‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 55 sur 92 · MÉTHODE IDÉALISTE · texte numérisé non relu

MÉTHODE IDÉALISTE

Quiconque vient à parcourir lalongue série des productions de l'idéalisme qui traitent de ce que devrait être l'économie publique (l'Etaty le droit) ne pourra s'empêcher d'être frappé des énormes divergences, ou même des contradictions qu'offre à chaque pas ce qu'il plaît aux théoriciens de présenter comme souverainement désirable et absolument nécessaire. Presque pas de point important à propos duquel les autorités les plus graves ne soient divisées et n'aient soutenu le pour et le contre avec une égale insistance ! On a essayé de dissimuler cette circonstance fâcheuse ; surtout lorsqu'il s'est agi de combattre le socialisme, on a soutenu que sur toutes les questions fondamen taies la science économique n'éprouvait peut-être pas plus de variations que les sciences naturelles elles-m^es. J'adopte volontiers cette opinion en ce qui touche l'exposition de Tétat réel des choses ; mais je ne puis m'empêcher de m'inscrire en faux, s'il s'agit non pas simplement de ce qui est, mais de ce qui devrait être. Ne fermons pas les yeux à cette vérité. « L'éblouissement causé par la vue des profondeurs de la science, dit quelque part le divin Platon, est le commencement de la philosophie, comme Thaumas est le père d'Iris, s'il faut en croire la tradition des ancêtres. » De même, avant de saisir la vraie science de la politique et de l'économie politique, on doit éprouver un étonnement profond en voyant combien ont varié h diverses époques les idées des hommes sur ce qu'ils avaientà demander à TEtat, à l'économie publique, etc.

On remarquera en même temps combien les constructions idéales, qui ont conquis une haute renommée et une grande influence, diffèrent généralement peu des circonstances réelles qai environnent l'écrivain au point de vue de l'économie publique(de TEtat, du droit, etc...)(l). Cefaitn'est point le résultat du hasard. La force des grands théoriciens, comme celle de presque tous les grands hommes, vient ordinairement de ce qu'ils savent répondre d'une manière exacte aux besoins de leur temps; leur tâche principale est de les exprimer avec une clarté, et de les justifier avec une profondeur scientifiques. — Les besoins véritables d'un peuple pénètrent nécessairement à la longue dans sa vie (2). Nous devons tout au moins nous tenir sur nos gardes lorsque nous entendons parler de nations entières qui auraient été entraînées dans une voie « contre nature » par l'influence abusive des « prêtres, des gens^ de chicane et des tyrans. » Car, à supposer même qu'on fasse abstraction de la liberté humaine et de l'action providentielle, comment la chose serait-elle possible? Ces prétendus despotes ne font-ils pas partie intégrante du peuple lui-même? N'est-ce pas du peuple que viennent tous leurs moyens d'action? Nouveaux Ârchimèdes, chercheraient-ils hors de leur propre sphère le levier dont ils ont besoin pour soulever le monde? (Voyez ci-après, § 263.)

Nul doute que si le travail des générations a pour résultat de modifier le peuple lui-même , les hommes ainsi transformés n'éprouvent aussi le besoin de voir pareillement transformer les institutions. La lutte s'éveille alors entre la jeunesse et les hommes d'un âge plus mûr ; ceux-ci veulent maintenir les formes consacrées par le temps, les autres prétendent satisfaire des besoins nouveaux à l'aide de moyens inusités. Semblable aux

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vagues de TOcéan., qui toujours agitées passent tour à tour du flux au reflux, la vie des peuplés àe partage sans relâche entre les temps de repos et les époques de crise : temps de repos, \onqm iè« fetmcs têp^Mëtii U Fétàt réel AeÈ tMÉë^ i épdque^'de crise, aiix^uellèâla Mbaiflcatioîl stirVèfnuè dand U Slttisltietf Intérieure ne manque jamsiis de réagir met éfièfgie sâl* lësfofines. Les changements s'opèrent-ils sans muWQ et p»t Ift toi« légale^ on les désigne ëdhs le Aom dé réformée; àfatfeinêïiit, ee sdnt des révolutions (3). Que toutes les rétolutionS^ qtfànd même elles ont pour but de donner satisfaction à des bescflos impérieux,' soient néanmoins (in mal, qil'èlles risquent de porter un coup mortel aux nations,- cela parait évidente Là gtsive at^ teinte morale que cause lé spectacle de Tillégalité triomphante ne peut guère ccfmmencer à se réparer qu'à ia seconde gétfération.

