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CHAPITRE II

LÂ DÉPENSE

La répartition des dépenses.

La dépense, c’est le prix payé pour se procurer les objets do consommation : c’est donc la consommation elle-même exprimée en monnaie*.

Chacun est obligé de régler ses dépenses d’après ses revenus. Rien de plus important que cette répartition des dépenses puisque c’est elle qui détermine le maximum de satisfaction compatible avec un revenu donné. Ce n est pas si facile qu’on pourrait le croire, car les besoins étant supérieurs aux ressources pour presque tous les hommes, et surtout pour les pauvres, il faut s’ingénier pour tirer de celles-ci le meilleur parti possible. Or le consommateur ne peut satisfaire à un besoin qu’en en sacrifiant un autre. Le jouet rapporté par l’ouvrier à son enfant implique la renonciation à \in paquet de tabac de valeur égale. Le consommateur se trouve donc dans la situation d’un échangiste qui, lui aussi, ne peut acquérir un bien qu’à la condition

1 Mais il faut prendre garde que l’argent dépensé n’est jamais consommé : il est seulement transféré de l’acheteur au vendeur. C’est pour cela qu’aux yeux du public toute dépense, même la plus folle, apparaît comme inoffensive puisqu’elle ne fait que transférer l’argent de Pierre à Paul voire même comme louable parce « qu’elle fait marcher le com-

merce ». iMais pour bien juger de la dépense il faut regarder non à l'argent, mais à la richesse payée avec cet argent et voir si elle a été consommée utilement ou non (voir ci-après Le luxe).

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LA DÉPENSE

i d’en céder un autre. Et dans son for intérieur se fait la

! même pesée entre l’ulilitéde ce à quoi il renonce et l’uti-

! lilé de ce qu’il veut consommer ; et il ne se décide évidem-

I mentque si celle-ci lui paraît supérieure à celle-là. Il ne faut

pas oublier que le mot d’utilité est pris ici dans son sens économique de désirabilité, bien dilférentde l’utilité rationnelle. Bien rares les budgets, hélas! où la répartition des dépenses est faite en raison exacte des véritables besoins : elle est faite par chacun proportionnellement au degré d’intensité de ses différents désirs *.

L’école autrichienne a essayé de donner à cette loi de distribution des dépenses une formule plus précise en ces termes : pour que le maximum de satisfaction soit atteint, il faut et il suffit que les utilités finales des derniers objets consommés pour chaque catégorie de dépenses soient égales. Voici ce qu’on veut dire. Soit un consommateur qui dispose I de six sous par jour pour satisfaire à deux besoins ; celui de

I fumer et celui de lire les journaux. Il répartit ainsi sa dé-

I pense : 4 cigares de 1 sou, 2 journaux de 1 .sou. La loi sus-

I dite consiste à affirmer que la satisfaction procurée par le

dernier cigare fumé (n“ 4) et le dernier journal lu (n® 2) sont égales. El, en effet, si elles ne l’étaient pas, si, par exemple, la satisiaction procurée par le dernier journal lu était inférieure à celle du dernier cigare fumé, le consom-

^ Il est évident que l’utilité d’un même bien est loin d’être la même pour tous les consommateurs. Un voyageur altéré et mourant de fatigue paiera I un bock de bière ou une place au tramway exactement le même prix que

j,. ]eg consommateurs ordinaires, quoiqu’il en eût donné volontiers le double

^ ou le décuple. L’avantage qu’il en retire peut donc se mesurer par tout

j l’excédent du prix qu il aurait consenti è payer sur celui qu’il a payé en

I ": réalité. C’est ce que le professeur Marshall appelle la rente du consom-

j ; mateur. On comprendra la signification de ce mol en se reportant à ce

que nous avons dit de la loi de la rente (p. 5Ul). t^uisqu il n’y a pour i toutes choses qu’un prix unique sur le marché malgré des coûts de pro-

duction très différents du côté des producteurs et des utilités subjectives très différentes du côté des consommateurs, il en résulte des avantages 5 différentiels, tant du côté des uns que du côté des autres, et on les dési-

■ gne, non sans quelque subtilité, par le même nom de rente.

mateur aurait préféré évidemmeot fumer un cigare de plus et lire un journal de moins.

Plus utile pratiquement que celte analyse psychologique est l’analyse des budgets des individus et des familles et plus spécialement ceux des ouvriers. L’étude des budgets des familles ouvrières Si hié inaugurée par le Play, il y a un demi-siècle, comme le meilleur instrument d’investigation sociale et aujourd’hui elle constitue une branche importante de la statistique.. Kntr’aulres faits intéressants on y constate que la proportion des dépenses d’alimentation est d’autant plus considérable dans ces budgets que le budget est plus maigre*.

Il y a une autre répartition encore plus difficile : c’est celle entre les besoins présents et les besoins futurs ou, en d’autres termes, entre la dépense proprement dite et l’épargne. Mais celle-ci nous l'ajournerons au chapitre de l’épargne.

