I.E MOUE EXISTANT
l’ordre naturel des choses, doit s’occuper des enfants," mais la famille, dans le temps où nous vivons, est souvent dispersée. Quelquefois, par exemple pour les enfants naturels, elle n’existe pas : d’autre fois, au contraire, il faut arracher les enfants à des parents qui les exploitent et les pervertissent. Pour les vieillards et les infirmes indigents, la Société n’a pas d’intérêt à les faire vivre puisqu’ils représentent, économiquement parlant, des non-valeurs et que tout ce qu’on leur donnera sera autant de moins pour la partie active de la population. mais l’évolution morale d’un peuple n’a pas moins d’importance que son évolution économique, or elle serait sensiblement enrayée dans une société qui laisserait mourir de faim ses vieillards et ses invalides. Cette société soi-disant civilisée se montrerait moins humaine que les hordes sauvages qui les étranglent, il est vrai, mais pieusement et pour ne pas les laisser longtemps souffrir.
Elle doit s’occuper de la seconde parce qu’elle crée un danger ■public. C’est dans celte population de vagabonds et de mendiants que se recrute l’armée du crime. Et comme la Société, une lois qu’ils auront commis quelque délit, sera bien obligée de les garder et de les nourrir en prison et que rien n’est plus coûteux que l’entretien d’un prisonnier*, il est plus prudent et plus économique à la fois de s’en occuper préventivement.
Elle doit s’occuper de la troisième, parce qu’elle est, dans une certaine mesure, responsable de leur infortune*. C’est la constitution économique de la Société qui a déterminé celte séparation contre nature entre le travailleur et l’instrument de son travail et l’a mis par là dans la nécessité de demander de l’ouvrage pour pouvoir vivre*. C’est la loi
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i Dans les nouvelles prisons-modèles qu'on construit aujourd'hui, la cellule d'un prisonnier revient à 6.000 francs! le prix d'une jolie maison ouvrière.
^ Celte raison s'applique aussi à la catégorie précédente. La Société a sa part de responsabilité dans la criminalilé comme dans la misère.
3 11 ne faut pas oublier qu'il y a encore des gens qui meurent de faim. A. Londres le nombre de décès causés par la faim proprement dite^
même du progrès — telle qu’elle se manifeste dans la grande production, lesinventions mécaniques, le commerce international, la concurrence — qui détermine les chômages et les crises (voir pp. 109, 171, 336). Il est donc juste que 1a Société, qui bénéficie dans son ensemble de chaque progrès accompli, et qui, dans ce grand combat de la vie, recueille tous les fruits de la victoire, en subisse aussi les charges en venant au secours des blessés et des vaincus. C'est précisément ce qu’on appelle la solidarité sociale.
La Société doit, avons-nous dit, mais faut-il entendre par là une obligation légale ou seulement wora/e? Doit-elle l’inscrire dans la loi, ce qui implique d’autre part pour l’indigent la reconnaissance d’un droit véritable qu’il peut au besoin faire valoir en justice? — En nous appuyant sur les motifs que nous venons d’exposer, nous croyons que l’assistance est une véritable obligation pour la Société, du moins jusqu’à concurrence du minimum indispensable pour la vie, et doit être, comme telle, inscrite dans la loi — et non seulement sous forme d’une vaine déclaration de principe, mais avec inscription au budget de l’État et des communes, et avec une procédure organisée pour permettre à l’indigent de faire valoir ces droits.
Cette assistance légale est loin d’ailleurs de rendre inutile, comme on le craint, l’assistance privée : elle ne peut se charger que du strict nécessaire et laisse à la charité privée, beaucoup plus ingénieuse et plus variée dans ses ressources, tout ce qui dépasse ce minimum : il reste encore à celle-ci une marge de misères et de souffrances plus que suffisante pour absorber son activité*.
c'est-à-dire par inanition, a été, d'après les statistiques officielles, de 43 en 1907 (soit environ 1 par semaine) et, d'après les enquêtes de l'Armée du Salut, beaucoup plus élevé, environ 2()0 par an!
4 Pour l'organisation de l'assistance publique, voirie Cours.
LES MODES SOCIALISTES