LB TE4TAIL
L'aptitude dfi l'homtne aux travqux éconqfpiqt^e^ (1) se lie si iiHiiParoenl avec h contexture délicate de la mm y que Buffon a pu dire sans exagération : « La raison et la main font rhomme (2). v
Yoiçi dq qpellç n^DDière on peut le ipjeux classai* les travaux; économiques (3). À. Découvertes et inventions. B, Occupation des dons spontanés de la nature, tels que les végétaux, les »ai)iniap sauvages et le§ matjëres minér^iie^ (4) ; )orsquQ ce genre de travail existe seul, rhûiaine se trouve nécessairement placé vis-à-vis de la nature dans une dépendance presque absolue. C. Production de substance dans Iç sens d'une direction donnée à la nature pour lui faire produire des matières utiles. comme par l'élève du bétail, la culture des terres, Taménagement des forêts, etc. Celte action ne s'exerce pas dans le règne ipipéral. D, Trans(ormalion des mqitières premières au moyen des fabriques, des manufactures et des métiers. E. Di&irihution des biens entre ceux qui veulent en faire usage, de peuple à peuple, de localjjé à [ocali^é (cçwmercp en gros), ^u^si bien
qu'entre les habitants de la même localité (commerce en détail) (5). Les baux à loyer ou à terme, les contrats de prêts, etc. , appartiennent à cette catégorie. F. Services^ en adoptant Tacception du terme, qui embrasse aussi bien les services personnels que les services immatériels : ainsi, les travaux du médecin, de Tinstituteur, du musicien, aussi bien que ceux de Thomme d'Etat, du juge, du prêtre, chargés, avant tout, de produire et de conserver les biens immatériels ^ qu'on nomme l'Etat et l'Eglise. — L'ordre que nous venons de suivre est celui dans lequel, historiquement parlant, les diverses classes de travaux ont coutume de se succéder et d'acquérir leur développement (6).
(1) Il ne faut pas confondre le travail avec Vactiotif que réveille toute jouissance. La notion de travail porte toujours le cachet d'une peine prise pour obtenir un résultat ultérieur.
(2) Galenus (De usu partium corporis humani, L, i) Pa déjà dit. Un animal qui ressemble à Thomme au point de vue physique, Féléphant, possède aussi un membre qui a une grande analogie avec notre main, la trompe, appelée manu» par les Romains ; c'est pour cela que les Indiens le nomment <( doué d'une main. »' Helvétius , partant de données matérialistes, a exagéré les assertions de Buffon. Voyez encore Ch. Bell (La main humaine et ses propriétés, 1856).
(3) /.-S. Mill (Principles, I, ch. ii, 9) démontre combien la division admise du travail en agricole, industriel et commercial est peu précise. Celle qui distingue le travail de Tintelligence et le travail manuel n'est pas meilleure, parce que le travail même le plus grossier n'est pas purement matériel. Jbid., (1, ch. ii, 8).
(4) Industries eœtractives, d'après Dunoyer. Lorsque les dons spontanés de la nature ont été épuisés, Voccupation donne lieu à une production.
(5) Industrie voiturière^ d'après Dunoyer ; industria traslocatrice (par opposition à Vindustria tr as formatrice)^ d'après Scialoja, Ortes distingue quatre classes : agricoliori, artifici^ dispensatori et amministratori, ou raccoglitpri di 6ent, manifattori di beni^ distributori di bent et difensori di béni (E. N., I, 2 ; III, 14).
(6) Il ne faut pas l'entendre dans cq sens, qu'il y ait jamais eu une période où ces services n'aient pi^s trouvé place ; qu'on jette seulement les yeux sur la coodStion du prêtre et du chevalier^ au
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moyen âge. Mais envisagés comme travail économique, ayant pour but la facilité des relations^ ils n'ont acquis une grande importance que vers une époque relativement plus récente. Ainsi, par exemple, on comptait en 1842 un médecin pour 1,6^ habitants dans la Lombardie, pour 2,650 dans la basse Autriche, pour 7,530 dans la Bohème, pour 9,440 dans la haute Autriche, pour i 1,170 dans la Styrie, pour 30,490 dans la Gallicie. En 1843, on comptait à fierlin un médecin ou chirurgien pour 744 individus, pour 1,931 dans la Saxe prussienne, pour 2,590 dans la Westphalîe, pour 2,765 dans la Prusse rhénane, pour 3,200 dans la Stlésie, pour 4,850 à Posen^ pour 5,347 dans la province de Prusse (Rau, Lehrbuch, I, §111). Ainsi encore les recherches delà philologie comparée établissent que le mot labourer est plus moderne que le mot ttsser {Lassen^ Indische Alterlh., I, p. 814 seq.) : il semblerait donc qu'on a tissé des étoffes avant de labourer la terre. Et pourtant Tagriculture remporte sans aucun doute sur Tinduatrie, dans le sens indiqué plus haut.
Le goût de Thomme pour le travail dépend surtout de la proportion et du degré de sécurité suivant lesquels il lui appartiendra de jouir des fruits de son labeur. Voilà pourquoi Tesclave travaille d'ordinaire avec si peu d'entrain ; sans parler des mauvais traitements auxquels il est exposé, il n'a de rétribution que celle que détermine la bonne volonté du maître. Telle est l'essence économique de l'esclavage (Y. ci-dessous, § 7). La corvée, à son tour, produit un travail inférieur à celui que Ton paye à la journée (1), tandis que l'ouvrier rétribué à la tâche met le plus de cœur à l'œuvre.
Parmi les causes qui ont fait de TAngleterre le premier pays du monde, au point de vue de la production, les économistes de cette contrée signalent surtout la proportion dominante du travail à la tâche (*i). Naturellement on ne peut appliquer ce mode de payement que là où le travail se décompose en une série de tâches isolées, et non lorsqu'il s'agit d'une occupation continue (3). Plus lés relations durables se dissolvent de nos
8% DBS PORGRB PRODUCTIVES.
jours, plus l'usage de la rétribution à la tâofae devient gêné* rai, ce qui, à côté d'avantages matériels incontestables, ne ]iiisse p^^que df présenter un côté moral inquiétant(raton)isaiel)« Dans beaucoup d'industries» Ton s'est vu forcé d'y renoncer^ parce que la trop grande hâte de.rouvrler nuisait à la perfection du travi^il, sur lequel on ne pouvait en outre exercer un cou* trôle suffisant (4). Somme toute, c'est plutôt la quantité que la qualité qui profite de ce système : aussi ne s*applique-t-il pas à ce qui sort du travail ordinaire, et demande un soin plus particulier. Là même oit il est de règle de rétribuer ainsi les oomposiieurs pour les travaux ordinaires, les ouvrages spéciaux, comme les traités de mathématiques, les fae-simile, les inscriptions^ etc., continuent à être payés à la journée. Parmi les ouvriers, ceux qui se montrent le plus systématiquement hostiles au travail à la pièce, ce sont les paresseux ou les inhabiles, tandis qu'on pourrait plutôt se plaindre de ce que les bons ouvriers en sont les partisans trop acharnés» au point de s'y abandonner mémo au détriment de leur santé (5). ^ Le travail est d'ordinaire le mieux soigné, il produit le plus et donne les meilleurs résultats quand l'ouvrier travaille pour son propre compte ou reçoit comme salaire une quote-part du bénéfice. Ce dernier moyen, toutefois, ne peut généralement lui convenir, parce qu'il est trop pauvre pour courimne chance de perte ou même pour attendre trop longtemps la réalisation da profil. C'est un motif de plus pour appeler Tattention sur le système mixte qui réunit les deux modes de salaire fixe et de participation au bénéfice, tel qu'on l'applique surtout dans l'Amérique du Nord, lorsqu'il faut beaucoup s*en remettre à Touvrier ; on le pratique pour la pêohe à la baleine (6) et pour les navires greos du Levant qui se livrent d'une manière presque exclusive au commerce du cabotage, et dont le sort dépend plus encore de la vigilance et de la sollicitude des matelots que de Tbabileté du eapltaine. Ce système suppose des ouvriers
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très-entenduft qui ne le cèdent presque pas en sftVOir âH maître (7).
Au reste, pour que l'ouvrier jouisse en paix du fruit de son travail, il faut avant toiit que Yardre légal soit bien assuré* Le découragement finit par s'emparer de l'homme le plus laborieux, lorsqu'il se trouve en présence du despotisme ou de Tanarchie : d'un autre côté, la sécurité la plus entière ne sau^* rait suflBsàmment aiguillonner un peuple fataliste (8).
