‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 63 sur 92 · PRODUCTIVITÉ DES DIVERS GENRES DE TRAVAUX · texte numérisé non relu

PRODUCTIVITÉ DES DIVERS GENRES DE TRAVAUX

HISTOIRB CRITIQUE DBS OOCTRIHBS.

L'histoire des doctrines a une grande importance , car elle fait voir le rapport intime qui relie les idées fondamentales aux manifestations principales de la vie pratique. Tout économiste doit évidemment déduire la définition du travail productif des notions qu'il s'est faites du bien et de la valeur. Aussi fautil distîuguelr avec soin les définitions htionuelles, mais trop restreintes, de celles qui sont erronées. "

Lorsque' le système mercantile, par exemple, regarde tout genre de trslvaîl comme productif, mais seulement en tani que, soit par l'exploitation des mines du pays, soit par un commerce extérieur actif, la somme des métaux précieux que possède ta nation se trouve accrue: cette appréciation tient âii sens beaucoup trop restreint (§ V)) que ce système attache à la richesse publique (1). Dû reste, la plupart des partisans du système mercantile attribuent à l'industrie pour attirer dans le pays Tor et Targent du dehors, plus de puissance qu'à Tagrîculture ; ilâ mettent l'industrie de luxe au-dessus de celle qui crée les produits ordinaires ; et le coAmerce actif et direct, au-dessus^du commerce passif et indirect.

(1) V. surtout A. Serra (Brève trallalo délie cause, che possonofar «bbondarei regoi d'oro ed'argeQto,1613), Th. J/un(fiDglandslreasiir9

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by foreign Irade, 1661), Ch. King (Brilish merchant, or commerce preserved, 1721 (V. ci-après § 116.) Ce système a été radicalement réfuté par W. Petty (Polilical analomy of Ireland, p. 67, 82; Quanlulumcunque concerning money, 1682), D, North (Discourses upon Irade, 1691], V. Roscher (Geschichte der englischen Volkswirthschaflslehre, p. 78. seq., 88, 1 48), plus lard surtout Ad. Smith (W. of N., IV, ch. i, ff.). La doctrine d'Ad. Smith sur le travail productif et improductif est déjà admise dans cette période par Pelty^ Several essays, p. 127 seq.; Political analomy, p. 185 ff. 115, ainsi que dansPécrit anonyme : À discourse oflrade^coyn and paper crédit (London, 1697, p. 44, seq., 156).

La doctrine des physlocrates s'explique tant par une réaction facile à comprendre contre ce que présente d'étroit le système mercantile, que par une méprise au sujet de la théorie de /ar^7i(^(§ 150ff.).Des six classes de travailleurs mentionnées plus haut (§ 38), elle ne regarde comme productives que celles qui contribuent à augmenter la masse de3 matières premières destinées à satisfaire les besoins de Thomme. Toutes 4es autres, quelle que soit d'ailleurs leur utilité, sont appelées stériles, salariées, parce qu'elles ne peuvent tirer leur revenu que de Texcédant des propriétaires du sol et des cultivateurs. L'industrie proprement dite ne fait subir à la matière qu'un changemenl de forme dont la valeur plus grande repose uniquement sur la quantité d'autres matières qui ont été consommées dans le cours du travail Toute économie réalisée de ce côté influe sur la qualité des produits, bien qu'il eu résulte un avantage pour l'ensemble de l'économie publique. L'industrie, en tout cas, ne saurait créer de richesses nouvelles : elle peut seulement rendre plus durables celles qu'on a déjà acquises; consolider, par exemple, dans une maison, la valeur des nombreux moyens de subsistance consommés durant la construction (1).

Mais si, en réalité, les ouvriers des diverses industries ne retrouvaient, dans h valeftr de leurs produits, que la dépense qu'ils

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ont faite pour leur consommation pendant la durée du tra* vail, ils rencontreraient difficilement un entrepreneur qui voulût consentir l'avance du capital. Tout le monde reconnaîtra qu'un Thorwaldsen et un tailleur de pierres ordinaire, enfermés Tun et l'autre pendant un nombre égal de mois et mis en présence des mêmes blocs de marbre , avec les mêmes outils et la même nourriture, etc., produiront des œuvres d'une valeur tout à fait différente (2). Et quand même Tindustrie n'ajouterait en réalité à la matière première qu'une valeur égale à la consommation faite par les ouvriers, un travail cessera-t-il d'être productif parce que les ouvriers en auront consommé le produit? Il faudrait dire alors que l'agriculture est improductive dans la plupart des pays arriérés (3).

