CONDITIONS DE LA DIVISION DU TRAVAIL
C'est par îa mvisiiiNr qilè !e tf avâil s'élè^'é, èomme' fhcieur de la production, au plus haut degré fl*efficaôité. Celle-ci exerce donc dans chaque industrie une inffueWcè d'autant plus considérable que le travail y pt-édocûfine davantage fcomntie fdbteur^ moins grande, par exemple, à beaucoup prè^, àinsf agriculture que dans Yindustrie f^roprèmefildite* ou dans les services personnels (1). Le sétneUr ou ië aïoissorfnétir la plus habile tse
saurait être occupé Tannée entière à ensemencer ou à moissonner; une certaine rotation de culture, une certaine combinaison de rélève du bétail et du labourage sont indispensables au cultivateur. Aussi n'est-il guère d'industriel qui n'ait besoin d'un plus grand nombre de pratiques qu'un cultivateur de même importance.
Plus le travail est divisé, plus il exige d'ordinaire un capital considérable. 40 ouvriers isolés qui fabriquent 10,000 aiguilles par jour consommeront pour leur travail quotidien 40 onces de fer, à peu près 12,000 onces par an. Mais, si avec l'aide d'une division ingénieuse du travail ils arrivent à fabriquer chaque jour 50,000 aiguilles, la q^iantité de la matière première montera nécessairement à un chiffre plus élevé,* elle s'élèvera à 200 onces par jour, ou 60,000 onces par année. Les progrès de la division du travail ont encore cela de particulier, que chaque producteur, à mesure que sa coopération devient plus dépendante d'autres Industries, a besôîh d'accroître ses approvisionnements avant que d'en faire emploi (2).
(1) Le travail simultané de 'plusieurs s'exerce souvent au détriment de l'agriculliire, car lès travailleurs attendent Tun après Taulre, rejettent mutuellement Tun sur l'autre les fautes commises, etc. (Columellà, I, 9). Il en est partout de même, toutes les fois que les hommes travaillent côte a côte sans qu'il y ait une lâche commune à fournir. Plus d'une ménagère aura remarqué que deux couturières ou deux repasseuses, etc.; avancent moins Touvrageën un jour ({af'une seule en deux jours. Naturenement, il n'en est pas de même des travaux que leur nature rend inabordables à l'homme isolé, %i dont la masse pourrait facilement le décourager, où de plus on peut s'aider réciproquement ; par exemple, pour soulever de lourds fardeaux, pour construire des roules, élever des digues, etc.
{2) Ad. Smith {II, inlrod.); Hufeland (^Q[ie Grundlegung, I, p. 215). L'économie du capital résulte sous plusieurs rapports de la division du travail; si chaque ouvrier, par exemple, élaîC obligé de posséder tous les oùlîls, îl arriverait ((iré Jes trois quafts au moins de eeux-ci resteraient constamment sans emploi. (/. Rae^ New principles on the subject of poiilical eçonomy, p. 164.)
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Mais c'est surtout I*étendue du marché qui détermine les limites de la division du travail ; car il existe un rapport direct et nécessaire entre celle-ci et l'échange des produits surabondants. L'exiguïté du wflrcfc^ peut tenir à plusieurs causes : une population faible ou clair-semée, peu de moyens disponibles ou un mauvais état des voies de communication (1). — C'est pourquoi, dans les villages ou les petites villes, à plus forte raison dans les fermes isolées, la même personne se livre à des industries diverses, que plusieurs individus se partagent dans les grandes villes, surtout lorsqu'il s'agit d'objets qui ont principalement un débit local (2). Pendant que le barbier doit souvent y exercer la médecine, ailleurs chaque spécialité de l'art médical a ses praticiens, dentiste, oculiste, accoucheur, chirurgiens opérateurs (3) ; tandis que, d'un côté, l'aubergiste s'occupe volontiers de mercerie et d'épicerie, d'un autre, l'on trouve séparément des marchands ^e thé, de cigares, d'étoffes de deuil (kLonàres Childbedlinenware'houses), etc., et des hôtels appropriés aux diverses classes de voyageurs. Une peut exister de portefaix^ de cochers de fiacre et autres spécialités semblables, que là où il règne un mouvement considérable (4). — Et lorsque, même dans des villes comme Paris, les grandes industries de luxe, celle des joailliers, par exemple, n'admettent qu'une division de travail fort restreinte , cela dépend encore du peu d'importance relative du marché qui, géographiquement parlant, peut sans doute s'étendre à toute la terre, mais n'en demeure pas moins limité au point de vue économique, à cause du petit nombre de consommateurs capables de l'aluseater. Ce sont les marchandises les plus communes et les moins chères qui nous révèlent les mmeilleux résultats de la division du travail et de l'introduction des machines (5).