(i) D'apréaV* F/ototi» (ÂnleiUing zur Fertigudg deir ErUragsunschlâge» I, p. 80), ()a«lre journées de corvée équivalent tout an plus à trOift journées ie travail salarié. Von Jakob (Ueber die Arbeit leibeigener und fréter Bauern> 181 fi, p. 21) estime que deux journée» de travail salarié valent trois journées de corvée, et qu'un €>heval de ferme fait autant d'outrage que deux ehévaux employés aux corvées^ Les appréciations générales, d'une exaelitode complète, ne sont guère plus possibles sur ce point qu'en ce qui concerne le travail des esclaves. Il existe deui mobiles puissants de l'activité huraainei qui l'emportent sur tous les autres y ce sont V espérance et la craMe : celle-ci s'adresse & l'esclave» celle-là détermine l'action de l'homme libre« En régie générale, l'espé-* rance est un aiguillon non-seulement plus conforme à la dignité humaine, mais encore plus énergique. Si l'on eu vient à employer l'inti^ midation et la contrainte, il faut reconnaître que l'effet se mesure à la pression. Du moment où les seigneurs féodaux ont été dépouillés du droit de châtier corporellement leurs corvéables, la valeur technique de la corvée a singulièrement diminué. On a pu voir autrefois, dans les An* tilles anglaises, des maîtres qui, par pure philanthropie, traitaient leurs nê^ gresaveeunedouceur inaccoutumée: ce procédé a généralement entratoé de mauvais résultats économiques^ Chaque esclave, tout en g'indignant de la négligence des autres qui trahissaient par leur paresse les intérêts d'un bon maître» s'abandonnait Ui*même à une paresse excesaive. Ce système eut pour conséquence immédiate de faire diminuer rapidemeat le produit hebdomadaire 4^ chaque plantation {MtUt, Lewis, Journal of a West-India proprietor, 1834} Edinburgh Reviei^» XLY, p. 410)» Par la même raison, dans le siéde dernier, les nègres das coloaiea espagnoles^ traités «vec une grande douceur, travaillaient ptws mal queeeuides autres nations européennes^ Y« cependant Coltmneila (De re rust., I, 8). .
(2) HcnoUit (The insufôciency of the causes, to which the increase of our poor^ etc... bave been, ascribed 1788) affirme que le traiail à ^
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tâche était devenu d'un usage général en Angleterre a few years ago^ pour certains travaux et à certaines époques de l'année,
(S) Ceci ne saurait donc s'appliquer aux ouvriers domestiques (Gesinde) qui constituent une partie delà maison et qui offrent aux maîtres, outre ]*avantage de services individuels, celui d'avoir toujours quelqu'un â leur disposition. Â bien plus forte raison, s'il s'agit du médecin de la famille, qui, joignant à la pratique de son art la qualité d'ami de la maison, ne borne pas ses services à la rédaction d'ordonnances plus ou moins fréquentes : il en est de même de l'employé de l'Etat, du prêtre^ etc., auxquels on demande de vouer leur vie tout entière au service public. Un professeur habile profite à l'Université, non-seulement par ses leçons, mais encore par son nom, son exemple, etc. De là vient qu'en ce cas on préfère la combinaison d'un traitement fixe avec des honoraires proportionnés au travail. Quant aux services dont la permanence forme le caractère essentiel, la rémunération a coutume aussi de devenir permanente, c'est-à-dire héréditaire, comme cela se pratique pour un grand nombre de charges aux époques de civilisation peu avancée, tandis que plus tard, à mesure que les progrés de la civilisation se font sentir, ce privilège se borne à être l'apanage du chef de l'Etat. V. d'autres considérations dans Boxhorn (Institut, polit., 1665, p. 41).
(4) Les journaliers, par exemple, doivent être surveillés pendant la moisson, de crainte qu'ils ne se livrent A la paresse ; les ouvriers à la tâche doivent Fêtre également, pour qu'ils ne continuent pas à travailler, à lier les javelles, etc., par un temps humide, ce qui fait pourrir les gerbes. En Angleterre, on regarde comme une chose presque im- «possible d'amener les ouvriers à couper les tiges ras contre le sol. (Sinclair, Grundgesetze des Ackerbaues, p. 102). La précipitation des tâcherons est cause, dans la récolte du colza, que la graine se détache et occasionne ainsi des pertes considérables. En Russie, on paye à la pièce les hommes chargés de dépouiller les animaux abattus : ici encore, pour vouloir aller trop vite, les ouvriers détériorent un grand nombre de peaux {Steinhaus, Russlands industrielle und commercielle Verhaeltnisse, p. 425). Le dévidage de la soie offre un autre exemple des inconvénients qu'entraîne ce mode de salaire. V. Bernouilli (Technologie, If, p. 215).
(5) (Ad, Smith, W. ofN., I, ch. vui). Fou?/cW pense également (loco eitato) que le système de travail à la tâche augmente le gain des ouvriers, mais aux dépens de leur aptitude constante au travail. Après la révolution de Février, les ouvriers parisiens ont voulu supprimer lé travail à la tftche et ils y^ont réussi dans plusieurs fabriques. (Michel Chevalier, Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1848).
(6) A la pêche du cachalot, te capitaine reçoit pour sa part 1/16", le maître 1/26% le contre-maître 1/60*, et chaque matelot l/85«du béné-
fice {Humboldt, Nouvelle-Espagne^ IV, p. 10). Ce système est trés-répandt! dans T Amérique septentrionale (Carey, ap. J. S. Mill, Pripciples, V, ch. ix^ 7). En Islande, lorsque le paganisme y dominait, la paye des équipages de navires consistait presque toujours en une quote- , pari du profit (Léo, dans le Raumers Taschenbuch, 1855, p. 524). Il en est de même des Chinois (Mae Culloch, Gomm. Diction., y. Canton). Si les pêcheries hollandaises furent autrefois si florissantes, c'est parce que ce principe y était eu vigueur. En Angleterre, au contraire, l'emploi en est rendu fort difficile par les laws of partnershipy en vertu desquelles^ à Texception des grandes sociétés incorporées, chacun est solidairement responsable des dettes sociales. On rencontre néanmoins quelque chose de semblable dans les mines de Cornouailles (/. S. MiU IV, ch. vil, 5).
(7) Le peintre en bâtiments, Lechire, de Paris, a obtenu sous ce rap* port d'heureux résultats (Leclaire^ Répartition des bénéfices du iravail, 1842). Il s^est réservé, en sa qualité d'entrepreneur, une part de 6,000 francs, en attribuant à chaque ouvrier le salaire journalier habituel. L'excédant, au bout de Tannée, a été réparti proportionnellement entre tous. Leclaire hsswre s'être toujours parfaitement trouvé de ce système. Les Chinois payés à la journée sont de détestables ouvriers ; on ne peut en tirer parti qu'en îes soumettant à la tâche ou en adoptant le système du tantième (R. M* MickinQy Recollectious of Manilla and the Philippine-Islands, 1851).
(8) Tourne fort, en parlant du fatalisme des Turcs, dit. qu'ils laissent partout le monde comme ils l'ont trouvé, et, suivant un de leurs proverbes, rherbe ne peut plus croître là où un Osmanli a posé le pied.
' La puissanee du travail individuel varie extraordinairement de nation à nation (1). Cela tient en grande partie à la diversité des aptitudes naturelles ; ainsi aucun peuple ne surpassera rAnglais et rAnglo-Américain pour Ténergie, rAllemand pour l'exactitude, le Français pour le goût. Si l'on admet que les divers gouvernements envisagent de la même manière l'aptitude au semée militaire, on peut tirer des conséquences d'un grand intérêt du rapport qui existe entre les hommes appelés au service et ceux qui en sont reconnus capables (2). Le degré de civilisation et Tétat des rapports sociaux influent beaucoup
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sur ce réstiltat. Des ouvriers que Tod dédaigne, auxquels on n'âe^ corde qu'un salaire dérisoire, ne manqueront pas de répondre à ces mauvais traitements par l'infériorité de leur travail ; le contraire arrive quand ces circonstances se modifient (| 173). Ainlsl l'on a remarqué en France que les ouvriers du pays, avec une nourriture aussi forte que celle des ouvriers anglais, ne leur sont guère inférieurs pour la valeur technique de leur travail (3). Un journalier mecklembourgeois mange presque deux fois autant qu'un journalier de la Thuringe, mais il fait aussi une besogne presque double. Âla longue, Tentrépreneur gagne à bien payer les ouvriers qu'il emploie. A mesure que la civilisation fait des progrès, non-seulement on obtient, à nombre égal d'ouvriers, plus d'assiduité et d'habileté, mais encore la même quantité et qualité de travail revient à meilleur compte (4). L'état moral des populations exerce ici une grande influence. Dans chaque entreprise particulière les frais de surveillance, dans chaque Etat l'action de la policeet de la justice ne sont le plus souvent motivés que par Timprobité des hommes. S'il était possible d'écarter cet obstacle et d'accorder confiance à chacun 3ans distinction, on serait à même d'employer beaucoup plus de force et de temps à des travaux positivement utiles (5). —Enfin le mode suivant lequel la population se divise entre les divers âges de la vie ne manque pas d'importance lorsqu'il s'agit de déterminer la puissance de travail de différents peuples ou de diverses périodes. C'est, en gé* néral, de vingt^cinq à quarante^cinq ans que l'homme jouit sous ce rapport d'une force pins grande ; plus, par conséquent, un peuple comptera dans son sein d'hommes de cet âge, mieux aussi, toutes circonstances égales d'ailleurs, il se trouvera partagé au point de vue du travail (6, 7). Nous verrons plus tard (§ 248) que les peuples les plus civilisés possèdent d'or^^dinaire le nombre d'adultes proportionnellement le plus considérable (8).
