I.IÎ MODE EXISTANT
risconsultes chargés de veiller à ce qu’elles restent fidèles à leur destination, et au besoin à modifier celle-ci quand le cours des choses l’exige.
Le droit de propriété quant à ses attributs. — L'hérédité.
« Le droit de propriété, dit l’article 544 du Code Napoléon, est le droit de jouir et de disposer des choses de la façon la plus absolue ». Quoique celte disposition ait cessé d’être tout à fait vraie parce que le droit de propriété est soumis aujourd’hui à des restrictions qui vont se multipliant, elle met vigoureusement en relief ce qu’est la propriété — un droit absolu ; — 1® absolu en ce qu’il embrasse la totalité des satisfactions qu’on peut tirer d’une chose, y compris môme celle stupide de la détruire ‘ — 2® absolu en ce qu’il n’est pas limité dans le temps ou ne l’est du moins que par la durée de son objet. — Donc perpétuité et libre disposition, voilà la double caractéristique du droit de propriété.
§ — Quand le droit de propriété n’a pour objet, que
les biens qui périssent par la consommation ou dont la durée est éphémère, sa perpétuité n’a pas un grand intérêt économique puisqu’elle ne se réalise pas en fait. Mais quand le bien approprié est de sa nature perpétuel ou tout au moins de très longue durée, alors le droit de propriété, se dilatant à la mesure de son objet, apparaît dans toute sa grandeur et avec toutes ses conséquences.
Sont-ils nombreux ces objets de perpétuelle durée? Il y a d’abord la terre dont la durée n’a d'autre terme que celle de la planète qui nous porte ou du moins des cycles géologiques qui modèlent sa surface. Aussi est-ce bien à cause de cela que la propriété foncière a toujours eu un caractère
' Cependant le propriétaire ne peut pas mettre le feu à sa maison — nous trouvons ici une première restriction au droit de propriété. C’est à raison des dangers qae l'incendie ferait courir aux voisins.
445 principes: d’iiconomie politique.
exceptionnel, et que nous aurons à lui consacrer un chapitre spécial. Les maisons n’ont pas, en tant qu’édifices, le même caractère de perpétuité mais elles y participent tout au moins en ce qui concerne le terrain sur lequel elles sont bâties. Les objets d’art, surtout ceux taillés dans le marbre ou coulés dans le métal, peuvent aussi aspirer à l’immortalité. Lt il en est de même de la monnaie métallique. Toutefois pour ces richesses, et surtout pour la dernière, la fréquence
des échanges, qui les fait rentrer àchaoue instant dans le tnurbillon de la circulation, enlève en fait presque toute importance à la perpétuité du droit de propriété, sauf le cas de thésaurisation *.
I Ët, même en ce cas, la monnaie subissant une moins-value, au lieu d’une plus-value comme la terre, ne confère pas au propriétaire un pouvoir grandissanl. Il en estaulremenl des objets d art — quand iis restent dans la même maison, ce qui est rare. L’énorme plus-value des objets d’art depuis un quart de siècle a été un phénomène vraiment remarquable.
On peut penser au premier abord que toute fortune, même mobilière, est de sa nature perpétuelle, à moins d’accident. Car, tout capital ne st renouvelle-t-il pas indéfiniment? (voir p. 145). — Non : il y a là uns confusion. Les capitaux en nature, en tant qu’inslrumenU de la production, sont périssables et même très rapidement. Les capitaux sous forme de valeurs mobilières, de litres, d'actions ou d'obligations ou de créances hypolhécaiies, sont de plus longue durée parce qu’en réalité ils ne portent pas sur des choses à proprement parler, mais sur les produits sans cesse renouvelés d'une entreprise. Pourtant eux-mêmes ont loujours une durée limitée à celle de l’entreprise qui les alimente et qui, pour les plus grandes Compagnies, celles de chemins de fer ou du canal de Suez, ne dépasse pas 99 ans. Il est vrai que l’on s'arrange pour que les obligations et même les actions soient remboursées avant l'expiration de l'entreprise, en sorte que leur possesseur peut les placer à nouveau et ainsi de suite indéfiniment. Mais ce n’est qu’une perpétuité apparente, résultant d’un renouvellement perpétuel; telle une maison qu’on réparerait, au fur et à mesure qu'elle se dégrade jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de la maison primitive, ou le couteau de Janot dont on a changé la lame, puis le manche, mais qui est loujours le même couteau.
II n’y a que les litres de rentes sur l’État qui ont une durée théoriquement illimitée, puisque n'élanl jamais remboursés; aussi tes appelle-ton des rentes perpétuelles.
Du reste, juridiquement, les valeurs mobilières ne sont pas des droits de propriété puisqu’elles sont des créanoss ou des actions.
