‹ Principes d'économie politique [microform]Chapitre 7 sur 64 · livre (en 1883), ceUiv ci caractères moraux ou · texte numérisé non relu

livre (en 1883), ceUiv ci caractères moraux ou

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52 PRINCIPES d’économie POLIT) OUE.

' qualité sensible. Nullement ; elle naît seulement quand le désir s’éveille, elle s’évanouit sitôt qu’il s’éteint. Elle le suit et se promène avec lui de chose en chose, comme l’ombre suit le papillon et ne demeure que là o)i il se pose. Elle est subjective et non objective. C’est pour cette raison'^eflÇorè que le mot de désirabilité serait bien plus clair que le mot d'utilité, car des deux termes du rapport, l’homme et la chose, il met au premier plan le premier, tandis que l’utilité met au premier plan le second.

Du reste, peu importe qu’une chose n’ait reçu de la nature aucune des propriétés propres à satisfaire à nos besoins pourvu que nous croyions qu’elle les a. Des reliques plus ou moins authentiques ont été pendant bien des siècles, et sont encore aujourd’hui dans certains pays, considérées commodes

richesses incomparables à raison des vertus qu’on leur prête. 11 y a bien des eaux minérales et des produits pharmaceutiques qui sont très recherchés, quoique leurs propriétés curatives soient loin d’être démontrées. Costumes qu’on ne porte plus, livres qu’on ne lit plus, tableaux qu’on n’admire plus, monnaies qui ne circulent plus, remèdes qui ne guérissent plus, que la listeserait longue de ces richesses dontl’utilitéest aussi éphémère et fugitive que le besoin qui l’a créée 1 Et pourtant, même alors, si par aventure le désir du collectionneur, le plus intense de tous peut-être, vient à se fixer sur ces richesses mortes, il leur rend une nouvelle vie et elles reprennent aussitôt une valeur bien supérieure à celle qu’elles avaient au cours de leur première existence.

L’alcool et les bois.sons qui en dérivent ne possèdent, au dire des savants et des hygiénistes, aucune des vertus qu’on leur prête, ils ne sont ni fortifiants ni réchauffants. Mais qu’importe? 11 suffit malheureusement que des millions d’hommes par tout pays croient qu’elles ont ces utilités pour qu’elles constituent des richesses, et même des richesses qui se chiffrent par milliards et dans lesquelles les Étals euxmêmes puisent une partie de leurs revenus.

2® 11 ne suffit pas encore que nous sachions qu’une chose a la propriété de satisfaire nos besoins : il faut que nous puis-

les BESOINS ET LA. VALEUR. 53

sions en fait l’appliquer à la satisfaction de ces besoins. Il ne suffit pas qu’une chose soit reconnue utile : il faut nu’ellflmisse êtr£jitiU&é^C(i n’est pas toujours le cas. Il y a bien des forêts qui pourrissent sur place faute de pouvoir être exploitées; beaucoup de rivières, même en France, roulent de l’or qu’on ne peulen retirer économiquement; nous savons que des forces énormes sont latentes dans le flux et le reflux des mers, dans les ruisseaux des campagnes, dans les attractions moléculaires, mais de tout cela nous ne pouvons tirer parti, du moins dans l’état actuel de nos connaissances. Il est probable qu’il n’y a pas dans le monde un seul corps qui ne pût être utile à l’homme et qui ne pût accroître nos ri- i

chesses. Mais tant qu’ils sont incognito ils restent aussi ,

inutiles que les terres fertiles ou les métaux précieux dont i

l’astronome, à l’aide du télescope ou de l’analyse spectrale, découvrirait l’existence dans Mars ou dans la lune.

Cette propriété de satisfaire à nos besoins, de nous procu-^ rer une jouissance, n’appartient-elle qu’aux choses (res comme disaient les jurisconsultes romains)? — Assurément elle appartient aussi aux actes, aux faits et gestes des autres hommes, de nos semblables. Nul doute que beaucoup d entre eux ne nous procurent beaucoup de joies et même ne nous soient utiles, dans le sens économique de ce mot, en satisfaisant directement nos besoins et sans l’intermédiaire d’aucune richesse matérielle : le médecin nous procure la santé; le professeur, la connaissance; le juge,^ la justice; l’agent de police, la sécurité; le littérateur ou l’artiste, les plus hautes et les plus pures jouissances; et le domestique fait nos commissions. L’homme est ce qu il y a de plus utile à l’homme 1 Nul doute que ces satisfactions ne soient du même ordre, ou même d’un ordre supérieur à celles que nous procurent les choses et que nous ne les .estimions autant ou plus, puisque nous les payons fort cher s il le faut. On emploie plus volontiers ici, il est vrai, le mot de service que celui d’utilité. Mais qu’importe? Ne dit-on pas tous les jours d’un objet quelconque, une bicyclette, un encrier de poche, qu’il nous « rend bien service » — de même

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

qu’en sens inverse nous disons à nos amis (simple formule de politesse, il est vrai, mais très correcte scientifiquement) : « usez de moi, je vous prie I »

Quel nom donnerons-nous à ces choses ou à ces actes qui jouirent de cette propriété précieuse de satisfaire à nos besoins, de nous être utiles ou désirables ? 11 faut faire .cet aveu extraordinaire qu’il n’existe aucun mot adéquat pour désigner ce qui fait l’objet même de la science économique 1 Les jurisconsultes emploient le mot de biens (ce qui estbon, bona en latin, ÿoct/.s, en anglais). Ce nom serait peut-être le meilleur s’il n’impliquait pas, comme celui d’utilité, une certaine appréciation morale : on ne dira pas volontiers d'un obus ou d’une trousse de cambrioleur qu’ils sont des « biens ». Les économistes préfèrent le mot de richesse, mais celui-ci a le grave inconvénient d’avoir reçu déjà une signification vulgaire qui est celle de fortune opposée à la pauvreté. On ne comprend pas facilement que des fleurs des champs, une eau pure, un airsalubre, ou même un morceau de pain, soient appelés des richesses. Pourtant toutes ces choses possèdent à un très haut degré la propriété de nous faire jouir et de nous faire vivre.

