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LA CONSOMMATION AVEC LA PKODUCTION

ducteurs passent leur vie à s’ingénier pour le service du public. En sorte que le consommateur n’aurait, comme un roi, qu’à se laisser servir.

Les faits ne justifient pas ce tableau optimiste. Sans doute le producteur a intérêt à satisfaire le client puisque c’est gcnéralemeut pour lui le plus sûr moyen d’accroître sa clientèle et par là ses bénéfices, mais ce but n’est qu’un but médiat : le but immédiat c’est le profit et nullement le service d’autrui. Et s’il peut arriver à augmenter davantage son profit en majorant ses prix ou en vendantdes denrées falsifiées, l'expérience prouve qu’il n’y manquera pas. On sait combien, dans ces derniers temps et par tout pays, la majoration des prix et la falsification des denrées ont pris des proportions inquiétantes.

Le consommateur fera donc bien de ne pas se fier au laisser-faire du soin de garantir ses droits et de s’endormir dans un rôle de roi fainéant. Il a besoin de défendre énergiquement ses intérêts qui se confondent d’ailleurs, et c’est ce qui fait leur supériorité, avec les intérêts les plus généraux de la Société.

Pour cela il doit recourir au même moyen qu’emploient les producteurs de leur côté, à l’association. Ces associations de consommateurs appartiennent à deux types différents : les unes qui ont pour but d’enseigner aux consommateurs quels sont leurs droits et leurs intérêts et quels sont les moyens d’y satisfaire; les autres de leur enseigner quels sont leurs devoirs et quels sont les moyens de s’en acquitter. Car si le consommateur est roi dans l’ordre économique, cette royauté comporte évidemment des responsabilités. L’une ne va pas sans l’autre. 11 dépend du consommateur, en changeant la nature de ses dépenses, c’est-à-dire en donnant à son argent des emplois différents, de détourner le Capital et le Travail des branches où ils s’employaient pour les porter ailleurs, où il lui plaît. Par là le consommateur, alors même qu’il vit en simple rentier, exerce sur les trois facteurs de production, terre, travail, capital, une action décisive. 11 les commande. Comme le centurion de

France — et probablement on cherchera tôtoutard dans les autres pays — les moyens de stimuler 1 accroissement de la population ou tout au moins de faire disparaître les obstacles qui l’enrayent. Mais les remèdes proposés à cet égard — dégrèvements d'impôts ou même suppléments de trailemeol pour les familles nombreuses, réduction du coût de la vie par l’abolition des droits protecteurs, réforme des lois de succession ', voire môme impôts sur les célibataires — paraissent tout à fait impuissants à enrayer les causes générales que nous venons d’indiquer. Peut-être faudra-t-il en venir à ce que l’État alloue des pensions aux enfants comme il

fait aux vieillards!

L6 TÔl6 du consommatear.

Une des dernières paroles de Baslial sur son lit de mort fut : « Il faut apprendre à envisager toutes choses au point de vue du consommateur ». En cela d’ailleurs il n a fait qu’exprimer le sentiment de l’économie politique libérale. Seulement les économistes libéraux pensent, fidèles en cela a l esprit de leur école, qu’il n est pas nécessaire de prendie aucune mesure spéciale à cet effet et que la libre concurrence y pourvoira. En effet, disent-ils, sous le régime de libre concurrence tout producteur doit s évertuer à serv'ir pour le mieux le client, le consommateur, à lui donner ce qu’il y a de mieux pour le moindre prix. M. Yves Guyot a écrit un petit livre spirituel et paradoxal, sous ce titre La Morale de la concurrence, pour démontrer que les pro-

4 On sait que les Romains ont fait jouer le droit de succession, sous 1.; nom de lois caducaires, pour lutter contre le même mal, et quoiquo-i affirme toujours qu'il a été inefficace, au bout du compte on n en sait rien. Divers systèmes ingénieux ont élê proposés en France. L ccole de Le Flay incrimine surtout la loi du partage égal parce quelle croit que c'est pour éviter ce partage que le père de famille supprime ses enfanU et en conséquence elle voudrait rétablir la liberté de tester ou du moin.'* élargir la quotité disponible. Pourtant la même loi du partage égal existe dans d’autres pays qui ont conserré néanmoins une très forte natalité.