LE MODE EXISTANT
Mais si l’objet du droit de propriété est parfois perpétuel, le sujet, lui, ue l’est jamais. Il meurt. C’est un moment critique pour le droit de propriété. Que va-t-il devenir? Puisqu’il ne meurt pas, U faut qu’il passe sur la tête de quelque autre titulaire. De qui? - De celui-là que le défunt aura désigné? C’est de droit en effet quoique, comme nous allons le voir tout à l’heure, c’est là uu droit qui n’a pas été reconnu sans hésitation. — Mais si le défunt n’a désigné personne, alors ce sont les plus proches parents qui le remplacent. Or quelle est la raison de cette dévolution ab
intestat, comme on dit?
11 n’y en a point de rationnelle '. C’est une survivance du temps où la propriété n’existait encore que sous la forme familiale et où par conséquent — le titulaire étant une personne morale qui ne meurt point, la Famille — il n y avait iamais d’interruption ni de transfert de la propriété. Si elle passait en apparence du père aux enfants c était par continuation et non par succession proprement dite Aussi bien le père n’avait -il point le droit de déshériter
4 On pourrait chercher justifier la succession ab inlestat:
a) Comme interprétation raisonnable de la volonté du testateur auand il n'a rien dit. Il est naturel en effet de penser, quand il s agit de proches parents, enfants, époux, père, mère, ou même frère ou sœur, nue si le décédé avait voulu les déshériter, il 1 aurait du expressément . s'il n’a rien dil, on peut présumer qu’il a voulu leur laisser ses bien^ Mais d’ubord quand il s’agit d un cousin ou même d un neveu, il est absurde de faire le même raisonnement et d’interpréter le silence du défunt comme leur constituant un droit. El de plus celle interprétation reçoit un démenti formel du fait que les proches parents ont droit a une part (La réserre) même quand le défunt les a formellemenl déshérités.
b) Comme application de l'obligation alimentaire consacrée par la nature et par toutes les législations vis-à-vis de cerUins parenU, les
' enfants, les pères et mères, et les conjoints — c’est-a dire vis a-vis de ceux à qui nous avons donné la vie, de ceux de qui nous 1 avons reçue, de celui ou celle avec qui nous l’avons parUgée. Il y a la des obligations que la mort ne peut supprimer, et que la plupart des législations conscient au profil de ces par. nts sous le nom de reserve légale. Toutefois, si la réserve légale n’avail d'autre fondement que l’obligalion alimen- Uire elle ne devrait pas dépasser les limites d’une pension alimentaire.
444 PRINCIPES d’économie POUTIQÜE.
les siens ni même les fils celui de refuser l’hérédité
On ne peut dire que ce droit d’hérédité ab intestat soit utile pour fortifier l’esprit de famille, surtout quand il va jusqu’à prévaloir sur la volonté du chef de famille. Cela est si vrai que l’École de Le Play, qui cherche à faire de la famille la base de l’ordre social, demande précisément que la liberté de tester soit rendue au chet de famille ou tout au moins que la part réservée aux héritiers du sang soit très restreinte. On ne peut point dire non plus que ce mode de succession ait un effet économique bienfaisant, mais bien plutôt malfaisant, soit qu’en assurant aux enfants l’héritage paternel sans qu’ils aient rien fait pour le mériter, il les dispense de tout effort; soit qu’en faisant échoir à quelque arrière-petit-cousin l’héritage d’un oncle d’Amérique, il introduise dans la dévolution légale des fortunes les procédés de la loterie.
Aussi beaucoup d’économistes, même non-socialistes, sont-ils disposés aujourd’hui à abandonner la succession ab intestat, tout au moins en ligne collatérale *.
Ce qui maintient encore la succession ab intestat, c’est qu’on ne sait à qui attribuer la fortune vacante. A l’État? Maison estime, non sans quelque raison, que la voir s’engloutir dans le gouffre immense du budget de l’État est le pire sort qui puisse lui être réservé. Tout au moins faudraitil que les successions acquises à l’État reçussent une affectation spéciale : par exemple une caisse de retraite pour les vieillards ou quelque chose de semblable.
§ 2. — L’autre attribut essentiel du droit de propriété c’est, nous l’avons dit, le droit de libre disposition. Nous
* (Test ainsi qu’à Home, même quand le droit de succession ab inUstat proprement dit fut organisé, les membres de la famille appelés à hériter étaient désignés sous le nom de heredes necessarii — les héritiers forcés,
2 Ainsi M. Colson (Cours d*Économie Politique^ tome 11, p. 182) demande la limitation au 6* degré. D'après le Code civil le droit successoral va jusqu'au 12* degré. Du reste les successions ab intestat ne sont pas bien nombreuses, et elles le seraient bien moins encore si elles devaient revenir légalement à l’Élat,
L& MOUE EXISTANT
venons de rappeler la définition du Code civil français . le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue. Dans cette définition, comme le savent tous les étudiants en droit, c’est le droit de disposer — \e jusabutendi, comme dit avec plus de force le droit romain — qui est lé seul attribut caractéristique du droit de propriété.
