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DE LA COOPERATION

La coopération doit correspondre à la division du travail (1 ) ; au fond, ce sont deux aspects différents de la même idée, le travail social , savoir : séparer les travaux en tant qu'ils se gêneraient, les réunir en tant qu'ils peuvent s'entr'aider (2). Le vigneron, le paysan qui cultive le lin ou le chanvre, seraient exposés à mourir de faim, s'ils ne pouvaient se reposer sur les laboureurs; Touvrier qui, dans une fabrique d'épingles, ne s'occupe que des tètes, doit pouvoir compter sur le camarade chargé d'aiguiser les pointes, autrement il se livrerait à un travail inutile; on ne saurait concevoir le travail du marchand, sans celui des divers producteurs auxquels il sert d'intermédiaire. Quand un produit exige la réunion de six espèces de travaux diflféreiHs, dont le premier exige trois fois, et le second deux fois plus de temps que les autres, il faut employer assez d'ouvriers pour que leur nombre soit un multiple de neuf (5). La coopération est la plus parfaite quand les ouvriers habitent les uns auprès des autres, qu'ils ne sont point entravés par la difficulté des communications ou dispersés dans des pays différents, de manière qu'une guerre risquerait de tout faire crouler.

(1) a V uomo é un" tal polenza, che unita air allra non fa un eguale « alla somma, ma al quadrato délia somma )> (Genovesi).

(2) y. Ad. Muller (Ëlemente der Staatskuust, III, 1809, pa^mt); Gioja (N. prospello délie scienze economicbe, I, p. 87, seq.); Fr, Lts^ (System der poiit. OËkonomie, p. 22â, seq.; 409, seq.]. Wakefiéld, dans sonédit. à!' Ad. Smilhy I, p. 26, dislingue deux genres de coopération : simple, et complexe. Par la première, ou entend une seule et même sorte de travail aeeompli par phisleurs personnes, en même temps et dans le même lieu ; par la^seconde, des travaux divers entrepris en des lieux différents

et à des époques diverses, mais concourant tous au même résultai. L'agriculture ne connaît guère que la première, qui est également accessible à plusieurs espèces d'animaux.

(3)/lau(Lehrbuch, I,Si16).

Le principe de coopération dans le temps ^ c'est-à-dire la fixité ou la continuité de Toeuvre, n'a pas moins d'importance, Qu un ouvrier vienne à mourir, il faut pouvoir compter sur ùti remplaçant. Personne n'ignore qu'il est beaucoup plus difficile d'entamer une œuvre, que de lui donner des proportions fllus considérables ou de Taméliorer, et cela d'autant plus que l'œuvre est plus compliquée. Une entreprise nouvelle ne prendra facilement racine que là où il s'en trouve déjà de semblables ; une nouvelle fabrique, par exemple, là où d'autres fabriques cléjà établies auront façonné les habitudes des ouvriers, dès capitalistes et du pufclic en général. L'habileté des anciens ouvriers se transmet facilement par l'exemple aux plus jeunes .qu'anime un sèntinient d'émulation; aussi, pour introduire dés industries nouvelles, ce qui vaut le mieux, c'est de transplanter d'habiles ouvriers (!)• Il est facile de comprendre la fatale influence d'une interruption de travail, comme celle qu'amena la révocation de l'édit de Nantes ; le despotisme et Faharchie, qui enlèvent la confiance dans les garanties légales et qiii font obstacle à leur développement régulier, sont également funestes au point de vue de l'économie publique.

On doit compter, parmi les plus belles applications du principe de la continuité du travail, les églises bâties au moyen âge, les digues, les routes et les: fortifications des temps mc(dernes qui exigent, pour aboutir, le concours actif de plusieurs générations (2). Le moyen le plus merveilleux auquel on a recours de notre temps pour assurer ce concours, c'est le tréAïi

publié, a cette leitre de change tirée sur là postérité; » toiîté épargne agit, du reste, dans le même sens.