Là otf kl terrairt de la légalité ^e trouve fouillé à tioiiteatt règne plus ou moine ^ le droit dti plus fort $ li» et le plus fort peut aisément 6tre le i^oïm dlfScile dans le choin dés mbyens qu'il emploie. Yoilà pourquoi,* comme ne le prouve que trop une malheureuse expérience^ en temps dé révolution la vicloifé demeure soUvent aux plus audacieux. Une réaction ne manque guère de succéder à Une révolution, avec une énergie et une promptitude d'autant plus grandes que la crise ft été plus forte i mais elle ne peut satisfaire que les gens à vue rétréeie. Elle n'apporte aiicUn remède efficace au mal véritable, c'est-à-dire à la la déplorable habitude d'illégalité contractée parle peuple; elle lui laisse même envahir les organes préservés jusque-là d'iine pareille atteinte. Aussi les nations, pour prospérer, devraient-^ ellesi dans tous les changements qu'elles adoptent, prendre le temps pour modèle^ « le temps^. ce grande infaillible et puissant réformateur, à qui une marche lente et insensible permet d'opérer les modifications les plus radicales^ sans qu'on puisse marquer l'instant précis deia transformation » (Bacdu). Certes, l'appli-

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cation du principe de réforme continue est difficile , comme tout ce qui est grand. Elle supposé, en effet, deux choses : une cousiitutiou assez sage pour tenir également la porte ouverte aux instfttttiottsaficiettliéë qui s'èffàcefit, ël iljix i^âlitutitths hdtlVëtles qtti aTfttieent, et iûhi touteë lès classes delà (jUt^hlàtiôff nti ^Hiplvê . si absolu dur elte^-metlied, qd'ëllë^ èàWnt ïïm déteriliitiëès h né p^ abandonner léd vdiëd lég^tlËs,- qâëltjlié incdlivëniëitl qu'elles aieiil h subir,* et qdd^de sdtHflce qu'elles aient à faite. AiilM poiUf rdltt être ^ëtisfaiis eeS deux g^andà besoins de iôiite pèfdonnalité; qiii {^âfâi^^nt s'etcliifèf mutuellement, la feontiiiuité tégulièrfe de reiisieuce et le (îrô'gl'ës, libre de ttfut* entrave.

(j) ïanquàm é vinculis sermocinantur, dit Bacon (De dignit. etaugm. scient., VIÏI, p. 5). Éù^o (NâturfècHl, iSiil, p. S) signale aussi combieii les droits naturels, coininë dti lès Np|)éne; bni de rèssètîiblff Acé avec lés systèmes du droit positif en vigueur. Relativement à Ftdéalisme politique, voyez W, Roseher (De historicae doctrinse apud sophislas majores veâtiglis, Gdltibgen, iS38, J). 26, seq.j. L'unique exception à cette règle s^rèncOntrè drfri* Têcolfe êbléctîqàe, ddrit léS théôriéè, ftrrrtiees àui dêpensde systèmes divers auxquels dette école emjyr«&te sa propre doctrine, ne poussent par elles-mêmes aucune racine, et risquent par conséquent de se tlètfir promptèment.

(2) Vhë fiafèillè ak^ef titfd hé péUt iiàtufëlleniètii tfduvèf ici placé que comme programme destiné & éité rempli dans le eoui*^ de rôuvfé^é: Nous n'entendons pas, du reste, sous le nom de n peuple » les classes inférieures de la société par opposition aux classes supérieures, mais hdd.Oès èotnpfèribnstôutè^, et, fcfiri dfel rèstreihdre cette interprétation à la génération présente,, lions lai ddOdons lui (tltis grâhâè èxteflslôfii embrassant à la fois l'histoire dans son ensemble.

(3) L* usage général aujourd'hui d'appeler r^vo/u<ions tous les mouvements démôcraliclues, fet céux-îà seulement (^iakl, Was ist dévolution? 1852, et beaucoup d'iluireâ écMvainèi d'utfe tetiâahcè' tout â fait coDiraire, surtout en France), donne une interprétation fausse â ce mot. Sans doute, les révolutions démocratiques sont de nos jours les plus fréquentes, cominé l'étaient au moyen âge les révolutions aristo- Cfaliques, et les dévolutions liionafclïicfuèg aux premiers temps de l'histoire moderne. L'idée de révolution emporte toutefaiiJ éssëfatîëllëihéift celle d'un changement opéré contre la loi positive, reconnue comme telle par la conscience publique.