MS FORQB» PReDUOTlVBSi 87
(1) L«s eipérieiHM» faites «vea le dynaiiométte prouvent que la ^oree réiaitf d'uo naturel de la Terre de Van Diémeo ou de la If ouTelle-'Hol* lande, d'uti habitant de Pile de Timor, d'un matelot français et d*Ui) colon anglais établi eo Australie* est dans les proportions de ttO, 51» 58, 9è^ 71 {Péron^ VoylfKede découvertes auk terres australes, I^ p. 47ft seq.). S'il faut en croire les fabricants anglais et autres industriels du même pays, un ouvrier anglais expédie presque une fois autant de besogne qu'un ouvrier français(?), lequel, o son tour, travaille plusqu^un Irlandais. Un contre-maUre anglais qui avait travaillé dans des fabriques de France eipriroait ainsi sa manière devoir sur les Français devant une commis** sion Qomméefiar le parlemebt i c it caonot be called vrork, they do : itî s only looking at it and trishing it donc » {Senior, Outlines, p. U9 seq.)* Ainsi, par exemple, un bon fileur anglais peut, avee une mécanique de SOO brochés, rendre chaque jour 66 livres de fil n^ 40^ tandis qu'uii Français placé dans les mêmes conditions n'en rendra que 48 (M. Mohl, R^se dUrch Frankreioh, p< 535); V. Dinglêr^ Polyt. Journal, I, p. 8B seq. Un scieur de bois de Berlin fera en 10 jours autant d'ouvrage, qu'un habitant de Labiaui dans la Prusse orientale, en ^ jours (J.-G.y^o/f^ mann). Les fermiers anglais sdrles rives de rflellespotit aiment mieux donner auxouvriers grecs 10 livres sterling par 2in{hesidesthHrkeep) que 3 livres aux ouvriers turcs {Lord Carlisle, Dlary in turkish and greek waters, 1854, p. 77 seq.). C'est ainsi qu'à Pulopinang le laboureur
. malais reçoit 2 dollars 1/2 de salaire par mois pour W jours de travail, l'indigène du Malabar en reçoit 4 pour 28 jours et le Chinois 6 pour 30 jours (Aittét^ Ërdkunde, Y, p. 54).
(2) En Bavière, le ndmbre des jeunes gens tombés au sort et reconnus impropres au service militaire a été :
Pour défaut de taille* Pour infirmités ou maladiei. De 1830 à 1837 1,65 pour 100 25,1 pour 100
Hermanûy Beweguog der Bevoelkerung, p. 24).
En Wurtemberg, les hommes réformés furent En 1832 et suiv. dans la proportion de 46—48 pour 100 1858—40 — 48-55 »
{Memminger, Wûrtemb. Jahrbûcher, 1834, p. 112 ; 1840, p. 278; 1843, p. 103). Dans le royaume de Saxe, de 1826 a 1854, 70,3 pour 100 (Journal de Leipzig, Juli 1856). En France, de 1835 à 1840, 37,38 pour 100 (Bondy, Discours sur le recrutement de Tannée, 1841 ; Michel Chevalier ^ Cours d'économie politique, II, p. 351 seq.). En Angleterre, où le recrutement se fait par des enrôlements volontaires, mais
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presque exclusivement dans la basse classe, de 1844 à 1852, environ 35—54 pour 100 (Massy, Renaarks on the examination of recruits, 1854).
(3) {Michel Chevalier, Cours, l, p. 115.) Ad, SmUh (L. I,ch. vm) avait déjà remarqué combien les gros salaires contribuent à rendre les ouvriers laborieux. Et, en effet, îes hommes peu éclairés doivent se porter au travail avec d'autant moins d'ardeur qu'il est plus' mal rétribué.
(4) A. Young pensait déjà que, malgré le déplorable abaissement da taux des salaires en Irlande, la main-d'œuvre n'y était rien moins qa*à bon marché, a Un journalier écossais payé à raison d'un schelling coûte moins cher qu*un journalier irlandais à un demi-schellingt (Evidence iu respect to the occup. oflandin Ireland,II,p. 155). Ainsi, d'après ifTullocÀ (Stalist. account of the Brilish empire, I, p. 666), la main-d'œuvre est beaucoup plus chère dans les fabriques d'Allemagne et de France que dans les fabriques anglaises, parce que, cœteris part6us, ces dernières emploient moitié moins d'ouvriers que les autres. Y. Senior, Lectures on Wages, 1830, p. 11, et les rapports de la commission du parlement sur l'industrie française (1825), passim. Des expériences semblables ont été faites pour l'agriculture dans le Schleswig-Holstein. V, Hanssen (Archiv. der polit. OËk., IV, p. 421). La main-d'œuvre est chère en Russie, dés qu'il s'agit d'une certaine capacité et d'un certain degré d'instruction professionnelle , tandis que celle de l'ouvrier ordinaire n'est nulle part aussi bas (Tégoborski).
(5) /. S. Mill (Principles, I, ch. vu, 5).
(6) Ainsi^ par exemple, la Lex Visigoth. (VIII, 4, 16) fixe le Wergeld que doit payer le meurtrier en le graduant d'après VSîge de sa victime ; il va toujours en s' élevant jusqu'à la vingtième année pour les hommes, et diminue à partir de la cinquantième ; chez les femmes, il atteint son maximum entre 15 el 40 ans.
(7) En ce qui regarde les deux sexes, la force rénale de l'homme fait est double de celle de la femme; dans la jeunesse la différence esl moins marquée. La force manuelle des deux sexes à 50 ans est dans la proportion de 9 à 5 {Quételet, Sur l'homme, II, p. 75 seq.). Leur rapport numérique parait être toujours à peu près le même chez les divers peuples qui ont atteint un degré de civilisation plus avancée. Y. cidessous, §245.
(8) Il est encore extrêmement important de calculer le nombre de jours où la maladie force chaque année l'ouvrier à interrompre son travail. Fenger (Quid faciant selas annique tempus ad frequentiam et dinturnitatem morborum, Hafniae, 1840) trouve le résultat suivant :
Entrer 15 et 19 ans 7,2 jours
DBS FORCBS PRODUCTIVES* 89
Entre 25 et 29 ans 9,5 jours
— • 45 — 49 — li,6 — -- 50 — 69 — 14,1 —
D'après Villermé^ dans les Annales d'hygiène, II : « .
A 60 ans 16 jours
Cette dernière donnée résulte d'expériences faites par 70 sociétés de secours mutuels écossaises. V. Dingler (Polyt. Journal, XXXIV, p. 168].
Plus la civilisation s'élève, plus le travail est honoré; les peuples primitifs le méprisent comme le lot des esclaves. Pigrum et iners videtur sudore adquirere quod possis sanguine parare ; tel est Taxiome généralement admis par chaque époque de moyen âge historique. Dans l'Irlande païenne, on pouvait dépouiller de ses domaines un adversaire vaincu en combat singulier. Cette minière d'acquérir passait pour plus honorable que l'achat, puisqu'on recevait ainsi Tinvestiture du dieu Thor lui-même (1). La pure doctrine chrétienne a, par contre, prêché dès Torigine la dignité du travail (I Thess., 4-H et suiv.; II Thess., 3, 8; Eph., 4, 28). — Aussi voit-on les peuples les plus civilisés (on peut en dire autant des individus ) priser le plus haut la valeur du temps. Time is money ! a dit B. Franklin. Suivant un proverbe anglais, le temps est TétofTe dont la vie est faite (2). Tandis que la plupart des nègres ne savent même pas le nombre d*années qu'ils ont vécu, tandis qu'en Russie il est rare de trouver des horloges aux églises de village, tout le monde en Angleterre, dans les classes les plus inférieures et à Tâge le plus tendre, possède une montre,
go DU F0B0B8 FR(H)IIOTIVBS.
devenue en quel<|ae sorte une. paftie indispensable du costume (3). Pendant que Ton reconnaît l'habitant des Indes occidentales et de rAmérique du Sud à une nonchalance désespérante qui se reproduit jusque dans un parier traînant (4), on a comparé l'existence d'un habitant de la Nouvelle-Angleterre à la course d'une locomotive. Rien ne cause autant de surprise à l'Européen appelé par son commerce à fréquenter les marchés de l'Asie centrale, que de voir combien peu les marchands de rinde et de la Boukharie tiennent compte du temps, satisfaits qu'ils sont lorsqu'ils rencontrent, après une attente infinie, Toccasion de placer leurs marehandise3 à un prix tant soit peu plus élevé (5).