Les sociétés de consommation

Les hommes, qui généralement n’aiment pas à se priver, ont cherché le moyen de réduire leurs dépenses sans s’astreindre à l’épargne, c’est-à-dire sans réduire la quantité ni la qualité des choses consommées : or, ce moyen existe, c’est l’association.

1® D’abord le ménage en commun. — Si plusieurs personnes s’associent pour n’avoir qu’une maison, qu’un feu, qu’une table, elles trouveront certainement par là le moyen de se procurer la même somme de satisfactions avec beaucoup moins de dépenses. L’entretien des religieux au cou-

’ Les 2/3 dans un budget de 1.000 francs, pour s'abaisser jusqu'à 1/4 pour un budget de 5.000 francs et au-dessus. — Cetle loi, connue sous le nom de « loi Engel », du nom du statisticien allemand qui l’a formulée, a été vérifiée par de nombreuses observations.

LA DÉPENSE

vent, des soldats à la caserne, des collégiens à la pension, en fournit chaque jour la preuve.

A quoi cela tient-il? Aux mêmes causes qui font que la production en grand est plus économique que la production isolée, causes que nous connaissons déjà (voir ci-dessus, p. 196) et qu'il est facile de transposer, en les modifiant un peu, du domaine de la production dans celui de la consommation.

De ce fait les communistes ne manquent pas de conclure que le genre de vie usité jusqu’à ce jour dans les sociétés humaines, la vie en famille par groupes isolés, entraîne une dépense excessive, un véritable gaspillage de richesses pour le logement, le service, la cuisine, etc., et que ce serait un grand progrès et un grand bienfait pour l’humanité que de remplacer le ménage isolé par la vie en commun. Nul n’a développé cette idée avec plus de verve et d’abondance que Fourier en décrivant son phalanstère *.

Notez qu’on peut réaliser la plupart des avantages du ménage en commun sans s’astreindre à la vie de gamelle ou même de table d’hôte. Il suffit d’imaginer des services communs pour tous les habitants d’une même maison, chaque famille d’ailleurs pouvant vivre dans son appartement particulier. Cela est réalisé déjà dans nombre de grands hôtels de villégiature. Et il est certain que ce genre de vie tend à se développer, particulièrement dans les pays où, comme aux États-Unis, les besoins de confort sont très grands et les services domestiques très onéreux.

2® Puis l’achat en commun. — Même en conservant le genre de vie actuel par ménages séparés, on peut réaliser, au moins en partie, les avantages précités par l'association de consommation. Un nombre plus ou moins grand de personnes s'associent pour acheter en commun et en gros tout ou partie des objets nécessaires à leur consommation, ce qui leur permet de les obtenir à meilleur marché.

* Voir la petite édition des Œuvres choisies par Fourier que nous ftVL’DS publiée avec une introduction.

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g42 principes d’économie politique.

C’est le socialiste Owen qui a été l’inspiraleur de celte forme d’associalioQ, mais c’est à Thistoire mille fois redite des Équitables Pionniers de Hochdale, en 1844, que se rattache le premier essor de la coopération de consommation La plupart de ces sociétés sont constituées sur ce qu on appelle « le type de Rochdale » qui est caractérisé par les

quatre traits suivants ' :

a) Vente au comptant et jamais à crédit;

b) Vente au prix du détail et non au prix de revient, de

façon à réaliser des bonis;

c) Distribution de la plus grosse part de ces bonis aux sociétaires au prorata de leurs achats (mais jamais au prorata de leurs actions, lesquelles ne donnent droit qu’à un modique intérêt);

d) Affectation d’une certaine part de ces bonis à des œuvres d’utilité sociale, telles que instruction des sociétaires, caisses de solidarité, propagande, fêtes, excursions, etc.

Les avantages immédiats de ces institutions sont :

1“ Une économie dans la dépense, si les sociétés vendent au prix de revient — ou un moyen d'épargner sans se priver, si, conformément au système de Rochdale, elles préfèrent restituer à l’acheteur à ûn d’année les bonis réalisés

LA DKPKNSE.

avoir pour adhérents presque tous les habitants de ces grandes villes, et par là à bouleverser le commerce local qui, cela va saos dire, luUe désespéréroent;

^«Abolition de la réclame, avec ses frais énormes, ses étalages, ses ventes « pour cause de liquidation », avec le mensonge et la fraude commerciale sous toutes leurs formes

?éctange-*^ du niveau moral dans les rapports

6» Absorption progressive des entreprises industrielles avec suppression des profits et dividendes, au fur et à mesure que les sociétés de consommation produiront ellesmemes tout ce qui leur sera nécessaire. Un petit nombre seii ement sont déjà en état de le faire, mais, groupées par I intermediaire de leurs Fédérations, elles commencent à creer beaucoup de fabriques;

6’ Raréfaction des grandes fortunes - par la suppression des profi s et par conséquent de la plus-value des capitaux

^et multiplication des petites par l’épargne coopérative;

/ Eqmliore de la production et de la consommation et suppression des crises et chômages puisque les consommateurs associés ne produiraient plus que dans la proportion de leurs besoins. ^

Le luxe.