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Sans aucun doute, toutes les lois et toutes les institutions économiques se modèlent sur le peuple, et non le peuple sur elles. Qu'elles soient par leur nature appelées à des changements, rien de plus incontestable : ce n'est point là un mal , et les hommes se tromperaient, s' ils voulaient maîtriser ce phénomène comme un fléau. C'est là, au contraire, chose utile et salutaire, pourvu que ces transformations suivent nne marche parallèle aux modifications successives qu'éprouve le peuple lui-même, en donnant satisfaction à des besoins renouvelés (1). Nous sommes donc loin de prétendre qu'il existe une contradiction absolue entre les diverses conceptions produites par la théorie. Chacune d'elles peut avoir du vrai, au point de vue bien entendu du siècle ou des populations auxquels elle s'adapte : elle ne devrait être taxée d'erreur que si elle prétendait s'imposer partout et toujours comme la seule vraie en thèse générale. Car il est aussi difficile d'admettre un idéal économique adapté aux besoins si variés de tous les peuples, que de rencontrer un vêtenaent qui puisse convenir à tous les individus. Les lisières de l'enfance, comme les béquilles de la vieillesse, ne seraient pour Thomme dans la vigueur de l'âge que des entraves gênantes; « la raison devient folie et le bienfait se change en fléau. »

Celui donc qui voudrait formuler le meilleur idéal économique, et la plupart des économistes ont essayé d'atteindre ce résultat, devrait, pour ne pas s'écarter de la vérité et de la pratique, multiplier ses conceptions suivant le nombre des caractères particuliers que présentent les peuples (2) ;'il serait en outre obligé de revoir son travail à des intervalles rapprochés, puis^ qu'au fur et à mesure que les peuples changent, que des besoins nouveaux se font jour, l'idéal économique qui leur convient doit nécessairement se modifier. Une telle condition n'est pas facile

à remplir. En oatre, une appréciation aussi prompte et aussi complète de la réalité, et ce tact merveilleux qui permet de compter « les pulsations du temps » supposent un genre de talent qui n'est pas toujours l'apanage des théoriciens même les plus distingués, c'est-à-dire l'habileté tout à fait pratique d'un ministre de l'intérieur ou des finances. C'est d'ailleurs un fait avéré que les plus éminents de ces praticiens, comme le dernier Pitt le disait de lui-même, sont guidés d'ordinaire par un sentiment vague et instinctif, plutôt que par des notions d'une clarté qui leur permettrait d'indiquer aux autres la route à suivre.

(i) Voyez en particulier les premières pages du livre de sir J, Steuart (Principles of politicaleconomy).

(2) Voyez CoUon^ Public economy for the United States, p. 28, où il attribue A Téconomie politique tout entière ce qui ne lui convient que si on la considère sous le point,de vue des préceptes.

MÉTHODE HISTOEIQVE ET PHTSIOLOGIQVB.

Nous renonçons donc à bâtir ces constructions purement idéales. Ce que nous poursuivons, c'est la simple description de la nature économique et des besoins du 'peuple , ainsi que des lois et des institutions destinées k procurer la satisfaction de ces besoins ; enfin, du succès plus ou moins grand avec lequel celles-ci ont été appliquées (1). Ce sera donc, pour ainsi parler, Vanatomie et la physiologie de V économie sociale.

Nous rencontrons ces phénomènes sur le terrain de la réalité ; les opérations ordinaires de la science peuvent les expliquer ou les contredire; ils sont essentiellement dans le vrai ou dans le faux, €t, par conséquent, au premier cas, ils ne sauraient vieillir. Nous procédons à la manière des naturalistes : les investigations microscopiques, les dissections, etc., ne nous manquent pas. Nous possédons même sur les scru-

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taUurs iê$ stcvets ëe la natuvê ce gvand avantage , que les ebservatipris sur les corps se trouvent forcément limitées» tandis que rien ne borne les investigations quand il s'agit de l'espvit. Il est vrai que les sciences naturelles profitent de facilités particulières. S'agit-il d'étudier une espècêl elles rencontrent des centaines, des milliers Ae sujets h soumettre à des eMpérieuces multipliées. Chaque observation peut être aisément Pobje(; d^un contrôle ; obaque exception, se détache sans peine de la règle. Au contraire, de combien de peuples pouvoustHûus nous servir comme de points de comparaison) {1 est d'autant plus nécessaire de n'en négliger aucun dans le parallèle. Sans contredit, la comp^jraisoi) iie s^ur^it reinpl^cçr rpl)i;ie ryatipq ; il s>git seulement d'appliquer celloTci à des aspects plus nombreux, de la rendre plus variée et plus approfondie. En apportant un soin égal à connaître les analogies et les différences , il faut saisir les unes comme règles et les autres comme exeeptions, afin d'arrivov à les expliquer (2).

