etats-Unis, à imposer à toutes les banques le même billet et même à le faire fabriquer par l’Étal. C’est ainsi qu’on se trouve conduit d’abord à la Banque d’émission unique, et subsidiairement à la Banque d’Etat.
Le monopole d’émission est déjà réalisé légalement en France, Autriche, Espagne, Belgique, et conféré à une banque plus ou moins privée : en Russie, en Suisse et dans la plupart des Étals de l’Amérique du Sud, il est conféré à une Banque d’Élat. Et même là où le monopole d’émission n’est pas encore pleinement établi, comme en Angleterreet en Allemagne, on y marche. En effet dans ces deux pays quand les banques qui ont conservé le droit d’émission viennent à mourir — les banques ne sont pas plus immortelles que les hommes, ou que, pour une cause quelconque, elles renon-
DES BANQUES
cent à leur droit d’émission — elles ne sont pas remplacées et c’est la Banque d’Angleterre ou la Banque impériale d’Allemagne qui héritent de leur droit d’émission.
Celte marche vers le monopole et même vers le monopole d’État n’est pas, comme on peut bien le penser, vue avec sympathie par les économistes de l’école libérale.
S’il ne s’agissait que de l’émission des billets, si la Banque d’Élat ne devait être, comme l’Hôtel des Monnaies dans chaque pays, qu’un atelier de fabrication de billets de banque, ils l’accepteraient aisément. Mais l’émission des billets ne peut se détacher ainsi des autres opérations de banque avec lesquelles elle est connexe. C’est par l escompte ou le prêt que les billets pénètrent dans la circulation, non autrement. Comment donc une Banque d’Elal pourrait-elle fonctionner sans faire l’escompte? Les billets supposent une encaisse : l’enc-aisse vient des dépôts. Tout se lie. Et d ailleurs c’est bien ainsi que l’entendent les partisans, socialistes ou radicaux-socialistes, de la Banque d État ; ils ne 1 admettent nullement réduite au rôle de guichet d’émission. Ils la veulent entière. Ils la veulent précisément pour lutter contre ce qu’on appelle l’oligarchie financière. Ils la veulent avec l’encaisse qui doit servir de trésor de guerre à l’Etat et avec la puissance que la fixation du taux de l’escompte confère sur tout le mouvement des affaires. Et dès lors nous retrouvons ici les arguments connus contre l’inaptitude de l’Etat à exercer les fonctions industrielles et surtout celles si délicates d’un magistère du crédit. On dira :
!• qu’une Banque d’Étal apportera forcément dans ses opérations des préoccupations politiques beaucoup plus que commerciales, qu’elle ne refusera jamais d’escompter le papier des amis influents du Gouvernement mais qu’elle refusera souvent celui de ses adversaires;
2* qu’elle sera mise en demeure de faire du crédit populaire, d’aider les pauvres, de faire oeuvre de solidarité ‘ ;
' C’est ce qui s est passé en 1910 lorsque I État a imposé à la Banque de France une avance de 100 millions sans intérêts, pour secourir les
DES BANQUES
Question de fait qui ne comporte pas de solution de pnncipe.
Si le monopole est confié à une banque privée, les arguments précédents contre le monopole ne portent plus, quand bien même elle serait contrôlée par l’État, mais pourtant l’école libérale fait valoir quelques critiques contre ce régime aussi. Le monopole d’une Banque, même s’il est restreint à l’émission, réagit sur toutes les opérations de banque et entraîne une inégalité injuste pour les banques concurrentes et préjudiciable au public. En effet, le mononnlp l’émis-sicin confère à la banaue oui en est investie le
4Ü2 PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
3® qu’elle ne pourra surtout refuser de prêter à l’État luimême et que dès lors elle se trouvera à la merci de celui-ci, et entraîné à des émissions inconsidérées qui aboutiront à la dépréciation du billet;
4® qu en cas de guerre malheureuse, le vainqueur, qui jusqu à présent a respecté les banques privées, n'aura plus de raison pour respecter la Banque d'État et la considérera comme de bonne prise;
5® que lorsque 1 État et la Banque ne feront qu’un, bien loin que le crédit de l’État bénéficie du crédit de la Banque, ce sera le crédit de la Banque qui, en temps de crise, subira le contre-coup ressenti par l’État. Lors de ta guerre de 1870- 1871 le coure de la rente 3 p. 0/0 tomba de 75 francs à 50 francs, c est-à-dire perdit un tiers de sa valeur, tandis que le billet de banque de 100 francs ne subit qu’une dépréciation de 0 fr. 50 dont le public ne s’aperçut même pas. Si la Banque de France eût été Banque d’État, le billet n’aurail-il pas perdu autant que la rente?
^ 6® Et finalement que l’État n’obtiendra nullement par la ni les bénéfices qu il espère ni la puissance financière qu’il ambitionne. En effet, il est très probable que le commerce évitera d’avoir affaire à cette Banque d’État, qu’au besoin même il apprendra à se passer de billets de banque — l’exemple de l’Angleterre prouve que ce n’est pas difficile — et qu’ainsi cette Banque d’Élal demeurera solitaire et vide dans sa majesté officielle... à moins que pour en sortir elle ne s’attribue aussi le monopole de l’escompte et de toutes les opérations de banque I auquel cas on se trouvera en plein collectivisme.
Ces objections ont beaucoup de force et la dernière plus encore que les autres. 11 est certain qu’une Banque d'Etat, comme n’importe quelle banque, ne peut réussir que si elle inspire confiance — crédit et banque sont inséparables —
Banque de France une prééminence qui n’était peut-être pas justifiée par son activité ni ses capacités commerciales, et a fait de toutes les autres banques ses vassales. On félicite la Banque de France pour avoir maintenu toujours son escompte à un taux plus modéré que dans les autres banques. Mais quel mérite a-t-elle à cela puisqu’elle fait cet escompte avec des billets qui ne lui coûtent que les frais de papier et de gravure 1 D’ailleurs le commerce en profite-t-il? Non, car pour obtenir l’escompte à la Banque de France, il faut trois signatures. Donc lecommerçant est obligéde passer par l’intermédiaire d’une banque ordinaire qui lui escompte son papier à 4 ou 5 p. 0/0, mais le fait réescompter à la Banque de France à 3 p. 0/0 et gagne ainsi la différence.
