LA NATURE
La division généralement admise des forces de la nature en organiques, chimiques et mécaniques a peu d'importance aux yeux de l'économiste. Mais il lui importe d'autant plus de savoir si eUes peuvent ou non servir à obtenir une valeur d'échange (§ 5) .
A. Parmi les forces et les substances applicables à la production, il en est beaucoup d'une abondance inépuisable qui échappent à l'appropriation individuelle et qui, néanmoins, en raison des liens qui les rattachent étroitement à une contrée, constituent des éléments essentiels de la fortune publique. On doit ranger dans cette catégorie, par exemple : le vent, dont la force d'impulsion se fait particulièrement sentir sur la mer, le long des côtes, et dans les grandes plaines ouvertes (1) ; les courants, surtojit lorsque des vents réguliers leur viennent en aide (2) ; le flux et le reflux,'qui fournissent au commerce une mécanique d'une singulière puissance quand Tactiou de la marée se prolonge au loin de l'embouchure des fleuves (3). La mer présente la seule frontière naturelle d'un pays, qui lui donne une forte position militaire sans mettre d'entraves aux transactions commerciales (Riedel). Enfin, ne savons-nous pas combien, en un siècle éminemment voyageur, les habitants des belles contrées, périodiquement envahies par la foule, font payer cher à l'étranger la jouissance et la vue de ces sites enchanteurs !
(i) Dans TintérieHr de la Russie, en Brandebourg, i Posen, et plus encore en Hollande, les moulins a vent s^offrent aux regards, même du peintre de paysages, comme fdttàani Un èafactére propre et distinctif du pays. D'après Ch. Dupin (Forces productives et commerciales de la France, I, p. 49, seq.), et Egen (Untersuchung einiger Wasserwerke in Rheinland-Westphaleff; fSM), è(i i82!9,' f^ iibnikfe des moulins à vent existant en Angleterre et en Ecosse représentait une force de 240,000 hommes; en France, de 255,000; en Prusse, de 445,000; celui des mpu- , lins à eau, en Angleterre et en Ecosse, une force de 12,000,000 d'hommes ; en France, de 5 millions ; et en Prusse, de 648,000.
(2) On sait que Ton peut attribtiéf ft detii causés principales Texistence des courants marins ; d'abord au refoulement des eaux des mers du Nord vers Téquateur (courant polaire), puis au mouvement de rotation opéré par la terre sur son axe (courant équinoxial). On peut y joindre èfïèofé ta ptessioh exercée par les côtes; en raison de tetir forme horizontale^ sur les flots q[u'elles rejettent vers la haute mer. Grâce d ces routes naturelles qui sillonnent la surface de TOcéan, l'Angleterre se troiivé pfiis rapprochée, de quinze cents milles anglais^ que là partie orientale Aè^ Éttfts-Utiis, de tou» }e^ poidts du glèbe les phis commerçants situés à portée de la mer, excepté toutefois cette portion des côtes américaines qui est baignée par l'océan Atlantique, au nord de Téqualeur. Les Nord-Américains, en effet, pour passer la ligne ou doubler rut( dfu l'autre d(^s deux gratidâ Caps, §oni obligés de navigtter d'abord Jusqu'à la hauteur des Açores ; au contraire, les courants qui régnçnt le long des côtes occidentales de l'Amérique du Sud, établissent entre elles et le Mexique, par exemple, une dislance extraordinaire. Ce sônC lès courants qtii ont èmpl^ché (à Chine de colôù'iâer rAihéHquë, ffèupléepar rKHrdt)è; la même cdu^ë ddlt avoir pour effet d'assurer aux Américains sur la Chine et le Japon une grande influence, comme ils eo ont conçu l'espoir. Personne n'ignore combien les liédes émanations du courant des golfes contribuent à la douceur du climat du nord-ouest de
(3) Tandis que le Mississipi n'éprouve ni flux ni reflux, Taction de la mer se fait sentir dans l'Hudson, qui compte trois cents milles anglais de longueur, jusqu'à une distancé dé cent quarante-cinq milles dé l'emibtfuchti^ë.
Notiâ de^cms ayant ttiiit tDemi<ymief iei le (^imol^ntee Isi chaleur et rMtiiiflâité qtfl lui ftor^t propres. Les lignes isolhernies (Humboldt), qui iltâlquèiituiie chaleur uniforme aux étfersè9 époques
DB« FeROBa PROBVGTiVES* 63
â^ Tannée j sont d'H»e grande imporianoepeurrécauomiepubliqije^ puisqu'elles déterminent le§ diverse» aenes de la prednolien {\)i Teutefeid, il Ae s'agit pas uniquement ici delà température moyenne de Ymnée entière, mais encore et surtout delà répartition de la chaleur entre les dfTefses parties du jeur et de l'annéei du maximum de la ckaleur eu été et du froid eu bivef « Les ffays situés sur lee eôtes jouissent ordinairement d'un biyer plus doux et d'un été meins obaud que les contrées de Tiiité^ riëur^ qui ent la même teinpératUre moyenne dans Taiinéei De là vîeni une grande différence de végétation, oar il est beaucoup de plantes qui supperteni très-bien le froid de Thiv^r, mais exigent de fortes ehalenrë Télé^ et i>iee versa (2). Sans ee phénemtoe^ qui se raiiaehe au sommeil hivernal des plantes^ une grande partie des régions du Nord serait tout à fait inhabitable: Âii reste, la température d'un lieu ne dépend pas uniquemèUt dé \û latitude géographique et de Télévatiof) au-dessrid du niveau de la môr^ mais aussi du voisinage d'eaux^ de bois^ de inatftls, de la nature des rodies, de la direetioil des mon-< tâgnes, etc. (3). L'humidité du climat augmente d'ordinaire ave(^ le rapprochement des eaux et l'élévation de la températfltèî fcepèttdahti éûÈiirbpe,lè nottibre dés jours pluvieux s'accroîl S mesure qu'on avarice davantage vers le riard (4). Ilielî que ta distance d'un lieu à l'équateur et son élévation au-dessus du UiveëU de la uier aient, doUs beaucoup derapperts^ un effei îdèiiliqùe (îsdtliériïîéè et zôiies de produits, véttidaies du horizontales)^ les régions montagneuses se distinguent par un degré d'humidité plus pîononeé, ee qui les rend plus propres aux pâiiifà|eâ, àv& fdréts. EU âbihiîie, là flore de chaque coUtrée, étant le résultat final des conditions cîimatériques, fournit uri instrument beatieoup plus sûr pour apprécier exactement la na« tt?e du tYmii pit Vâppati aiix besoiijs et aux desseins de l'homme, que les observationsjthermoinétfiques les pliis exactes. Au surplus, toutes circonstances égales d'ailleurs, la force