(1) (Tacit., Germ,, 14 ; LeOy dans le Raumers Taschenbuchy 1835, p. 418). Le mot mancipium {manu capere) nous fixe sur la manière de voir des anciens Romains, et nous autorise à conclure qu'ils regardaient Gê mode d^acquisition de la propriété comme le plus légitime. Hérodote (V, 6) Qous appnsad la même chose dei Thraees, tandis que les Âthé*^ niensdu siècle de Périclès, suivant le témoignage de Thucydide (I, 70)^ f ne connaissaient pas de plus grande iêtequede vaquer à leurs affaires.»
(2) K Le temps des hommes laborieux est la marchandise indigène la plus précieuse dans chaque pays ; » 76mp{0 avait appris cette vérité dei Hollandais de spn époque (Works 1, p. 139). À trikiêrs Umeis his bread [Sir M. Deckwy Essay on the décline, etc., 1744, p. 24). Economia di tempo équivale a prolungamento di esistenza {Scialoja) .
(5) (Douville, Voyage au Congo, î, p. 259 ; Von HaxthaUsen, StUdieû, II, p. 439 ; ^« Jaeob, Production and contumption of the preeious me^ tais, II, p. 209.) La division du jo^r en heures date des cadrans so-* laires d'Alexandrie; à Rome, on ne la connut guère avant Tan 491 de la fondation (Mommsen, Roemische Geschichte, I, p. 501).
(4) Pinckatd (Notes on the West-Indies, 1806, II, p. 407). Avoir la population des villes espagnoles, on dirait que personae n'est pressée Les localités où se rend habituellement la foule des baigneurs, des buveurs d'eau ou des pèlerins, offrent le spectacle curieux de celle démarche nonchalante qui contraste si étrangement avec la précipitation et la h&te qui régnent au sein des grandes cités commerçantes.
(5j [Meyendorff, Voyage é Boukhara, p. 246).
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hU GA9|?AU
Nous appelons capital (1) tout produit conservé pour ter* vir à la production (§ 330).
Le capital d'une nation se compose done nommément des catégories suivantes de biens : À. Les améliorations du sol, par exemple les travaux d'écoulement des eaux ou d'irrigation, les digues, les clôtures, etc., qui se confondent souvent, il est vrai, de telle sorte avec le sol qu*il devient quelquefois très^ difficile de les distinguer. Â cette classe se rattachent toutes les plantations durables. B. Les oonsiruôtUmi^, tant ateliers et magasiiis que maisons d'habitation j les routes, les chaussées* et autres voies de communication de toute espèce. G. Les outils, les machines et les ustensiles de toute sorte. Ces der* niers rentrent surtout dans les services domestiques, et sont employés à la conservation et au transport d'autres biens. La machine diffôre de l'outil en ce que la force motrice de oelle-là ne lui est pas communiquée par l'action immédiate du corps de l'homme (1)^ qui se contente de la diriger, tandis que^ cçlui^ci sert en quelque sorte d'équipement, qui permet à rhomme de fortifier ou de remplacer l'usage de ses membres (3). Sous ces trois formes, le capital, pour offrir de l'avantage, doit économiser une somme de travail ou de fatigue supérieure à celle qu'il a fallu consacrer à le produire. Les outils sont plus anciens que les machines, et Ton constate un progrès, quand on voit les naturels de rAustralie chasser avec la laUce et la massue, les Américains, déjà plus civilisés , se servir de Tare, et nous autres Européens faire usage des armes à feu. Parmi les forces qui mettent en mouvement les machines, l'eau a été utilisée d'abord, le vent ensuite, et en dernier lieu la vapeur (3). D. Les animaux de tramil et les animat^a utiteê,
92 DES FOBCKS PRODUCTIVES.
en tant que Thomme les élève, les nourrit et les développe par ses soins. E. Les matières premières^ qui servent à une production nouvelle, conome la semence pour le cultivateur, la laine pour le fabricant de drap, Tindigo pour le teinturier, etc. F. Les matières auxiliaires^ consommées dans la production, ' sans s'incorporer au nouveau produit (4) : tels sont le charbon à la forge, la poudre qu'on emploie à la chasse et aux travaux de mines, l'acide sulfurique dans Tépuration de l'huile, le noir animal et le sang pour le raffinage du sucre, Tacide muriatique pour la préparation de la gélatine, le chlore pour le blanchissage, etc.. 6. Les moyens d* entretien, donion doit faire temporairement Tavance aux producteurs, jusqu'au moment où le travail est accompli. H. Les approvisionnements du commerce^ que le marchand doit toujours te.nir au complet, afin de satisfaire ses pratiques. L Vargent, en sa qualité d'instrument vital de tout trafic. K. Enfin, il est aussi des capitaux immatériels {quasi-capitaux, ainsi que les appelle Schmitthenner) qui, résultat d'une production, sont utilisés pour une production nouvelle, comme tout autre capital. Quelques-uns sont transmissibles de leur nature, par exemple, la clientèle d'une raison commerciale honorablement connue. Mais beaucoup d'autres se trouvent aussi inséparables de la puissance du travail de Thomme, que les améliorations du sol du fonds de terre lui-même ; ainsi, par exemple, l'habileté plus grande qu'un ouvrier a pu acquérir par suite de ses travaux, la confiance plus entière qu'il a su gagner a la longue (5). Le capital immatériel le plus considérable, sans contredit, 'chez tous les peuples, c'est VEtat lui-même, car il n'est pas de. production économique 4e quelque importance qui puisse se passer de sécurité et de garanties légales (6).
La plus grande partie du capital national se transforme continuellement par la consommation et la reproduction. Mais, au point de vue de ï économie privée comme de Y économie pu-
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blique, nous disons qu'un capital se conserve intact, s'accrott ou diminue, suivant que la valeur reste la même, augmente ou s'amoindrit (7). Pretium succedil in locum rei et res in Uh cum prêta. « La plus grande partie en valeur de la richesse de TAngleterre a été produite par la main des hommes, dans le cours de ces derniers douze mois. U en existait très-peu (à l'exception, bien entendu, des fonds de terre) il y a dix ans... L'accroissement du capital est semblable à T accroissement de la population ; le capital maintient son existence de génération en génération, non pas en se conservant intact, mais en se reproduisant comme Tespèce humaine. » (J. S. MilL)
(1) L'histoire de cetle notion fournit un remarquable exemple de la confusion que l'on peut produire quand on emploie la terminologie scientifique dans les usages de la vie quotidienne. Le Dictionnaire de l'Académie française avait jusqu'à ces derniers temps réuni toutes les significations imaginables du mot capital^ à l'exception toutefois de celle qu'il emprunte à la science de l'économie politique 1 Dans le latin du moyen âge, on entendait par le mot capitale aussi bien le prêt d'argent que le bétail {Ducange, S. V.). Aujourd'hui encore, dans le langage habituel, on emploie indifféremment les expressions argent et capital^ prix de Vargent et intérêt ducapital, comme la plupart des anciens auteurs les avaient pareillement confondues. Je citerai entre autres, au dix-septiéme siècle, Child et Locke, tandis que Hobbes a bien jusqu'à un certain point pressenti la force productive du capital (Roscher^ Zur Geschichte der englischen Volkswirthschaftslehre, p. 49, 60, 102). De même encore, au dix-huitième siècle, des hommes tels que Law (Sur l'usage des monnaies, p. 697 ; Trade and money, 1705, p. 117); Melon (Essai politique sur le commerce, 1754, ch. xxii); Galiani (Délia moneta, IV, 1,3); Genovesi (Economia civile, II, 2, 18, 13); Steuart (Principles, IV, i, ch. iv) ; Verri (Meditazioni, XIV) ; Busch (Geldumlauf, V, p. 14); A. Young (Political arilhmetics, 1774, 1, ch. vn). Hume démontre an contraire (Discourses^ 1752, n^ 4, On interest) : que le taux de Tintérét ne doit pas avoir pour base, comme le prétendait LockCy l'abondance ou la rareté de l'argent, mais bien le profit et le rapport qui existe entre l'offre et la demande des capitaux. J. Massie avait déjà exprimé cette opinion (An essay on the governing causes of the natural rate of interest, 1750). Quesnay (Dialogue sur le commerce, p. 173, éd. Daire) a parfaitement reconnu les effets et les élément»
04 »B8 VOROBS FRODOCTIVBS.