C’est vrai, répondent les partisans du monopole, mais cela prouve précisément combien on a tort de croire que le monopole de l’émission crée une situation privilégiée. En fait, la Banque de France n’y gagne que bien peu de chose. Elle fait moins d’escomptes que les banques concurrentes. Elle leur rend un grand service en les dispensant de garder du numéraire, car ces banques, au lieu d’accumulerun argent qui dort, garnissent leurs portefeuilles de papier bancable (c’est-à-dire que la Banque de France doit escompter), et quand elles ont besoin d’argent, elles le font chercher à la Banque de France qui leur sert ainsi de caissier. Celle-ci est
PRINCIPES d’économie POLTnOÜE.
donc la banque des banques. Et pour suffire à ce rôle de réserve de toutes les banques du pays, il faut qu’elle ait une encaisse énorme. Cela ne lui laisse pas une grande marge pour l’émission deses billets ni par conséquent pourdes bénéfices exceptionnels, surtout si l’on tient compte des charges nom. breuses que l’État lui impose comme prix de ce privilège. D’ailleurs à l’étranger aussi le droit d’émettre des billets né fait pas beaucoup de jaloux, et la preuve c’est que le bon nombre de banques, qui en jouissent encore en Allemagne et en Angleterre, l’abandonnent volontairement.
De cette discussion contradictoire nous croyons pouvoir conclure que le monopole d’émission conféré à une Banque unique — banque privée mais contrôlée par l’État — constitue la meilleure solution, du moins en pratique. Elle se trouve réalisée dans l’organisation de la Banque de France, qui a été mise a l’épreuve depuis un siècle et a subi victorieusement bien des crises politiques et économiques.
Qu’on adopte le régime du monopole ou celui de la libre concurrence, reste à savoir si, avec l’un ou avec l’autre, l’émission doit être réglementée? Ceci est une autre question.
La réglementation de l’émission.
C’était, au beau temps de la doctrine libérale, un principe admis que toute réglementation légale de l’émission était mutile parce que la liberté suffisait parfmtement'.
En effet, dit-on, qu’a-t-on à craindre du laisser-faire?
• C est ce qu’on appelle le banking principle opposé au currenoy prtnciple qw nous allons voir tout à l’heure ; le premier prétend que la circulation doit se régler uniquement sur les opérations de banque- le second prétend que la circulation doit être réglée uniquement sur’ la quantité de numéraire qui se trouve dans la caisse de la Banque La lutte entre ces deux principes est célèbre dans l’histoire économique, et a tenu une grande place dans toutes les discussions de la première moilié du xix« siècle
DES BANQUES
Une émission exagérée de billets? Ce danger est chimérique, car le simple jeu des lois économiques restreindra cette émission dans de justes limites, alors même que les banques voudraient les dépasser. Voici pourquoi :
a) D’abord les billets de banque ne sont émis qu’au cours d’opérations de banque, c’est-à-dire par des escomptes ou des avances sur titres. Il ne suffit donc pas. pour qu’un billet de banque pénètre dans la circulation, que la banque veuille l'y faire entrer : encore faut-il qu’il y ait quelqu’un disposé à l’emprunter. Ce sont donc les besoins du public et nullement les désirs de la banque qui règlent l’émission. La quantité de billets qu'elle émettra dépendra du nombre des effets qu’on présentera à l'escompte, et la quantité de ces effets eux -mêmes dépendra du mouvement des affaires.
b) Ensuite les billets de banque n’entrent dans la circulation que pour peu de temps : quelques semaines après être sortis, ils reviennent à la banque. Voici en effet un billet de mille francs qui sort en échange d’une lettre de change : mais dans quelques semaines, dans 90 jours au plus tard, quand la banque fera toucher cette lettre de change, le billet do mille francs lui reviendra. Ce ne sera pas le même, mais qu’importe? Autant il en sort, autant il en rentre.
Le flux les apporta; le reflux les remporte.
c) Enfin, en admettant même que la banque en puisse émettre une quantité exagérée, il lui serait impossible de les maintenir dans la circulation, car si le billet est émis en quantité surabondante, il sera nécessairement déprécié, et sitôt qu'il sera déprécié, et si peu qu'il le soit, les porteurs du billet s' empresseront de le rapporter à la banque pour en demander le remboursement. Elle aura donc beau s’efforcer d’en inonder le public, elle ne pourra y réussir car elle en sera inondée à son tour.
Cette argumentation renferme certainement une part de vérité et même l’expérience l’a généralement confirmée. Les banques ont rarement réussi à faire pénétrer dans la circulation plus de billets que n’en comportaient les besoins.
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
Néanmoins on ne saurait se dissimuler que la liberté absolue d’émission ne puisse créer de graves dangers, sinon en temps normal, du moinsen temps de crise ; or les crises sont un accident de plus en plus fréquent dans la vie économique de nos sociétés modernes. ^
Sans doute, en théorie, il est vrai que la quantité de billets qui sera émise dépendra de la demande du public et non de la volonté des banques. Remarquez cependant que si une banque peu scrupuleuse se donne pour unique but d’attirer es clients, elle pourra toujours, en abaissant suffisamment le taux de 1 escompte, accroître inconsidérément le nombre de ses clients en les enlevant aux autres banques et par conséquent aussi le chiffre de ses émissions.
Il est vrai encore que les billets émis en quantité exaeéree par cette banque imprudente reviendront au remboursement sitôt qu’ils seront dépréciés : mais la dépréciation ne se fait pas sentir instantanément : ce ne sera qu’au bout de quelques semaines peut-être. Et si, pendant ce temps la banque a continué à jeter dans la circulation une quanlitéde billets exageree, le jour où ils lui reviendront il sera trop tard? elle ne sera plus en mesure de les rembourser et sera siibmergee sous ce reflux dont nous parlions tantôt. Il est vrai que la banque sera la première punie de son imprudence par la faillite. Mais que nous importe I Nous devons
nous préoccuper de prévenir la crise plutôt que d’en punir les auteurs. ^
El nous trouvons ici un sérieux argument en faveur du monopole. Il y a heu de penser, en effet, qu’une banque occupant une position éminente dans un pays, forte de son histoire, de ses traditions, apportera dans l’émission de ses billets toute la prudence désirable et que c’est même là la seule garantie vraiment efficace.