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

PRINCIPES d’économie POMTIQUE.

l’Évangile, il dit à l’un : « Va I et il va — et à l’autre : Viens! et il vient ». Et ce pouvoir de commandement est précisément ce qui crée au riche des devoirs spéciaux, si peu compris jusqu’à présent.

En ce qui concerne les premières, on pourrait citer d abord les sociétés dites de consommation : nous leur consacrerons un chapitre spécial. On pourrait y ajouter les ligues de défense contre le protectionnisme comme celle pour l’abolition des droits sur les céréales quia joué un si grand rôle en 1840 dans l’histoire économique de l’Angleterre (voir p. 342) — ou celles pour faire appliquer les lois contre les falsifications de denrées, ou encorepour la défense des droits des locataires, ou même celles pour défendre les droits des

voyageurs comme le roMJ’/wfir-C/ufc*.

En ce qui concerne les secondes, elles doivent se subdiviser encore en deux catégories ;

a) Les unes ont pour règle de combattre les consommations nocives, immorales et ruineuses, par la propagande et en prêchant d’exemple. D’abord parmi elles figurent au premier rang les sociétés anti-alcooliques, puis les sociétés végélarienueset d’au tres — tellesquecellescontrel usagedu tabac ou contre l’emploi de dépouillés d animaux pour la toilette, notamment contre cette mode de Peaux-Rouges qui impose le port des plumes d’oiseaux sur les chapeaux de dames,

b) Les autres ont pour but de faire cesser les exigences des consommateurs qui sont de nature à imposer un surcroît de travail à la classe ouvrière : par exemple, les commandes de toilettes faites au dernier moment, qui exigent pour être livrées en temps utile le travail de nuit ou les veillées, les livraisons le dimanche, l’emploi de malles trop lourdes pour les porteurs, ou la location d appartements dans lesquels les cuisines et les chambres de domestiques sont trop sacrifiées. Elles s’appellent les Ligues sociales d’acheteurs. Les premières en date ont été fondées à New- York, mais il y en a une fondée à Paris par M“* Brunhes

1 II vient précisémeot de se constituer une Ligue des Consommateur! Français, qui sera comme la Fédération de toutes les autres.

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en t900. Ces sociétés ont des listes blanches sur lesquelles elles inscrivent seulement les magasins qui prennent l’engagement de se conformer à certaines conditions de salaires, de repos, etc., en ce qui concerne leurs ouvriers et employés, ou même de distribuer des étiquettes {labels) pour être apposées sur les marchandises comme certificatsd’une industrie loyale. On comprend que si ces Ligues comptaient un grand nombre de consommateurs riches, les commerçants auraient un grand intérêt à figurer sur les listes blanches ou à obtenir des labels, et par là seraient très stimulés àoffi ir de bonnes conditions à leurs ouvriers.

Ces ligues d’acheteurs, dont le but ne saurait trop être loué et qui constituent même une ère nouvelle dans l'organisation économique, ont cependant provoqué dans ces derniers temps d’assez vivescritiques, précisémeot de la partdes économistes de l’école libérale. Ils estiment que le consommateur est totalement incompétent pour s’occuper de l’organisation technique du travail et pour distribuer de bons ou mauvais points aux producteurs.

Il est important de noter que sur cette question de la fonction à conférer aux cons )mniateur.s, les socialistes sont tout à fait d’accord avec les économistes individualistes. Ils estiment que c’est du côté du producteur qu’il faut regarder et que c’est lui qui doit faire la loi. Ce n’est pas sur l’association de consommation, c’est sur l’association professionnelle que doit reposer la Société future. Et ils estiment même que c’est dans celle-ci seulement, et non dans celle-là, que s’élabore la morale de l’avenir. L’idée de la royauté du consommateur ne serait qu’une idée de bourgeois. El on comprend aisément en effet que la suprématie du consommateur soit inconciliable avec les théories essentielles du socialisme marxiste qui sont la lutte des classes et la victoire de la classe ouvrière, puisque précisémeul la fonction de consommateur par sou universalité exclut toute division de classe. C’est la production qui divise nécessairement les hommes en créant l’antagonisme des intérêts, des groupes et des classes, et c’est pour cela qu’elle nous paraît moralement inférieure.

(îinB. — Éc. PoL. 36

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