CHAPITRE V
CMmWkVli DE llSIfS BT fBMmM FUTte.
De même que le travail de rhomme ne saurait, sans la liberté de la personne, acquérir toute Timportance écoDomique qui lui appartient^ de même le capital ne peut développer pleinement la force productive dont 11 est doué, sans la liberté de la propriété privée. Qui voudrait épargner, c'est-à-dire, renoncer aux jouissances présentes, sans £tre sûr des jouissances à venir (1,2)?
(I) J.'S, Mill explique fort bien eommentle droit de propriM impliqua 1» validité de la prescription au point de vue de réeoDomîe politique (L. Il, ch.n, 8«).
(2)<4hez les modernes, la philosophie du droit a formulé de trois manières le droil de propriété, eo lui donnant une base juridique, politique et économique. L'axiome : Bes nuUiusoedit primo oceupanti (L. 3, Dit^est., XLI, i) ne conduit qu*Â expliquer quelques rapports de la propriété, en s'Appuyanl sur une elreonsiance tout à fait fortuite. D'après Hobbêê (Lcvialhan, 24), toute propriété découle de la puissance publique, ou, comme le dk Montesquieu (Esprit des lois, XXVI, 15), en adonciitsaDt Texpiession, de la loi civile; ce principe pourrait engendrer, avec Pinconstance des lois, une absence fatale de sécurité; on serait sans ceâse baUotté d'utopie en utopie, de révolution en révotutldn, si ohaoun do possédait point son bien pour l'avoir acquis par son travail et par son éeoiM^mie, mais seulement parée que la loi, momentanémenit en vigueur, lui en garantirait la possession.
La théorie qui fait reposer le ^roit de propriété sur un contrat offre déjà moins d'inconvénients ; elle a été développée par Hugo Grotius (Jus
COMMUNAUTÉ DE ËlKftS Et f RO^RIÈTÊ PRIVÉE. 175
bêîH et p(icis,n,S) qui explique môme roccwptthon des choseil qui n'ap** parlitnnent à personne, par l'hypotheve de U préeKistenesQ d'un contrat tacile. — La plupart des économisles ont suivi Topinion de Locke, qui fonde le droit de propriété sur le travail (On civil, II, § SS-Bl). Ainsi, entre autres, Ihiers (Du Droit de propriété, 1849). Ce qui caractérise l6« Ati* glais, e*est que leur langue politique réunit volontiers les deux mots dt liberty eiproperly, Fex^ dans son célèbre discours du !*•• décembre 1784, donne de la liberté une définition qui commence par ces mots : « It consists ih thé saft and sacredpossesjsion of a mafias property, ct6. n I^a doetrind qui a souveot ewayé de surnager dani ces dermeri temp»^ et d'après laquelle tout homme possède dans ses besoins un droit â une propriété correspondante (i4^ren5, Rechtsphilosophîe, p. 222), se prête à toutes les déductions soeialUtes. Les doctrines les plus désordonnées ont rencontré un organe dans /*roiic/Aan (Qu'est- ee que lapropHélé» 1040), dont Brissot (Recherches philosophiques sur le droit de propriété et U vol, 1780) peut être regardé comme le précurseur.
SOCIALISME ET COflÉMUNISME.
Pftr contre^ Vidéâ de communauté de biens a rtiieentré faveur surtout auk époques où Tou rencontrait réunies les C(uatr« e(»nditions auitautea (1):
A. U opposition tranchée du riche et dupamrê. Tant qu'il existe entre eux une classe intermédiaire considéral^le^ Tin* ilueiice morale qu elle exerce suffit pour empêcher une ot^Uision. Bi^ii ne préserve mieux dcTeuvie delà part des claases inférieures et dy dédain de la part des classes supérieures, que les nuances régulièrement tnénagées, dans lesquelles se fond l'ensemble da la société civile. Sperate miseri^ eavetê fdliee$ I Alors sur tous les échelons se manifesta une grande et féconde actitité^ eeuM qui sont placés en bas cherchent sans cesse à s'élever, ceux qui^nt pris les devants redeublenl d'efforts pour nepoini déchoir. Maia quand la richesse et la pauvreté sont séparées par un abtm^, qu'il ne reste à cette éernière aucun espoir d0 inmchir, Gem:bieu ne aeroni pas intraèiabies^ l'orgueil d'un
côté, et Tenvieuse jalousie deTautre? Surtout dans les grandes villes , ce foyer où tout vient converger, où le luxe le plus effréné coudoie à chaque instant la hideuse misère, et où enfin les trop nombreuses victimes de celle-ci, ayant la conscience de leur masse, ne cessent de s'exalter mutuellement. Malheureusement, il faut bien le reconnaître, à l'apogée de la civilisation il se développe des forces vives, dont l'action puissante, à moins que des remèdes énergiques ne viennent leur servir de contre-poids, doit avoir pour résultat définitif d'enrichir encore les riches, de rendre les pauvres, relativement du moins, plus pauvres encore, et d'affaiblir la classe moyenne en la minant des deux côtés à la fois (2).