L’expérience confirme, du reste, cette manière de voir pour outes les grandes banques et tout particulièrement pour la Banque de France à laquelle on n’a guère pu reprocher depuis près d’un siècle qu’elle existe, qu’une prudence plutôt exagérée, car son encaisse dépasse généralement les
DES BANQUES
4/5 du montant de ses billets. PourUnt la Banque de France n’ést soumise, en ce qui concerne le montant et la proportion de son encaisse, à aucune réglementation, comme nous
^**Aussi bien le système de la liberté absolue, sans aucune réglemènùtion dl l’émission, n’est réalisé dans aucun
''^On peut classer les systèmes de réglementation qui ont été pratiqués dans les divers pays sous quatre chefs.
\o Limitation du montant des billets en circulation au
vYioTitoifit dô l cticdissB’
Dans ce cas le billet de banque n’est plus qu’une monnaie
représentative (voir ci-dessus p. 30H).
rilé absolue, mais d’autre part il n a p us guère ^ sauf celle de tenir moins de place dans la poche que l or d'économiser le frai (c'est-à-dire l'osuro) do nié al. U Banque u’esl ■plus Âors un établissement de crédit . elle
n’est qu’un coffre fort. .if-»
Aussi celle règle n’esl-elle nulle part appliquée tout à fait
strictement, maison peut s’en rapprocher plus
Tel est le régime (le currency principle) qui a été imposé à la Banque d'Angleterre par VAct fameux de 1844 dû a Robert Peel. Aux termes de cette loi, la Banque ne peut émettre de billets que jusqu’à concurrence du montant de son encaisse, plus une somme de 18.450.000 Liv. (465 millions de francs). Pourquoi cette marge? Le législateur a estimé que jusqu’à cette limite le découvert était sans danger, oarce que ces 465 millions de francs sont pleinement garantis. En effet, ils sont représentés pour la P^f^
(275 millions) par une vieille créance sur l Etal dont le remboursement par conséquent est garanti par lu^i et, pour le reste, ils sont garantis par le capital de la Banque, investi aussi sous forme de titres de renies sur l Etat.
» Quand le Gouvernement donna l’investiture à lerreVn 1894 il lui prit en échange tout son capital et depuis lors ne le lui lllm^is-r^oursé.' Voir d. ta Banque d Angleterre, par
M. Andréadés.
En vue de mieux assurer l’observation de ce règlement, la Banque d’Angleterre est divisée en deux départements distincts : — l’un, chargé des opérations de banque, dépôts et escomptes {banking department), mais qui ne peut émettre aucun billet; — l’autre, chargé de l’émission des billets (issue department), mais qui ne peut faire aucune opération de banque. Celui-ci délivre ses billets au département voisin au fur et à mesure de ses besoins seulement; quand il lui en a délivré jusqu’à concurrence de 465 millions de francs, il ne lui en délivre plus désormais que contre espèces ou lingots.
Cette limitation ne pourrait être considérée comme donnant des garanties bien sérieuses s'il s’agissait de toute autre banque que la Banque d’Angleterre; en effet, le capital d une banque n’est pas un gage qui soit toujours et immédiatement réalisable, surtout lorsque, comme ici, il est représenté pour la plus grosse part par une simple créance
Déplus, cette limitation se trouve avoir dans la pratique, et justement en temps de crise, de si grands inconvénients qu’a trois reprises différentes déjà il a fallu suspendre la loi et permettre à la Banque de franchir la limite fatale. Supposons qu’à un moment quelconque il arrive à la Banque d’avoir 465 millions d’encaisse et 930 millions de billets en circulation : elle sera obligée de refuser tout escompte. Avec quoi, en effet, pourrait-elle escompter le papier qu’on lui présenterait? — en émettant des billets? mais la marge de 465 raillions est déjà atteinte : — en prenant du numéraire dans sa caisse? mais si elle réduit son encaisse à 464 millions, la circulation des billets restant de 930 millions, la marge sera également dépassée. Pourtant la Banque d Angleterre ne peut refuser l’escompte sans entraîner la faillite d’une partie du commerce du monde! Le pire, c’est que, comme il s agit de suspendre une loi, c’est le Gouvernement
seul et non la Banque qui doit assumer cette terrible responsabilité.
• Le second procédé consiste à fixer une certaine pro-
DÊS BANQUES
portion, (généralement 1/3) entre le montant de l'encaisse , et celui des billets en circulation. Cette règle est pratiquée f en plusieurs pays (mais non pour la Banque de France, quoique celte erreur soit très accréditée dans le public et chez les étudiants). v
Ce système est plus élastique que le précédent, mais il aboutit au même résultat qui est de rendre à un moment ' donné tout escompte et même tout remboursement de billets impossible et de créer par conséquent le danger qu’on voulait prévenir. Aussi est-on obligé, de même ici, de suspendre la règle en cas de crise.
3® Le troisième procédé consiste à fixer simplement un maximum à L'émission.
C’est le système qui est mis en pratique* en France. Le maximum était de 6.800 millions*. Mais qu’importe que la Banque ne puisse émettre qu’une quantité limitée de billets, si elle peut réduire son encaisse à zéro? Où sera la garantie pour le public? — Uniquement dans la prudencede la Banque qui s’appliquera à maintenir une sage proportion entre l’encaisse et la circulation.
4® Le quatrième consiste à obliger les banques à garantir les billets qu'elles émettent par des valeurs sûres, en général par les titres de renies sur l’Étatreprésenlant une valeur au moins égale à celle des billets.
C’est le système pratiqué aux États Unis. Chaque banque dite « nationale >> (il y en a plus de 7.000) en représentation des billets qu’elle veut émettre (et qui lui sont délivrés par l’État, car elle ne peut les fabriquer elle-même) doit déposer au Trésor public des litres des rentes sur l’État pour une valeur égale à celle de l’émission.
Ce système fut imaginé par le gouvernement, pendant la guerre de sécession, moins pour garantir les billets que
^ Depuis la guerre, le maximum a été élevé à 45 milliards et il faudra bientôt l’élever encore. C*est une nécessité fôcheuse, mais inévitable puisque la Banque s’est ob igée à prêter à l’État une somme fixée provisoirement à 9 milliards, mais qui devra aussi être augmentée.