64 DBS FORCES PRODUCTIVES.
productive de la nature agit sans aucun doute avec le plus d'énei^e dans les climats chauds. Plus un pays s'éloigne de l'équateur, plus la fertilité se concentre dans les terrains moins élevés (5), Une chaleur plus forte hâte d'ordinaire la maturité des produits et permet d'utiliser à plusieurs reprises le même champ dans une seule année (6). Chaque récolte est plus abondante (7) et les produits sont meilleurs à beaucoup d'égards, les fruits, par exemple, et les vins plus chargés de sucre (8) , les plantes oléagineuses plus riches en huile. Enfin, dans les pays chauds, on peut moins ménager la nature, parce qu'elle est plus accommodante ; on a besoin, par exemple, de forêts moins étendues, de provisions moins considérables pour Thiver, surtout en fourrages (9) ; comme les travaux des champs se répartissent sur une plus grande partie de l'innée, il faut nécessairement développer une moindre somme de forces, aussi bien en ce qui regarde l'homme qu'en ce qui concerne les animaux auxiliaires (10). Il est vrai, d'autre part, que dans ces climats la force destructive de la nature s'exerce avec une plus dévorante activité (§ 260) (11).
(1) C'est ainsi que A. Young (TraVels in France, I, p. i93, seq.) a délerminé d'une manière assez exacle ]es limites auxquelles s'arrête la culture de la vigne, du maïs et de Tolivier. En Russie, Cancrin (Dorpater Jahrb., IV, p. i) distingue pareillement les zones de la glace, de la mousse à rennes, des forêts et de Téléve du bétail^ celle où commence la culture du seigle^ puis celle où elle devient permanente, ensuite le froment, les arbres d fruits, la vigne, le maïs, l'olivier, la canne à sacre, le mûrier. On divise les États-Unis eu régions propres à l'élève du bétail, ci la culture du froment, du coton, du riz et de la canne à sucre. En Europe même, passé le 60° de latitude septentrionale , le froment se cultive à peine ; les limites polaires de la culture du seigle s'éten^ dent tout au plus 6<> à T au delà; vers le nord, l'orge va parfois jusqu'au 10^; là cesse à peu près l'agriculture, et les populations de ces contrées cessent de rien demander à la terre pour se borner exclusivement à la chasse et à la pêche. Ces trois espèces de céréales ne s'accommodent pas non plus du climat des tropiques, tandis que, par exemple, au-dessus du ^, on ne trouve plus l'arbre à pain, ni le bananier au-dessus du SS». Voyez Meyen (Grundriss der Pflanzengeographie, 1836).
DES FOnCES PRODUCTIVES. 65
(2) Ainsi on récolte du seigle et du froment dans plusic t;; cantons de la Sibérie (Iakoutsk) sous une température moyenne de 7^,5 audessous de zéro, tandis qu'en Islande les céréales ne peuvent arriver à maturité, quoique cette température dépasse 4° au-dessus de zéro. C'est que si le thermomètre, en Sibérie, descend pendant Thiver audessous de 50*,2, il remonte en été au-dessus de 16^,2 En Islande, il ne descend pas,â la vérité, au-dessous de 21 «,6, mais il ne s'élève pas non plus au-dessus de 12° Réaumur. En Angleterre, le myrte, le laurier, le camélia, le fuchsia, passent bien Thiver en pleine terre, quoique la vigne n'y mûrisse nulle part; dVin autre côté. Astrakan et la Hongrie sont des pays vignobles, bien que Thiver sévisse aussi rigoureusement à Astrakan qu'au cap Nord, et que le froid soit plus intense en Hongrie qu'aux îles Féroé, ou Ton ne voit plus ni hêtre ni chêne. Sur les côtes occidentales de la France, on ne récolte plus de vin passable au delà de iT" 20 de latitude N., en Champagne au delà de 49<', et dans le Bheingay, au delà de 6i^, En Norwége, la chaleur moyenne est plus forte sur les côtes que dans Tintérieur du pays où le grain mûrit toutefois, ce qui ne peut arriver au bord de la mer ; car la douceur de l'hiver, quelque grande qu'elle soit, ne saurait compenser ce qui manque du côté de la chaleur. Mais le bétail des côtes peut, par contre, demeurer dehors plus longtemps, et la mer géle trés-rarementi ce qui permet aux habitant^ du pays dese livrer à la pêche presque sans interruption {Blom, Nçrwegen, I, p. 59). Boussingault (Economie rurale considérée dans ses rapports avec la chimie, II) a fait d'intéressants essais pour calculer, par un procédé de multiplication, la chaleur nécessaire aux diverses plantes pendant le temps de la végétation. Il en résulte que le froment a besoin durant cent quarante jours d'environ 12<> Réaumur par jour, soit, en somme, d'environ 1700° Réaumur. Dans le Venezuela, la canne à sucre, lorsqu'elle vient en un lieu plus élevé et par conséquent plus froid, demande aussi à croître, pendant un temps plus long, dans une proportion correspondante.