Dans son acception ordinaire, le mot luxe signifie Insatisfaction donnée à un besoin superflu. Or, celle définition en soi, n emporté aucune appréciation défavorable, car’ comme I a dit spirituellement Voltaire, le superflu est chose très nécessaire. Nous devons souhaiter qu’il y ait un peu de superflu, et par conséquent un peu de luxe pour tout le monde, même pour les plus pauvres. La nature elle-même nous donne 1 exemple d’un luxe fastueux et parfois extravagant dans la fa<;on dont elle décore les pétales de ses fleurs, I aile de ses papillons, ou la cuirasse de ses plus microscopiques insectes. D’autre part, l’histoire nous apprend

g 14 principes d’économie politique.

que tout besoin qui apparaît pour la première fois dans le monde est toujours considéré comme superflu. 11 est superflu nécessairement : — premièrement parce que personne ne l’a encore ressenti ; — secondement parce qu’il exige un travail considérable pour sa satisfaction, à raison même de l’inexpérience de l’industrie et des tâtonnements inévitables des débuts. S’il est un objet qui paraisse aujourd’hui indispensable, c’est assurément le linge de corps : « être réduit à sa dernière chemise » est une expression proverbiale pour exprimer le dernier degré du dénûment. Cependant, à certaines époques, une chemise a été considérée comme un objet de grand luxe et constituait un présent royal. Mille

autres objets ont eu la même histoire*.

Si donc on s’étail prévalu de la doctrine ascétique pour réprimer tout besoin de luxe, on aurait étouffé en germe tous les besoins qui constituent l’homme civilisé dès la première phase de leur développement, et nous en serions aujourd’hui encore à la condition de nos ancêtres de l’âge

de pierre.

Le luxe ne doit donc nullement être confondu avec la prodigalité. Un pot de Heur sur la fenêtre d’une ouvrière, c’est du luxe, ce n’est pas de la prodigalité. Inversement casser la vaisselle et les verres après un joyeux dîner, c’est de la prodigalité, ce n’est pas du luxe. 11 est vrai que le luxe peut aisément dégénérer en prodigalité. Alors seulement il devient blâmable, mais le difficile c’est de tracer la limite?

L’opinion publique, pour la fixer, considère uniquemervt la somme d’argent dépensée, mais ce critérium est très mauvais. Qu’un individu dépense son patrimoine pour collectionner des timbres-poste, pour donner à son cuisinier la traitement d’un ambassadeur, ou pour se faire nommer empereur du Sahara, il sera blâmable au point de vue privé et sa famille fera bien de lui faire nommer un conseil judiciaire, mais la Société est désintéressée dans la question, car l’ar-

1 Par exemple, les fourchettes, les montres, les bicyclettes, demain peul-èlre les automobiles ou aéroplanes.

LA DÉPENSE

gent sorti de la poche du prodigue est simplement transféré dans celle de ses fournisseurs, de son maître d’hôtel, ou des parasites qui vivent à ses dépens*.

Au point de vue social le vrai critérium ce n'est point la somme d'argent dépensée, mais la quantité de richesses ou de travail consommée poar la satisfaction d’un besoin donné. Or il faut avoir toujours présent à l’esprit ce double fait : — que la quantité de richesses existantes est insuffisante présentement pour satisfaire aux besoins élémentaires de la grande majorité de nos semblables (voir p. 4531; que les forces productives qui alimentent et renouvellent ce réservoir de richesses, terre, travail et capital, sont toutes trois limitées en quantité. Et, dès lors, il apparaîtra comme un devoir très catégorique de ne pas détourner vers la satisfaction d un besoin superflu une trop forte part des forces et des richesses disponibles pour les nécessités de Texislence G est une question de proportion. Le mauvais luxe ou là prodigalité consiste dans une disproportion entre la quantité

de travail social consommé et le degré de satisfaction individuelle obtenue.

Donnons quelques exemples.

Ainsi le goût des fleurs, absolument inconnu à nos ancêtres et qui ne s’est propagé en France que depuis une vingtaine d’années, est assurément un luxe dans le premier sens q^ue I on donne à ce mot, puisqu’il répond à un besoin superflu, et c’est un luxe charmant, bienfaisant et accessible aux pauvres. Mais si l’on orne son salon d’orchidées rap-

'e «lictoD populaire : que toute dépense fait gagner quelqu’un. Il est possible que cette dépense imoli que une destruction de richesse, comme dans le famrux apologu^de Bdstiat sur la Vttre Cassée, mais ce n’est pas toujours le cas pas notHmiTifînt dans les exemples ci-dessus. * ^

* Resuite- t-il de notre définition que du jour où les sociétés seraient assez riches pour assurer à tous leurs membres le superfiu, il n’y aurait plus de luxe blâmable? - En effet, nous le croyons bien ainsi slt nature, comme nous le disions tout à l’heure, peut se pern.etlre un

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

nortées de Madagascar ou de Bornéo au prix d’expédiüons ^ lî nnf rnûlé des centaines de mille francs et meme des vies ^hommes L de dahlias bleus que fon aura fait pousser dans des serres en brûlant plus de charbon qu il n en lau- 1-ait pour chauffer dix familles tout un hiver, dans la seconde définition que nous en avons donnée.