Mais ce droit « de disposer à son gré de sa chose » — celui qui confère à la propriété ce caractère absolu qui lui paraît si inhérent que sans lui nous ne la reconnaîtrions
plus û’a pas toujours existé. Ce n’est que peu à peu que
la propriété s’est ainsi élargie ; à ce point de vue elle a accompli la même évolution progressive que quant à son objet Et le titre de gloire des Romains, au point de vue juridique, c’est justement de lui avoir conféré ce caractère souverain qu’elle n’avait point eu jusqu’alors — et que d’ailleurs elle commence à perdre en partie sous l inQuenc©
des idées nouvelles*.
Voici dans quel ordre la propriété s’est enrichie successivement de ses attributs essentiels : , j r •
1® Le premier vraisemblablement, a été le droit de faire
valoir son bien, c’est-à-dire de l’exploiter par le travai d'autrui — autrefois par le travail d’esclaves, actuellement par le travail d'hommes libres salariés. C’est cet attribut de la propriété qui a créé la classe « noble », puisqu’il permettait de se dispenser d'im travail personnel.
i® Le droit de donner paraît avoir été un des modes es plus anciens de disposer de la richesse — du moins pour es objets mobiliers — et antérieur même au droit de vendre (voir ci-dessus, p. 238). Et en effet, si le propriétaire a le droit de consommer une chose pour sa propre salisfaclion, pourquoi n’aurait-il pas le droit de la faire consommer a un autre? S’il peut la détruire, pourquoi ne pourrait-il pas la donner? Le plus noble et le plus enviable privilège du droit de propriété, n’est-il pas de pouvoir en communiquer aux autres le bienfait?
1 Voir le livre de M. Charmool, Les transformations du Droit.
PRINCIPES d’économie POLIXIQUE.
3» Les droits de vendre et de louer paraissent n’avoir apparu que beaucoup plus tard — du moins pour la propriété immobilière. Aristote (au iv» siècle avant J. -G.) déclare que c’est là un attribut nécessaire du droit de propriété, mais il n’a pas l’air de dire que de son temps déjà cet attribut fût généralement reconnu. En eflet, il y avait beaucoup de raisons pour qu’il ne le fût pas. D’abord, tant que la propriété i^t sous la forme familiale et sous le sceau d’une consécration religieuse — ce qui était le caractère de la propriété antique — l’aliénation n’est pas possible et, en tout cas, constitue un acte impie de la part d'un membre quelconque de cette famille. De plus, la division du travail et l’échange n existant pas encore, chaque famille se suffisant à ellemême, les objets mobiliers étant rares d’ailleurs — chacun les gardait, parfois même jusque dans son tombeau où on les enfermait avec lui — dans ces conditions, la vente ne pouvait être qu’un acte exceptionnel, anormal. Aussi, quand elle commence à apparaître, nous la voyons entourée de solennités extraordinaires : c’est une sorte d’événement public. C’est ainsi que la mancipatio doit être faite en présence
de cinq témoins qui représentent les cinq classes du peuple romain.
4“ Le droit de léguer, c’est-à-dire de donner par testament qui a toujours été considéré comme l'attribut le plus important et le couronnement du droit de propriété, parce qu’il prolonge ce droit au delà de la mort, a été encore plus lent a se greffer sur le droit de propriété. Le droit de disposer de ses biens à sa mort, loin d’être lié à l’hérédité ab intestat, s’est trouvé de tout temps et se trouve encore aujourd hui, dans la plupart de nos législations modernes et notamment dans notre Code Civil, en conflit avec elle. Ce conflit apparaît notamment dans le fait que certains héritiers dits réservataires ont droit à une portion de la fortune paternelle nonobstant la volonté contraire du père de famille. Voilà donc deux idées - celle de la propriété individuelle progressivement élargie jusqu’à la liberté de tester, et celle de l’antique propriété familiale avec conserva-
LE MODE EXISTANT
ikl
lion des biens dans les familles - qui On croit que même à Rome, où la "
évolué avec tant de vigueur, le Pè^e de fami le n a^all pas le droit de lester jusqu’à la loi de XI l Tables (^SO av. J.-C.).