Qonsthatifs du capital, Turgoi (Sur la. formation et la distribution des richesses, § 14, 54, 79, et. sur le prêt d'argent, § 25) s'est d'abord singulièrement approché de la vérité, mais il l'a ensuite dépassée. Il indique poiir toutes sortes de cultures la nécessité d'avances qui sont ordinaireniênt le fruit de l'épargne ; de mime 11 distingue dans ce que rapporte le sol, outre Je produit net et la subsistance du laboureur , le profit qui doit revenir à ce dernier. Il établit aussi beaucoup de différences entre « le prix de l'argent » considéré par rapport au commerce et par rapport aux prêts. L'explication qu'il donne de l'intérêt perçu est celle fournie déjà par Sohroeder (F. Schatz und Rentkammer, p. 231); elle s'appuie sur ce que tout possesseur de capital pourrait avec son argent acheter un fonds de terre et en tirer un revenu qui ne lui coûterait aucun travail. Sans doute, l'argent est Improductif, maïs toutes les autres choses données à loyer, é l'eiception de la terM et du bétail» le sont pareillement. Ad. Smith (L, II) a rendu le plus grand service à la science économique par sa belle analyse de l'idée du capital ; il oppose au capital, sous la dénomination de stock for immédiate consumplion, ce que les Allemands appellent capital de consommation. Canard (Principes d'économie politique, 1801), et /. B, Say (Cours pratique, 1828, I, p. 285) ont voulu faire faire à l'analyse scientifique un pas rétrograde, en englobant dans le capital la puissance de travail que possède l'homme, a Labour is capital, primaryand fundamental. » {Colton, p. 275). « Tout adulte peut être considéré comme une machine, qui a coûté vingt années d'attention soutenue et une somme considérable pour sa construction » {hP Culloch, Principles, 1825, II, ch. ii), Schloezer (Aufangsgriinde, 18(R5, f, p. 21) va Jusqu'à appeler l'âme une matière brute A laquelle l'enseignement communique la force productive. V. au contraire Malthu$ (Définitions, ch. vu); /îossi (Journal des économistes, VI, p. il5j. L'opinion de Ganilh (Systèmes d'économie politique, 1809, 1, p. 245), Hermann (Staatsw. Dntersuchungen, n^S), et Dunoyer (Liberté du travail, 1. VI) , qui comprennent la terre sous l'idée du capital, ne me paraît pas mieux fondée. Hermann appelle capital tout principe durable d'utilité qui possède une valeur en échange. La terre diffère tellement des autres capitaux, sons tous les rapports économiques, il y a parfbis entre elle et ceux-ci une opposition si prononcée, qu'en les rangeant dans la même catégorie, on ne saurait les confondre qu'en apparence.
(2) Ainsi, par exemple, la charrue est une machine, la bêche un outil. Le marteau, c'est le poing qui possède une dureté extrême et qui devient tout â fait insensible ; le soufflet agit comme un poumon puissatit et infatigable ; les tenailles se substituent aux doigts; la cuiller remplace le creux de la main ; le couteau opère comme les dettts, mais tnietix encore. Bon nombre de machines apparaissent, au
DBS FOnOBS FROOUeTIVKi. Od
cQQtr^ire, comme \id ouvrier complet. Ainsi Tactien de le meule qui
broie le graio ressemble forl peu au souffle du vent ou (lu courant de Feau qui lui imprime le mouvement, tandis que le va-et-vient du pilon dans ub moHier réj^ond tout A fait aux mouvements du bras {Bau, Lehi^ bucbi I, S iSS)« Le nombre iofini des fonelioni diverses ansquéiles n^ membres peuvent être appliqués coïncide avec le^r incapacité d'atteindre seuls la plupart de leurs fins. L'animal, qui n'emploie point d'outils, ne peut aussi entreprendre que fort peu de chose. V. Autenrieth (Ueber den HenscheB, f. I, seq.).
(3) C'est oe qu'op voit très-clairement lorsqu^on pareoupt This^ toire des procédés de mouture employés successivement. Au tempa de Mp!se et d'Homère, les moulins à hrmi étaient seuls connus, et mème^ dans Torigine^ on se contentait de piler le blé dans des mor>: tiera* Puia viqren^ les moulins mis en mouvement par un manège. Peu après Gicéron, s'introduit F usage des moulins i eau (Brunck» Analecta, II, p. 119, Ep. 59]. Les moulins construits sur des pon> tons ne remontent guère au-delà de fiétlsaire. Quant aut moulins A veni qiti oommencent à être en naage au doutième siMe, les premlel** en date sont les mouUns dits aZ/smanda ; puis viennent les moulina hollandais : ceux-ci n'apparaissent pas avaqt le ipilieu du seizième siècle, finfin , les moulins à vapeur ont une date tout à fait récente. y. âaclrmmtn (Beitriige sur Geschichfce der Srflndangen, II, p. 4 seq.).
(4) Voy w Platon (PqUt., p , ^0 seq .) ,
(5) Ainsi, par exe^nple, Ganilh (Théorie de Téconomie politique, I» p. 155) désigne comme des parties importantes du capital, outre la réputation des commerçants, leuhi lumières, leur talent et leur probité.
(6) Y« Dietj^el (System der Staalsanleihen» 4956» p^ VI seq.). Ad. Muller avait déjà fetit envisager les impôts, non pas au point de vue d'upe prime d'assurance, mais comme « les intérêts d'un capital national^ spirituel et Invisible, et, partant, d^une nécessité absolue » (Elemente, III, p. 75). -> Il va sans dire que l'Etat n'est pas pour nous setflement ud capital) mais qu'il se pré&enle aous d'aiitr^a aspects ; aussi bien qu^tine cathédrale gothique ne saurait être regardée comme une simple œuvre de maçonnerie.
(V) f/.-#. iS«y, Traité d'éeonomie politique, I, eh. x). Qu'ob se rappelle le principe» si eauitu ^ fkay^liok^ie^ de la transformation de la matière î
L«s eftpitaux, nimmi le but au(}tiel ori les destine, peuvent 6ti^ pant{;é8 en Amx oliisMs : le# nns aident h la proditetion
de biens matériels, les autres concourent à la production de biens personnels ou de relations utiles. Les premiers, auxquels Mâlthus et Rau accordent exclusivement le nom de capital, figurent dans les livres modernes comme capitaux pro^ ductifs, par opposition aux capitaux de consommation (1). Chacune des dix sortes de biens énumérés ci-dessus peut évidemment servir aux deux buts (2). Les deux idées d'ailleurs , tendent souvent à se confondre ; ainsi, par exemple, une voiture de louage, un cabinet de lecture sont pour leurs propriétaires un capital de production incontestable, et pour le public en général un capital de consommation, quoique le cabinet de lecture dans les livres duquel un Arkwright va puiser sa science pratique, et la voiture de louage qui mène un grand négociant à son comptoir servent réellement à la production de biens matériels. D'autre part, le droit d'accise, qjie le fabricant avance à l'Etat, la rente que le fermier sert à son propriétaire avant l'échéance du terme, le salaire que les besoins de l'ouvrier forcent à solder dès l'abord ne sont que des capitaux de consommation, bien qu'ils soient d'ordinaire considérés comme des capitaux de production. Presque tous les capitaux de consommation peuvent se transformer à volonté en. capitaux de production ; on pourrait envisager ceux-là comme des capitaux au repos, et ceux-ci comme des capitaux au travail (3).
Chez un peuple parvenu à un état de civilisation avancée, le capital de consommation qui atteint une très-grande importance, relativement au capital de production, peut passer pour le signe certain d'une grande richesse. Alors, sans rien perdre du désir d'acquérir encore, on croit avoir assez amassé pour se permettre de jouir. Que Ton songe à la magnificence de la vaisselle plate et de l'ameublement qu'emploie en Angleterre la classe moyenne ! Il est d'autres pays, comme la Russie et le Mexique, oii l'on fait abus de la multiplicité de l'argenterie (4).
Ici le luxe est un symptôme du peu d'inclmalion ou d'habileté à faire servir les capitaux à la production des richesses. Et TEspagne, combien ne serait-elle pas plus puissante aujourd'hui, si elle avait employé k des roules ou à des canaux les masses improductives de capitaux enfouis dans ses magnifiques églises (5) I
La plupart des peuples dont la civilisation est en retard souffrent de l'absence des garanties légales; chacun est obligé de donner, autant que possible, à sa fortune, la forme la plus mobile et de la rendre plus facile à celer. C'est le motif principal de Tabondance relativement si grande de pierreries et de métaux précieux que Ton remarque chez les Orientaux : la simplicilé de leurs demeures tient à la même cause (6). Par contre, les capitaux de production abondent, toute proportion gardée, surtout chez les peuples civilisés, qui ne sont pas encore devenus riches, mais qui marchent à grands pas vers la richesse, par exemple, aux Etats-Unis.