Suivant la doctrine des physiocrates, le commerce sert seulement à faire passer d'une main dans une autre la richesse déjà existante. Si les négociants gagnent, c'est aux dépens de la nation, et Ton doit désirer qu'elle soit le plus possible affranchie de cette charge. Ainsi, le commerce est stérile (4) ! Cependant les opérations les plus importantes, surtout dans le commerce en gros, consistent à transmettre les marchandises d'un lieu dans un autre, ou d'une époque à l'autre (Verri) (5). Le marchand spécule sur l'accroissement de la valeur en usage, plus considérable dans certains lieux et à certains moments : les masses énormes de glace transportées chaque année de Boston dans les contrées tropicales y répondent évidemment à des besoins beaucoup plus actifs et dIus répandus que si elles n'avaient pas changé de place. Ainsi encore lorsqu'après une bonne récolte on emmagasine les grains, on retire 5 la consommation un objet éminemment utile. Mais la vente du même blé, après une mauvaise récolte, procure au peuple beaucoup plus d'avantage qu'il n'a pu éprouver de préjudice à l'origine. En général, toute opération commerciale, régulièrement faite, améliore la situation des deux contractants ICondillac) (6). S'ils sont sages,

chacun d'eux livre des biens qui lui sont moins nécessaires ou moins utiles que ceux quMI reçoit en échange (7). De cette manière, le commerce augmente la valeur en usage de la fortune publique , et aux autres avantages dont les biens étaient doués, il ajoute une condition essentielle pour qu'ils soient vraiment utiles, il les rend accessibles [Kudler) ou du moins il en facilite l'accès. Le marchand met en œuvre dans ce but des instruments analogues à ceux qu'emploie le fabricant : l'un se sert de métiers à tisser, de broches, de filatures, d'ateliers, etc., et l'autre de navires, de greniers, de grues, etc. Si la production n'est complète qu'au moment où le produit arrive à sa destination dernière, la consommation, le commerce constitue le dernier anneau de la chaîne des travaux productifs. 11 forme aussi une quantité d'anneaux intermédiaires, car sans lui la division du travail serait impossible, et sans la division du travail que deviendrait la production (8) ? Il serait inutile d'expliquer à quel point certaines opérations commerciales peuvent augmenter la valeur en échange des marchandises (9).

(1) Çuesnay (Dialogue sur les travaux des artisans, p. 210, seq.;289, éd, Daire), Turgot (Sur la formatiou, etc., $8), Dupont (Ck)rre8poDdaDceavecJ.-B.Say,p.400, éd. Daire). i4r»ta^e disait déjà (Oficon.,1, 2) que le commerce, les services rétribués et la guerre gagnaient sur les hommes, bon gré mal gré, tandis que Tagriculture n'exploite que la nature. Cicéron s'expriniiS ainsi au sujet des marchands : « Nihil profit « clunt, nisi adroodùm ipentiantur ï> (De ofC.,I, éi). Le poyen Age n'était pas éloigné de ces idées. Y. Saint-Thomas d^Aquin(l}e rébus publicis, II, 3. 5 ff.), Asgill (Several assertions proved, in order to create anotberspecies of rooney than gold, 1696) : « What we call commodjties, a is nothing but land severed from the soil ; mao deals in nothiog but « earth. d Cantillon. Y. plus haut § 47, note 4, .

(2) Quesnay (I 1., p. 189) ne méconnaît pas que beaucoup d'ouvriers gagnent au delà de ce qu'eiLige leur entretien ; mais il attribue ce résultat à un monopole naturel ou artificiel. Plus le travail estcher^ plus il parait productif.

(3) Gournay (Y. Kellner, Zur Geschichte des Physiokratisn^us^ p. 91), et iïayna/ (Histoire des Indes, vol. X, liv. xix), quelque conformité dV

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