‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 15 sur 92 · XXX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXX PRÉFACE

pour en faire saii^ir nettement le sens et la portée. Celui de nos jurisconsultes qui est l'organe le plus autorisé du droit naturel n'a-t-il pas frayé la voie par ses belles études sur la nécessité de réformer les études historiques applicables au droit y sur V influence des légistes sur la civilisation française^, etc., et par ses préfaces, qui valent des ouvrages, aux commentaires des hypothèques^ de la vente, du louage, du prêt, des sociétés, du nantissement, etc. N'a-t-il pas renoué l'ancienne et féconde alliance de l'histoire et du droit?

Au lieu de poursuivre une pure abstraction , on s'est attaché à connaître la vie de l'homme, le développement de la société, et l'on a appliqué au droit, on sait avec quel succès, le principe qui a régénéré toutes les sciences sociales, philosophie, lettres, histoire, économie politique, ces sciences qui forment comme les diverses provinces d'un même empire intellectuel, (}ui se pénètrent sans se confondre, entre lesquelles il ne saurait exister de barrière jalouse, et dont on doit favoriser le mouvement réciproque déchange, en supprimant des douanes factices, qui n'ant que trop duré !

* Revue de légisU et de jurisprudence, 1834-1835. Ce recueil, que nou& avons eu le bonheur de fonder et de diriger avec nos sevants amis^MM. Troplong, Laboulaye,Giraud, Klimrath,ChampionnièK, Vuy, Laferrière, etc., s'est constamment attaché à faire ressortir Tinportance etTutilité des investigations historiques, pour Fétude de h législation et de l'économie politique.

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Nous n'avons pas besoin d'insister davantage sur les caractères et les services de la méthode historique appliquée à l'étude du droit : c'est un procès gagné. S'il nous a paru nécessaire d'en évoquer le souvenir avec une étendue qui étonnera peut-être dans un ouvrage d'économie politique, c'est qu'il ne s'agissait pas seulement de rappeler un précédent instructif: les mêmes motifs» les mêmes tendances, les mêmes avantages rapprochent cette méthode des investigations économiques. En retraçant certaines phases de la question, en ce qui concerne le droit, nous avons.accompli une partie notable de notre tâche pour la méthode qui nous occupe plus spécialement aujourd'hui.

C'est l'étude de l'histoire qui est le meilleur et le plus puissant antidote contre les romans sociaux et les fantaisies idéales. Si François Beaudouin avait raison de dire : Cœca sine historia jurisprudentia, nous en avons la conviction profonde, sans Télément historique, l'économie politique risque fort de marcher à l'aveugle.

L'esprit humain a besoin de se reconnaître au milieu de tant de directions diverses ; il doit se rendre compte de ses progrès, de ses déviations et de ses erreurs*. L'histoire seule peut éclairer des questions qui ne sont pas une simple curiosité de notre pensée, qui plongent au plus profond des intérêts vivaces de la

* Rossi.

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société. Elle confirme les nobles enseignements de la philosophie, en montrant de quel invariable tissu de rapports notre vie est faite, et comment Thomme, s il peut nuancer les dessins et varier les couleurs, est impuissant pour renouveler la trame!

Elle nous apprend à ne rien admirer et à ne rien dédaigner outre mesure; elle nous éclaire sur les questions compliquées. En assistant aux évolutions de l'humanité, en suivant le développement intime des faits sociaux et des doctrines, on discerne mieux les principes, et surtout on se pénètre d'une légitime défiance vis-à-vis de ces alchimistes de la pensée, qui s'imaginent que la société peut se transformer du jour au lendemain.

Gomme il est un droit naturel, il est des principes d'économie politique qui émanent de la philosophie, et qui peuvent être ramenés tous à un principe suprême, celui de la liberté et de la responsabilité.

Le domaine de l'économie politique, c'est le travail des générations : or, nous repoussons avec énergie la doctrine matérialiste qui, tombant dans une confusion inexplicable, essaie d'assimiler des idées aussi distinctes que celles de l'intelligence et des choses; qui descendrait jusqu'à employer le dynamomètre pour mesurer la force créatrice de l'homme et ses résultats ; qui ne voit que des chiffres là où il y a une âme!

L'homme est une intelligence servie par des organes S organes personnels dont le Créateur l'a doué en lui

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donnant un corps pourvu de merveilleuses aptitudes, organes extérieurs, quil rencontre dans la nature, dévolue à sa puissance. L'homme a été créé à Timage de Dieu, dit l'Écriture, et cette parole renferme un sens profond : seul de toutes les créatures qui peuplent cette terre, l'homme a retenu dans l'esprit comme une étincelle de l'intelligence divine; seul il a été appelé à poursuivre l'œuvre magnifique de la création, en donnant une face nouvelle à ce monde, qu'il ne saurait enrichir d'un atome !

Le travail n'est pas autre chose que l'action de l'esprit sur lui-même ou sur la matière *. De là vient sa dignité et sa grandeur ; de là vient aussi la difficulté des études économiques : car c'est les abaisser et les mutiler singulièrement, que de n'y voir que de simples problèmes de production matérielle ; que d'oublier que les produits sont faits pour les hommes, et non pas les hommes pour les produits*; que de méconnaître les liens intimes qui rattachent sans cesse ces investigations fécondes à l'ensemble des sciences morales.

Du moment où il ne s'agit que de l'homme et de l'action de l'esprit ; du moment où le but n'est pas la jouissance matérielle, mais P élévation morale, les questions deviennent plus complexes, mais aussi leur solution devient plus féconde. La richesse n'apparaît plus que comme une des forces de la civilisation ; d'autres intérêts que les intérêts purement matériels occupent

> M. Cousin a mis admirablement cette vérité en relief dans ses leçons sur Adam Smith (Cours de philosophie moderne). * Droz, Economie politique.

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