(1) Malthus {Définitions, ch. x) ; Rau ,Lehrbuch, I, 51). L'opinion contraire est soutenue par J.-B. Say Traité, I, 13); W Culluch (Principles, II, 2, 3) ; Hermann (Slaatsw. Untersuchuugen , p. 60, sej.). Aristote avait déjà fort bien distingué ôp-^ava et xiTiU-ara; les premiers se rapportant plutôt à la TrotYiat;, par exemple la navette du tisserand, les seconds à la wpàÇt;, par. exemple lés pièces d'habillement et les lits (Polit.,1,2, 5,Schn.).
(2) Ainsi, p<ir exemple, A comprend les paves aussi bien que les forêts ; B^ les théâtres et les églises ainsi que les fabriques, les arsenaux comme les magasins de blé, les promenades publiques comme les routes. On peut utiliser également les promenades pour des plantations d'arbres à fruit et les roules pour les voyages d'agrément.
(3) Les capitaux morts sont ceux qui restent sans emploi et ne ser* vent même pas à procurer des jouissances personnelles. La somme de ces capitaux se trouve fort diminuée par Tinstitution des Caisses d'épargne. Les capitaux prêtés et employés à des usages improductifs sont évidemment perdus pouf la fortune nationale. V. ci-dessous, § 189,
(4) ^uwôo/rft (Nouvelle-Espagne, II, ch. vu); vonSchloexer (Anfangsgrûnde, p. 109); Ausland (1840, û° 313). Sur la grande quantité de
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perles qu'on trouve en Russie, même ches les paysannes, voyei von Haœthausen (Sliidien, I, p. Hl\ 309).
(5) townsend (Journey ihSpain,!, p. 11X, 310). Les Juifs, au (ernps des palriarehes^ possédaienl une quantité ëe bijoui d'or et d'argent, re^ Utivemenl tr^SiCongidérnble (Mkhaeiis. De pre(iiâ reruth apud Bebnsosi» dans les Cornm. Soc. Goelling., III, p. 151-16Û). Sparte, la ville conservatrice du moyen âge grec, n'était certainement pas riche, et néanmoins il s*y trouvait plus d'or et d'argent que dans aucune éutre république de la Grèce (fioton, Alcib., I,. id3). Si.^olnè (Tbe Heileoes, m p. 142) pense également que les ancien^ epplayaient proportion* nellement plus de métaux précieux en bijoux, vases, vaisselle, etc., que les modernes. Les Romains, peuple si plein de sens, n*onl commencé à faire un large usage de Targent comrffe mét^l adapté aux usages de la vie qu'au temps de leur opulence réelle. C'est pourquoi le^ envoyés de Carlhage ne pouvaient s'empêcher de railler leurs hôles sur ce qu'ils trouvaient toujours les menées pièces d'argenterie dans chacune des maisons où ils étaient invités. Le second Sciplen ne possédait encore que 3% livres pesant d'argenterie {tfommsen^ Roemischt &98chichte, II, p. 383j. Les temps de la chevalerie furent riches en plats d'argent, coupes, bassins, etc. {Busching, Rilterzeit und Ritterwesen, II, p. 137 ; Anderson, Origin of commerce, fl,i380). Le célèbre lord Burleigh, qui vivait sous le régne d Elisabeth, laissa en mourant une argeiiterie du poids de 14 à 15,000 livres, doiit la valeur égalait le reste de sa fortune ; encore il parait que ce n'était pas trop pour un homme de son rang {Collins, Life of Burleigh, p. 44 i Hume, Historyof England, append. 3). S'il faut en croire Giustiniani^ le cardinal Wolsey avait en argenterie la valeur de 150,000 ducats, et la plupart des grands seigneurs de l'époque étaient tout aussi bien fournis.
(6j Les Bédouins aiment à parer leurs femmes et leurs enfants de tous les joyaux qu'ils possèdent, sans distinction des fêtes ou des jours ordinaires, en sorte qu'on les voit quelquefois avec cinq ou six bracelets â chaque bras, quinze pefldants d'oreille à chaque oreilte, etc. (Burkhardt, Bemerkungen, p. 488; JVdtsted traduit par Roedîger, I, p. 224). Les filles de l'Asie -Mineure portent volontiers sur elles , en ornements divers, toute leur dot (Beigiojoso, Revue des Deux-Mondes, !•' février 1855). Aux Indes Orientales, on trouve des orfèvres jusque dans les plus misérables villages. Les souverains du Scinde avaient, avec un revenu annuel de 500,000 livres sterling, un trésor de 20 millions de livres sterling, dont prés de 7 millions en joyaux {Ritter, Erdkuiide, Vif, p, 185). Suf leCrimge supérieur on trouve beaucoup plus de joyaux et de parures que vers la partie inférieure du il^ve ; les riches habitants des provinces) rapprochées de l'emboachure préférei»t eujployer leurs capitaux à Tacquisition de terres {kiUer, VI, p. t143).
DBS PORGBS PRODUCTfVBS. 99
Les capitaux se divisent^ d'après leur emploi, en capitaux fixes (capital de fondation) et en capitaux eircutants (provisions, capital de roulement). Ceux-là peuvent être utilisés plusieurs fois pour la production par leur possesseur, ceux-ci une fois seulement. La valeur de ces derniers passe tout entière dans la valeur du nouveau produit, tandis que, pour les autres, c*est simplement la valeur de l'usage qu'on en fait {Hermant^ (1). En conséquence^ les bêtes de somme et de labour, par exemple, appartiennent au capital fixe du cultivateur, tandis que le fourrage ainsi que le bétail destiné à l'abattoir appartiennent au capital circulant ; dans une fabrique de machines, une chaudière à vapeur, destinée à la vente, rentre dans le capital circulant, tandis que la même chaudière, conservée pour les besoins de l'usine, fait partie du capital fixe. Ricardo attribue à ces deux termes une signification quelque peu différente ; il appelle fixe le capital qui se consomme lentement, et circulant, celui qui disparaît avec rapidité. — Quoi qu'il en soit, le capital fixe est créé et conservé au moyen du capital circulant, et c'est uniquement à l'aide de celui-ci qu'il devient productif (2). Suivant que la civilisation d'un pays est déjà fort avancée ou simplement en voie de progrès, l'importance relative des capitaux fixes ou circulants devient plus ou moins considérable. Un peuple qui possède d'abondants capitaux fixes est fort riche, mais il court aussi le risque d'offrir beaucoup de côtés vulnérables à reimemi et de transformer dès lors en idoles ces trésors si exposés. Plus un pays est riche en capitaux fixes, plus il lui devient difficile de s'immoler passagèrement pour le salut public, comme le firent Jes Scythes devant Darius, les Adiéniens devant Xerxès, et, de aod jours, les Russes devant Nftpoléon (S^.
iOO DES FOBGBS PRODUCTIVES.
(1) Les premières traces de celte division se rencontrent chez Quesnay (Analysedu tableau économique, 1758; ^ quand il développe les d fféreiices existant entre les avances primitives et les avances aunuelles. Voyez encore Ad. Smith (W. ofN., II, ch. i), qui, d*ailleurs^ ramène la dilTérence presque uniquement aux rapports de possession et range par conséquent le grain des semailles au rang du capital fite ; Hennann (Siaalsw. Unlers., p. 269, seq ) ; Ricardo (Priirciples, ch. i, secl. 2). Schmitthennçr (Slaalswissenschaflen , I , p. 387) divise les capitaux comme il suit : I, Capitaux non fongibles ; a capitaux fixes sensu stricto; h capitaux de transport ; II, Capitaux fongibles ; i, capitaux transformables ; a matériaux (matières premières, matières auxiliaires) ; b, produits formés ; 2. capitaux circulants ; a' marchandises ; 6' argent.
(2) Si les Mongols, par exemple, dépouillaient la Chine de toute la fortune mobilière qu'elle renferme, à 1 exception de Targent enfoui, les immeubles ne redeviendraient productifs que du moment où l'on se serait servi de cet argent pour acquérir de nouveaux biens meubles. La production, dans tous les cas, ne pourrait avoir lieu que proportionnellement aux semailles, au bétail, etc. {Sismondi^ Richesse commerciale, 1803, 1, p. 61).
(3) (( In rude âges, under the appellations of a community or a nation, (( was understood a number of men ; and the state, while ils members (( remained, wasaccounted entire. With polishedaud mercantile states, « the case is sometimes reverted. The nation is a terrilory, cultivated « and improved by ils owners ; destroy the possession, even while Ihe « masler remains, the state is uudone.>(^'er^(isofY, Hist. of civil society, Y, 4.)