410 PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
pour faire acheter ses propres titres qu’il était alors obligé d’émettre par milliards, — exactement comme fait l’État français en obligeant les caisses d’épargne et les établissements publics à placer leurs fonds en rentes sur l’État. C’était d’ailleurs une très bonne affaire pour les banques puisque ces titres de rente leur rapportaient 7 p. 0/0. Aujourd’hui la dette ayant été en grande partie remboursée, ces litres sont devenus rares et il est difficile aux banques qui se multiplient d’en trouver la quantité nécessaire; et d’autre part, comme ils ne rapportent plus que 3 p. 0/0, c’est une médiocre affaire pour elles. Aussi l’émission des billets aux États-Unis est-elle devenue très difficile. C’est ce qui a le plus aggravé la crise de 1907. On ne demandait pas de l’or et on se serait très bien contenté de billets. Seulement ces billets les Banques ne pouvaient les émettre. 11 fallut user d’un détour et émettre des chèques non remboursables en monnaie (c’est-à-dire payables seulement par compensations) et des certificats gagés par des valeurs mobilières. Et d’autre part l'Étal dut faire un emprunt à seule fin de se procurer de nouveaux titres pour les mettre à la disposition des banques comme gage, et il dut aussi leur permettre de lui remettre en garantie d’autres valeurs.
Cette garantie en fonds d’Etat est superQue pour assurer le crédit d’une banque en temps normal; et en temps de crise, justement alors que le remède serait le plus nécessaire, elle pourrait bien ne plus jouer. En effet, en pareille occurrence, les cours de toutes les valeurs y compris les litres de rente, seraient nécessairement dépréciés; et si, pour satisfaire aux demandes de remboursement des billets, il fallait subitement réaliser la masse énorme de titres de rente qui leur sert de gage, les cours de la rente s’effondreraient et le remboursement serait impossible. En un mot les billets de banque aux États-Unis ne sont que des titres de rente d’Etat monnayés, donc des billets d’Élat, et les banques ne sont que des guichets d’émission de ce papier monnaie d’État. SeulemenI l’émission est très strictement limitée.
Ces banques sont soumises en outre à un grand nombre
DES BANQUES
de restrictions, notamment : — ne pas émettre de billets an delà du montant de leur capital ; — garder une encaisse égale au quart du montant de leurs dépôts; — déposer dans les caisses publiques, en numéraire, une somme égale à 3 p. 0/0 du montant de leurs billets; — payer un impôt de 1 X p. C/0 sur la valeur des billets émis ; — justifier d’un capital minimum, variable selon l’importance de la ville, etc.
L’exemple des États-Unis nous montre que c’est précisément là où les banques d’émission sont les plus nombreuses et la concurrence la plus active que la réglementation de l’émission est la plus sévère. Au contraire, l’exemple de la France nous montre que le minimum de réglementation se trouve là où il y a monopole. Et il est naturel qu’il en soit ainsi, car le monopole est déjà par lui-même une très efficace garantie U y a lieu de penser en effet qu’une banque occupant une situation unique dans un pays, forte de son histoire et de sa majesté, ayant le sentiment de sa responsabilité, apportera dans l’émission des billets toute la prudence désirable. L’expérience a confirmé ces prévisions pour toutes les grandes Banques et particulièrement pour la Banque de France à qui on ne peut guère reprocher depuis près d’un siècle qu’une circonspection peut-être excessive.
On voit que, somme toute, aucun des systèmes imaginés ne garantit absolument le remboursement des billets. En effet, les Banques sont et doivent être des institutions de crédit. Si l’on veut user du crédit, il faut en subir les inconvénients : c’est poursuivre la quadrature du cercle que de vouloir réunir à la fois les avantages du crédit et ceux du comptant : l’un exclut l’autre.
Ces grandes Banques sont nécessairement en relations les unes avec les autres. Il est même arrivé deux fois déjà que la Banque de France a prêté une centaine de millions d’or à la Banque d’Angleterre pour éviter à celle-ci d’élever le taux de l’escompte. Mais on pourrait concevoir, au lieu de ces relations intermittentes, un grand Conseil international, une sorte d’aréopage financier, où ces Banques seraient représentées, qui enverrait le numéraire dans les pays qui en
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
macqueraienlelqui pourrait ainsi maintenir l’équilibre monétaire et prévenir les crises. C’est un projet grandiose dont M. Luzzalti s’est fait l’apôtre en 1907.
Le change.
11 faut se garder d’entendre par ce mot de change, comme le font trop souvent les étudiants, l'opération qui consiste à changer des pièces de monnaie d’un pays contre celles d’un autre et qui n intéresse nullement l’économiste. Le change c'esl le commrc£jks. .lmr£L. de change.
Les portefeuilles de toutes les grandes maisons de banque de celles du moins dont les opérations s’étendent à l’étranger — sont bourrés de liasses de lettres de change payables sur tous les points du monde. Elles représentent des valeurs de plusieurs milliards et sont l’objet d’un commerce fort actif. On les désigne sous le nom de papier sur
Londres, sur New-York, etc., suivant la place sur laquelle ces papiers doivent être payés.
Les banquiers qui les possèdent et qui en font le commerce ne sont évidemment que des intermédiaires. 11 faut donc se demander chez qui ils achètent cette marchandise, ce papier, et à cfui ils le revendent.
Chez qui l’achètent-ils d’abord? — Chez ceux-là qui le produisent, chez tous ceux qui pour une raison quelconque sont créanciers de l’étranger, notamment chez les négociants français qui ont vendu des marchandises à l'étranger Qlqm ont, à la suite de cette vente, tiré une lettre de change sur leur acheteur de Londres ou de New- York. S’il arrive que ce négociant ait besoin d’argent avant que l’échéance de la lettre soit arrivée, ou tout simplement s’il trouve incommode d envoyer toucher sa créance à l’étranger, ils’adressera à un
banquier qui la lui achètera, je veux dire qui lui escomptera sa traits*
DES BANQUES. 413
A qui le vendent-ils maintenant? A tous ceux qui en ont besoin et ceux-là aussi sont très nombreux. Ce papier est fort recherché par toutes les personnes qui ontdes paiements à faire à l’étranger, notamment par les négociants français qui ont acheté des marchandises à l'étranger. Si l’acheteur français, par exemple, n’a pu obtenir de son vendeur anglais qu’il fasse traite sur lui, il se trouvera dans la nécessité d'envoyer le montant du prix d’achat en livres sterling, au domicile de son créancier, ce qui n’est pas commode, et même pas toujours possible car il peut arriver qu’il se trouve dans un pays où il n’y a point de monnaie d’or : il n’a sous la main que de l’argent ou du papier-monnaie; mais, s’il peut se procurer du papier payable sur la place où se trouve son créancier, il aura par là un moyen de se libérer plus commode et moins coûteux. C’est faire une remise^
11 semble que ce papier devrait se vendTre, se négocier, pour un prix toujours égal à la somme d’argent qu’il donne droit de toucher. Une lettre de change de 1.000 francs no devrait-elle pas valoir exactement 1.000 francs, ni plus, ni moins? — 11 n’en est rien cependant. 11 va sans dire d’abord que le plus ou moins de confiance que l’on accorde à la signature du débiteur et que le terme plus ou moins éloigné du paiement doivent faire varier la valeur du papier. Mais même en faisant abstraction de ces causes de variations évidentes par elles-mêmes, même en supposant que le papier soit de tout repos et payable à vue, malgré cela, sa valeur variera tous les jours suivant les oscillations’ de l’offre et de la demande, comme d’ailleurs la valeur de n’importe quelle marchandise, et ces variations sont ce qu’on appelle le courT du change, cours coté dans les journaux, comme le cours de la Bourse.