(5) Voilà pourquoi les isothermes ne suivent pas une ligne parallèle à l'équateuf, et ne s'étendent pas non plus parallèlement. La ligne de chaleur moyenne, 15<* centigrades, par exemple, traverse la Nouvelle Californie, les Açores, la frontière franco-espagnole, les Etats de l'Eglise, dans la direction de la mer Caspienne, descend ensuite vers le sud et atteint l'extrémité orientale de l'Asie, prés de Tile de Niphon. La ligne de 10° centigrades part de la Nouvelle -Angleterre, se dirige vers New-York et va aux côtes occidentales de l'Amérique, puis tourne au nord jusqu'à Londres, fléchit au sud, en passant par la France, Vienne, Astrakan, et atteint son point méridional extrême dans le désert d'Obi. La plupart des isothermes ont deux sommets au nord et deux sommets au Sud y ceux-là à la côte occidentale de l'Europe et de TAmérique, et
66 DKS FORCES PPODUCTÏVES.
ceux-ci dans les contfées orientales de l'Ainérique di| Nord ej, i TÂsie centrale.
(4) La (juantilé de pluie c|ui tombe cbaque année s'élévp, pour Saint- PQlçrsbpurg et Pesl)), de 16 i\ 1T pouces, Perjin ^ 19, Jlapnheîra i 21, f uhipguç à 2Q, le centre (Je la france de I4 à ?*. les côtes de Francç i 25, lescôteç oriei^tales (je l'Angleterre â 8*, |çs côtes occidentales à 3S, Milan i 5^, Gênes qi 44, les côtes de la plupart des pays situés sous le tropique de 70 à 120 pouces. Voyez, sur J'influence qu'eyerce rhqmidilé (|u climat au point de vue économique, Qobbi (Ueber die AbhàngjgJieit der Populationskraefte von deu einfochen Gruq(Jsloffeu, 1842).
(5) Lçs neiges atteignent, à Mageroê, en Norwége, une limite extrême de 2.20Ppieds de Paris, en Islande de 2,900, sur le revers septentriopal du mont Oural de 4,500, dans les Alpes de S,200, dans le Caucase dp ip,400,à Mexico de 13,860, à Quito de 14,850. C'est ainsi que les rochers, ipcapables de rien produire dans les contrées septentrionales, se couvrent de vignobles excellents sous une latitude plus douce et grâce à un climat plus chau(|.
(6) Déjà, dans l'AlleiDpgne centrale, les ferres peuvent être rendues à I9 culture aussitôt après la moisson. En Arabie, la même semence produit annuellement une triple récolte, parce quQ les grains tombés eu lerre au ï.noa)ent de la Mîoisson germent immédiatement, et suffisent à l'ensemencement (Nielmhr, Bescbreibung, p. 154).
(7) Ainsi le froment ne donniB dans le nord des Ëtats>Unis que 4 ou £» au plus pour t, en Frappe de 5 à 6 {Lavois^er}^ au Chili 12, dans le Mexique septentriQual 17, au Pérou de 18 à 20, dans le Mexique méridional de ^5 à 5^. Un fnqrgen (arpent) prussien rapporte, en Allemagne etenFrance,une moyenne de 4à 5 hectolitres de froment; dans la Huerta de Valence le rendement va jusqu'à ^0 hectolitres {Jaubert de Passa). Le maïs, en Alleijiagne, donne au plus 100 pour 1, tandis que dans la zone torride il rapporte communément de 500 à 400 pour 1.
(8) Le blé d'Andalousie ne donne, au blutage, que le tiers du son produit parle blé de la Baltique (Bour^omâ'. Tableau de l'Espagne, II, p. 155).
(9) En Puroj.e, la floraison se trouve relardée de quatre jours pour chaque cjegré cie Jati[ude septentrionale (SchUbler). A mesure qu'on avance vers Je nord, la différence est moins sensible; eUe paraît de plus en plus grande, au con^rai^e, à proportion qu'on inarche vers le sud ; il ep e§t de n^êpiedes cop|,rées monlagneuses, où l'on aperçoit des djfr férences Ifés-considérables produites par une inlluence climatérique semblable : elle est à peu près de dix à douze jours pour une hauteur de50Q à 600 pied§(FFo//f, Naturges^tzliche Grundlagen des Ackerbaues, I, p. S52 seq.). Dans Iqs petits cantons où a pris naissance la confédération hçlyélique, \p pacage d^s Alpes dure d'ordiuaire treize semaines,
Dp§ FOHCR? pnOOUCTlVp», 67
mais il se restreint à six et sept semaines dans les Alpes supérieures {Businger, Der C. Uiilerwalden, p. .52 seq.).
(10) Dans l'Italie centrale, le blé d'hiver peut être semé en octobrfe, novembre ou décembre, le blé d'été en janvier, février ou mars (Siswondi, TaWeau de l'a^^ricullure toscane» p. 55). Bn Judée, on pouvait récolter de» figues pendant dix mois dâ l'année (Joaèphe, Bell. Jiid., Hf, p. IQ). Qq'on songe maiotepanj à c^ qgj s^ pa^se {|^ contraire dai^j le Jemtland, où le cultivateur est souvent obligé d'entasser du côté nord de son champ un amas de fagots nuxquels il met le feu au mois d'août, lorsque sQuflle la bise, afin de préserver sa réooUe de la gelée ; où Ton jBiflploiç Teipression « années verlps, )> pogr désigner celles qui n'onîpas produit une chaleur suffisante pour mûrir l'épi, en sorte qu'pp ($st obligédecouperriierbe avant maturité (Forsell, Slatislik von Schweden, p. 24). Los travaux fait^ pour déterminer l'assiette de l'impôt foncier dim» le royaume de Saxe évalijfot le3 frm ocqasionués par une couple de bœufs aux trpis q^uarts seulemjent, lorsqu'il s'agit d^s pays (le plaine, 4e l'évaluation qui se rapporte aux pays de montagnes : en effet, d'après cette slalîstique, les journées île travail se monteraient à deux cents par iQnée pour le^ premiers, $t à oent cinquante au plus pour les seconds. Pansi Ja Russie centrî^le, les lrav(in; agricQle.s les pUjs ipipor^apts, l'en^ semencement des terres, ^a moisson, doivent se faire en quatre mois ; ils durent jusqu'à sept mois dans le centre de l'Allemagne. D'où il suit que, toutes choses égales d'ailleurs, on a besoin lA de sept chevaux et valets de.cjiqrrup, t^ndi^ qn'ipi q^^trfi sufSaept an^pleipept {HQXthamen, Stndieu, I, p. 474.)