B. Une division du travailplus grande. Elle multiplie, il est vrai, les liens intimes de dépendance réciproque qui nous rattachent les uns aux autres, mais elle enlève en même temps, à riiomme dépourvude culture, la faculté d'apercevoir clairementla corrélation qui existe entre le service et la rémunération. Transportons-nous par la pensée dans l'île de Robinson ! Lorsqu'après plusieurs mois de travail un de ses rares habitants sera enfin venu à bout, au moyen d'un outil grossièrement façonné avec la dentd'unebéie, decpuperun arbre etd'en creuser le tronc pour construire un canot, son voisin, qui pendant ce temps-là aura dormi étendu sur une peau d'ours, ne concevra pas la pensée de contester au premier le fruit d'un travail opiniâtre. Il en est bien autrement dans notre civilisation, où Ton voit le banquier gagner en une seconde, d'un trait de plume, mille fois plus que le journalier ne peut espérer de gagner pendant toute une semaine, en travaillant à la sueur de son front ! où encore, lorsqu'il s'agit des capitaux prêtés à intérêt, on est trop facilement porté à oublier avec quelles peines, quelles fatigues, ceux qui les possèdent ou leurs ancêtres ont acquis cette réserve qu'ils font aujourd'hui fructifier! Cela arrive surtout aux époques marquées par un trop rapide accroissement de la population : on voit des
masses d'hommes honnêtes solliciter non pas l'aumône, mais du travail, les moyens de gagner leur vie, et cependant exposés à mourir de faim (3) ! ^ .
C. L'ébranlement violent produit ou\la confhslon jetéôdans les esprits, quant au sentiment du droite par tes révolutions, surtout lorsque celles-ci se succèdent rapidement ea sens opposé. Ordinairement les partis ont alors rivalisé d'efforts pour s'emparer de la faveur des masses, et celles-ci ont acquis la conscience des changements quela force de leur bras peut opérer. En attendant le rétablissement complet de Tordre, on lâche la bride aux exigences de la multitude, qu'il devient par la suite très-difficile d'assouvir : toute révolution profonde et de longue durée, quel qu en ait d'ailleurs été le mobile, Tintérét de la noblesse, de la couronne ou de la classe moyenne, voit touîours se développer, à côté du grain qu'elle a semé, la mauvaise herbe du communisme.
D. Les prétentions excessives qu'une constitution démocratique réveille parmi les classes inférieures. Le communisme est l'exagération du principe d'égalité démocratique, dont il semble dériver par un enchaînement logique. Des hommes qui s'entendent saluer chaque jour du nom de «peuple souverain, » auxquels ou ne cesse de répéter : <x Le bien du peuple est la loi suprême de l'Etat, » ne peuvent manquer de ressentir plus douloureusement encore la distance qui sépare leur propre misère du superflu des autres. Et de fait, combien les besoins matériels ne sont-ils pas dominés par les impressions morales? Le Groënlandais se trouve à l'aise dans sa hutte de terre avec sa cruche . d'huile ; tandis que ce genre d'existence réduirait l'Anglais au désespoir (4, 5).