Il est aisé de comprendre comment il faut entendre le jeu de 1 offre et de la demande appliqué aux effets de commerce. Supposons que les créances de la France sur l’étranger, soit à raison de ses exportations, soit pour toute autre cause, s’élèvent à 3 milliards francs. Supposez que les dettes de là France, vis-à-vis de l’étranger, à raison de ses importations.
IWRVIÎI^I
de ses emprunts, r 4 milliards. Il est certain ( '
pour tous ceux qui en auront besoin, ] ' en oiïrir que jusqu’à concurrence de 3 milliards et aurait besoin jusqu’à concurrence de 4 milliards. Tous
OU pour toute autre cause, s’élèvent a
J qu'il n’y aura pas assez de papier
J, puisqu’on ne pourra ,, — -qu’on en
i ceux
ce papier pour s'acquitter feront donc surcnctiére et le papier sur l’étranger sera en hausse, c’està-dire qu une traite de 1.000 francs payable sur Bruxelles ou sur Home, au lieu de se vendre 1.000 francs, se vendra
1.002 ou 1.005 francs. Elle sera, comme l'on dit, au dessus du pair : elle fera pi ime.
A l’inverse, si l’on suppose que les créances de la France sur 1 étranger s élèvent a 4 milliards francs tandis que les dettes de la France vis-à-vis de l’étranger ne s’élèvent qu’à 3 milliards, il est certain que le papier sera surabondant puisqu’il y en aura pour 4 milliards de disponible et que le règlement des échanges ne pourra absorber que 3 milliards.
IJn grand nombre de traites ne trouveront donc pas preneurs et ne pourront être utilisées qu’en les envoyant à l’étranger pour les faire toucher. Aussi les banquiers s’efforceront-ils de s’en débarrasseren les cédant même au-dessous de leur valeur. La traite de 1.000 francs sur Bruxelles sera ainsi ?édée à 998 francs ou peut-être même à 995 fr. : elle tombera au-dessous du pair.
Toutes les fois que dans un pays quelconque, en France par exemple, le papier sur l’étranger est coté au-dessus du Jfoirj^ oj^lt que le change est défavorable  ce "pays, àTâ^ Fiance dans I espèce. — Que veut-on dire par cette expression? Que le cours du papier est défavorable aux acheteurs? Soit, mais en sens inverse ne faudrait-il pas dire que ce^cours est favorable aux vendeurs? — On veut dire que
le cours du change, dans ces conditions, indique queVg^
cnar^ que la France peut avoir sur l'étranger ne sont pas sufjisanlês pour Tàhè' équilibré à ses dettes vi^a-vts ïïè l’éfraîufer^ que par conséquent elle aura,’pdûï''Têgfër'Ià ' diiïérence, à envoyer une certaine quantité de numéraire à l’étranger. La hausse du cours du change, autrement dit la
DES BANQUES. 415
cherté du papier sur l’étranger, présage donc, comme un symptôme infaillible, une sortie de numéraire, et c’est pour cela qu’on emploie cette expression de « diange délkvorable ». A l’inverse, toutes les fois qu^en France le papier sur l’étranger est coté au-dessous du pair, on dit que le change est favorable à la France et le raisonnement est le même; la baisse du prix du papier sur l’étranger indique que, tout compte fait, la balance des comptes se soldera au crédit de la France et fait donc présager des arrivages de numéraire du dehors.
Sans doute il ne faut pas attacher à ces mots défavorable et de défavorable une importance exagérée. Nous savons que, pour un pays, le fait d’avoir à envoyer du numéraireà l’étranger ou d’en recevoir ne constitue ni un très grand péril ni un très grand avantage et qu’en tout cas il ne sera probablement que temporaire (voir p. 329). Mais au point de vue particulier des banquiers, cette situation a une très grande importance, car s’il y a du numéraire à envoyer à l'étranger, c’est dans leur caisse qu’on viendra le chercher : tous les signes qui la révèlent ont donc pour eux un intérêt capital : aussi ont-ils toujours les yeux fixés sur le cours du change, comme le marin qui redoute un orage sur l’aiguille du baromètre (voir plus loin. De l'élévation du taux de l'escompte).
Toutefois, il est à remarquer que les variations de prix du papier sont renfermées dans des limites beaucoup plus resserrées que celles des marchandises ordinaires. En temps normal (et sauf les exceptions que nous indiquerons tout à l’heure), ce prix n’est jamais coté ni très au-dessus ni très au-dessous du pair. Pourquoi? Ce fait s’explique par deux raisons.
1® Pourquoi celui qui est débiteur vis-à-vis de l’étranger recherche-t-il une lettre de change? — Uniquement pour s’épargner les frais d’envoi du numéraire et la conversion de la monnaie française contre la monnaie étrangère. Mais il est bien évident que si la prime qu’il devait payer pour se procurer la traite était supérieure à ces frais, qui sont en
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somme peu élevés, il o’aurait aucune raison pour Tacheter. De leur côté le négociant créancier de l’étranger ou le banquier qui lui sert d’intermédiaire, ne cherchent à négocier ces lettres de change que pour s’éviter Tennui de les envoyer toucher a l’étranger et défaire revenir l’argent; mais plutôt que de céder ces traites à trop vil prix, le négociant ou le banquier préféreraient prendre ce dernier parti. En somme donc, le trafic du papier n' ayant d’autre but de servir à économisa- lesjtai&.deiranmrt ef'de change dununMe]
trafic n’agrdt plus sa raisond être du jour où il deviendrait plus onéreux pour les p^ies que l’envoi directdu numéraire, c’est-à-dire du jour te^-yariations de prix, soit au-dessus soîTau dessous du 1 d^a^seraient les frais d’envoi. Or, ces frais, m^me^en
ycomprenanTTss-giiraîiCê, sonTTrès minimes : très minimes 1 aussi par conséquent devront être les variations du change.