(M) (( Dans Tes deux mondes, c'est entre les 40« et 50° de latitude que s'étend la zone où la température moyenne varie le plus. Cette circon^Unce doit exercer upe heureuse influence sur la civilisation et rinduslrie des peuples ci^i t)§bilep|. dans le voisinage de cette zone. C'est le point où la culture de la vigne vient toucher à celle de l'olivier et du citronnier. La surface terrestre n'en présenfe aucune autre où les produits du régne végétal e( le» merveilles multipliées de Tagriculture se succèdent plus rapidfiinept. Leur diversité nîêpie et le;^ réj^nUat^ variés qu'on en obtient animent le commerce, lui donnent l'essor et contribuent singulièrement à augmenter l'activité industrielle des nations agricoles » (Humboldt.), Il est vrai cependant que les contrées tropicales possèdent aussi, dans leurs parties montagneuses, la tierra ffia^ tempiada et oaitente disposées Tu pe à côté de l'autre.
B. Beaucoup d'autres forces naturelles ne sont capables d'appropriation et de transmission qu'autant qu'elles peuvent se combiner avec des substances mobiles et appropriables ; elles sont inépuisables, en ce sens que les corps auxquels ces forces naturelles s'adjoignent venant à se multiplier, elles peuvent se multiplier au moins dans la même proportion (1). Cent livres de chlore blanchiront au moins dix fois autant de pièces de toile que dix livres. La propriété que possède la chaleur de sécher les objets, de les distiller, de les fondre, de les durcir, d'imprimer à d'énormes fardeaux un mouvement rapide au moyen de la compression de la vapeur, est au moins mille fois aussi grande pour mille tonnes de houille que pour une seule. Il en est de même de la force expansive de la poudre à canon, de l'élasticité de l'acier, de la puissance attractive qui guide nos vaisseaux, delà pesanteur et de la force de cohésion, que nous devons mettre à profit pour l'emploi de tous les instruments. Dans la plupart des cas, à mesure qu'on augmente le nombre ou la proportion des corps qui servent de véhicule aux forces naturelles, celles-ci exercent une action relativement plus considérable (2). — Quelle sera la lipoite de cet accroissement de forces? Gela dépend de la nature du sol, de la fortune des particuliers et de beaucoup d'autres circonstances. Les provisions de combustible exercent iciune influence marquée (5). «La houille et les canaux ont fait de l'Angleterre ce qu'elle est, » dit Franklin.
(1 ) Voyez, pour la différence qui existe entre les machines et les terres, Malthus (Principlei?, III, p. 5); Senior (OuUines, p. 86).
(2) Cette différence capitale entre l'industrie et l'agriculture était déjà connue de Serra (Sulie cause che possono far abbondare li regni d'oro e dWgento dove non sono minière, 1615, 1, 5J. Les machines à vapeur de Watt de grande dimension ne demandent par heure que dix livres de
charbon de terre pour produire la force d'un cheval, les plus petites en cousomment vingt-deux livres pour le même résultat ; celle de Rennie ne dépense par heure que deux livres et demie de houille par cheval. Voyez Prechtl (Technolog. Encyciopâdie, III, p. 669).
(3) L'ensemble des houillères de la Grande-Brelagûe (1855) a produit 650 millions de quintaux métriques, celles de Belgique (1854) ont donné 8â millions, celles de FranceTO millions^ celles de Prusse (1854) 68 millions, celles d'Autriche (184T) 18 millions (y compris le lignite), celles des Etats-Unis (y compris ranthracite) 100 millions. Le grand gisement honillerde TÂngleterredans les comtés deDurham et de Norlhumberland contient une superficie d'environ 752milles carrés anglais; celui qui occupe le sud de la principauté de Galles en renferme 1 ,200, avec une épaisseur de 95 pieds, en sorte que le mille géographique carré équivaudrait à 679 millions de tonnes de 20 quintaux ; les houillères d'Ecosse contiennent 2,874 milles carrés anglais* Si Ton voulait obtenir, au moyen de la production forestière, la même masse de combustible que donne présentement le charbon de terre, il faudrait convertir en forêts tout le sol possédé en Europe par la couronne britannique (Rau^ Lehrbùch, I, $ 120). Voyez./?. C. Tay/or (Sutistics of coal^ 1848).
G. Nous reocontrous une troisième classe de forces naturelies qui, intimeuient unies avec certaines fractions du sol, peuvent par là même être appropriées, mais que Ton peut aussi épuiser. Quelques-unes n'ont exercé leur action qu'une fois ; telles sont les forces primitives auxquelles les filons et veines métalliques» les houillères, les mines de sel gemme, sont redevables de leur formation dans le sein de la terre. L'exploitation continue de ces substances doit nécessairement aboutir à leur extraction complète(l). Certaines autres forces naturelles de cette catégorie exercent une action incessante; mais l'emploi qu'on en peut faire n'est possible que dans une mesure déterminée ; par exemple, la force mécanique d'une chute d'eau d'un volume donné ne fait marcher qu'un nombre déterminé de moulins (2); il est de ces forces qu'on tarirait dans leur source si l'on venait à dépasser certaines limites, comme une eau poissonneuse, un
•fft liES rokfcfes i*ROi)ljc+lvÈs.
