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Judo, di I. C'«.U ...« 1. J

Lassalle.

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celle fondée en 1831 par Bûchez. 11 est vrai aussi qu’à la suite de la Révolution de 1848, il y a eu un grand élan dans ce sens et il se fonda alors en France, et à Paris surtout, plus de 200 sociétés ouvrières de production ; mais toutes moururent, hormis quatre qui vivent encore aujourd’hui. Dans ces dernières années, grâce surtout à l’appui de l’Etat, l’accroissement est plus rapide. Mais s’il en naît beaucoup, il en meurt beaucoup aussi. On en compte aujourd’hui (en 1910) 440, dont quelques-unes très prospères.

Les obstacles que rencontrent les associations coopératives de production sont très nombreux et n’expliquent que trop leur lent développement :

a) Le premier, et le plus considérable, est te défaut d'éducation économique de la classe ouvrière qui ne lui permet : — ni de trouver aisément dans ses rangs des hommes capa blés de diriger une entreprise industrielle; — ni, en supposant qu’elle les trouve, de savoir les élire et les garder comme gérants, leur supériorité même devenant trop souvent une cause d’exclusion ; — ni enfin, en supposant même qu’elle accepte leur direction, de savoir leur assurer une part dans les produits proportionnelle aux services qu’ils rendent, la supériorité du travail intellectuel sur le travail manuel n’étant pas encore suffisamment comprise.

b) Le second, c’est te défaut de capital. Nous savons que si l’on peut réussir à éliminer le capitaliste de l’entreprise productive, on ne peut en aucun cas éliminer le capital : or la grande production exige aujourd’hui des capitaux de plus en plus considérables (voir p. 195). Comment de simples ouvriers pourront-ils se les procurer? — Sou à sou par leur épargne de chaque jour? Cela peut se faire et s'est fait, en effet, dans quelques entreprises de petite industrie, mais seulement au prix de sacrifices héroïques, et on ne peut y compter d’une façon générale. — En se les faisant prêter par l’État? L'expérience a été faite en 1848, mais les 2 millions distribués par lui n’ont pas porté bonheur aux sociétés qui les avaient reçus. Aujourd’hui l’Etat leur prête quelques

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n\8ées, une toisqu eues auraieni lau icui» i-aienl facilement à emprunter tous les capitaux qui leur seraient nécessaires, soit en constituant une Banque commune (il en existe une déjà en France), soit en s’adressant aux sociétés coopératives de crédit ou aux coopératives de consommation, qui disposent, les unes et les autres, de capitaux considérables (voir ci-après, p. 642).

c) Le troisième, c’est le défaut de clientèle. Les associations ouvrières ne sont pas généralement assez puissamment outillées pour produire à bon marché et pour la grande consommation populaire. Et d’autre part, elles n ont pas généralement un nom, une marque assez connue pour attirer la clientèle riche. Heureusement pour elles, elles ont trouvé en France des clients sympathiques dans la personne de l’Etal et des municipalités, et c’est grâce à leur appui que beaucoup de sociétés de production en France doivent de vivre. Mais dans ces conditions leur vie est un peu factice.

d) Enfin, le dernier écueil, c’est qu'elles tendent à reconstituer les formes mêmes qu'elles se proposaient d'éliminer, à savoir l’organisation patronale avec le salariat — tant il est malaisé de modifier un régime social 1 Trop souvent, du

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1® Par la participation aux bénéfices, lorsque le patron veut bien consentir à préparer son abdication en organisant la participation de telle façon que les ouvriers puissent devenir de son vivant ses associés, et après sa mort ses successeurs. C’est ce qu’ont fait, pour ne citer que les exemples les plus fameux, Godin pour le Familistère de Guise, M“* Boucicaut pour les magasins du Bon Marché, etc.

2® Par les syndicats professionnels ouvriers. Plusieurs associations coopératives de production en France n’ont pas d’autre origine*. En ce cas, elles ne peuvent faire travailler simultanément tons les membres du syndicat parce qu’elles n’ont pas de capitaux ni de débouchés suffisants pour cela, mais seulement ceux qui le demandent, à tour de rôle.

3® Par les associations coopératives de consommation qui, lorsqu’elles sont suffisamment développées et fédérées entre elles, peuvent constituer des sociétés coopératives de production auxquelles elles fournissent les capitaux dont elles ont besoin, en les leur prêtant, et une clientèle assurée en leur achetant leurs produits — c’est-à-dire précisément deux (les éléments qui leur manquaient pour réussir. Et quant au troisième, \& direction, il devient bien moins important puisque les sociétés de consommation exercent un double contrôle en tant que commanditaires et en tant que clientes. Telle est la politique des sociétés coopératives de consommation en Angleterre. Elles ont déjà fondé un certain nombre d'industries coopératives prospères.

C’est dans cette dernière voie que l’association de production pourra trouver un meilleur avenir. Mais il importe de distinguer ici deux systèmes, qu’on peut désigner par les noms de fédéraliste et d'autonomiste. — Dans le système autonomiste, qui est celui que nous venons d’indiquer, l'initiative part des ouvriers eux-mêmes : ils se constituent

' Lf^paleraenl les syndicats ne peuvent pas faire de rindustric ou du commet ce, ni par conséquent jouer le rôle d’association coopérative. Mais ils peuvent en créer une comme filiale, et d’ailleurs i! est question d’élargir la loi pour leur donner cette capacité.

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en associations afin de n’avoir plus de patrons, et le rôle des sociétés de consommation se borne à leur prêter des capitaux et à leur procurer des débouchés. — Dans le système fédéraliste, ce sont les sociétés de consommation, soit groupées en fédérations, soit même isolément, quand elles sont assez puissantes, qui créent des fabriques pour produire directement tel ou tel article rentrant dans leur consommation. En ce cas, quoique ces fabriques s’appellent coopératives, les ouvriers qu’elles emploient restent de simples salariés . ils ne sont nullement copropriétaires de la fabrique et même n’ont en général aucune part dans les bénéfices, ceux-ci étant réservés exclusivement aux consommateurs*. 11 s’est formé une vive opposition contre ce dernier système pour réclamer tout au moins une participation des ouvriers aux bénéfices et même à la copropriété de l’entreprise {copartnership),et ces desiderata ont été réalisés par le Magasin en gros des sociétés d’ Écosse.

Comme conclusion à co chapitre disons que si l’on pense que l’évolution politique procède par trois phases successives, monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république, il est naturel de penser que l’évolution économique dans ses formes successives devra correspondre, étape par étape, à l'évolution politique : — d abord coercitive (esclavage), puis monarchique (salariat), puis parlementaire (le patronat tempéré par la participation aux bénéfices et une certaine part accordée aux ouvriers dans la propriété et direction de l’entreprise), enfin républicaine avec l’association coopérative. Mais on a droit aussi de penser que l’avènement de la démocratie dans la sphère économique sera encore plus lent et plus difficile que dans la sphère politique.

1 11 va sans dire que ces ouvriers participeront aux bénéfices en tant aue consommateurs s'ils sont eux-mêmes membres de la société de consommation qui les emploie. Et alors ils seront leurs propres patrons. El c’est bien à ce régime que la coopération doit viser. Voir ci-dessus,

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