On appelle gold point (point de Tor) le cours du change au delà duquel il devient plus économique, pour le débiteur, d’envoyer du numéraire que d’acheter des lettres de change. Ce gold point a une grande importance pour le banquier, car il est l’annonciateur de Texode du numéraire et par conséquent, comme nous le verrons au chapitre suivant
des demandes de remboursement à la Banque*. ' ’
2» Il existe une autre cause plus lointaine et plus subtile en même temps (que nous avons déjà vue à propos de Téchange international, voir p. 328), qui limite ces variations Supposons que le prix de la lettre de change sur l’étranger s’élève au-dessus du pair, c’est-à-dire que le négociant qui a tiré sur son acheteur étranger une lettre de change de 1 .000 francs, puisse la vendre t.OlO francs : il est clair que ces tO francs seront autant d’ajouté à son bénéfice sur la vente. Au lieu de gagner 10 p. 0/0 par exemple, comme il Tespérait, Il se trouvera gagner 11 p. 0/0. Ce supplémentde bénéfices,
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Il y a toujours deux gold points qui se correspondent comme les deux pôles, celui au-dessus du pair qui marque la sortie du numéraire, celui au-dessous du pair qui marque l’entrée du numéraire.
DES BANQUES
pour tous ceux qui ont vendu à l’étranger, déterminera un grand nombre de négociants à suivre leur exemple; en d’autres termes, la hausse du change agit comme une prime à l'exportation.
Mais, en raison même de l’accroissement des ventes à l'exportation, le nombre de lettres de change auxquelles chacune d’elles donne naissance se multipliera, et la valeur de ces lettres, suivant la loi générale de l’offre et de la demande, s’abaissera progressivement jusqu’à ce qu’elle soit redescendue au pair.
A l’inverse, si le papierdescend au-dessous du pair, il est facile de démontrer par le même raisonnement que cette dépréciation entraînera une perle pour les négociants qui ont vendu à l’étranger et tendra par conséquent à réduire les exportations, puis à réduire par contre-coup l’offre de papier sur l’étranger jusqu’à ce que sa valeur ait été relevée au pair.
En somme, il n’y a rien de plus ici que le mécanisme ordinaire de l’offre et de la demande qui, toutes les fois que la valeur d’une marchandise s’écarte de sa position d’équilibre, tend àl’y ramener par un accroissement ou un resserrement de la production.
Nous avons dit que, exceptionnellement, le cours des changes pouvait varier dans des proportions assez considérables et même illimitées. Voici quels sont ces cas :
\ ® D’abord, s’il s’agit d’une place fort éloignée ou avec laquelle les moyens de communication ne sont pas faciles, les frais d’envoi du numéraire étant beaucoup plus considérables, les variations de prix des lettres de change pourront aussi être beaucoup plus accentuées. Il est clair qu’un négociant qui aurait à faire des paiements auThibetou aux villes qui viennent de naître aux bords du Yucon, pourra s'estimer très heureux de trouver du papier sur ces places, alors même qu’il devrait le payer 10 ou 12 p. 0/0 au-dessus de sa valeur nominale, et réciproquement le créancier qui aurait à les loucher là-bas s’empresserait de les négocier même à 10 ou 12 p. 0/0 au-dessous du pair I
PRINCIPES d’économie POIJTIDUE.
2 Mais cest surtout quand il s’agit d'un pays dont ia monnaie est dépréciée que les variations du change peuvent être excessives et pour ainsi dire sans limites. Une lettre de change sur Rio-de-Janeiro ne vaut guère à Londres ou à Paris que la moitié de sa valeur nominale; et cela par la raison que le milreis brésilien, dont la valeur, s’il était en or, serait de 2 fr. 75, ne vatit présentement que 1 fr. 70 : le titre payable en monnaie dépréciée doit subir nécessairement une dépréciation égale à celle de cette monnaie, tandis qu’a l’inverse une lettre de change sur Londres ou
Pans est payée à Rio (en monnaie du pays) près du double de sa valeur nominale.
Ce n est pas seulement la monnaie de papier, mais la monnaie métallique qui peut être dépréciée et alors cette dépréciation exerce la même influence sur le change. Tel est le cas aujourd’hui pour la monnaie d’argent, quia perdu la moitié de sa valeur. Aussi toutes les créances sur les pays à monnaie d’argent, telles que celles sur les pays d’Asie ou même sur l’Espagne, perdent elles le tiers ou la moitié de leur valeur au change : et vice versa, dans tous ces pays les créances sur les pays à monnaie d’or, c’est-à-dire payables a Londres, Paris, Berlin, bénéficient d’une prime énorme.
Il en résulte une très grande perturbation dans les relations commerciales.
Il suffit donc de lire le cours des changes, quand bien même on n aurait d’ailleurs aucune connaissance de l’état économique et financier des différents pays, pour se rendre un compte e.xact de leur situation, pour deviner s’ils aclièteni plus qu ils ne vendent ou s’ils vendent plus qu’ils n’achè. lent, s ils ont une monnaie dépréciée et quel est au juste la montant de celte dépréciation.
3® Enfin toutes les fois qu’un débiteur éprouve de la peine a se procurer de l’or, soit parce que le crédit est resserré sou parce que les banques font des difficultés pour escompter, soit parce que la balance du commerce ou plutôt celle des dettes a drainé l’or du pays, il se peut que le cours Ju change s’élève fort au-dessus du pair
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
Tel est le cas actuellement. Pour les besoins de la guerre la France est obligée de faire d’énormes achats en Angleterre et aux Etats-Unis. Or, elle ne peut plus guère les payer par compensation avec des créances sur ces pays, car d'une part ses exportations ont considéralement diminué, son industrie s’employant à fabriquer des munitions. Et d'autre part, elle ne peut envoyer d’or, tout l'or ayant été drainé par la Banque de France et retenu par elle pour servir de garantie à ses billets. — Il en résulte que le rare papier qui peut se trouver encore sur Londres ou sur New-York fait prime. El c’est pourquoi le change sur New-York est en ce moment (novembre 1915) de 6 francs le dollar (au lieu de 5 fr. 18 qui est le pair) et le change sur Londres de près de 28 francs (au lieu de 25 fr. 22 qui est le pair), ce qui représente une hausse de 12 à 15 0/0.