tbîs gîboyéilx et là forêt elle-même qu'on livrerait Ji la déprédauou(3); ou bien enfin, on ne peut les utiliser à de nouveaux emplois qu'avec dofe difflciiltés toujours croissaftles; Il en est ainsi ètfHoUt dû sol que l*on destine au labour et à Telève du bétail. Senior pose comme un des quatre axiomes fondamentaux de réconoitiie politique, que Faccroissement dtl Ifavdil, appliqué 9 une Êertaine conlehànce de terre, donne ilri produit successivement moindre, en supposant, bien entendu^ que la science agricole demeure dtâtionnaire (4). On ne saurait déterminer d'une tficiftière absolue, soit en général, soit datis iin cas particulier, quel est le point précis auquel il faut s'arrêter en agriculture pour ne pas s'exposer, par une trop grande dépense de travail et de capital, à voir diminuer le produit relatif; les amélioratiôiis apportées dans l'industrie agricole peuvent lé reculer sensiblement: mais que ce point existe, on ne saurait le révoquer en doute. Personne n'aura la simplicité de croire qu'il soit possible, à grand renfort de semences, d'engrais, etc., défaire produire à un hectare de terre de quoi nourrir l'Europe entière. Disoiis la même chose de l'élève du béiail; aii delà d'un certain point, chaque livre de viande d'un aiiimal engraissé coûte pliis qu'elle ne rapporte, et cela dans une progression ascendaiité (5). Cette loi se manifeste surtout dans l'économie forestièi'e, où, à partir d'une certaine époque, raccroissement absolu dii capital bois diminue sensiblement d'année en aniiée (6).
(1) Bakewell estime que les houillères du pays de Galles seul sont assez considérables pour approvisionoer toute l'Angletefre pendant deux itfiHe rins : supposition loilî à fait problémaliquej puisque persohne ne sait jusqu'où ira la consommaliori du charbon de terre. Une chose importante dans tous les cas à constater pour l'avenir, et un avenir éloigné, c'est que i'Amcrique septentrionale possède plus de 80,000 milles anglais carrés de niines de houille, et la Grande-Bretagne seiileme/ït 12,000 environ. Tout le inonde sait que les tourbières ont la propriété de se renouveler lentement j^Grisebach, Ueber die Bildung des Torfs, in dei) Goettiuger Studien, 184ô, î).
tfÊS POlICKfe ^iîODUCtiVfeS. ji
(2) D'après Ègeh fUeber dfen EffeCl èînîfifer în ftheinland- Westphaléh beslehendeh Wassenrerke, 1831), on complaît 3arià lé pàyS de Berg, sur uneélendiie de cours d'eau de 24 lieues, 6Ô0 établiàsefnents industriels représentant une force d'environ 4,000 chevaux. On Sait pourtant avec quel soiû le propriétaire d^uh moulin ou d'une uâîhe â eall doit ménager les intérêts de ceiii qui sont placée au-de^âus ou au-dessous de lui.
(3) Comme il est arrivé, par exemple, pour Ja pêche de la baleiné, qui a cessé complètement dans le golfe de Biscaye, puis succéssivemeiit dans les environs du Spitzberg et Mîi* lès côtes du Groenland.
(4) Senior (Outlinès, |). 26, 8l séq.j. V. Slewdrt (Princi^les, II, ch. xi) ; Ortes (E. N., 1, cap. xviii, 11, c. 18). Voici comment/. S. JliUl fPrinciples, I, ch. xii) retrace ëette a most important proposition in poiilical ecouomy. s> La limitation de la production résultant des qualités du sol ne ressemble pas à T obstacle que nous oppose un fhur qui reste inunobile dans une place particulière et n'offre qu'un obstacle au mouvement, celui de l'arrêter complètement. Nous pouvons plutôt lé comparer â un tîssù três-élâstique et très-susceptible d'extension, qui ne peut guère être étiré avec tant de force qu'on ne puisse rétirer encore davantage, mais dont cependant la pression se fait sentir longtemps avant que la limité ne soit atteinte, et se lait sentir d'autant plusfoh qu'on approche davantage de cette limite.
(H) BbuàsingduH (Ecohomie rufâlë, II) établit, par des exemples îoH curieux, que le bétail^ engraissé au moyen d'une nourriture trop abondante et trop substantielle, revient au producteur à un prix beaucoup plus élevé pour chaque livre de viande, que le bétail nourri plus modérémefit ei eHgraîssé avec litiè meilleure méthode. Le rapport a été quelquefois celui de 1 fia à 0,98.
(6} Voyez les tables d'accroissement dans Cotta (Anweisung zum Waldbau, p. 228;. Le comte Buquoy (Théorie derN. Wirthschaft, p. 54) s'est thoquê déjà dé lé manie d'exagération qui pousse un grand hômbre de cultivateurs h enfoncer plus profondément le soc de la charrue dans la terre, comme s'ils pouvaient à leur gré la forcer de rapporter le double : « Si quelqu'un, dit-il, était parvenu à creuser et retourner un pied carré en pénétrant jusqu'au centre de la terre, f(ui voudrait lé lui acheter? j> Aihsi dix ouvriers qui défonceront un champ de pommes de terre peuvent assurément récolter plus qu'un seul homme qui aurait travaillé ce même champ pendant le même espace de temps, mais j'ai peine à croire qu'entre eux tous ils récoltent dix fois autant. Quant à ce qui fconcërne l'engrîtls, les expériences de Kuhlfnanri ont étdblî que 500 kilogr. de gliano par hectare produisaient une augmentation dei 2,469 kilogr. de foin, et 600 kilogr. une augmentation de 2,870 kilogr. seulement. Schubletf expérimentant sur le sel employé
72 DES FORGBS PRODUCTIVES.
comme engrais, a trouvé que 40 kilogr. par hectare faisaient rendre au sol tout ce qu'il était capable de donner; ce qu'on ajoute au delà, loin de le faire fructifier davantage, ôte quelque chose à sa fécondité et amène même une stérilité complète, comme conséquence forcée de remploi excessif de cette substance. V. fFolff (Naturgesetzliche Grundlagen, I, p. 408, 412, 502). L'irrigation excessive, loin de donner des résultats avantageux et de fertiliser le sol, épuise les forces productives en le submergeant. Il n'est pas bon non plus de semer trop dru, car dés que les plantes ne peuvent, en raison de ce qu'elles sont rapprochées ouU*e mesure, se développer comme il convient, ce système devient plus nuisible qu'utile à leur multiplication.