L'applicalioii de ce principe ne rencontré pas ilaiis Tagi^iculture les mêmes difficultés que dans rindustrië. La guerre la plus terrible tie àaurait anéantir le sol, cet instrument principal de la production agricole, et ïè cQltiVatetir oublie difficilement les travaux de sa profession. La dôindrè interruption agît d'ùiiè manière bien plus fâcheuse sur TindustHe ; lès meilleurs ouvriers s'éloignent, les machines les plus compliquées se détériorent, souvent parce qu'elles èessent à6 marcfiei* ; les capitaux se tetirent et les débouchés se ferment.

(1) En Angleterre, des tisseurs téfau^ dé Plàhdre ; ààH^ \e4 pays ^tàtestants, des réfugiés venus de France après la révocation de Tédit de Nantes ; des mineurs allemands eîi Espagne, en Scandinavie, en Hongrie, en Amérique.

(2) Autant èe principe esl développé en Egypte et dans Tlndé, pays de castes, autant il Test peu dans les contrées reculées de l'Asie âoumises à des gouvernements despotiques. Les grands princes bâtissent le plus souvent par vanité ; c'est pourquoi leurs successeurs achèvent rarement ces ihonurtiénts et les réparent à peiné. NuUe part on ne voit un aussi grand nombre de constructions â demi achevées, et qui tombent en ruines {Klemm, Cullufgeschichtè, VI!, p. 86). Riedel (N. OEkonomie, L p. 259) remarque aveCbeaucoup de justesse que les timons, destinées a maintenir Thabileté industriçUe et èomràiercîâïe, participent pèiî dé la véritable division du travaU.

C'est de la division du travail et de la coopération que proviennent les avantages considérables des grandes entreprises, qui par là même profitent moitts daltis ragrictfKure (Jùè dans l'industrie. « Il est bien plus difficile de gagner le premier billet de mille francs que le second million ! » Abstraction faite des conditions du caipital et du mafché, il eâl une Htitttô qCfé l'extension avantageuse de rentreprisè né saurait dépasser,

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c'est celle de la difficulté croissante de la surveillance. De nombreuses améliorations apportées dans l'organisation commerciale, comme les postes, les chemins de fer, les télégraphes, les lettres de change, les banques, etc., ont singulièrement contribué à reculer cette limite. — Assez souvent aussi les petits entrepreneurs peuvent obtenir par Vassociaiion les avantages que procurent les grandes entreprises. Sans doute, ils doivent posséder le capital nécessaire, sinon en toute propriété, du moins au moyen d'un emprunt. Le difficile est de conserver celte unités! nécessaire, sans laquelle la division du travail dégénère en confusion. Plus les associés sont intelligents et moraux, moins l'affaire est compliquée, plus au^si Tassociation a de chances de s'étendre et de réussir (1 , 2, 3).

(1) Sur rassociation en général, voyez Michel Chevalier (Cours, II, leçon 24, 25). Nous nous occuperons plus en détail, dans la suite de cel ouvrage, d'un sujet si discuté de nos jours, surtout quand il sera question des rapports entre les métiers ou fabriques et les grandes manufactures.

(2) Ad, Smith a déjà remarqué que les lois de la division du travail s'appliquent aussi à la vie intellectuelle. Et, en effet, chez les peuples primitifs, les éléments des sciences et des. arts se confondent avec la théologie, et la poésie et l'histoire avec l'épopée. L'adage non de fuit hominiy sedscientiœ quod nescivit Salmasius montre combien la science était peu développée à cette époque. Combien les sujets d'étude ne se sont-ils pas multipliés, depuis un siècle, dans nos universités allemandes ? Mais là aussi se vérifie Taxiome que toute division du travail poussée trop loin détruit la force et la liberté de l'esprit^ en effaçant de la conscience la notion des rapports nécessaires des sciences entre elles, et de leurs conditions vitales. Le mal est ici encore plus profond et plus irrémédiable que lorsquUl ne s'agit que d'un labeur purement matériel. Sommes-nous Alexandrins, nous n'avons plus d'Aristote à espérer! Au reste, chose digne de remarque, les peuples qui ne possèdent aucune littérature vraiment nationale, quand ils cessent d'être étrangers à toute culture, apprennent les langues étrangères, etc., avec une extrême facilité.