Les capitaux naissent surtout de V épargne qui soustrait les produits à Tu sage instantané du possesseur, et qui les conserve, du moins en valeur, pour les faire servir à un emploi durable. Les producteurs dont les produits se détériorent avec une grande rapidité peuvent également épargner y en capitalisant la valeur reçue en échange de ces produits. Ainsi, par exemple, Fartiste éminent, dont le jeu ne laisse au bout d'une heure rien qu'un souvenir, peut faire servir le blé qu'il aura reçu d'un propriétaire, venu pour l'entendre , à payer une forge dont il fixera le produit sur un chemin de fer; ces mutations
DBS FORCES PRODUCTIVES. lOl
peuvent emprunter la forme de l'argent, d'actions, etc., mais telle sera la réalité. Peut-être le chemin de fer permettra-t-il k l'artiste de donner ses concerts avec moins de frais et de plus grands avantages.— Ainsi le laboureur épargne l'argent que le mineur n'aurait peut-être pas pu produire sans le blé du laboureur. — L'ordre, la prévoyance et l'empire sur soimême senties conditions morales de l'épargne du capital ; c'est un résultat du passé soustrait à l'usage présent du possesseur, en vue de l'avenir. Rien ne lui est plus contraire que cet esprit enfantin et irréfléchi, qui ne vit que pour le moment présent. Le capital ne peut non plus se produire là où n'existent pas les garanties légales (1), cette grande condition et cet effet direct de toute civilisation économique (2). Les missionnaires et les marchands ont eu beaucoup de peine à faire comprendre aux Indiens, aux Esquimaux, etc., qu'ils devaient épargner sur leur butin, ou même simplement ne pas gaspiller sans motif, leurs ressources naturelles ; jusqu'alors, cédant à leur instinct de chasseurs, ils détruisaient tout ce qui ne pouvait être consommé sur place (3). — Aux plus bas degrés de la civilisation, nous voyons d'ordinaire les premières tentatives de réunion de capital se manifester par la spoliation à main armée ou au moyen de l'esclavage ; dans l'un et l'autre cas, c'est l'abus de la force qui impose l'économie aux plus faibles (V. ci-après, § 68). A un degré de civilisation plus avancé, la tendance d'accumulation du capital se prononce d'une manière très-active (4) ; elle diminue chez les peuples en décadence, surtout quand les garanties légales s'affaiblissent.
Mais, en dehors de l'épargne proprement dite, de nouveaux capitaux peuvent se former, par l'établissement de relations fécondes dont l'avantage est tantôt général et tantôt individuel, en acquérant une valeur échangeable. Les progrès de la civilisalion peuvent aussi augmenter la valeur des capitaux déjà existants. Une maison, par exemple, peut doubler de va-
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leur coifime capital, si Ton ^uvre dans le T^isage um rue fréquentée. La découverte de la boussole a augfneDté d'une manière incalculable \w^ les capitaux employé» à l'armenieot des navires (ô).
(i) Aussi reraarqaons-noQS peu de tendance à l'épàf^ dans les professions exposées à beanconp. de dangers, tellefi que Téiat militaire, la marine, etc. ; il en est de même en temps de peste. V. /. Rae (New principles on the subject of potitical economy, 1834).
(Sy G^est donc un progrès que nous avons réalisé lorsque nous avons mis netne avoir à Tabri d'une serrure, puisqu^au temps de Platon, Tunique moyen de s'assurer la possession des objets était de les sceller {Becker, Chariçlés, I, p. 202, seq.), et que plus anciennement encore, au temps d'Homère (Odys., VHI, 443), l'usage de certains nœuds combinés avec art tenait lieu de toute autre précaution.
|3} V. Hearne (Reise nach Prinzwalesfort, p. 43, 58, H9) ; Barrow von Sprengel (p. 282) ; Humboldt (Relation historique, II, p. 245) ; Ausland (1844, n» 359 ; 1845, n^'Si); Stein-Wappaeus (Handbuch der Géographie,!, p. 310).
(4) L'accroissement annuel du capital en France dans les dernières années du règne de l^ouis-Philippe était évalué de 200 à 300 millions de francs, et en Angleterre à 63 millions de livres sterling, c'est-â-dîre environ 2 livres et demie par tète. V. Nolte (D. Vierteljahrsschrift, n® 39, p. 251, 272). D'après Porter (Progress of the nation, sect. yi, ch. ii) et VEconom. (4 oct. 1845), la fortune mobilière, autant du moins qu'on peut la calculer d'après le produit de l'impôt sur les successions, avait augmenté, de 1814 à 1848, d*un milliard de livres sterling, ce qui donne par conséquent 31 millions et demi par an : il est vrai que les dépenses, qui de 1805 à 1814 montaient annuellement à 83 millions, ne se sont élevées qu'à 50 millions environ, depuis cette époque. La fortune immobilière, calculée d'après l'impôt sur le revenu, était évaluée en 1815 à plus de 993 millions sterling ; die dépassait en 1843 la somme de 1,610 millions, ce qui donne une augmentation de 22 millions par an. Uneguerre portée au sein même de l'Angleterre y trouverait sans autun doute beaucoup plus à détruire qu'en Russie ; ce dernier pays néanmoins, à cause de sa pénurie de capilaui, aura plus de peine que l'Angleterre é se relever d'une guerre comme celle de 1854*55. — En Prusse, la valeur des assurances des maisons montait en 1828, d'après les renseignements officiels, à 707,495,836 thalers, en 1849 â 1,230,234,221 thalers. Elle s'était donc élevée de 100 à 173.9, tandis que la population ne s'était aoc^rue qu^dana la proportion de IQÛ à 128.33.
DBS raiiCfid moDtJCTtTeé. i63
as) ifèrmanh (^. UnUmiohvB^ei, p. 209); U»t (System der pDlhtischen OEkonomie, I, p. 3^). La formalioQ (c absolue » des capitaux telle que nous TavoDs décrile est naturellement la seule qui puisse se rencontrer dnns TécoDomie universelle. Dans le^ économies privées, îl se renr.onlre très-fréquemment un autre mode de formation purement « relative » du capital, lorsqu'une fortune YÎent à s^aceroître par la diminution correspondante ou même plus considérable d'une autre fortune. C'est ainsi, pnr exemple, que tes choses se passent à Tégard de la plupart des privilèges : le même phénomène se reproduit dans le rap-^ port réciproque entre les diverses éoouemies oattentles» V» oi^^aprés» $64.
ACTION SIMVLTAHEB DES TEOIS FACTWM*
Toute production économique exige ordinairement raction simultanée des trois facteurs, la nature, le travail et le capital. Sans parler des forces libres de la nature, au milieu desquelles nous sommes obligés de vivre et d'agir, ni des matières utilisées qui toutes sont un don de la nature, la terre en particulier forme la base indispensable de toute économie. Mais combien peu la nature abandonnée à elle-même suffit à la satisfaction de nos besoins 1 Elle ne produit guère de valeur en échange ; une forêt vierge, par exemple, vendue sur pied, possède sans doute celte sorte de valeur , mais seulement au point de vue du travail d'occupation qui Tatlend, des moyens de transport déjà existants, etc. (1). La plupart des forces de la nature demeurent à Tétat latent pour les tribus nomades, et plus encore pour les peuples chasseurs ; à mesure que le travail se développe, elles se dégagent pour le servir (2). Il est de môme fort rare que la production puisse avoir lieu sans capital. Le plus p.auvre, obligé d'aller cueillir dans les bois les fruits sauvages, possède au moins une hotte et les vêtements indispensables. Sans capital, chacun devrait à tout moment revenir au labeur rudimentaire. Aucun homme, depuis Adam, ne peut travailler sans que
son enfonce n'ait exigé des avances considérables décapitai. «Il n'est pas un clou en Angleterre , dit Senior, qui, directement ou indirectement, ne remonte à une épargne antérieure à la conquête des Normands » (3).
Si les trois facteurs de la production se trouvent entre des mains différentes, il faut qu'un entrepreneur vienne les réunir en vertu d'un contrat. Dans la plupart des cas, c'est le capitaliste qui remplit ce rôle, et son intervention s'exerce en payant à l'ouvrier ainsi qu'au propriétaire du sol une somme déterminée, au lieu de leur allouer une quote-part du produit. (§195,seq.)(4).
(i) La nature, seule et sans le secours du travail, peut produire des valeurs en usage, telles, par exemple, que les forêts vierges qui protègent un pays contre les avalanches et les ouragans. V. au reste § 1.