(1) Autant le mot àe communisme est simple et intelligible, autant le mot de socialisme prête à réquivoque. Cependant la plupart de ceux qu*on désigne sous le nom de &octa/i£^e5 s'accordent à déclarer vicieuse la (( société )) actuelle (qu'il faut distinguer de l'Etat)\ ainsi que les
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base» sar lesquelles elle «it établie, la propriéti et la famille^ tellM qu'elles sont acluellement organisées. Uoe transformatloa radicale d^* vra, à lesenlendre, faire disparaître pour toujours Tabusle plus criant de cet étal de choses, l'opposition brutalement tranchée entre le riche et le pauvnq, rhoflime cultivé etbetul qui est pHvé d'éducation. Les me< sures indiquées pour atteindre ce bui se résument en une sorte de communauté de biens indirecte et à demi avouée.
(2) V. Itoscher (Betrachlungen uber Socialismus lind Commùnismusin der Berllnel» Zellschrifl Itir Gieschlchlswlssecsih., 4848, in,p. 4t2, seq.)-
(3) VivN en tr^tvàiUant, ou mourir $n earnibuUnnt^ était la devise inscrite sur le drapeau des ouvriers en soie, de Lyon^ insurgés en i833<
(4) raufean(Diiiie royale, p, 34, seq, éd. Daire) dit, vers laiSn du régne de Louis XIV, en France : a Prés dé lé dixième partie du peuple est réduite à la mendicité -, des neuf autrea partiel, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire Taumône à çelle-lé, parce qu'elles-mêmes sont réduites, à trés-peu de chose prés, à cette malheureuse condition ; des quatre aulreâ qui restent, trois sont fort malaisées, embarrassées de dettes et de procès; datis la di&iéme, où je mets tous les gens d^épée, de robe, eccjésiasiiques et laïques, toute la noblesse hauie^ la noblesst étrangère et les gens en charge militaire et civile, les bons niarchands, les bourgeois rentes et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles, et Je cMiicais ne pas mentir quand Je dirais qu il n'y en pas dix mille, petites q^ grandes, qu'on puisse dire être fort à leur aise.» Combien la position de rouvrier parisien est plus favorable aujour^ d'huiî Alors, cependant, il n'y avait pas trace d'idées communistes : c'est qu'en général i homme éeMsé sous la souffrance a rarement l'énergie nécessaire pour réagir contre l'infortaoe.
(5; « Si l'ej^pression arbitraire de îrw volonté es^ leprimp$ dfiVçrdr^ légaly ma jouissance peut être aussi le principe de la distribution de^ richesses \SlaM\ RechtsphilosôpMe^ ll^ 2, p. 72).
Dès lors, on comprendra san3 peine pourquoi les idées coiP" muiiistes ont été le plus répandues durant quatre périodes d^ 1 histoire du monde : chez les anciens, lors de la décadence de la Grèce et de la corruption de la république romaine ; chez les modernes, au siècle d^ la Réforme «t d^ nos jours (1 , 2, 3, 4).
(i; La meilleure preuve que li aoeialtsine platoaiciea (PMo, D«
BT Î^ROPRlETfc PRÎVÉft. 179
nepub., V) n'était pas une pure fantaisie indiviâuelle, ce sont Igs ^tlaque^ inordanles dirigées par Aristopliane contre ces théories (V. aussi Ari^tot,^ Polit. ^ n, 2^ Schn.). Le développement de la démocratie chez les Grecs généralisa l'usage de faiite entretenir la fbule aui frais de l'Etat. Tou( acte de la vie politique reçut un salaire, en rétribua les citoyens cjqi se rendaient aux assemblées populaires, à raison de 3 oboles par joqr ; ]^ paye du soldat sMlevait â 6, et celle du matelot A 3 (Thucyd, III, 17; VII, S7; VIII, 45). La journée de travail la plus ordinaire variait de 3 à 4 oboles (AHst., Eccl., 310, et Folhix, VI!, 29). En outre, le nombre des magistratures était trés-considérable^ afin qu'une plus grande quantité de personnes pût vivre de traitements. Ainsi, par exemple, on comptait â Athènes 6,000 juges? pour 20,000 citoyens. Ajoutez les fêles multi* pliéeS) les spectacles, les festins offerts gratuitement au peuple. Une telle terreur pesait sur les riches obligés de subvenir A toutes ces dépenses, qu'ils pouvaient considérer leur appauvrissement commp une sorte de délivrance (X^snoph. Conviv., 4, et Lysias^ Pro bonis; Aristoph.^ De învalido, De sacra olea, etc.). Tout ceci diffère fort peu d*une c|uasicommunauté de biens; seulement la grande masse des esclaves demeurait efbluede ces avantages. L'opposition qui, A une époque plus récente, caractérise les doctrines des écoles des cyniques et des çyrénéo- épicuriens présente une analogie frappante avec le contraste qui existe de nos jours entre les socialisies purs et les adorateurs de Mammon, à la façon du 4ocUur Ure.