(\) Comme dit Dunoyerx « Je n'impose rien, je ne propose même rien : j'expose, j»

(2) Voyez ci-dessous, % 266.

L'applif^ation de cette méthode pourra faire dispa^attre hemr eoup de^ graves controverses (1). Lps hommes ne sont ni ^^ démons, ni des anges ; de m^me qu'pn en f encontre peu qui se laissent guider uniquement par TidéaU de même en n'en voit pas un grand nombre qui, insensibles aux aspirations d'un ordre supérieur, n'obéissent qu'à l'impulsion deTégGisme. On ne saurait donc admettre que si de graqds partis, ou des nations tout entières, ont pendant des siècles envisagé d'uaa certaine manière les intérêU les plus pressants et les plus immédiats, ils n'aient eu pour mobile que la méchanceté eu la

DE l'economiIs politique. A6

gattisa. L'erifiUF previeat le plus souvent de ee ipi'on s'efforce d'appliquer à des eirconsunces ab^etunient difKrentes des mesures très^s^lutaires, parfois même d'une indispensable nécessité, dans certaines données. Il suffirait de saisir nettement les con4itions véritables de la mesure pour terminer le différend. Si les lois de réconomie publique étaient suffisamment étudiées et connues, il ne faudrait dans chaque cas particulier qu'une statistique exacte des faits dominants, pour mettre un terme au débat. La science atteindra-t-elle jamais ce but? La diversité de$ intentions ne joue-t-elle pas dans la plupari de ees luttes de partis un rôle encore plus considérable que les vues opp.osées?G'estlàune autre question. Cependant, surtout k une époque aussi tourmentée que la nôtre, quand toqt bon citoyen est obligé d'adopter un drapeau, les hommes droits doivent, sans distinction d'école» aspirer à conquérir, au milieu du flot mouvant de Topinion, le terrain solide de la vérité scientifique, universellement reconnue par tous, comme le i|oiU par les médecins des écoles les plus opposées les euseigaenaants généraux de la physique mathématique.

(i) Storch (Kanuel, II, p. n»)*

§ âg.

Un Autre trait caractéristique de la méthofie physiologique, c'est qu'elle eonabat ce sentiment de suffisance orgueilleuse en vertu duqud la plupart des hommes « raillent ce qu'ils ne peuvent comprendre, x>etqui inspire, notamment aux civilisations plus avancées, un dédain profond à Tégard d'autres degrés de culture* IL'hojime initié à la connaissance des lois qui régissent le développement des plantes ne peut méconnaître dans la semence le germe 4' MU accrpijssempnt futjjjr, ni d^n5 la fleiir le sigq^ av^otrppurf UF dy dépérissement. Qu'un habitant de la

hne, transporté tout d'un coup sur notre planètCt et ignorant les lois du développement progressif de Thomme, aperçoive les enfants mêlés aux adultes, ne verra-t-il pas dans le plus bel enfant un être monstrueux, remarquable par une tète énorme et des membres étiolés, incapable d'action et dépourvu de raison? L'absurdité d'un pareil jugement n'échapperait à personne, et cependant nous en rencontrons beaucoup de semblables sur l'Etat, sur T économie publique, etc. des civilisations moins avancées, parfois même dans les ouvrages le plus justement célèbres ! Rien n'empêche la comparaison critique des formes diverses dont chacune répond parfaitement à son objet; mais cette^ étude ne pourra s'élever à l'objectivité historique que si elle part de la connaissance exacte des phases diverses du développement national. Les formes adoptées par une civilisation virile peuvent être alors désignées comme les plus parfaites; celles qui les précèdent dans Tordre des temps et celles qui les suivent apparaîtront, les unes comme appartenant à Teofance des nations, les autres à leur décadence (2). Mais rien n'est plus difficile que de fixer dans la vie d'un peuple Tépoque qu'on doit regarder comme Tapogée ; au dire de la vieillesse, les temps deviennent de jour en jour plus mauvais, parce qu'elle n'est plus en état de les utiliser ; la jeunesse, au contraire, croit qu'ils s'améliorçnt de jour en jour, parce qu'elle espère en tirer parti (3). Toutefois c'est une question d'expérience, et pour la résoudre l'œil de l'observateur peut acquérir une singulière puissance par l'étude comparée d'un grand nombre de nations, surtout de celles dont l'existence n'appartient plus qu'à l'histoire.

