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CHAPITRE IIL

MÉTHODES DE l'ÉCONOMIE POLITIQUE.

On regarde généralement aujourd'hui comme surannées les méthodes (1) qui appliquent à la scie/ice de la vie publique des principes empruntés ailleurs. Il en est ainsi de la méthode théologique, qui régnait presque sans partage au moyen âge (2), et de la méthode jutidiquey admise au dix-septième siècle.

Il serait assurément plus conforme aux idées nouvelles d'aborder mathématiquement, pour ainsi dire, la science de l'éco- Domie politique, en procédant beaucoup plus par voie de déduction, que par affirmation de principes. I/économie politique, en effet, a dans sa partie générale certaines analogies avec les sciences mathématiques ; elle abonde comme celles-ci en abstractions (3). De même que dans la nature rien ne se présente à nos yeux avec une rigueur mathématique, ni ligne, ni point, ni levier, ni centre de gravité, ni voûte céleste, on ne rencontre nulle part non plus la production ou la rente du sol dans leur entière pureté. Les lois mathématiques du mouvement qui supposent le vide subissent dans l'application des modifications inévitables, causées par la résistance de l'air; il en est de même de beaucoup de lois de la science économique, de celle, par exemple, qui détermine la valeur vénale des marchandises par l'offre et la demande. Elle imagine des contractants libres de tout mobile accessoire, et uniquement dirigés par l'intérêt bien entendu. Faut-il s'étonner après cela qu'un certain

nombre d'auteurs aient eu la pensée de réduire en formules algébriques les lois de l'économie politique (4)? Et réellement le calcul doil être applicable là où se rencontrent des quantités et des rapports. Herbart Ta montré pour la psychologie (5), et toute science qui s'ocaupe ie, \^ y\e pu)^lique, I4 U()tre en particulier, ne participe-t-elle pas de h psychologie (G)?

Mais plus les faits se multiplient et perdent leur caractère primitif de simplicité, moins l'application des formules mathématiques offre d'avantages réels. Cette observation trouve déjà sa place dans la psychologie ordinaire de Tindividu, et à bieu plus forte raison lorsqu'il s'agit de la vie publique d'un peuple. Les formules algébriques se compliqueraient de manière à rendre tout travail impossible (7). Gomment les faire servir à une science comme Vëconomie politique, àùi\\ Tobjet est d« varier les observations, de les approfojQdir» de les étendre et de les combiner sous toutes leurs forment?

Dans toute science qui prend la vie publique pour le sujet de ses recherches, deux importantes questions trouvent inéyital^Umeni leur place : 1^ Quy a-t-il (qu est-il arrivé, comment le^ faits se sont-ils manifestés)? etâ^ Qu'eat-ce qui doit êlref U plupart des économistes ont confondu ces deux questions, bieii que dans des proportions différentes (8); en les distinguant avee soin, on fait ressortir l'opposition qui existe entre la«^ îkode physiolêgique ou historique, et la méthode idéaliste,

(i) La méthode a, pour Us seiancts, an dire de Guvier, uie im|H)rUiiics

hiau(H>i^P plu^ gr^^de (]uecell^ d«s décpuverles isolées, quelque surprcinanlesque puissent être celles-ci.

(2) MiliUotheologia, Arachnotheologia^ etc.. des temps anciens î Ad. MuUer (dans son odvragc intitulé : Notkweiidigkeit «iner theologischcD firundUge der gesammten Siaai8wisse()«chafie() i^od def St^^i^^ wirlbschnft uis))esoLidere, l^i9} a réceir^ment essayé d'y avoir dç nouveau recours. Il dislingue deux sortes de sciences politiques ; la science du droit et la science de la sagesse^ embrassant scms cette derfiiêrê déamkafcioii ia politique , VéfW^mt p^blHIUi» , etc. le apild^Q

DE l'rconomir folitiqub. 4?

du ilroit viant d« Qî«u, en m qualité de Jufe suprême ; la aciênce d« la sagesse vient pareillemenl de Diea, «b sa qualiid ^^mineni père de dnille.

(5) C'est dôjâ se livrer é une abstraction «[«e de séparer, petir lesooosidérer chacun en parliciilier, une quantité d'éléments qui, dans le cours de la vie, se montrent lié^ ei)s^nii^|ç 4i W#t>î^f^ ^ ^^ former qu'un seul faisceau. C'est absolument de la sorte que procède rannlomie, quand elle dissèque chaque membre du corps |iumain, qu'elle sépare les uns des autres les os, les ligaments, les muscles, etc., et qu'elle devient, par ces i^m^^ préljfnÎDMr^i, une (irépK^iion indiypeqsAUa «m imAm psychologiques. '

(4) On peut citer, entre autres, Canard (Principes d'éconoirfie politique, 1S0I), pni« Kr^ncke^ passim, el le comte Buqumj (Théorie der ISaUonalwirihi^ch^rt, 1816. P- Wl, seq.); tan^lGrundlittieni^iner poUl. Ariihmelii|t, Çh(irkûw, 1811) j ef plus partipulièreippnt voi^ JTftiinw (Der isorlile Staal, I, 184â; II, 1850) :|e premier volume de cet ouvrage présente un essai d'exposition géométrique; flan, Lehrbuch, I, $ 154, appendice). V. Cazaux (Ëlémenis d'économie privée e| publiqqe, 18:25) \ Cournot (Recherc|)es sur les principof^ m^itl^^Kl^qMf^ de la théorie des pchesses, 1858); F. Fuocq (Sagjçi economjci^ 1827, n, p. 61, seq.).

(5) HerbaH (Ueber die Mi^glfchkeit und Hothwendigkett, Mathematik ^MfPt^ypb^lpgie anyuwendep : kleinere ScbriRen, H, p. 417, seq.).

(6) Le psychplp^ue s'inçlruit prii:)cj|mleniei)t, par d^^ observations faites sur lui-même et en étudiant Içs facultés de son Ame. Voilà ce qui explique Terrewr de Senior, d'après lequel l'économie pelitîque serait iiMéa plut#| 4iir h ff o^onnif que «ur Voh9$rvQèwm (Onlliaes ef poliikal cppnqmy, 85Q, p. S),

(7) Voye? J. B, Say (Traité, I, întrod.). Il serait possible, asçuréwiem,' de reproduire la physionomie de chaque individu au moyen 4*une formule mathématique très-compliquée, et néanmoina tout le mo^e pféférern la fné^l^qde qrdinaire employé^ pour leç pori^iits. L^s formules mathématiques, au contraire^ s'appliquent merveilleusement aux monvemenls des corps célestes, qui sont d'une simplicité extrême, ^^«(Allgemeiqe Physiologie, p. 55â).

(8J RiçardQ, W ei^em,plp, e|i|mipe d'i^n^ ro«>lière à peu pr^ eieli) sjve l'état réel des choses, tandis que les socialistes s'attachent, plus excksivement encore, a décrire ce qu'elles doivent être plulôt que ce ^<i'elles sont. En Allere^goe, Il est admis deptiîs Bau de distinguer d^Uf sorley d'^ouomie politique : |'Hn<^ ihéoriqm, l'autre pratif^, Plusieurs pensent qu'un bpn cours d'éconpmie politique pratique, en supprimant les prolégomèues , preuves et démonstrations, pourrait passer pour un Gode faisant partout autorité. Mercier de la Rivière

annonce F intention de proposer une organisation politique qui aurait pour effet de produire nécessairement tout le bonheur dont Thomme peut jouir sur la terre (Ordre essentiel et naturel, 1767, dise, préiim.). Voyez, entre autres, Sûmandi (N. principes, I, ch. u).

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