Pour juger avec exactitude de la fertilité naturelle de la terre, nous devons avoir égard à la composition chimique du sol. Quoique parmi les éléments divers qui nourrissent les plantes (l'eau, Tacide carbonique, Tammoniaque et les sels minéraux solubles), les uns dérivent d'un emprunt fait à l'atmosphère, et les autres soient versés dans le terrain par l'homme (1), il importe d'avoir une couche d'argile et d'humus suffisante pour empêcher les parties aisément solubles de l'ammoniaque et des sels minéraux d'être absorbées par l'eau ou brûlées par le soleil. Au reste, si l'analyse chimique veut foire quelque chose de plus que d'indiquer, suivant la méthode ordinaire aux praticiens, la quantité pour cent d'argile, de sable, de chaux ou d'humus que renferme le sol soumis à ses investigations (2), elle devra aussi examiner les divers modes de décomposition de chaque élément en particulier, c'est-à-dire jusqu'à quel point chacun d'eux contribue ou contribuera plus tard à Talimentation des plantes. — Mais ce qui est encore d'une importance incomparablement plus grande pour l'économie rurale et publique, c'est la nature physique de la couche arable ; sa force absorbante, par rapport à l'eau ; sa consistance (terre légère, terre forte), condition de laquelle dépend le plus ou le moins de difficulté du travail; la propriété qu'elle possède de sécher
plus OU oioîDs proQipteineiit ; et ia diminutioa de volume qui en est la conséquence ; celle d'attirer rhumidité de Tair et d'absorber l'oxygène ; la force en vertu de laquelle elle recueille le calorique et le conserve (terre froide, chaude, brûlante] (3). Beaucoup de ces choses tiennent à la protondeur du sol végétal et à la nature du souà-sol ; si celui-ci est perméable, il améliore sensiblement le sol en faisant disparaître Texcès d'humidité ; il lui est au contraire fort nuisible, s'il présente une sorte de bouclier compacte et impénétrable. Les propriétés chimiques et physiques de la couche arable dépendent essentiellement du caractère général de la contrée, au point de vue géologique, qui influe sur Télaboration des produits. — En outre, il faut, pour bien apprécier la fertilité du sol, avoir égard à sa configuration verticale. La quantité des terres à utiliser est relativement moindre dans les montagnes que dans les plaines. C'est pourquoi les habitants des pays montagneux s'y trouvent promptement à l'étroit et obéissent à la nécessité, en se répandant sur les plaines voisines pour les conquérir ou pour y exercer le commerce (4). Dans notre hémisphère, les versants septentrionaux des montagnes se trouvent naturellement les moins favorisés par leur situation, quoique les versants opposés offrent parfois des variations de température encore plus pénibles par une brusque transition (5).
(1) C'est toujours une chose avantageuse, lorsque certaines natures de sol riches en sels et en humus permettent d'en tirer sans engrais une succession de récoltes abondantes, quand un court intervalle de jachère sufïit pour restituer au sol la nourriture végétale épuisée par les précédents efforts. Gela se pratique ainsi dans plusieurs contrées volcaniques ; voyez aussi K. Ritter (Ërdkunde, V, p. 714).
(2) On peut citer comme exemple pratique l'expérience faite de 1838 à 1842 dans le royaume de Saxe pour FévaUiation de l'impôt foncier, ou bien encore le projet de Runde, relativement au duché d'AUenbourg (Die saechsische Landesabschâtzung, appendice, p. 80).
(5) D'après les calculs de Schubler^ la quantité d'eau absorbée par 100 parties de terre est, pour le sable siliceux, de 25 pour 100 de son poids
74 DES FÔRëKè ?l(bDÙfc¥lVÊé.
el5t,9pourl0ddèsdn V61Utttè;ti6uH'iirgnefitirè,tÔjJduf lO0dè#^ pbid^ et 66,2 poiir 100 de son volume | poui* la terre cftlenirè fine^ 85 pour 100 de son poids et 66,1 pour 100 de son volume; pour Vhumus de 190 pour 100 de son poids et 69,2 pour 100 de son volurhe. La ténacité de ces quat^è sortes ie lefre eSt k l*éiat sèfc cdriimë 0— fod— S et g,t ; leilf adliérende aut înÉlrument» de labourage en fer, â Tétat hutnide^ comnié 0,1T— 1,22— 0^65— 0^40. Sur 100 parties d'eau mêlées à la terre. Tévaporalion a lieu en quatre heures, à la température de 19° centigrades, dans là proportion suivante fe,4— SI ,8— 28— 2(),S pour lôtî. La diminution de volume de la lërfe hufntdé, sdil^ rinflitèneë dé là même terïlpéralure, est de 0—18,3—5—20 pdiir 100. L'absorption de Thumidité dans l'air en quarante-huit heures est comme 0—24 — 17.5—55; celle de l^oxygêne en trente jours est comme 1,6— ià,i— 10,8 el 2,oS ; et ënân, ik lacUllë de rkieiiit la èhalèur Cohiitlè 9^,6^66,^-61,8 ëî 4S.
(4; L'AdtHche, flu-dé^sous de TEns, n*a 4ue5,8 podr 100 de sol itn-' productif, le Tyrol 29^ la Dalmatie 48,1 pour 100 [Sffringer). Dans les Pyrénées françaises, 43 parties pour 100 ne se prêtent pas à la r'ulture; dddà lès Alpes, lés Landes et le Morbihan H, et iSOdads làt:orse; tdlidi§ qu'au contraire, ddfls les déparlèraetlts dO Nôîë et de la tJoiîltae, la proportion n'est plu9 que de 1,5 pour iQOiSchnitzkr), Franscini croit qu'elle va ponr la Suisse à 36 pour 100. Ce sont évidemment des données fort vagues; aussi rie ddît-on se permettre d'établir sur ce point une comphrdWdii éhti'e lel^ dlvèffe phys qu*fcvectiiièëlhtifc/nspëètîôn extr^niëi
(ô) Wolff{l, p; 3^5 seqO. Schwerz (Prakt. AckerWn, I, p. 12) montre comment le sol et le climat peuvent exercer l'un sur l'autre une influence directe et s'améliorer ou se détériorer muiaellement.