L’élévation du taux de l’escompte.
Il est un cas dans lequel les banques courent le risque d’avoir à rembourser une grande quantité de leurs billets : c’est toutes les fois qu’il est nécessaire de faire de gros paie-
I Uarbitrage n’est qu’une opération ds change, mais plus compliquée. C’est l'art de payer l’étranger sans lui envoyer d'or.
La voici en deux mots. Ce n est pas seulement à Paris qn’on trouve du papier sur Londres, il en existe sur loute.s les places commerciales du monde, 8i par conséquent ü est trop cher à Paris, on peut chercher une autre place, où, par suite de circonstances différentes, il sera à meilleur marché : or, cette opération qui consistera acheté»^ le papier là où il est bon inarohé le revendre là où^ est ç)urj est précisément cé " qu^on appelle l'arbitrage. Les arbllra^stes ^as^nf leur temps au téléphone pour savoir les cours d’une pl.ice à l’autre.
L’arbitrage produit cet effet intéressant d'étendre h tous les pays les facilités du paiement par compensation. En effet la cherté du papier est^ ce qui caractérise les pays où les dettes dépassent les créances et qui, en conséquence, ne pourraient se libérer tout seuls par voie de compensation. Mais par le moyen du papier que lesarbitragistes iront chercher à Té tranger CCS pays pourront rétablir l’équilibre et régler la totalité de leurs déliés par compensation. ^ >
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PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
menls à l’élranger. Comme ces paiements ne pourront point être faits en billets, mais seulement en numéraire, il faudra
bien qu’on s’adresse à la Banque pour convertir les billets en espèces.
Si, à la suite d’une mauvaise récolte, il faut acheter une vingtaine de millions de quintaux de blé à l’étranger, voilà une somme de 400 millions de francs environ qu’il faudra envoyer en Amérique ou en Russie, et la Banque doit compter que l’on viendra puiser dans sa caisse la plus grande partie sinon la totalité de cette somme. Les caves de la Banque, comme nous l’avons vu, sont le réservoir dans lequel vient s’accumuler la plus grande partie du capital fîotLnt du pays sous la forme de numéraire et le seul dans lequel on ait la ressource de puiser en cas d’urgence. C’est une situation qui peut devenir périlleuse pour la Banque, si son encaisse, et surtout celle d’or, n’est pas énorme. Heureusement, elle est avertie à l’avance de cette situation par une indication plus sûre que celle que le baromètre peut donner au marin ou le manomètre au mécanicien — par le cours du change, par le gold -point (voir au Ghap. précédent;. Si, en effet, le change devient défavorable, c’est-à-dire si le papier sur l’étranger se négocie au-dessus du pair, la Banque doit en conclure que les débiteurs qui ont des paiements à faire à l’étranger sont trop nombreux, beaucoup plus nombreux que ceux qui auront des paiements à recevoir et que, par conséquent, comme tout ne pourra pas se régler par voie de compensation, il faudra envoyer du numéraire au dehors pour solder la différence (voir ci-dessus, p. 416).
^ Mêrne sans supposer une élévation du cours du change, l’accroissement progressifdu nombre des effets decommercei coïncidant avec um diminution du montant de l’encaisse’ indique une situation inquiétante. C’est sur l’observation de ce double fait que Al. Juglar a donné un moyen de prévoir Uis crises économiques et de les représenter par des graphiques. On trace deux courbes, l’une indiquant /e montant des traites en portefeuille, l’autre le montant de l' encaisse. crisa est menaçante toutes les fois que les courbes du porte-
feuille et de l’encaisse sont rapidement divergentes, et au contraire la reprise est probable dès que les deux courbes tendent à se rapprocher. En effet l’élévation de la première indique que les affaires se multiplient et que l’on a recours au crédit, et la baisse de la seconde indique que l’on a besoin d’argent. L’expérience a généralement confirmé ces ingénieuses prévisions (voir ci-dessus Les Crises).
Le danger ainsi constaté, la Banque va prendre ses précautions. Pour parer à celte éventualité de remboursements trop considérables, il faut qu elle prenne les mesures nécessaires soit pour augmenter son encaisse, soit pour diminuer la quantité de ses billets qui se trouvent en circulation.
Il n’est pas précisément au pouvoir de la Banque d’augmenter son encaisse, mais il dépend d’elle de ne plus mettre de billets en circulation, c’est-à-dire de ne plus faire de prêts au public, ni sous forme d’avances, ni sous forme d’escomptes (car c’est par ces deux opérations que la Banque introduit ses billets dans la circulation). Il est clair que ce moyen atteindrait parfaitement le but.
Car, d’une part, l’émission des billets étant arrêtée, la quantité existant déjà en circulation ne s’accroîtrait plus.
D’autre part, l’échéance successive des effets de commerce qui sont déjà dans le portefeuille de la Banque ferait rentrer chaque jour une quantité considérable — soit de billets, ce qui diminuerait d’autant la circulation — soit de numéraire, ce qui augmenterait d’autant l’encaisse.
La quantité de billets en circulation peut être comparée à un courant d’eau qui, entrant dans un circuit de tuyaux par un robinet et sortant par un autre, se renouvelle constamment. Le flot des billets entre dans la circulation par le robinet de l’émission, c'est-à-dire de l’escompte et, après avoir circulé, rentre à la Banque parle robinet des encaissements. Or si la banque ferme le robinet de l’émission, tout en laissant ouvert le robinet de retour, il est clair que la circulation ne tardera pas à tarir complètement.
Toutefois, cet arrêt complet des avances et de l’escompte que nous venons de supposer serait une mesure trop radi- Gidb, — Éc. PoL, 24
422 PRINCIPES d’économie politique.
cale. D’une part, il provoquerait dans le pays une crise terrible en supprimant tout crédit : d’autre part, il porterait préjudice à la Banque en supprimant ses opérations et, du même coup, ses bénéfices. Mais la Banqne peut obtenir le môme résultat, d’une façon plus douce pour le commerce et plus avantageuse pour elle-même, en restreignant simplement le montant de ses avances et de ses escomptes : il lui suffit pour cela soit d'en élever le taux, soit de se montrer plus exigeante pour facceptation du papier présenté à l’escompte en refusant celui dont l’échéance est trop éloignée ou dont la signature ne lui paraît pas assez solide '.