(2) Les sources que nous pouvons consulter sur la séparation profonde qui éclata dans la république romaine entre V oligarchie d'argent et le prolétariat sont trés-abondantes. V. ci -après, §204. Oo voit germer le langage du socialisme moderne dans les discours des Gracques (par e^epiple^ Piu$., T. Gracchus, 9), et dans ceux qui retentirent d'une manière bien plus violente encore lorsdela conjuration deCatilina (Sa/^ti5f.,Gat., 20, 23, 37-39). Nous rencontrons fréquemment le regret de la rudesse des temps primitifs, où Ton ne connaissaitni argent ni richesses (ce qui conslltueausBi Tidée fondamentale du communisme) {Propert., Il, 13; III, S, 11). D'un autre côté, Thabilude de faire vivre la multitude aux dépens de TËtat en des riches qui aspiraient aux dignités s'était généralisée au derniei» point. Les masses vivaient en partie de la vente des suffrages au plus offrant. Lors de l'élection des consuls, pour Tannée 54, il fut promis S00,O0Q écus à celle des centuries qui était appelée à voter la première (Cf00t*o, Ad Quintum, If, 15 ; Ad Alt., IV, 15]. Caton lui-mênje donnait tes mains à cette corruption (Sueton., Gaes., 19). Les points essentiels de la réforme sociale, que voulait inaugurer Gracchus le Jeune, comprenaient, outre la limitation de la grande propriété, la vente du blé au-dessous de la mevcuriale, mais aux seuls habitants de Rome ; \^. coBstruoii^B 4tn grandes routes «a Italie ; rétablissement de colonies
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aux frais de TEtat ; raugmentation de la solde en farcur de Tarmée {Nitzsch^ Gracchen, p. 392 seq.]. Bullus allait beaucoup plus loin avec ses plans socialistes ; si sa loi agraire avait passé, il aurait confisqué presque tout le territoire de la république au profit des pauvres et des démagogues (Cicero, Delege agrar.). La république romaine subit à deux reprises une terrible révolution sociale (V. Appian., Bell, civil. ^ V, 5, S2, Tabulœ novœ de Cinna, de Gatilina, de Cœlius, de Dolabella). Sous les dictatures de Sylla et des derniers triumvirs^ une grande partie des propriétés privées passèrent entre les mains des prolélaires (soldats), qui étaient trop ignorants et trop dépourvus de ressources pour les exploiter. Clodius introduisit les distributions de blé entièrement gratuites, qui, d'après Cicéron (Pro Sext., 25), absorbaient prés du 1/5*^ des revenus publics (?). On nourrit de la sorte pendant de longues années environ 320,000 hommes (Sueion., Caes., 41 ; Dio C, XLllI, 21;.LV, 10), c'està-dire qu'on les empêcha de mourir de faim {Sallust,^ p. 268, éd. Bip.} . Bientôt vinrent s'ajouter les distributions de sel, de viande et d'huile, les bains gratuits^ les spectacles innombrables entremêlés parfois de festins monstres, le payement du loyer annuel, etc.. Panem etcircenses! {Juvenal). Sous Auguste, les distributions de numéraire, auxquelles prirent part 200,000 à 300,000 individus, coûtèrent chaque fois de 9 millions à 22 millions de francs (Monum. Ancyr., p. 372, Wolf), On accordait de préférence des secours extraordinaires aux colonies de pauvres {Sueton,^ (iœsar, 42). V., sur toute celle politique, Plin. (Paneg., 26, seq.). A Gonstantinople, presque aussitôt après la fondation de celle ville, des distributions considérables de pain furent prescrites aux dépens de TËgyple, bien que le paupérisme n'eût pas certainement eu le temps de s'implanter dans la nouvelle et florissante résidence impériale {Theod., Cod. XIII, 4; XIV, 16; Socrat., il, 13). Je mentionne ici pour mémoire le plan suggéré à Tempereur Gallien par le néo-platonicien Plotin, de fonder une ville appelée Platonopolis, où Ton aurait réalisé les vues de la république de Platon (Porphyr., t» Plolîn, 8).