Ou'uneTme porte une robe qui ne brille que par 1 élégance de la coupe, nous n’y voyons aucun inconvenien^, fûi-elle été payée ^.000 francs chez un tailleur en renom car encore ^une fois, nous avons à nous inquiéter "0" l'argent dépensé lequel n’a fait que passer d une main dans Patfire ma^s seulement de la matière ou du travail dépensés • ôr il n’est pas probable qu’on ait employé ici plus dltoir^ni beaucoup plus de main-d’œuvre que pour une robe ordinaire. Mais que celte même dame fasse coudre a sa robe de bal quelques mètres de dentelles qu' on^ exigé p sieurs années de travail d’une ouvrière, voila 1 abus .

Ou’ un lord d’Angleterre dépense quelques millions pour une galerie de tableaux, c’est bien (quoiqu il vaudrait mieux encore qu’il les donnât à un musée public . Mais que coLe les grossiers barons d’autrefois, il engloutisse a ses reoas assez de viande et de vin pour nourrir vingt person nés ou que, pour se donner le plaisir de faire tirer a ses m vités Quelques coqs de bruyère, il convertisse en terrain de chasse des terres qui auraient pu produire des aliments pou nlivîieurs centaines d’êtres humains, voila l abus.

^ Il ne faudrait pas s’imaginer que le mauvais iuxe, sous

. M.I., Slr..t-»,

U vie en tnUanl 't>il''rema"ine” *

D aulre pari. M. Leroy-Ueaulteu fa.l Inlelles que le mari

r"iT»i.'“MrrieT;.r;"r.i *

irlicles de luxe, c’est le travail des Danaides.

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Dépense. g^7

forme de gaspillage de travail et de richesses, soit uniquement imputable aux riches. Il y a aussi une prodigalité des pau vres et qui n est pas moins onéreuse pour la Société. Qu était-ce que la valeur de la perle que Cléopâtre jeta dans sa coupe, quoiqu elle valût, je crois, 300.000 sesterces, auprès des centaines de millions que chaque jour des consommateurs pauvres jettent dans leurs verres, sous Informe d absiQ he aux reflets d’opale - et du moins la reine ^ ^^ypte n en fut pas empoisonnée !

Qne dire de l’art? Doit-il être considéré comme un luie? c est bien 1 opinion générale : aussi les économistes éprou-

Znl'îl "Tp® e'^ba'jasà le justifier. Cependant si nous nous en réferons a la définition que nous avons donnée du

luxe nous verrons qu’elle n’implique aucune condamnation de 1 art, meme en se plaçant uniquement au point de vue économ.qae, par celte raison que l’art véritable n’exige pas un travail disproportionné avec le résultat. Bien au contraire : n bloc de marbre et un ciseau, ou un mètre carré de toile

travail, suffiront pour procurer des jouissances exquises et toujours renouve ées à toutes les générations humaines. Un Américain a payé une fois 2.500.000 francs un tableau de s^ifà^h i'nT'" nous importe que cette énorme somme Z J H , • o’ost au tableau seulement qu’il

faut regarder. L œuvre a-t-elle exigé de l’artiste une somme

ciééeT^Non^'^®''"^ proportion avec la beauté

de^trln^ ^ caractéristique de l’art de produire

l’anlb!'grté*'volï*ir£’co^^^^^ coolroverrfe. dipui.

fl

PRINCIPES d’économie POUTIQUK.

L'absentéisme.

Il faut distinguer deux sortes d'absentéisme, celui des personnes et celui des capitaux.

§1. — Pour les personnes, l’absentéisme c’est l’habitude prise par les propriétaires ou les rentiers de résider à l’étranger ou du moins hors de leurs terres. — Cette habitude est très répandue dans certains pays, notamment en Irlande et dans les pays de l’Europe occidentale, et la question qui se pose est de savoir si elle entraîne des conséquences fâcheuses pour le pays d’origine et, vice versa, avantageuses pour le pays de résidence.