El la solennité dont fut entouré cet acte, qui devait se faire en prenant à lémo\n {test amentum) le peuple rassemble dans LsCices et qui répétait ainsi les formes de a promulgation des lois — Uti pater legassit ita jus esta, dit a loi des Xll TMesOeqassit, a failla loi I) -montre assez c'airame^ nn'll ne s’agissait pas d’un acte banal. Aujourd hui en permettant de faire un testament sous la forme dite olographe, c’est-à-dire simple écrit dépourvu de toute forme autre que fa date et la signature, la loi a singul.èremen rabais^ maieslé de ce droit. U y aurait beaucoup a dire sur 1 usage qu’en fait le testateur. Peu nombreux ceux qui sont en état d’exercer une telle magistrature. Et même lorsque le tesîamenren permettant à tel qui a vécu eu égoïste de finir Pn philanthrope sans qu’il lui en coûte rien, sert a créer des fondations utiles, il arrive souvent que ses bons effets sont annihilés ou très réduits par les clauses qu impose la vanité r défunt Faut-il donc s.ï^pprimer le droit de lester, comme nous avons vu qu’on inclinait à supprimer la succession afc MeVar Non certes 1 Car d’abord, si aveugle que puisse être la volonté du testateur, elle le sera toujours moins que le hasard de la dévolution ab intestat. De plus il faut pren dre garde, en enlevant aux hommes le droit de disposer de leurijien, d’aflaiblir un des plus puissants ressorts de la production Des biens dont nous ne pourrons plus disposer, quTnôus sera interdit de donner ou de léguer a qui bon nous semble, perdront par là même une grande partie de leur utilité ; ils seront moins désirés et on fera moins d e forts pour les produire. Nombreux en ce monde, disons-le i n.oolr de la nature humaine, sont travaillent et qui épargnent moins pour c^^^-memcs que pour d’antres. Si vous les forcez a ne songer qu a eux-m mes ils travailleront moins et dépenseront davantage. Que de richesses en ce cas jetées à la consommation improduc-
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
LE MODE EXISTANT
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tive par une dissipation égoïste I Que d’années soustraites au travail productif par une retraite prématurée ’ 1
Désormais, par ces quatre attributs, voilà le droit de propriété définitivement constitué et il va agir avec une force irrésistible comme instrument de répartition.
Par l’hérédité, le don et le legs, opérant de concert, il va rendre la richesse indépendante du travail personnel en la transmettant à ceux qui n’ont pas travaillé, la cristalliser en formes permanentes, et créer d’autre part une classe de « déshérités ». Beaucoup d'hommes se trouveront propriétaires de richesses qu’ils n auront pas produites, mais que l'on peut simplement présumer avoir été le produit du travail de leurs ancêtres dans un passé plus ou moins obscur. Et le principe optimiste que chacun en ce monde touche l’équivalent des produits de sou travaîl'reçoit une forte entorse.
Par le prêt, le fermage, le loyer, il va aggraver la division précédente, celle des oisifs et des travailleurs, en y superposant une nouvelle division des classes menaçante pour la paix sociale, celle des créanciers et des débiteurs.
Par le faire-valoir, il va encore créer une nouvelle division de la société en deux classes, celle des salariés et celle des patrons — les premiers qui travailleront pour le compte d’autrui, les seconds qui prélèveront, en apparence du moins, les fruits du travail de ces salariés — et il va ainsi préparer la lutte entre le travail et le capital.
Par la vente, enfin, la propriété sur le produit va se transformer en propriété sur la valeur de ce produit : du même coup elle va subir toutes les oscillations de l’offre et de la demande, toutes les chances heureuses ou malheu-
1 N’exagérons pas. Nous ne prétendons pas que si la propriété était viagère l’homme cessftt de travailler à s’enrichir — les célibataires ne deviennent pas moins riches que les pères de famille, — mais il est c>'rtain qu’en France surtout, quand un père de famille a pourvu au sort de ses enfants, le plus souvent il juge inutile d’augmenter sa fortune et se relire des affaires.
relises, tous les jeux de la fortune et du hasard, et revêtir cette forme instable, aléatoire, qui caractérise la richesse dans les sociétés modernes.
En résumé, étant donné le droit de propriété individuelle avec ses attributs, il en découle trois conséquences inévitables et d’ailleurs solidaires : — T l'inégalité des fortunes; — 2® l’existence d’une classe d'oisifs; — 3® l’existence d’une classe d’indigents.
Examinons-les successivement.
L’inégalité des richesses.
L’inégalité des richesses a de tout temps suscité des plaintes amères. La querelle des riches et des pauvres est vieille comme le monde.
Cette irritation tient sans doute en partie à un sentiment naturel à l’homme, l’envie, qui ne lui permet pas de supporter sans impatience une supériorité de son semblable, que ce soit celle de la fortune, du talent, de la noblesse, de l’esprit, ou même celle de la vertu.
Mais il y a ici une racine plus profonde qu’un sentiment de sotte envie : c’est le sentiment de la justice. Elle paraît froissée par les raisons suivantes ;
1® Parce que les inégalités des richesses n’apparaissent pas comme naturelles, telles que celles que nous venons d’énumérer, mais comme artificiel tes. Elles ne^ paraissent point simplament les résultantes de chances Lonnes o». mauvaises, mais plutôt, le résultat intentionnel d une certaTnê orgânîsîîîon sociale, de certaines institutions économ"îqü5s; telles que la”pfopriété ou l’hérédité, créées et maintenues par ceux à qui elles profitent.