Nous ne saurions mieux classer les (Ions ^è la nature qti^en mettant d'un côté ceux qui peuvent être employés à une consommation immédiate^ et de l'autre ceux qui servent d'auxiliaires pour faciliter la production (Moyenè naturels de jouis^ sance. — Moyens d* acquisition) (1). L*extf*étïïè àbô'hd^liice dëS' premiers serait aussi nuisible aux progrès de la civilisation que leur absence presque absolue; jamais^ au contraire, un |)euplë He salirait trop avoir d« ces derriièfs. — Combien est simple et facile l'économie des pays tropicaux ! tin champ de bananiers nourrit vingt-cinq fois autant d'hommes qu'un thamp ie frottient (Ë. Èittef^) et avec Infiniment iiloiniJ de peiiië^
UES to^cKÉ pnôbucf ivÊë: 16
puisqu'il suffit de couper les tiges chargées de fruits mûrs et de remuer légèrement la terre tout autour pour voir pousser des tiges nouvelles (2). Au pied des moutagnes du Mexique, deut jutif*s de travail par semaine suffisent à Un père de famille pour procurer aux siens leur nourriture ; aussi rien ne surprend autant le voyageur que la vue des champs, resserrés dans d'étroites limites, dont chaque hutte dliidieti est eiUourée (3). Mais ces paradis terrestres, « où le pain lui-même est cueilli comme un fruit » (Byron)^ énervent leurs habitants presque aussi sûrement que les déserts glacés du pôle engourdissent l'homme (4). La sentence pririiitivë : « Tu tnarigéras ton pain à la sueur de ton front ! » s*est changée en parole de bénédiction. Athènes était devenue la capitale de la Grèce, non<seulement au point de tut politique et littéraire, Mis encore au poiiit de vue économique, et pourtant l'Àtlique était l'une des contrées les pius stériles de la terre (5). Parmi les nations modernes, nul pays n*a su acquérir^ sur un territoire aussi restreint, tant de richesses, nul n*a produit tant de grands capitaines, d'hommes d'Etat, de savants et d'artistes que la Hollande, dont les contrées les moins exposées sont en même temps les moins fertiles, tandis que rien n'égale Tslbôndance de celles qui ont le plus a craindre de la mer. Combien les progrès de la culture ont-ils été, par contre* lents et incomplets dans la terre noire de la Russie méridionale (6) !
~ (i)Aristote distingue les àiç&Xaù«jToca et les xàpTrifxa {Rhel, 1, p. 5).
(2) Humboldt (Essai politique sUr \é Nouvelle-Espagne, IV, 9). Suivant lui, la culture de la banane, au point de vue de là quantité seulement, est à la culture du froment comme 30 est à 4,000. Il l'appelle le t>refnie^ présent peul-êlre'« que Thonliiie à son téveil retùl de la nnlnre, et aussi le premier objet de la culture la plus ancienne, n
(5) C'est un dicton admis dans l'île de Pâques, qu'un homme peut, avec trois journées de travail, suffire à son entretien de Tannée. Outre la banane, les régions tropicales ont encore reçu de la nature un autre présent ine^titiiàble, U datte. Son Usage est si taulliplié, rjdë; ^il faut
en croire les Arabes habitant les côtes du golfe Persique, au moyen du dattier (palmier), arbre qui les produit, on peut construire un vaisseau et lui procurer Tapprovisionnement et la cargaison. On bâtit des maisons avec le bois de dattier; les feuilles de dattier servent à les couvrir; ou les meuble avec des nattes de dattier; on les éclaire avec des fils de dattier; on les chauffe avec du charbon de dattier. L'architecture tout entière de ces contrées, ses ornements, ses dimensions et ses mesures, ont le palmier pour type. De toutes les liqueurs spirî tueuses, le vin de palme est celle qui plait le plus aux habitants. U existe un proverbe d'après lequel une bonne ménagère peut varier chaque jour, pendant un mois, un -plat de dattes : la moelle elle-même de Tarbre se mange. Chaque pied d'arbre rend annuellement de cinquante â deux cent cinquante livres de dattes, et souvent ils vivent plus de deux cents ans. En somme^ la culture du dattier demande fort peu de soins, quoiqu'elle en exige toutefois plus que la banane. Voyea Ritter (Erdkunde, XIII, p. 760 seq.).
(4) Voyez D. Hume (Discourses, n° 1 : On commerce). Tandis que dans les pays chauds a le soleil fait plus pourrhommequeThommelui-même, son action neutralise la puissance du travail humain. » (M. Wirth). Gœthe (16'', 1840, XXIII, p. 246) dit que les peuples comblés des dons de la nature, dont ils peuvent jouir à leur gré, joignent à l'indolence et à l'insouciance qui en sont la suite nécessaire, le privilège d'un esprit enjoué.
(5) Cette remarque a déjà été faije par Thucyd. (I, 2).
(6) On voit dans nombre de pays que les contrées septentrionales, moins abondamment pourvues que les autres par la nature de moyens dejouissance^ sont en revanche plus richement dotées pour ce qui concerne les moyens d^<icquisition, et font des progrés bien plus rapides dans la civilisation et le bien-être que les contrées méridionales ; il est facile de s'en convaincre en jetant les yeux sur Tltalie, TEspagne, le Portugal, la France, les Pays-Bas, les États-Unis, et surtout en comparant rAmérique du Nord avec l'Amérique du Sud.