Au point de vue moral, l’absentéisme est sévèrement jugé. Mais encore faut-il distinguer. Ce jugement est parfaitement fondé en ce qui concerne les propriétaires fonciers, parce que la propriété foncière est, comme nous l’avons vu. une fonction sociale qui doit être exercée personnellement et non par délégation — ce qui est d’ailleurs la règle pour toutes les fonctions publiques. La propriété foncière, qui se fonde sur l’utilité publique, n’a plusde fondement du jour où son titulaire n’a plus d’autre rôle que de toucher des fermages et démontre, par son absentéisme même, qu’il vit en parasite. D’ailleurs, en dehors même de celte considération théorique, qui est de poids, l'expérience a montré bien des fois, par exemple en Irlande, que l’absentéisme des propriétaires déléguant leurs pouvoirs à des intendants ou intermédiaires (middlemen) entraînait à la fois la ruine des cultivateurs et celle de l’agriculture*. Mais pour les rentiers, leur fonction sociale — car ils en ont une aussi, celle de créer et de gérer des capitaux — ne les attache pas plus particulièrement à tel lieu qu’à tel autre. El, au contraire,

1 Au poiot de vue social et politique, dont il faudrait tenir compte aussi, c*est Tabsenléisme des grands propriétaires français à VersHÜIes qui a contribué à la chute de l'aristocratie française.

En Roumanie, les propriétaires résidant à Tétranger sont frappés d'impôts très élevés.

! in.rBj,- l'ai»'’!*' I- . I- . ___

LA DÉPENSE

un certain cosmopolitisme est fort utile pour faire des placements avec intelligence et les suivre.

Au point de vue purement économique, on se plaint aussi de 1 absentéisme, parce que, dit-on, celui qui va dé penser ses revenus au dehors n’en fait pas profiler ses con-

h‘ bénéficier les étrangers. La résidence de riches etrangers en Suisse, en Italie, à Paris, sur la côte d Azur, n est elle pas considérée à bon droit par ces pays et cos localités comme une source de richesses? Or, n’est-il pas évident que si par le seul fait de sa présence, l’absenteisle procure un bénéfice au pays où il réside, de même par le seul fait de son absence, il doit infiiger un préjudice égal au paysqu il a quitté? Puisqu’il dépense cet argent au loin, il ne saurait le dépenser ni le placer chez lui.

Peut-être objeclera-t-on que l'abstentéiste ne donne pas son argent gratis, que tout simplement il paie à l’étranger un prix de pension? Si les Anglais, par exemple, dépensent 50 mil ions de francs en Suisse, ne consomment-ilspasdes prouitssuisses pour une valeur précisément égale, en sorte que au boül du compte, il o> a rien de plus ici qu’un échaugl marchandises suisses contre marchandises anglaises’? — Aon ; on peut affirmer que les 50 millions payés parles residents anglais représentent une valeur très sùpérLre à la valeur des produits ou services etTectiveraent consommés par eux, et cela pour deux raisons : — f parce qu’ils paient généralement toutes choses plus qu'elles ne valent. Toutes

nmrèH"" «ur la moralité d’un semblable

procédé, il faut bien constater qu’il n’est guère de ville's

fréquentées par les étrangers où tous les marchands n’aient deux prix, 1 un pour les étrangers et l’autre pour les gens du pays; — 2«> parce que très souvent l’étranger paie l’ufage

destructible. Quand 1 étranger, en louant une villa pour la saison ou en prenant un guide pour la journée, achète le

““Slais sera probablement employé en

ut tiS”"’ ^ I* ‘“■•«iiu. d.

Gide. — Ec, Pol.

B respirer un air salubre, de

montagnes blanches, ü

: il lui paie une véritable ii profite à tout propriétaire j naturel quelconque. Et ..ij comme ceux de la Suisse, de Nice, des cascades comme I souvenirs comme ceux des semienï-ils pas pour ces pays des sources de richesses tout aussi bien que des mines de charbon

exactement de même pour un parlidans mon domaine une curiosité naturel c ruine, etc., et que je fasse payer un il est clair que mon revenu s ac-

de la bourse du voyageur.

confond pas du d’une part, U l’étranger laissent d’origine, et, fréquemment que les renen voient leurs capitaux à à se plaindre de contraire on s’in- , années, de l ab-

droit de jouir d’un beau ciel, ae res contempler la mer bleue ou les mot lève rien à la richesse du pays :

rente, identique à la rente qui pr ayant le monopole d’un avantage pourquoi, en effet, des panoramas c des golfes d’azur comme ceux l celles de la Norvège, de grands villes d’Italie, ne l

des puits de pétrole?

D’ailleurs, il en est

culier. Si j’ai <

quelconque, grotte franc à chaque visiteur

croîtra d’autant aux dépens

ç L’absentéisme des capitaux ne se

tout avec l’absentéisme des personnes, c&r neut arriver que les rentiers qui vivent a néanmoins leurs capitaux dans leurs pays d’autre part, il arrive encore plus tiers qui restent dans leur pays ^ letranger.' Ainsi, en France, on n a guère l’absentéisme des personnes, tandis qu au ' quiète beaucoup, surtout depuis quelques

senléistne des capitaux* ^

La somme des capitaux français envoyés

énorme et, proporlionoellement a la fortum périeure probablement à celle de ciers du monde entier savent que toutes les soin d’argent c’est en France quon peut plus facilement et à meilleur compte. Le. une situation qui vaut à la France une ^ vmce financière, mais qui est loin de cor pareille supériorité économique. Ep effet s lant d’argent à placer au dehors c est qu i pas beaucoup l’emploi au dedans a la d

fJi DÉrBNSB

lemagne par exemple qui possède en elle-même deschamps d’activité suffisants pour absorber ses propres capitaux. La France a un peu le même tempérament, en tant que nation, que le bourgeois français lui-même qui, plutôt que de faire valoir lui-même son capital, préfère vivre en rentier en le plaçant lucrativement ’ .