(3y Pendant les deux siècles dont la Réforme marque le milieu, la transition de la culture du moyen âge à la grande culture moderne pesa rudement sur la situation de^ classes inférieures ; le même effet suivit Tavilissement des métaux précieux (§140). La suppression de nombreux couvents contribua aussi à Taggravation de la misère, et les lois des pauvres, qui jouèrent un si grand rôle en Angleterre, en Espagne^ etc., pendant le seizième siècle, furent impuissantes pour l'empêcher. Quant d la pensée populaire, au milieu de ces souffrances inouïes, nous en avons l'expression dans la guerre des paysans et dans celle des anabaptistes, dans les nombreuses réformes, réformées à leur tour, dans le soulèvement des Pays-Bas, dans les luttes des prétendants à la couronne de France et d'Angleterre, etc. En Italie, le contraste de l'oligarchie d'ar-
ET PROPRIETE PRIVÉE. I8l
gent et du prolétariat qui se trouvaient depuis longtemps en présence était devenu plus intolérable encore, au milieu du seizième siècle, par suite de Tappauvrissenient universel. V., sur la secte panthéiste des Frères et Sœurs de TEsprit libre avec la communauté des biens et des femmes, UUmann (Reformatoren vor der Reformation, II, p. 18, seq.). Les hérésies religieuses et politiques étaient très- répandues en France et en Italie, aussi bien qu'en Allemagne, du treizièmeau quinzième siècle, et conduisent jusqu'aux Âdamites et à la guerre des Hussites {Aschbach^ Geschichte Kônigs Sigismunds^ III, p. i09). Avant eux, existait déjà la secte des Gtovano/t, admettant aussi la double communauté des biens et des femmes, qui, en 1355, avait envahi un tiers de la Corse et fut ensuite étouffée par les efforts réunis de TEglise et de la république de Gènes (Lebrel, Hisloire d'Italie, VI, p. 208, se(\.). Hans Boeheim, de Wurtzbourg, paraît, en 1476, comme le précurseur direct de Muenzer {UUmann^ I, p. 421, seq). Du temps de Luther, il était presque aussi commun qu'aujourd'hui d'entendre parler de profonde démoralisation du commerce, du système universel de fraudes, etc. V. les passages de H^a5ren(Deutschlands Yerhaellnisse im Reform. Zeitalter, II, p. 323, seq.) ; le principe de Muenzer : Omnia simul communia ! ; Sebastien Frank (Chronica, Zeitbuch und Geschichtbibel, etc., 1531, fol. VI, 16,27, 116,414,443). La vie de Jean Bockholt présente un contraste frappant ; tandis qu'on amenait, près du lit couvert de roses et orné de rideaux en drap d'or, sur lequel il était mollement étendu, ses femmes parfumées, resplendissantes de bijoux précieux, ses sujets étaient en proie aux horreurs de la famine, à tel point qu'ils se voyaient forcés de faire saler les cadavres d'enfants morts d'inanition ; quelle fin terrible que celle de cet honinàe, dont les rêveries communistes devaient amener le règne du bonheur en ce monde ! Communistes anglais à Té^ioque de la rêformation (J. Story^ Comment, on the constitution of the U. States, I, * p. 36). Il se trouvait encore sous Cromwell beaucoup d'Anglais, qui croyaient que les fermiers ne seraient plus obligés de payer la rente é leurs propriétaires. Secte des Niveleurs (Levellers) {Walker^ History of the independency, II, p. 152). V. encore Hundeshagen (dans ses Theologische Slndien und Kritiken, 1845j. Les systèmes les plus remarquables de celle époque ont été développés par Thomas Morus (Utopia, 1516) et Campanella (Civilas solis, 1620). Morus dit crûment que tous les gouvernements existants ne sont, au fuit, qu'une conjuration permanente des riches pour couvrir leur intérêt privé du masque du bien public et pour dépouiller les ouvriers. Toute misère disparaîtrait, si Ton supprimait Targent^ qui ne devrait être conservé que pour les dépenses d'une guerre extérieure. Plus de propriété privée ! Direction sévère de tous les Iravaux par l'autorité, qui veillera surtout a ce que personne ne puisse, sans autorisation, déserter les travaux agricoles ; table corn*