Le caractère géographique d'un pays ii*a pas seulemeut une liaison étroite avec sa flore et la nature de ses productions forestières, mais encore avec le caractère national des populations. C'est un des progrès les plus remarquables de la science moderne d'avoir su reconnaître la puissance de cet
organisme merveilleux, et d'avoir envisagé la géographie comme un terme moyen placé entre l'histoire et la nature pour faciliter la connaissance de leurs secrets respectifs. Les conditions les plus favorables au développement d'une bonne culture se rencontrent dans les pays dont la conformation extérieure présente Timage de pentes insensibles échelonnées en terrasses du sommet des montagnes à la plaine, surtout si ces diverses parties se trouvent reliées entre elles par un fécond système de cours d'eau. Grâce à leurs tendances, souvent très-opposées, les habitants du haut pays et ceux des côtes (1) contribuent ordinairement à former /une nationalité une et variée à la fois. Lorsque le passage à franchir est trop roide, comme il arrive, par exemple, dans la Nouvelle- Hollande, cette circonstance devient un obstacle sérieux aux communications, dont la difficulté augmente encore quand les diverses parties du pays sont d'une étendue démesurée, telles que les immenses plaines basses situées au nord de l'Afrique, et les plateaux du sud de l'Afrique et de l'Asie centrale. Le rapprochement heureux de contrées montagneuses et de plaines place l'Europe dans une condition incomparablement plus favorable que les autres parties du monde (2). On pourrait encore poursuivre le parallèle établi entre la nature du sol et le caractère des peuples qui l'habitent, pénétrer jusqu'aux moindres détails, et retrouver, par exemple, la différence de caractère des nationalités diverses, dans les qualités variées des vignobles d'Espagne, de France, d'Allemagne et de Hongrie (3). — D'où cela vient-il? La nature morte aurait-elle, en effet, exercé une influence aussi irrésistible sur la nature vivante? Gardons-nous, pour résoudre cette question, d'avoir recours aune réponse trop matérialiste (4). Presque tous les peuples, à une certaine période de leur existence, se sont déplacés; entraînés par leurs goûts et leurs penchants, ils se seront fixés dans les lieux qui répondaient le mieux k leurca-
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raptèrç. D'ailleurs, une main divine dirigeait chaque nationide manière à l'asseoir ^ans les cpndiMons les ipjpux appropriées au développeipeni de ses facultés naturelles, — ^ L'homme, de son côté, s'il subit l'influence de la pâture, n'est pas sans réagir sur elle avec une égale puissance. Ces animau? domestiques et ces plantes cultivées que l'Europe possède auj()urd'bui ensi grande abondance , c'est l'homme qui est allé, en majeure partie, les demander aux antres parties du globe (5). La vjgue mûrissait rarement dans l'intérieur dç U Gaule au temps de Jésus Christ (6). Songeons, par contre, à I^ iMésopotamie; i^ette pontrée, autrefois le jardir} dn monde, n'offrç plus aujourd'hui aux regards que le triste spectacle de canaux desséchés ; on y décQi|yre presqu'à ilewr de terre des anaas de briques et de vases brisés, des restes de tombeaux et tapt d'autres vestige^ d'une abondante population, Le sol, jadis terre d'alluyioq grasse et fertile, presque calciné piaintenaiU, ne produit plus que de rares plantes salinçs, des mimosag, etc. (7).
(1|La langue jelle-même, cette expression la piqs universelle et en mênie temps la plus exacte du génie d^un peuple, offre un contraste absolument analogue entre les régions de montagnes et les pays de côtes: on n'a qu'à comparer les divers dialectes ionien, bas allemand, ()anois et portu^qi^, avec les dîal^çl^$ dorien^ haut allemaQd, sué4Qis et espagnol.
(2) Voyez Strabon (II, p. 126 seq.).
(5) Rien ne prouve mieux l'influence exercée par la nature du pays 8Ur le caractère du peuple qui l'habite que les différences remarquables offertes par le çjéyelpppiçipenf des ariens en Pqrse et dans les Indes, surtout quand on envisage cofnme degré intermédiaire leur séjour sur les bords de l'Indus avant leur arrivée dans le bassin du Gange.
(4) Les Français, en particulier, ont singulièrement exagéré Tinilqpnpe exerpée sur l'homme par la nature : ^mi d'abqrd So4i^ (D0 republ., 1584, Y, 1); Montesquieu (Esprit des lois, XVII, 6} XyiII, 1, 18); Cabanis (Rapport du physique et du moral de l'homme, 180S, IX; Rfémoîr€ : Influence des climats). Suivant Comte (Traité de légiiiation), Ifi degfé de civiiisatiQn gue pmii «tteiaUrQ chaque peuple np 4Ç|Jfin^ PflS du degré d^ déyelpppemeqj dqnt la nature Jç feoçj ça-
pable, mais bien de celui aiicjuel )a po^itiop géographique lui permet d'arriver. Voyez aussi Hérodote (lil, 106) ; Hippocr, (De aère, e^c, p. 71 seq.); fiuripîd. {Medea, 8i0 seq.); Plutdrch, (Y>e exilio, \3). L» jiisiA mesifre n?|i point été dépassée p^r Bittw.-r^EfM, Àrndt {^^^ leitUJig ?iï Ijislorisphçp fiharakler?p)iil4prnpçpn, 1810) et J^fend^ff^q^ (Das germanische Etiropa, 1836); K. S. Zachariae's (Idée einer volkswirlhschafllichen Géographie als Grundlage der praklischen N. OEkonoiuie fur jedes einielne Volk : vierzig Bûcher ¥. Staate, 11, p. T9). (5; Hfqfte-^firt^n (Prépiif (Iç la géographie upiyerselle, V|, pr.).
(6) Strabo (IV, I). — §ur le climat de l'ancienne Gerniaqie, V. Tacitç (Germ., 2).
(7) Fraser (Travels in Koordislan and Mesopolaniia, II, p. 5). Voyez ^^^û la description dis rarjQÎ^npe Susian^, dîna Strabon (XV, p. 731), et c^lç de 1q nQuyelî.e'par M' f^fnmir (IÇeogr. memolf of P.ersia, p, 98),