(2) List (System der polit. OEL, p. 301, seq.). « Il n'y a pas grand plaisir, dit J.-S. Mill (Principles , IV, ch. vi, 2), à voir un monde où il ne resterait rien de livré à l'activité spontanée de la nature, où toute fleur sauvage regardée comme une mauvaise herbe par une agriculture perfectionnée serait impitoyablement arrachée, où tous les quadrupèdes, ainsi que les oiseaux, qui ne serviraient pas à Tusage domestique de l'homme, seraient exterminés comme des rivaux prêts à lui disputer la nourriture. »
(5) N'oublions pas que tout travail qui se propose d'atteindre un but éloigné rentre dans la notion du capital, V. Droz (Economie politi- ' que, 1829, 1,6).
(4) Rossi (Cours d'économie politique, 1839, 1, p. 143, seq.). Il est cependant des cas où l'entrepreneur reçoit (du consommateur) l'avance du capital ; ainsi les ouvriers qui mettent en œuvre les matières premières, les directeurs de théâtres fréquentés par des abonnés, etc. (Slorch, Considérations sur la nature du revenu national).
Le rapport qui s'établit entre les trois facteurs se modifie suivant la nature des diverses branches de la production. S'agit-il , par exemple, de Télève du bétail , si celui-ci est nourri dans des prairies naturelles , le travail n'entre pour rien dans
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l'engraissement, le sol a presque tout fait ; aussi les pays d'une vaste étendue et peu peuplés conviennent-ils surtout à cette sorte de production. Mais lorsqu'au contraire c'est le sol qui manque, comme il arrive dans les villes riches et habitées par une population nombreuse, l'activité de Thomme se dirige de préférence vers les Irranches d'industrie qui ont surtout besoin
de capitaux et de travail, les fabriques, les métiers, etc
De ce point de vue, l'histoire de presque toute économie publique, complètement développée, se divise en trois grandes périodes. Dans la première , la nature est le facteur qui domine presque sans partagea La forêt, les eaux et le pâturage fournissent spontanément la nourriture à une population clair-semée. C'est Tàge d'or dont la tradition nous entretient ! Il ne saurait alors exister de richesse proprement dite, mais celui qui ne possède aucune portion de terre risque de tomber sous la dépendance absolue d'un maître, dont il deviendra le serviteur ou l'esclave.— Dans la seconde période, celle qu'ont traversée les nations durant leur moyen âge, le second fadeur, le travail, acquiert une importance toujours croissante. Le travail favorise la naissance et le développement des villes , mais aussi celui des droits de banalité et de corporation, au moyen desquels on arrive à capitaliser le travail. Une classe intermédiaire se forme entre les propriétaires du sol elles serfs. — Dans la troisième période, le capital domine; grâce aux capitaux, le sol gagne considérablement en valeur, et dans l'industrie les machines l'emportent sur le travail manuel (1). La richesse nationale s'accroît de jour en jour, mais on voit diminuer la menue classe moyenne avec son aisance modeste et sa culture solide; unerichesse colossale se trouve en présence de la plus effroyable misère (2). Bien que l'on puisse signaler ces degrés divers de développement chez tous les peuples parvenus à une civilisation très-avancée, il est vrai néanmoins de dire que l'antiquité, aux
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époques mêmes eu elle brilla àe Téclat le plus vif ^ ae s^éleva guère au-dessus de la deuxième période. Beaucoup de produits doni BOUS semmes redevables' à riuterYention des capitaux et des machiues furent toujours ches les Grées et chez les Romains Tapanage du travail des esclaves (3). Sans parler du christianisme, presque toutes les divergences qui se rencontrent entre Téconomie politique des anciens et celle des modernes peuvent être ramenées à cette distinction fondamentale (4).
(1) Un fait caractéristique, c'est qu'où désigne aujourd'hui Touvrier comme preneur et le capitaliste comme bailleur de travail. Les expressions employées par Canard, J.-B, Say, etc. (§ 42, i) ont une signification analogue.
(â) La plus belle époque d'uu peuple eeîndde d'ordinaire avec le commencement de la troisième période. Nous n'avons pas du reste besoin de le dire ; le facteur qui domine pendant chacune des périodes antérieures peut encore prendre de l'accroissement dans les périodes suivantes, cequi> d'ailleurs, arrive d'ordinaire.
(3) Je citerai les esclaves chargés d'annoncer T heure et faisant ainsi l'office de nos horloges (Martial , Vlll , Ql ; Juvenal, X, 216; Pétrone, 26). Chez les anciens on ne comptait guère que 20 moutons pour an berger et son çâtre (Geopon., XVIII, 1), 50 au plus (De^ mosth.y Adv. Ëverg. et Mnes., p. 4155); tandis que 5 hommes suffisent aujourd'hui à en garder 1 ,800. V. W. Roscher (Ueb. das Verhaeltniss der N. OEk. zum klassischeii Alterlhuriie), dans les rapports de la So-y cîété royale des sciences, mai i 849) ; avant lui, fl^wwe (Discourses, u* 10).
(4) Certaines écoles ont exagéré la force productive de la nature aussi bien que celle du travail. ((La terre est la source ou la matière d'où l'on tire la richesse ; le travail de l'homme est la forme qui la produit. Tous les hommes d'un Etat subsistent et s'enrichissent aux dépens des propriétaires des terres» (Cantillon, Sur la nature du commerce, 1799, p. 1, 33^ seq.;56, seq.). « La terre est Tunique source des richesses ï> (Quesnay, Maximes générales de gouvernement, 1758, ch. ni; Turgot, Sur la formation et la distribution des richesses, § 7). Cette doctrine « physiocraiique » est bien réfutée par Canard ^Principes, p. 6) et iS/etn/ein (Handbuch, I, p. 256, seq.) D'après G 2o;a (N. Prospetto^ I, p. 35j, le travail contribue mille fois plus que la terre a la production du Parmesan, et cent mille fois plus quand il s'agit d'une tulipe hollandaise. Il est d'esprit national chez les Anglais d'âtlribuer au travail cette valeur excessive (Ponocratie, d'après Andllon, Bssais philoao-
phiques, 1817, II, p. 327). Suivant Loc&e (1690, Of civil government, II, 5, 40), même dans tous les produits du sol, utilisés par Thomme, les 9/10 au moins, et daos la plupart les 99/iOO de la valeur doivent être attribués au travail humain. Berkeley (1735, Querist, n** 38, seq.), Ga/tam (Della moneta)et Ad. Smithy dès les premières pages de son livre (II, ch. u, où il est que^ioa de land et labour), suivent la même direction d'idées. Ainsi que cela arrive d'ordinaire aux disciples des grands maîtres, AT CuUoch dit de la manière la plus tranchante (Principles, I, ch. ï) : « C'est au travail et au travail seulement que Thomme doit toute chose qui possède une valeur. » /. Mill (Eléments^ 1824, m, 2) lient le même langage. Hobbeê^ avant lui (De cive, XIII, 14, et Levialh., 24, 1642 et 1651), désigne déjà labor et parcimonia comme les sources nécessaires, proventus terrœ et aquœ comme les sources utiles de la richesse ; Petty^ quelques années plus lard (1679, Ou taxeSj p. 47), disait: « Labour is the father and active principle of «wealth, as lands are themother.j)— aCommerce and tradelirstsprings « from Ihe labour of men.» (North, Discourse upon trade, p. 12). «Land c and labour together are the sources of ail wealth : without a compe- « (ency of land there would be no subsistance, and but a very poor one «wilhout labour.}^ {Harris, Upon money and coins, 1757, p. 1). L'école de /{»carc?o ramène l'idée du capital à celle du travail, en appelant celui-lA « du travail économisé. » Celte définition n'est pas heureuse, car le possesseur du capital fait plus que de le produire simplement et de le conserver; il se prive d'en jouir par lui-même, et en échange il en touche, par exemple, rinlérét. 1,-3. Say (Traité, I, ch. iv) remarque avec beaucoup de justesse que la valeur produite par un moulin à huile est bien réellement, tous frais prélevés, quelque chose de nouveau et qui diffère essentiellement du travail eu vertu duquel le moulin a été construit. — Il n'y aurait qu'une manière de voir, qui pût, bien que l'expression demeure toujours quelque peu inexacte, faire désigner le Ira* vail comme facteur unique de production : ce serait de présupposer les forces de la nature en général, comme celles du corps humain en particulier, et d'appeler frayai/ le parti que lire l'esprit humain de ces forces réunies. Il faudrait dire avec le vieil Epicharmos (Xenoph,, Memor., II, 1) : «Les Dieux vendent tous les biens contre du travail. » — Au reste, même lorsqu'il s'a)çil de production purement intellectuelle, par exemple, de poésie, il faut le concours de la nature, du travail et de Texpérience, fruit des temps passés, transmis de génération en génération (et, sous ce point de vue, sorte de capital intellectuel). Quel vide ne renconlre-t-on pas^ en général, dans les œuvres littéraires dues exclusivement â la fantaisie !