''■Stt*OTrp(îUvaTt rtTé&ûrer’âvec quelque dynamomètre immatériel les inégalités d’ordre intellectuel ou moral qui existent entre les hommes, probablement on constaterait qu’il est
rare qu’elles coïncident avec les inégalités des richesses. Ce n’est point à dire que la richesse ne soit due souvent à certaines qualités d initiative, d’audace, de persévérance, à celles qui font les conquérants et soumettent la chance, mais le plus souvent les bonnes chances ne soûl.6.ccess,ible§ qu’à ceux qui sont déjà nantis. Toujours est-il, et c’est une constatation banale, que la fortune ne paraît nullement proportionnelle aux mérites ou aux vertus des hommes. Encore moins paraît-elle proportionnelle à « la peine prise », puisqu’il semble au contraire, selon la remarque amère de Stuart Mill, que l’échelle de la rémunération va en descendant au fur et à mesure que le travail devient plus pénible, jusqu’à ce degré où le travail le plus dur suffit à peine aux nécessités de l’existence.
Accrue de génération en génération, l’inégalité des richesses va créer ce qu on appelle « les classes sociales ». Pe décourage ceux qui sont au bas de l’échelle en leur enlevât toute chance d^y monter : elle en^ft ceux qui" sont en haut dans la sécurité d’une situaVion définitive. Elle rompt le lien de la solidarité sociale en creusant entre Lazare et le Riche un abîme sur lequel on ne peut jeter aucun pont. Elle arrête le travail aussi bien entre les mains de ceux qui sonTfrop pauvres — parce qu’ils n’ont plus la possibilité dé produire — que de ceux qui sont trop riches — parce qu ils n en sentent plus 1e besoin. Elle engendre ces deux maux qui affligent depuis si longtemps nos sociétés, qui s appellent. le premier l’oisiveté, le second le paupérisme-
et crée ainsi, en haut et en bas de l’échelle sociale, deux classes de parasites.
2® Parce que cette inégalité des richesses est devenue plus insupportable aux hommes au fur et à mesure que les autres inégalités qui les distinguaient tombaient l'une après l autre. Les lois ont réalisé légalité civile; le suffrage universel a conféré l’égalité politique; la diffusion croissante de l instruction tend même à faire régner une sorte d’égalité intellectuelle. Seule l’inégalité des richesses demeure et grandit, et tandis qu’elle était autrefois comme dissimulée
LE MODE EXISTANT
derrière des inégalités plus hautes, la voici qui apparaît au premier plan et concentre sur elle toutes les colères.
Et les inégalités économiques sont beaucoup plus envahissantes que les inégalités anciennes : leurs conséquences sociales sont plus étendues, soit pour le bien, soit aussi pour le mal. Elles s'entourent de tout un cortège d’inégalités nouvelles qui les multiplient et les aggravent. — Pas plus, dira-t-on, que l’intelligence, 1 éloquence, 1 ambition? Si, parce que ces forces-là elles-mêmes ne peuvent plus guère se passer du concours de la richesse.
Les richesses ne procurent pas seulement aux favorisés des jouissances de tout ordre, ce qui serait relativement peu de chose, pas seulement une prolongation de vie, pas seulement la santé, l’indépendance, les loisirs et la haute culture, ce qui serait déjà beaucoup, mais surtout la puissance dans tous les domaines. La « ploutocratie » a existé de tout temps, mais il semble que ces dynasties nouvelles qui surgissent aux États-Unis, celles des « rois de l’acier, du coton, du pétrole, des chemins de fer », tendent à concentrer entre leurs mains un pouvoir plus despotique que celui conféré par la noblesse ou la vaillance chez les hommes d’autrefois, par la science ou le génie chez les hommes d’aujourd hui. Et c'est bien pour cela que la richesse est si ardemment désirée : d’ailleurs, à tout prendre, mieux vaut pour l’honneur de la nature humaine que la richesse soit recherchée
pour la pwwsflwre que pour la /oMÎ-vsance.
Mais la disproportion entre une cause si mesquine, la possession de l’argent, et de si grands effets sociaux, politiques et moraux, paraît d’autant plus révoltante.
La statistique démontre que la vie moyenne est deux fois plus longue dans les classes riches que dans les classes pauvres, en sorte que, par une cruelle ironie du sort, d'autant plus petite est la part de richesses qui revient à un homme et d’autant plus grand est le tribut qu’il doit payer à la maladie et à la mort '. Et pis encore! plus l’homme est
'i M- Leroy-Beaulieu, daus son livre sur la Répartition des riohessef
^rl
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
pauvre, plus grand est le tribut qu’il doit payer au vice et au crime, car les statistiques démontrent, ce que le raisonnement a priori suffisait à prouver, que la criminalité des classes pauvres est supérieure à celle de la classe aisée. En sorte que la science moderne a fait crever comme des bulles de savon ces vieux axiomes de la morale que la pauvreté marchait de pair avec la santé et la vertu. Les pauvres n’ont plus même cette consolation 1 La revue de ces griefs terribles nous conduit-elle à cette conclusion qu’il faut viser à abolir l’inégalité des richesses?