(1) Au temps à* Ad. Smiih, on ne rencontrait point de fabricants de clous proprement dits dans la haute Ecosse , parce que chacun d'eux n*aurait pu placer qu'un millier de clous, o*est-à-dire ce que peut produire le travail d'une journée.
(2) Les choses se passent autrement du moment où il s'agit du marché extérieur, même d'une manière indirecte. Ainsi, par exemple, on trouve dans le Harz des hommes qui travaillent exclusivement des piquets, des aufçes, des madriers, des bardeaux, etc.
(3) Il ne faudrait pas au reste trop présumer de ce que les Égyptiens avaient des médecins spéciaux pour chaque partie du corps; la même chose se voit, pour des motifs superstitieux, chez les peuples les plus barbares. V. Klenwn (Kulturgeschichte, I, p. 266).
(4) Sous Philippe le Magnanime, on ne trouvait dans la Hesse entière qu'une phafmacie à Gassel et une autre à Marbourg ; partout les médecins faisaient eux-mêmes le commerce des remèdes {Rommely Geschichte von Hessen, iV, p. 419). Ainsi les Romains, avant la guerre contre Persée, n'avaient pas encore de boulangers ; dans chaque ménage les femmes cuisaient elles-mêmes le pain nécessaire (P/me, H.N. XVIII, 28). Le four banal des villages nouveaux marque la transition d'une époque à l'autre. On rencontre encore des contrées au centre de la France où chaque famille cuit son pain, et même quelquefois pour un mois à l'avance; dans le département des Alpes c'est pour l'année entière (Michel Chevalier Cours, II, p. 336, seq.).
(5) Ce qui précède suffit pour faire comprendre que chez les peuples en décadence, dont le capital et le marché diminuent, la division du travail doit forcément se restreindre.
Afin d'accroître la division du travail chez un peuple, il faut avant tout donner plus d'extension au marché, résultat qui s'obtient surtout par ramélioration des voies de communication. Aujourd'hui encore, la navigation transporte avec le moins "de dépense de force les objets les plus lourds (1); elle possède un avantage bien plus marqué encore chez les peuples peu avancés, au triple point de vue de la sécurité, de la commodité et de l'antériorité. Cela fait ressortir le rapport intime qui existe entre les premiers progrès de la civilisation et la facilité des voies navigables, a L'habitant du littoral mêine le plus sau-
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vage saisit l'idée du loiiuain que les forêts vierges ne peuvent inspirer en aucune manière; aperçoit-il une ile, aussitôt son aspiration vers l'inconnu prend corps pour ainsi dire. Des débris de bois flottant lui apprennent de quelle matière il peut s'en servir avec le plus d'avantage pour se risquer sur les flots, le poisson lui offre le modèle d'un bateau. » (Klemm.) C'est ainsi que la Méditerranée, surtout dans sa partie orientale, avec ses côtes riches de populations diverses et de produits variés, ses lies nombreuses, ses presqu'îles, ses golfes, sa navigation facile à laquelle le flux , le reflux et les courants n'apportent que peu d'obstacles, est devenue le siège principal de la civilisation ancienne (2). Toute colonisation nouvelle s'établit d'abord autant que possible sur les côtes et se porte ensuite peu à peu dans l'intérieur des terres en suivant le cours des fleuves. Des contrées entières occupent dans l'histoire du monde la place que leur assigne le développement de leur côtes. L'Europe compte «n mille de littoral sur 31 railles carrés de continent, l'Amérique du Nord un sur 56, l'Amérique du Sud un sur 91 , l'Asie un sur 100 ♦ l'Afrique un sur 142. (Humboldt.) Tandis qu'on ne saurait dire, en parlant de l'Europe, lequel l'emporte du tronc ou des membres de cette partie du monde, l'Afrique se présente presque comme un tronc sans membres. Ses îles , peu importantes par elles-mêmes, en sont à peu près complètement séparée? pçir de forts courants maritime?. Voilà pourquoi Madagas.car, par exemple, a été bien loin d'avoir sur la civilisation africaine l'influence qu'ont exercée la Crète , la Sicile . et la Grande-Bretagne sur la civilisation européenne (3). L'Asie, sous ce rapport, tient à peu près le milieu entre l'Europe et l'Afrique : le tronc de cette partie du monde est à ses membres comme 670,000 milles carrés à 150,000. Ce qu'il y a de pis, c'est que sa partie centrale forme entre le nord et le sud, Test et l'ouest, un mur de séparation presque infranchissa>)le. Pe là vient le caractère de ténacité et d'isolement propre
à la c|viU$atLOi( 4e§ Chinois y des Malais, de^ Iqdiens et des Arabes; tandis que les trois presqu'îles de l'Europe méridionale ont sifréquemipent et si utilement réagi l'une sur l'autre (4, 5). L'hémisphère bor^^l, pomparé avec }'Mpiisp})ère austral, offre un contraste analogue à celui que nous remarquons entre VEurope et l'Afrique, ou encore entre les côtes si accidentées de l'Atlantique et la monotonie de celles qpe baigne le grand Qcéao* — Au reste, les grandes voies de cpmmunication maritime ont aussi leur côté désavantageux; les raisons qui en font des lignes com|nerciales en font aussi deç lignes stratégiques; i'fin autre c^té, l^p^ste et les autres maladies contagieuses suivent ordinairement les courants maritimes et fluviaux comme autant de fils ço|iducteurs.