(i) Ad, Mûller^ s'inspirant des idées du moyen âge, étrangères â notre siècle, tombe dans Teiagéralion contraire, lorsqu'il appeUe « le présent, avec ses perturbations politiques, un état purement intermédiaire, transition entre Ja sagesse économique naturelle, mais sans principes fixes, des pères, à la connaissance inteUigente et raison née de cette

même sagesse de la part des petitSTenfants, en passant pai^ la folie des enfants » (Théorie des Geldes» 1816, préface, p. 4).

(2) Ainsi, par exemple, nous ne pouvons dire^ en parlant d'une universîté modèle, qu'elle soit meilleure ou plus parfaite qu'une école primaire qui peut servir également de modèle; elle occupe néanmoins un rang plus élevé que cette dernière, parce que la jeunesse, époque de la vie où on la fréquente, est sans contredit supérieure à Tenfance.

(5) Knies (Polit. QEkon., p. 256, seq.) remarque avec raison qu'on se tromperait fort, et c'est la faute commise par le grand noml^re, si l'on regardait comme le nec plus ultra absolu la somme de progrés obtenue au temps présent, ou que notre époque se propose d'obtenir pour prix de ses efforts, et si l'on condamnait les générations futures à une imitation servile.

Avant de conclure, je ne dois point passer sous silence une objection : Téconomie politique historique ou physiologique peut donner matière à Tétude, mais non constituer une science pratique. Si Ton n'accorde ce titre qu'aux doctrines dont chaque adepte, sans plus, de réflexion, peut transporter immédiatement les principes dans l'application, notre livre doit assurément renoncer à une prétention pareille. Quant à moi,^ je doute fort qu'il existe en ce sens une science pour laquelle une exposition pratique soit chose possible. Les véritables praticiens, ceux qui connaissent à fond, par expérience, la vie et ses mille relations diverses, seront les premiers à reconnaître qu'une pareille collection de recettes, lorsqu'il s'agit de juger les hommes et de leur tracer une ligne de conduite, plus elle serait remplie de.sentenees et de préceptes, et plus elle risquerait d'être dangereuse et peu pratique, en dégénérant en utopie doctrinaire.

La tâche que nous nous sommes proposée n'a point été de rendre ce livre pratique, mais de former àes praticiens. Dans ce but nous essayons de décrire les lois naturelles qu'il n'est point donné h Thomme de dominer, mais dont il peut tirer un parti favorable. Nous appelons l'attention du lecteur sur les divers

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aspects sous lesquels ehaque fait économimie doit être envisagé pour satisfaire toutes les exigences. Notre plus vif désir sprait d'acpoutuiner le l^isteur, ^lors mfim^ qu'il pe s'agit que d'ua fait économique isolé, à ae pas perdre de vue Tensemble» nonseulement de l'économie publique, mais encore de la vie sociale. Selon nous, celui-là seulpeut gss§pir son jugieia^eqt P^ le dé^ndre ' (^ntre Coûtes les attaques, en ce qui coneerne, pav exemple, l'a* bolitionplus ou moins opportune de certaines charges imposées ajix populations, des prestations ep nsturp, (}ps corpojr^^iQpg, li^g privilèges accordés aux diverses compagnies, etc., qui^e sefia d'abord parfaitement rendu compte des raisons pour lesquelles chacune de ces institutions a du être établie en son temps. Pour tout dire, en un mot, notre intention n'est pas de faire adopter pav «eux qui le confient k notre dipeetion des applications toutes tracées, dont nous leur Aurions démontré TokcMlenee; ce que nous désirons par-dessus tout, au^entraire, c^es( de les rendre aptes k trouver eux-mêmes, en éehors de toute autorité, et après av^ir pesé conseieneieusement chaque eir» eonstanee, des règles de conduite pour Ip pratique de la vie (().

(I) Vfifei , m VMSÊqMe 4« e^ ehapitre> W. Jtofifttr : «<» UbM> W«ri^ P4 Zfijl.aller 4es Tb9kydi4fî§, t842, p. ?», 3fig., Wf9^P^} f G^.^»^' ris^ zu Yorlesungen yber die Staalswirlhschafl, nac|i geschichilicher Méthode, i8i5, préface; S*» Anlritlsrede auf der Leipziger Unlver- «Uit, i^pê la Vfmêliahtv^ift, 1848, 1, ^, 114, Mq.

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