Cet exode des capitaux français a d’ailleurs été fortement stimulé, depuis quelques années, par les craintes provoquées par les projets d’impôt sur le revenu.

Nous croyons cependant cet absentéisme plus inoffensif que l’autre et même plutôt bienfaisant. Il est vrai que ces capitaux servent a des entreprises étrangères et semblent par là dérobés aux entreprises indigènes. Mais il faut remarquer que les bénéfices produits parces capitaux reviennent au pays d’origine et constituent, par conséquent, pour celui-ci, une sorte de tribut annuel que lui paie l’étranger. Or nous avons vu que c’est la une situation très favorable au'pointde vue de la balance des comptes et du change (voir p. 414) car c’est grâce à ces créances sur l’étranger que le pays exportateur de capitaux peut payer ses importations sans bourse délier. En cas de crises, révolutions, guerres malheureuses, ces placements à l’étranger donnent aussi beaucoup plus de sécurité non pas seulement aux fortunes privées mais aussi à la fortune nationale*.

« Néanmoin», comme le fait remarquer M. P. Leroy-Beaulieu, Il etl injuste de dire que le capiUl français est timoré. Il est plus téméraire ou si l'on veut, plus crédule que celui de n’importe quelle nation, et la preuve, c’est que, quelque nombreuses que soient dans le monde les entreprises prospères créées par lui, nombreux aussi de par le monde sont les cimetières de capitaux français! au nombre desquels I isthme de

Panama. ...

î La guerre actuelle vient de démontrer l’utilite pour la nation des placements à l'étranger. C’est parce que la France en avait beaucoup qu’elle a pu tout d’abord s’approvisionner facilement à l’élranger, mais c’est parce que pourtant, elle n’en avait point assez qu’elle a ru ensuite le change lui devenir défavorable. Voir ci-dessus, p. 418.

PRINCIPES d’économie POLITIQÜË.

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Du contrôle de la consommation par l’État.

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lUWkWHeM-KRCïlfSl*®'''-

LA DÉPENSE

sommation : il était naturel que le protectionnisme s étendît des producteurs aux consommateurs. L’Etal ne faisait d’ailleurs qu’obéir à une puissance nouvelle dont l’autorité devient de jour en jour plus impérieuse, l’Hygiène Sociale. C’est presque uniquement son haut patronage que l’on invoque aujourd’hui pour justifier le contrôle de TElat en matière de consommation.

Les lois, dites somptuaires, ont été abandonnées non seulement parce qu’elles étaient généralement inefficaces et vexatoires, mais aussi parce que, comme nous Tavons vu (p. 644), il est vain et dangereux de tracer la ligne de niveau au-dessus de laquelle commence le luxe. Néanmoins certains impôts sur les objets ou services de luxe (automobiles, voilures, garde-chasses, en France, domestiques en certains pays, etc.) peuvent agir partiellement à la façon de lois somptuaires.

On peut classer sous cinq chefs les modes d’intervention de TÈlat en ce qui concerne la consommation :

l" Assurer aux consommateurs la quantité suffisante. — Cette préoccupation, au temps passé, ne s’est pas étendue au delà des denrées alimentaires et presque uniquement du pain. Nous venons de rappeler les mesures prises par les gouvernements d’autrefois en celte matière et qui feraient la matière de gros volumes. Aujourd’hui, comme c’est moins la crainte de la disette que celle de la surproduction qui hante les esprits, ce premier mode d’intervention peut être considéré comme suranné. Tout au plus pourrait-on signaler dans cet ordre d’idées les projets de fourniture de pain gratuit, énoncés par M. Barrucand en France et par Alfred Wallace en Angleterre. Ils n’ont eu qu’un succès de curiosité.

2® Protéger les consommateurs contre une majoration de prix des denrées de première nécessité qui pourrait avoir pour résultat d’en interdire la consommation aux classes pauvres. Celte préoccupation est évidemment du même orhre que la précédente et, comme celle-ci, ne s’est guère appliquée qu’au pain et quelquefois à la viande. C’est ainsi qu’en France une loi du temps de la Révolution, du 22 juil-

let 1791, reconnaît aux municipalités le droit de taxer le prix du pain et de la viande. El, malgré les vives critiques des économistes, cette loi est encore en vigueur apres 1 19 années révolues! c’est la plus vénérable de toutes celles