(1) Suivant Arago, un cheval emploie la même force pour traîner sur une grande route 20 quintaux, sur un chemin de fer 200, sur un canal 1200 quintaux; il en porterait à peine 2 ou 3 (iMoniteur, 4838, n® H6). Au reste, le développement du système de voies ferrées aura pour résultat inévitable de réduire jusqu^à un certain point les avantages que possèdent les pays de cotes.
(2) V. Humboldt (Essai politique sur l'île de Cuba, II, p. 205).
(3) Admettons que le désert de Sahara ait été dans l'origine recouvert par les eaux de la mer ; quel rôle différent ne jouerait pas aujourd'hui l'Afrique, si cette seconde mer Méditerranée existait encore.
(4) Si la communication primitive entre la mer Glaciale, la mer Caspienne et la mer d'Aral avait continué de subsister, il y a tout lieu de croire qu'il se serait formé une Scandinavie asiatique.
(5) Ce qui est vrai de la mer sous ce rapport peut aussi se dire des neuves, au moyen desquels les pays des côtes font pénétrer dans l'intérieur des terres leur influence civilisatrice. Presque toutes les grandes villes que ne baigne point la mer sont redevables de leur importance à quelque fleuve, surtout lorsqu'elles sont favorablement placées pour le transbordement des marchandises. Si Venise a fini par éclipser Gênes, cela tient en grande partie de ce qu'elle commande Tembouchure d'un grand fleuve, le Pô. L'importance de la Hollande, de Hambourg et de Brème au point de vue économique continuera sans contredit de se mesurer sur l'importance géographique des bassins du Bhin, de TËlbe et du Weser. Pe même que rien ne peut porter à un peuple un plus
^ra^d préju^i^^e que la pefte de sop littoral (comme le prouvent les
efforts faits autrefois par les rois de Lydie et plus tard par le roi Philippe de Macédoine pour s*emparer des colonies grecques sitaées sur les côtes ; qu*on songe , dans les temps modernes , â la Russie avant Pierre le Grand ou au Zollverein sans le littoral de la Baltique ! ) , ainsi Timportance économique et politique d'no fleuve augmente à mesure que Ton se rapproche de son embouchure. C'est là que gît le grand intérêt de TAutriche et de l'Allemagne dans la question des principautés Danubiennes. Cette vérité n'a point échappé aux Etats- Unis, lorsqu'ils ont acheté la Louisiane à la France pour la somme de 80 millions {Bignon, Hist. de France, III, p. 111, seq.}, On connaît le rôle important qu'ont rempli dans Thistoire les trois Af^5(>potamie^ asiatiques, situées entre TEuphrate et le Tigre, le Gange et le Bramapoutre, le Hoangho et le Yantsekiang, auxquelles on pourrait ajouter le Pendjaub. En ce qui concerne le Gange, la conscience populaire a été jusqu^â lui attribuer un caractère de sainteté. Le fleuve dont Taction se fait le plus sentir est le Nil ; ses crues périodiques ont merveilleusement favorisé Tagriculture ; leur étendue et leur régularité ont fait faire de grands progrés à Tastronomie, etc. ; la géodésie a pris naissance au milieu de ses inondations totales ; les travaux hydrauliques devinrent une école pour Tarchitecture, à laquelle le fleuve fournit une excellente voie de transport pour les masses énormes qu'elle dut remuer (K. RitUr, Erdkunde, I, p. 880, seq.; VI, p. 1168, seq.). De ce côté encore, l'Europe et l'Amérique sont bien mieux partagées que l'Asie et l'Afrique. Pendant que le Danube n« se trouve sur plusieurs points qu'à la distance de quelques lieues du Rhin, qui coule dans une direction opposée, les fleuves de l'Asie qui se dirigent vers le nord et vers le midi, vers Test et vers Fouest, sont séparés par des espaces, pénibles à franchir, de plusieurs centaines de lieues d'étendue. En outre, les fleuves les plus considérables deTAsie septentrionale vont se jeter dans l'Océan glacial, ce qui diminue singulièrement les avantages que le commerce pourrait en retirer. Le Missouri prend sa source à moins d'un mille anglais de l'Orégon, bien qu'ils suivent des directions opposées.