Le mot de richesse implique d’ailleurs une autre idée que celle de jouissance : celle àe puissance (c’est d’ailleurs sa signification étymologique, reich en allemand c’est l’empire). Et l’importance de cette idée est au moins égale à la première. Car si la richesse ne comportait que la jouissance, comme la possibilité de jouissance ne dépasse pas un certain maximum, la poursuite de la richesse ne dépasserait pas non plus cette limite. C’est l’autre aspect de la richesse, c’est le désir de la puissance exercée sur les autres hommes qui pousse l’homme au delà de toute limite assignable, qui fait surgir les milliardaires américains et tous ceux qu’on appelle si justement les rois du pétrole, ou de l’acier, ou du coton.

C’est généralement sous la forme de revenu que se présente l’aspect de la richesse-jouissance et sous la forme de capital que se présente 1 aspect de la richesse-puissance.

les BESOINS ET LA VALEUR.

Et nous verrons plus loin que le socialisme actuel peut se définir par ceci qu’il cherche a abolir la richesse en tant ruSimenl de puissance de l’homme sur ses semblables tout en laissant 'subsister la richesse en tant que inoyen e Jouissance — mais il est douteux qu’il réussisse a dissocier ies deux fonctions de la richesse et, en admettant qu il y réussît , c’est la moins noble des deux qu’il laisserait sub-

Le'motde richesse a un autre inconvénient : c’est qu’il ne peut guère s’appliquer qu’à des objets corporels et non aux actes de l’homme. On ne peut dire que la consultation d’un médecin, le chant d’une diva, la coupe de cheveux faite par un coiffeur, sont des richesses. Et pourtant comme nous venons de le voir, il y a autant « d’utilité » dans tous ces actes que dans n'importe quel objet matériel.

Que faire? — Se résigner à employer le vocable de « bien » ou celui de « richesse », en le traduisant mentalement par celte périphrase ; tout ce que nous jugeons propre à satisfaire à un désir d’ordre économique.

Qu’est-ce que la valeur î

Toutes les choses désirables ne le sont pas au même degré. Nous établissons entre elles un ordre de préférence, un classement : c’est ici qu’apparaît l’idée de valeur.

Généralement on enseigne que la valeur est insépamble de l’échange et ne peut être même conçue en dehors. Nous croyons le contraire. Robinson lui-même dans son île s était fait une échelle comparative des objets qu il possédait, ne fût-ce que lorsqu'il lui fallut les retirer du vaisseau naufragé en commençant par ceux qu'il désirait Le jamais une société communiste était réaJi^^jJjçl^ disparaîtrait, mais non pourtant riHée ue valeur, ^éantoôTnspcëcfdit, nous reconnaissons que dans nos société^

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

c’est presque toujours l’échange qui déternoine la comparaison entre deux ou plusieurs richesses, c’est l’échange qui fait sortir la valeur du for intérieur où elle sommeillait inconsciente et la force à se préciser dans la cote qu'il inscrit en regard de chaque marchandise. Aussi bien retrouveronsnous la valeur dans le chapitre de l’Échange, mais cette introduction générale serait bien incomplète si l'idée de valeur n’y était expliquée : car ce n'est pas seulement l’échange et la circulation des richesses, c’est la répartition, la production et la consommation, c’est l’économie politique tout entière qui est dominée par l’idée de valeur.

Cherchons donc à préciser cette idée qui est la plus importante mais malheureusementaussi la plus obscure de toute la science économique.

L’idée de valeur est plus complexe que celle d’utilité. Elle s’en distingue notamment par les deux caractères suivants:

1® Ce qui caractérise d’abord la valeur, c’est l’idée d’un classement ou d’un rapport entre deux ou plusieurs choses, ou plutôt, puisque les choses ne sont ici que l’accessoire, d’un classement entre des besoins, entre des désirs. Ce n’est pas seulement la désirabilité, c’est lejlsifai deiitabilUé.

C’est par là qu’elle se distingue de l’utilité, car celle-ci existe par elle-même, tout comme le besoin auquel elle répond. Quand je disque telle chose eut utile, un fusil, un cheval, j’énonce une proposition parfaitement claire et définitive. Mais si je dis qu’un fusil ou un cheval vaut... cette proposition est incomplète et même inintelligible, car que vaut-il? Il faut, pour être compris, ajouter qu’il vaut tant d’argent ou, si nous sommes chez les sauvages, tant de pièces de cotonnades ou de dents d’éléphants, c’est-à dire le comparer à quelque autre richesse.

La valeur est donc une notion pelative. de même ordre que la grandeur ou la pesanteur. S^ün’existait qu’un corps au monde, on ne pourrait dire s'il est grand ou petit : on ne pourrait pas dire non plus s’il a peu ou beaucoup de valeur*.

* De ce caractère relatif de la valeur résulte cette conséquence qu’on

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