182 GOMMUirAUTÉ PU BiBlH^
inunei costume uniforme; le comm^roe letémarremplaeé ptr 119 échange réciproque de présents, sons la surveillanee de FEtat. Cumpanetla, outre la communauté dé biens, recommande fortement un traml varié d'environ quatre heures par jour; i'éducaticfn commune^ surtaot au moyen damages, d'encyclopédies populaires^ etc., et^ comme diree^ iion suprême, l'autorité despotique semi-religieuse, semi-temporelle des sages, dont le confessionnal est rinstrumeni le plus énergique. Presque lous les socialistes réussissent^mieux à la critique qu'à la formule. Vof • fi, Mohl (Geschîchte uud Literatur der^ëldatswissenschafteii, I, p. i63| seq'») .
, {4) L'antipathie de J.-J. Rousseau contre la prepriété privée, qu'il exprime en termes formels (par exemple, Discours sur l'inégalité, 1734, p. %, et la puissance sans bornes, qu'il accorde â une majorité transi^ ioire, sur les affaires publiques (Contrat social, 1761 , II, ch. iv)> ne per* mettent pas de méconnaître dans sa liberté et dans son égalité les germes du communisme. Vers le même temps, Morelly publia sa Basiliade ou Naufrage des îles flottantes (1753), roman social consacré â la doctrine communiste. V. son Code de la nature, i775. Mably (dans ses deux ouvrages, Doutes proposés aux économistes^ 1768, et La législation ou principe des lois, 1776) prêche ouvertement la doctrine de l'égalité et de la communauté de biens. L'établissement de la propriété lui paraît une faute qu*it était presque impossible de ne pas faire, Beccaria appelle aussi la propriété i]n droit terrible, d'une nécessité problématique, qui ne)aisse au malheureux qu'une existence dénuée de tout (Dei delilti e délie penoi 1765, cap. xxii). En France, l'époque de la Terreur se rapprocha beaucoup de i'appiication de ces idées : nous n'avons qu'à nous rappeler Tabolition de tout cens, la solde attribuée aux prolétaires qui fréquentaieni lés assemblées des sections (3 francs par jour), l'extension énorme donnée aux emprunts iforcés et aux confiscations, le bouleversement des fortunes par le système des assignats, le maximum appliqué à toutes les choses nébe^saires à )a vie, la suppression des impôts indirects et de tout ce qui restait encore debout des institutions économiques léguées par le moyen âge. Sur la conjuration de Babeuf (exécuté en 1796), qui voulait l'égalité absolue et la communauté du travail, des jouissances et de rinstruction, la destruction des grandes villes, etc., V. Buonarotti (La conjuration de Babeuf, Ii82l). Après la révolution de Juillet, ce livre a contribué à ressusciter les idées communistes. Parmi les communistes modernes, qui se distinguent des anciens surtout par leur ^uance industrielle, nous citerons en t^'rance Cabel (Voja^e en Icarie, II, 1840), qui voit dans la suppression de la religion, de la famille et de la vie sociale actuelle, autant de questions ouvertes , et qui prétend arriver au tnomphe de la com^ munauté d^ biens, par la voie de la persuasion. Y. Reybaud (Etudes sur les réformateur^ poatempprains m socialistes mo(|erne$» 1840); i^. ^kin
1848). — Parmi les principaux anlagonisles du spcialisine et du cppi^ niunisrae, on dislingue : Malthus (On population, t. III, çh. m); Hildebrand (Die Kalidhnloêkonomie â«r àegenwart und EukUnà, 4 vol > 4848). /.*S, MfU (Priociples^ II, phi i) insista sur oe qua le principe dt U pt'ô» priété libre n'a pq3 rencQptrp d'application régulière. Les sociétés mp^ dernes sont presque toutes sorties de la conquête et de la violence, dont il teste encore aujdUM*htii de nohibrêux vëstigeâ. t^arlasttlle, beaucoup de choses sont tumbéek dans Ife domaine de jM'dprtéeô qui devaient hiid^ meurer étrangères. Les gouvernements ont aggravé le mauvais côté de la propriété, 1^ trop grande coqceuirptjofl de^ bien^, etc.( ausçi p^rsonne he saurait prétendre que le$ mquQc ^odqux, doQt t^a $^ pUia^, découleai du.prîûcipe niême de la propriété.