Non, car d abord cela ne paraît pas facile à réaliser : tout ce qu'on pourrait faire serait desupprimer les inégalités héréditaires, mais resteraient les diOérences naturelles dont les inégalités de richesses ne sont souvent que les appendices démesurés; — et cela ne paraît point désirable, aussi longtemps du moins que les sociétés humaines seront dans un état de pauvreté relative, car il faut reconnaître que l’iné-
(Gh. du Sisi/phisme et du Paupérisme) cherche à établir uue sorte d* compensatioQ entre les maux résultant de l'indigence et ceux résultant de la maladie ou des douleurs morales : « Qu'esl-ce que le nombre des indigent en comparaison de celui des êtres humains qui sont atteints d'infirmités, de maladies incurables ou organiques comme la scrofule et la phtisie? Qu est-ce surtout en comparaison du nombre plus grand encore d’hommes qui sont tourmentés de cuisantes douleurs morales? Certes 1 indigence est un mal, mais pour un esprit réfléchi c’est encore un des plus bénins, un des moins étendus qui frappent les sociétés civilisées ». L’éminent économiste oublie que la pauvreté est par elle-même une cause de M très cuisantes douleurs morales », une cause très active aussi de « scrofule et de phtisie », et que par conséquent ce n’est pas dans les deux plateaux opposés de la balance que la Fortune a placé les maux qui affligent les hommes, mais qu’elle semble au contraire les avoir réunis dans le même plateau! Les faubourgs ouvriers de Paris comptent dix fois plus de tuberculeux que le quartier 'des Champs-Élysées.
^ D’après les statistiques de la ville de Paris, la mortalité générale, qui 8 abaisse jusqu à 10 p. l.OOOdans les quarliers riches des Champs-Élysées et ^ l’Arc de Triomphe de l'Étoile, s’élève à /i3 p. 1.0(/) dans le quartier de Montparnasse I A Londres, pis encore. D après le Bureau de santé, la mortalité varie de 11,3 p. 0/0 dans les maisons riches à 50 p. 0/0 dans les maisons très pauvres. A ce compte, un homme riche aurait donc quatre a cinq fois plus de chances de vivre qu'un homme pauvre.
LE MODE EXISTANT
galité des richesses agit, plus encore que le besoin, comme un siimulant de la production. Elle tient tous les hommes en Khreîné, du basen haut de l’échelle sociale, parla perspective d’un avancement toujours espéré. Elle donne à l’initiative individuelle toute sa portée en concentrant de puissants capitaux entre les mains des plus audacieux. Elle crée dans les travaux des hommes une variété féconde grâce à la gamme infinie de besoins et de ressources qu’elle établit entre eux.
Ce qui révolte surtout dans l’inégalité des richesses c’est qu’elle ne semble pas pouvoir échappera ce dilemme : ou bien les richesses peu vent être créées enquantilésurabondante, comme l’affirment les socialistes, et dans ce cas il est incompréhensible qu’un si grand nombre d’hommes n aient pas le nécessaire? — ou les richesses sonten quantité insuffisante et ne peuvent être que péniblement accrues, comme le croient les économistes, et alors il est inique que quelques individus en accaparent une si forte part? — La seule façon d’échapper au dilemme c’est de dire : 1“ que les richesses sonten efiét en qiiaolilémsuflisante*; 2° maisquela liberté ü’appru|ii i.iiiuu, avec sa conséquence inévitable, l’inégalité est préci:>émeQl le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour en accroître la quantité.
' Seulement, pour que celte action stimulante de l’inégalité sur la production soit portée au maximum, il faudrait
1 Comme justification de cette affirmation, voir ci-après partage égal, et aussi ci-dessus, Les illusions relatives atca: machines. Ce sont les crises dites de surproduction qui font croire que les richesses sont en quantité surabondante — et il arrive en effet fréqueramenl qu*elles le soient à un moment donué et sur un point donné. Mais si le monde ne formait qu’un seul marché et qu'on mil lu production de n'importe quelle richesse iblé, viande, vin, cotonnades, drap, fer» charbon, caoutchouc, chaussures, linge, montres, livres, etc.) — en regard avec les besoins véritables des 1.600 millions d'hommes qui habitent la terre, on serait effrayé de la petite ration qui reviendrait à chacun (Voir quelques chiffres dans Novicow, Le problème de la misère).
. ' ceilt* consiatatiOD ne fait que rendre eucore plus choquante Ténor-
it de la part prélevée par quelques-uns et qui peut s'élever jusqu'à lÛO.COO fois la part moyenne!
ïti
que celle inégalité fût proporlionnelle atuc richesses créées ou aux services rendus; el en outre, pour donner satisfaction à l’idée de justice, il faudrait qu’elle fût corrigée par l'égalüé des chances^. Ov cei\.Q double condition n’est que très imparfaitement remplie sous le régime économique actuel. Nous venons de voir parquelle? causes.
L’oisiveté.