(3) Les utopies socialistes de Ch, Fourier (Théorie des quatre mouvement^ 1808; Théorie de Punité universelle, 1822; le Nouveau monde industriel et sociétaire, 1829) ont pour bases fondamentales les idées

suÎTonles : A. La « civilisation » actuelle est un véritaLle monde à re* hoursy surtout lorsqu'elle exige de rhonime une domination « morale ït (mot toujours pris dans un sens ironique) sur lui-même. Chacun/ au contraire, dans le nouveau monde de Fourier, doit laisser en tout temps le champ libre à toutes ses « passions »; et Tensemble des satisfac' tions données aux penchants naturels constitue précisément « Tharmonie, » où les plus pauvres trouveront plus de jouissances que n'en rencontrent aujourd'hui les rois eux-mêmes (V. ci-après, p. 207). B. Il faut avant tout réformer radicalement le mode actuel de division et de concentration du travail. Au lieu des villes et des villages aujourd huî existants, il n'y aura plus que des « phalanstères, » peuplés chacun d'environ 2000 habitants et situés au centre des terres fécondées par leur travail. Aux Etats et aux nations qui se partagent aujourd'hui le monde, on substituera une république fédérative universelle, hié rarchiquement constituée, et n'ayant qu'une seule langue (la langue française). Pour obéir aux exigences de h passion papillonne, chacun devra vaquer successivement aux occupations les plus diverses, deux heures au plus par jour pour chacune, c'est-à-dire que tout le monde travaillera en amateur; quelle besogne ! Proudhon (Cou tradicliou^ économiques, cb. m) dit que cette vo/^t^e industrielle s'évanouirait devant la nécessité de rendre les travailleurs responsables. Il est vrai que dans «l'Harmonie » de Fourier toutes les jouissances doivent fournir autant de travaux productifs ; grÀce au changement continuel d'occupations, on en viendraà se contenter de quatre heures et demie à cinq heures et demie de sommeil, et les enfants pourront prendre au travail une part active dés l'âge de deux ans et demi 1 De plus, il se produira des modes nouveaux, entièrement inouïs, de division du travail. Ainsi, par exemple, il y aura une telle rivalité entre les poiristes et ceux qui cultivent les pommes, qu'on mettra en jeu plus d'intrigues pour l'attaque et la défense (passion cabaliste) quMl ne s'en rencontre dans tous les cabinets de l'Europeréunis, intrigues dont, au reste, les jardiniers spécialement affectés à la culture des coings prendront leur part. A tout cela viennent se joindre des ressources merveilleuses : une aurore boréale à la vertu fécondante couronnera le pôle nord ; les orangers fleuriront en Sibérie, l'eau delà mer deviendra aussi agréable à boire que de la limonade, les animaux dangereux périront et à leur place apparaîtront de bienfaisants antilions, des antibaleines, etc., qui s'empresseront de venir en aide à l'homme en remorquant les vaisseaux dans les jnoments de calme, etc. (Les derniers écrits de Fourier ne renferment aucune rétractation : V. Nouveau monde, OEuvres, VI, p. 447j. — Les théories de R. Owen (A new view of society, 1812) ont de l'analogie avec celles de Fourier; il n'y manque que le casernement des phalanges et la forme fantastique du système. Tout le pays doit être divisé en districts de 1000 acres chacun;

130 DIVISION BT RÈUNIQN DU TRAVAIL.

chaque district renferme un TÎUage carré peuplé de iOOO habitants qui s'adonneront soit é Tagriculture, soit à 1 industrie, d'après un syslénie de production et de consommation en commun, exclusif pourtant de Inégalité absolue. Le point principal est un nouveau système d'éducation. « L'homme, jusqu'à ce jour, a été resclave d'une Irinité exécrable : la religion positive , la propriété individuelle, le mariage indissoluble. » (Déclaration of mental iodependence.)

li^

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