qui existent dans notre arsenal législatif,

11 est vrai qu’en ce qui concerne la viande elle est tombée en désuétude parce que la viande étant une denrée qni comprend des catégories de qualités très différentes, il est impossible, à moins de recourir à une tarification compliquée, de fixer un prix maximum et surtout d’empêcher les bouchers de faire passer tel morceau d’une catégorie dans une autre. Parfois cependant les maires ont fait valoir la loi comme menace pour prévenir les coalitions des bouchers. Mais en ce qui concerne le pain, la loi est aujourd hui encore assez fréquemment appliquée. C’est plus facile, le pain étant une denrée homogène. El encore les boulangers ont-ils bien des ressources pour éluder le tarif en mélangeant des farines de qualité inférieure, ou en incorporant plus d eau ou de sel à la pâle. Il semble que la création de boucheries ou boulangeries municipales, comme à Lisbonne et à Catane, ou, à leur défaut, un appui officiel fourni a des boulangeries et boucheries coopératives, constitueraient pour les consommateurs des garanties plus efficacesque cette sur-

vivftocô dôs vieux édils de mûximurn* ^

3® Proléger les consommateurs contre la falsification des denrées. Tandis que les deux modes précédents d’intervention de l’État tombent en désuétude, celui-ci au contraire prend de jour en jour une extension croissante. La raison en est double : d’une part les progrès vraiment merveilleux dans l’art de la falsification que nous avons déjà mentionnes (d 164), d’autre part les progrès parallèles dans la conna.issance des lois de l’hygiène, c’est-à-dire des propriétés des substances alimentaires et de leur meilleure utilisation pour l’enlretien de nos fonctions et de nos énergies. Dans tous les pays, et en France aussi, de nombreuses lois ont été votées pour la répression des fraudes sur le vin, sur le beurre, sur le lait, sur le sucre, sur la viande, etc. Et finalement

LA DÉPENSB. 655

une loi organique du 5 août 1905 a étendu le contrôle de la loi à toutes les denrées «c servant à l’alimentation de l’homme ou des animaux ». Des échantillons seront prélevés chez tous les marchands, analysés dans' des laboratoires municipaux ou Bureaux d'hygiène, qui doivent être créés dans toutes les communes et, au cas où une falsification aura été constatée, alors le tribunal sera saisi et on procédera à la nomination d’experts et contre-experts.

De tous les modes d’intervention de l’État, c’est celui que les économistes de l’école libérale trouvent le plus vexafoire et le plus impertinent. Encore quand il s’agit de la production ou de la circulation peut-on dire que l’intérêt public s’y trouve engagé, mais quand il s’agit de la consommation, alors cette immixtion du législateur dans le domaine de la vie privée, revêtant pour l’occasion le bonnet de docteur, leur paraît aussi grotesque que celle de ce médecin de l’île de Barataria qui désignait de sa baguette impérieuse les plats que le malheureux Sancho pouvait manger et ceux qu’il fallait retirer de la table.

Pourtant comment contester que la falsification des denrées ne soit devenue une question d’intérêt public, alors que l’on a vu en 1L‘07 quatre départements du Midi de la France se mettre en insurrection au cri de : Guerre à la fraude! — on les scandales des fabriques de conserves de Chicago qui ont donné la nausée au monde entier; — ou en septembre 1908 la convocation à Genève d’un Congrès international pour s’occuper des falsifications de denrées? Et quant à croire que le consommateur est suffisamment en mesure de savoir ce qu’il consomme et de veiller à ses intérêts, c’est méconnaître que, possédât-il même toutes les connaissances de l’hygiène, il est le plus souvent dans l’impossibilité de choisir, surtout s’il est dans la clientèle pauvre. Pense-t-on que les petits enfants qui sont empoisonnés par le lait soient « les meilleurs juges de leurs intérêts »? Du reste s’il est vrai que les consommateurs soient surtout les meilleurs juges de leurs intérêts, on ne saurait mieux faire que de s’en fiera eux quand ils réclament l’intervention du législa-

PRINCIPES d’économie POLTTIQÜE*

leur. Or c’est précisément ce qu’ils font par tout pays.

Nous ne contestons pas d’ailleurs que l’application de ces mesures de protection ne soit très malaisée. D une part 1 hyciène est loin, encore aujourd’hui, d’être infaillible, et d au- Fre part rien n’est plus difficile que de déterminer où cornmenée la falsification et ce qu’il faut entendre par un produit « vrai . ou « pur ». Il est évident que si l’on entendait par falsification toute modification d’un produit naturel, il faudrait tout prohiber - car la plupart des aliments subissenlloutau moins cette modificatioa artificielle d être cmts! Ainsi en ce qui concerne le vin le mouillage et le sucrage sont considérés à bon droit comme des falsifications, et pourtant la Nature elle-même pour labnquer le vin n’emploie guère d’autres éléments que l’eau et le sucre. Mais si ces difficultés pratiques imposent en effet une grande prudence dans l’application de la loi, elles n’ébranlent pas sa nécessité .