U ne faut pas confondre l’oisiveté et le loisir. La première est un mal qu’il faut abolir; le second est un .bien qu’il faut multiplier.
L’oisiveté c’cst l’état de révolte contre la loi du travail. De tout temps l’homme, qui, comme on l’a fort bien défini, est un animal paresseux — mais pourtant pas plus et même moins que tout autre animal* — a déployé une ingéniosité prodigieuse pour écjiapper à cette loi sévère : l’esclavage, le parasitisme, la mendicité, le vol, le jeu, n’ont pas d’autre origine. Mais le meilleur moyen d’y échapper, parce qu’il est à la fois le plus sûr et le plus honoré, c’est d’avoir des rentes.
Le loisir ce sont les intermittences dans le travail, au cours d’une vie qui peut être d’ailleurs très laborieuse et très active — qui l’est même d’autant plus qu’elle est coupée par des loisirs, — les clairières ménagées dans la forêt sombre où la lumière et le soleil peuvent se glisser, loisirs
* Il est remarquable que le sentimeol populaire admet très bien les inégalités dues au hasard, toutes les fois que les chances sont égales : ainsi les gros lots des loteries.
Si la mythologie a donné à la fortune un bandeau, ce qui veit dire qu’elle est aveugle dans la distribution de ses largesses, — du moins lui a-t-elle donné aussi une roue! ce qui veut dire que la chanee doit tourner et quelle doit être tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre.
2 Les nègres d’Afrique disent que le singe saurait parfaitement parler s'il voulait, mais que s'il ne parle pas c’est pour qu’on ne le fasse pas IravaiUer.
LE MODE EXISTANT
des soirées quotidiennes après la journée de travail, loisirs des repos hebdomadaires, loisirs des vacances, qui ne resteront pas toujours le privilège des travailleurs intellectuels mais deviendront aussi une possibilité el un droit pour les travailleurs manuels— et enfin, après unevie bien remplie, loisirs de la retraite. Le loisir n’est pas seulement utile, en tant que récréation, au bon fonctionnement du travail luimême; il est indispensable pour le développement de la vie intérieure et extérieure, pour la méditation qui ne doit pas être seulement réservée aux sages, et pour l’accomplissement des nombreux devoirs autres que celui de gagnerson pain, devoirs de famille, relations de société, participation aux œuvres de bienfaisance, aux comités, aux conseils des syndicats et des coopératives, au culte, aux réunions pohti-
ques» etc., gI-C.
En fait il n’est pas toujours facile de déterminer ou commence l’oisiveté et où finit le loisir. Sans doute, quand il s’agit d’un homme qui vit de lamendicité ou du jeu, il sera facile de le classer, mais quand il s’agit du rentier que nous venons de nommer, c’est plus difficile. Le rentier est-il un homme oisif ou simplement un homme de loisirs?
Quoique les rentiers ne travaillent pas, cela ne les empêche pas de vivre et même de bien vivre. C’est dans cette classe que se trouvent les plus gros revenus. El non seulement ces revenus sont souvent plus gros que ceux qui viennent du travail, mais ils ont surtout cette supériorité d’être plus réguliers : qu’il neige ou qu’il vente, que le rentier soit bien portant ou confiné dans son lit par la maladie, quil soit jeune ou invalide, qu’il reste chez lui ou qu’il coure le monde comme globe-trotter, toujours son revenu court après lui et ne lui fait jamais défaut. Ainsi le fait d avoir des rentes assure tout d’abord deux biens, supérieurs à toutes lesjouissances que la fortune sous d’autres formes peut procurer ; la sécurité et l’indépendance. Voilà assurément une situation bien privilégiée et il est permis de demander a ces heureux mortels quel dieu leur a fait ces loisirs, Deus vobis
liœc oiia fecil f
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
Ils répondent : c’est le travail lui-méme. Nous vivons sur le produit d’un travail passé.
Quand ce travail passé est le leur — par exemple, quand le rentier est un fonctionnaire de l’État qui touche sa pension de retraite ou quiconque a économisé pour ses vieux jours — personne n’a rien à objecter. L’homme ne peut être condamné aux travaux forcés à perpétuité : quand il a travaillé pendant la période productive de sa vie, il est bien juste qu’il puisse se reposer pendantla période improductive. Les socialistes même, tels que Bellamy dans son roman Looking Backward \ annoncent que, dans le régime collectiviste, l’homme à 45 ans sera libéré de loutservice vis-à-vis de la Société et qu’à partir de cet âge il fera ce qu’il voudra et vivra en rentier.
Mais quand ce travail passé est celui d’autrui — père, aïeul, ou même étranger, qui, à une époque quelconque, a créé la fortune et l’a laissée au rentier avec le droit de la manger dans l’oisiveté — la question est plus embarrassante.