Sans doute cette mesure, même appliquée avec modération, est peu agréable aux commerçants — d’autant moins qu’elle rend plus difficile de se procurer le numéraire justement au moment où l’on en a le plus besoin. On l’a même accusée d’avoir souvent provoqué des crises et nous le croyons sans peine. C’est un remède héroïque, mais, à cause de cela, c’est bien celui qui convient à la situation, et une Banque prudente ne doit pas hésiter à y recourir pour défendre son encaisse — on appelle cela « serrer l’écrou »; — son efficacité a été pleinement démontrée par l’expérience.
Non seulement elle a d’heureux résultats pour la Banque en ce sens qu’elle pare le coup qui la menace, mais elle produit d’heureux effets pour le pays lui-même en modifiant d’une façon favorable sa situation économique.
Supposons, en effet, que la France soit menacée d'avoir à faire de gros paiements à l’étranger. Le relèvejnent du taux
' La Banque, en temps nurmal, a un moyen plus simple de défendre son encaisse or : c'est tout simplement d'user du droit qui appartient à tout débiteur, sous le régime bi-mélallisle, en payant en argent (présentement elle ne paie rien du tout). C’est ce qu’elle n’a pas manqué de faire toutes les fois qu’elle l’a cru nécessaire el notamment lors de la crise de 1907. Aussi a-t-elle pu maintenir le taux de son escompte à 3 0/0 (et pendant peu de temps seulement, à 4 0/0) alors que les Banques d'Angleterre et d’Allemagne l’élevaient à 7 et 7 1/2 p. 0/0. On l’a beaucoup admirée pour cela : mais c’était un facile mérite de sa part, puisque les autres banques n’avaient pas la même faculté qn’elle de se refuser à payer en or.
DES BANQUES
de l’escompte, fait à propos, va ioterverlir sa situation en la rendant créancière de l’étranger pour des sommes considérables et par conséquent va provoquer un afllux de numéraire étranger, ou tout au moins empêcher la sortie du numéraire national. Voici, en effet, ce qui va se passer :
Le premier résultat de l’élévation du taux de l’escompte, c’est une dépréciation de tout papier de commerce. La même lettre de change de 1.000 francs, qui se négociait à 970 fr. à Paris, quand l'escompte était à 3 p. 0/0, ne se négociera plus qu’à 930 francs quand l’escompte sera à 7 p. 0/0; c’est une dépréciation de plus de 4 p. 0/0*. Dès loiî les banquiers de tous pays, ceux notamment qui font l’arbitrage (voir p. 419), ne manqueront pas d’envoyer de l’argent en France pour acheter ce papier, puisqu’il y est à bas prix, et le stock de numéraire de la France se grossira ainsi de tout le montant des sommes employées à ces achats.
Le second résultat, c’est la dépréciation de toutes les valeurs de Bourse. — Chaque financier sait que la Bourse est très impressionnée par le taux de l’escompte et qu’une élévation de l’escompte entraîne presque toujours une baisse des cours. C’est qu’en effet les valeurs de Bourse (en particulier celles qu’on appelle internationales parce qu’elles sont cotées sur les principales Bourses de l’Europe) sont souvent employées par les commerçants ou du moins par les banquiers, au lieu et place du papier de commerce*, pour payer leurs dettes à l’étranger. Du jour où ils voient qu’ils ne peuvent faire argent avec leurs effets en portefeuille ou qu’ils ne le peuvent qu’avec de grosses pertes, ils préfèrent se procurer des fonds en vendant leurs titres de
• Nous supposons Tescompte calculé pour un an de terme.
< Si TOUS avez un paiement à faire à Londres, le plus simple est sans doute de chercher du papier de commerce payable à Londres, mais vous pouvez vous servir également des coupons de la rente italienne, des obligations des chemins de fer lombards, des actions de la Banque ottomane, des Mines d*or du Transvaal, du Rio Tinto, etc., qui sont également payables à Londres. Ce sont de véritables monnaies internationales et employées continuellement à cet effet.
^24 PRINCIPES d’économie politique.
rente ou valeurs mobilières quelconques. Celles-ci baissent donc et suivent le sort du papier de commerce. Mais de même que la baisse du papier attirait les demandes des banquiers étrangers, de même la baisse des valeurs de Bourse va provoquer de nombreux achats des capitalistes étrangers et ainsi la France va encore se trouver constituée créancière de l’étranger pour tout le montant des sommes considérables consacrées à ces achats.
Enfin si l’élévation de l’escompte est forte et suffisamment prolongée, elle amènera un troisième résultat, la dépréciation de toutes les marchandises. — Nous venons de dire que les commerçants qui ont besoin d’argent commençaient d’abord par s’en procurer en négociant leur papier de commerce, que si celte ressource leur faisait défaut ou était trop onéreuse, ils se rabattaient sur les valeurs de Bourse qu’ils pouvaient avoir en portefeuille, mais enfin, s’ils sont à bout de ressources, il faudra bien, pour se procurer de l’argent, qu’ils vendent, qu’ils « réalisent » les marchandises qu’ils ont en magasin. De là une baisse générale des prix. Mais celle baisse, ici encore, va produire les mêmes effets et sur une plus grande échelle, c’est-à-dire qu’elle va provoquer les achats de l’étranger, augmenter par là les exportations de la France et par suite la rendre créancière de l’étranger.
En somme, on peut résumer tous ces effets en disant que , la hausse du taux de l'escompte crée une rareté artificielle I / de monnaie ‘ et par là provoque une baisse générale de toutes .\ les valeurs — ce qui est sans doute un mal, — mais elle provoque aussi, par voie de conséquence, des demandes considérables de l’étranger et par suite des envois d’argent — ce qui est un bien, et précisément le remède qui convient à la situation.
• Artificielle, disons-nous, mais qui correspond pourtanlà une réalité ou du moins à une éventualité qui tend à se réaliser, à savoir la fuite du numéraire à l’étranger. On guérit le mal par un mal semblable ; c’est le précepte de l’école homéopathique en médecine, aimilia similibua.