Il est vrai que les Ligues d’acheteurs et les sociétés coonéralives de consommation dont nous avons déjà parl^, pourraient protéger les consommateurs, siirtoul si elles étaient investies du droit de poursuite que la loi française refuse aux sociétés privées* mais que la loi anglaise leur confère Mais précisément elles ont besoin de pouvoir s appuver sur la loi et celle ci de son côté a besoin de ces Ligues, car il est à craindre que sans leur concours la loi ne reste

inefficace. , . ,

40 Empêcher la consommation àesdenrees nocives, en prohibant sinon la consommation elle-même, ce qui dans la pratique serait difficile et impliquerait un attentats la liberté individuelle, du moins la mise en vente et la fabrication, ce qui en fait sera aussi efficace. C’est ainsi qu’en Belgique, en

1 Comme exemple curieux d’inlervention au uom de l’hygiène. ^ peut citer les arrêtés municipaux de quelques villes allemandes, Munich entr’autres, prohibant pour les dames le port de robes longues parce

nirelles soulèvent la poussière des rues. ,

^ * Sauf pourtant pour les syndicats quand ils peuvent poursuivent un intérêt professionnel. Us syndicats agncoles ont usé

plusieurs fois de ce droit.

LA DÉPENSK.

Suisse, en Hollande, la mise en vente de l’absinthe aété prohibée par des lois récentes, et un projet de loi semblable a été déposé devant le Parlement français, mais il est plus que douteux qu’il aboutisse. La Chine vient de prohiber l’opium et il esta désirer que l’Indo-Chine française suive son exemple. En France on prend des mesures contre la consommation de ce narcotique qui prend des proportions inquiétantes. Enfin on sait que la mise en vente de l’alcool lui-même et des boissons distillées est prohibée dans divers pays*.

Dans ce même chapitre il faudrait classer les mesures législatives prises dans un grand nombre de pays pour protéger les habitants des villes et spécialement les locataires pauvres contre l’insalubrité des logements, car le logement aussi rentre dans la consommation. On sait que des conditions minutieuses sont prescrites — quoique rarement observées en dehors des grands centres — en ce qui concerne le nombre de mètres cubes des pièces, la hauteur des plafonds, les ouvertures, etc.

L’État a aussi à s’occuper des jeux d'argent, des ;?am et des loteries, soit pour les prohiber, soit tout au moins pour les réglementer. 11 est vrai que c’est plutôt peut-être dans le Livre de la Répartition qu’il aurait fallu en parler et si nous avions consacré un chapitre à la spoliation sous toutes ses formes, nous n’aurions pas manqué de leur y réserver une place. Cependant il s’agit bien là sinon d’actes de consommation à proprement parler, du moins de dépenses. Et ces dépenses ne sont pas un simple transfert d’argent, car les sommes perdues au jeu ou aux paris sont presque toujours consommées improductivement, soit qu’elles soient gaspillées par les gagnants, soit qu’elles servent à entretenir une population de parasites. Le développement inquiétant de ces habitudes dans les classes populaires, non seulement en France, mais en Angleterre, a attiré l’attention des gouvernements; seulement, jusqu'à présent, ils se sont plutôt

> An coara de la présente guerre, la consommation de l'alcooI a été sévèrement réglementée, et ce. le de l'absinthe absolument interdite.

préoccupés de les utiliser pour en battre monnaie que de les

réprimer. u ^

En ce qui concerne les loteries, on sait que nombre de

gouvernements, autrefois et encore aujourd hui (Italie» Espagne, la ville de Hambourg et divers Etats d Allemagne, etc.), les exploitent eux-mêmes sous forme d entreprises d’Êtat plus ou moins lucratives. En France, on y a renoncé et les loteries sont même subordonnées à une autorisation préalable de Tadministration ou du Parlement selon l’importance de la somme en jeu. Mais ces autorisations sont très prodiguées sous de futiles prétextes de philanthropie. On peut faire valoir comme excuse que la loterie est moins dangereuse que le jeu et le pari, d’abord parce que les pertes subies par les joueurs sont limitées et trop petites pour entraîner leur ruine, et aussi parce qu’il peut arriver que 1 argent des perdants, voire même celui des gagnants, soit utilement employé. Sans doute en tant que mode de répartition des richesses, la loterie a ce déplorable résultat d intensifier l’action du hasard et de familiariser l’opinion publique avec l'idée de la richesse acquise sans travail, mais du moins elle offre à chacun des chances plus égales que le jeu et le pari, où l’inégalité des chances touche plus ou moins à l’escroquerie, et même on peut dire qu’elle satisfait à un certain

sentiment de justice simpliste.

5® Enfin, la loi pourra être appelée à intervenir non plus pour protéger les intérêts du consommateur, mais au contraire pour lui impoae^v les devoirs que comporte sa fonction sociale (voir p. 636). 11 y a bien des produits dont la mise en vente serasansdoute interdite un jourpareeque leurconsommalion implique des actes de destruction stupide ou féroce, telles que le massacre de certaines espèces animales, comme les éléphants et d’innombrables oiseaux, voire même nos hirondelles!

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

l’éparonb.

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