Pourquoi cela, dira-t-on? Nous avons comparé les pièces de monnaie à des bons de consommation donnant droit à consommertelle quantité de richesses qu’on choisira jusqu’à concurrence de leur valeur (voir p. 270). Hé bienl un homme a gagné par son travail un grand nombre de ces bons : s’il ne veut pas les utiliser (présentement ou plus lard) pour lui-même, il les transmettra à quelqu’un qui les utilisera à son lieu et place.
Mais au point de vue moral on peut être plus exigeant. On peut penser que l’oisif rentier n’est pas quitte envers la Société par le simple fait qu’il a payé le juste prix de ce qu’il a consommé. 11 ne suffit pas qu’il paie de son eu'gent, mais il doit encore payer en services présents et personnels l’équivalent du revenu qu’il touche. Remarquez que le rentlÊL oe vit pas du tout surje travail passé, côifimé il le croit, m§i§j«r le travail présent. Ce qu’il consomme chaque jour ce sont les produits d’un travail vivant et non d’un travail
^ > Traduit en français sous le litre Seul de son siècle.
LE MODE existant.
mort, du pain frais, des primeurs, des habits neufs, le journal du malin, etc. Avec quoi le paie-t-il? Avec de l’argent, c’est-à dire, dans l’hypothèse la plus favorable, avec le travail des morts. Or la justice veut qu’en échange de ce que ses semblables font chaque jour pour lui, il fasse luimême quelque chose pour eux. Un économiste classique a dit : « le rentier est un salarié qui a été payé d’avance ». S’il a éié^. pa^é. d’avance, ç’est donc qu’il reste devoir un cerliiin Ifayail à foufflir- U doit, comme on dit: « se rendre utile ». S'il ne sert à rien, les économistes auront beau démontrer qu’il a fourni en bonne monnaie le juste équivalent de tout ce qu’il a mangé, il subira le sort des parasites et sera éliminé.
Il faut reconnaître toutefois que, au point de vue historique, les rentiers ont rempli dans le passé une véritable fonction sociale et môme la première en importance, celle qui a créé les arts, les lettres, les sciences, la politique, la haute culture, la civilisation en un mot. Nous devons tous ces biens — dont les plus pauvres ont leur part — aux rentiers oisifs de la Grèce, de Rome ou de la Judée, de toutes ces sociétés antiques où pourtant l’oisiveté se présentait sous un jour particulièrement odieux, puisqu’elle reposait uniquement sur la force, le vol et l’esclavage. Mais en serat-il toujours de même? Pour gérer convenablement les grands intérêts sociaux, pour démêler les fils subtils de la politique et de la diplomatie, pour porter dignement le sceptre du goût dans le royaume des lettres et des arts, faudra-t-il toujours des mains blanches que le travail n’aiî pas endurcies, de libres intelligences sur lesquelles n’aient jamais pesé les préoccupations d’une tâche à remplir et du pain quotidien à gagner? — Peut-être non. Ces hautes fonctions pourraient ne pas être incompatibles avec le travail même manuel, si des loisirs sufCsants étaient assurés à teus.
GlOS. — Éc. l’OL.
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L’indigence.
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Si la propriété crée une classe d’oisi Fs-rentiers, elle crée aussi par tous pays une classe plus ou moins nombreuse d’oisifs-indigents, c'est-à-dire de gens qui n’ayant point de propriété et ne pouvant pas ou ne voulant pas vivre parleur travail, en conséquence ne peuvent vivre que d’un prélèvement exercé sur le revenu d’autrui
Mais pourquoi ne travaillent-ils pas? Cela peut tenir à
trois causes :
1“ Parce qu’ils n’ont pas la force de travailler : enfants, vieillards, tous ceux qui sont atteints de maladies chroniques ou d’infirmités permanentes;
2» Parce qu’ils n'ont pas la volonté de travailler : tout travail, nous le savons, suppose toujours un effort plus ou moins pénible et tel que beaucoup d’hommes, plutôt que de faire cet effort et surtout plutôt que de s’assujettir à.la discipline qu’exige tout travail, préféreront courir la chance
de mourir de fàrm '(^ir p. 130) ;
3» Parce qu’ils ne trouvent pas les moyens de travailler : il ne suffit pas d’avoir la bonne volonté de travailler; encore faut il, comme on dit, « trouver de l’ouvrage», c’est-à-dire avoir à sa disposition des matériaux et des instruments : or, en cas de chômage, les deux choses font défaut.
En présence de ces trois catégories d’indigents, que doit faire la Société? Elle ne peut échapper à la nécessité de s’en occuper.
Elle doit s’occuper de la première par devoir de solidarité sociale. En ce qui concerne les enfants surtout, c’est rinlérêt de la Société de les faire vivre et de les élever puisqu’ils représentent l’avenir. Sans doute, c’est la famille qui, dans
* Od évalue leur nombre pour la France à 1.400.000, soit 3,6 p. 0/0 ou 1 personne sur 28. Mais, dans celte armée des misérables, beaucoup travaillent un peu et ne eout assistés que partiellemeDt.
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