Nous voyons donc que les tentatives du socialisme et du communisme ne constituent pas un phénomène inconnu, particulier aux temps oioderneti j^qiame U cr^iocit Ie$ partisaiiis aveugles dt 1ê3 contffidictevrs de ce^ declrines^ C'est bien pltitôtuiia maladie qui se renouvelle réguUèrem^ent chez les peuples trèscivilisés h une certaine période de leur existence» Le corps est-il déjà trop faible pour opérer une réaction efficace et salutaire (§ 84)» alors le im\ inondait jusqti'^ la destruction de Tordre et de la véritable liberté. Le communiste, absorbé par la pensée des besoins mat^ériels, ne voit dans tout le reste» et en particulier dans rorganisation politique, qu'un ifistrumentdestinii k y pourvoir ; aussi, le Uhéral n*est h ses yieux qu'un iasensé» usant la vie à poursuivre de vaines chiJBères^ ou bit«) uu n^i^éi^nble qui couvre ses aspirations égoïstes du masque du bien public (1)^ Les partisans du commiiuisa^e s'acisomaiodéui de toute forme de gouvernement qui parait leyr promettre davantage; c'est ce que peut fairev au moins pour un t^emps^ h despotisme le plus absolu. Faciles h gagner à la cause des révolutions» ils ont m^ prédilection marquée pour le uiiwplie de Tarbitraire^ Lorsque le coBamuoisoie men^e s^rieusettisAt tous les bièii^-de la m^
ceux qui possèdent sont obligés de saisir la première planche de salut sans trop examiner s*ils ne risquent pas de faire sombrer la liberté politique (2). La ligue Achéenne qui, sous la conduite d'Aratus, « l'ennemi des tyrans, » avait pris un si brillant essor, se vit plus tard, par la crainte que lui inspirait la contagion du socialisme Spartiate, sous Cléomène, entraînée à se réunir aux Macédoniens, c'est-à-dire, à abdiquer (§ 204).
(i) On connaît le reproche adressé par Saint-Simon au libéralisme, d^avoir pour principe fondamental : « Ote-toi de la que je m*y mette, t»
(2) V. Mallhus (Additions à son Essay on population, 1817, IV, ch. vu).
Nous ferons pour le moment abstraction de la révolution terrible, destructive de toute civilisation, qui devrait précéder la communauté de biens (1). Mais quelles en seraient les suites? Elle pourrait exister sans dommage parmi les animaux et les anges ( « les Dieux et les enfants des Dieux » de Platon) ; de même parmi les hommes reliés par un véritable amour. La vie de famille, alors qu'elle est exemplaire, donne lieu à une certaine communauté de biens (2). Mais au sein de sociétés plus considérables, cet amour ne se rencontre que passagèrement, au sein de l'enthousiasme religieux, dont les Actes dés Apôtres (II, 44, seq.; IV, 32, seq. ; V, 1-11) offrent le plus bel exem-. pie (3).
Hors de là, chacun de ceux qui appartiennent à la communauté des biens voudrait travailler le moins possible et jouir le plus possible (4). Au milieu 'd'une communauté de 100,000 individus, chacun ne recueillerait que pour 1/100,000®, c'est-h-dire presque rien du résultat de son labeur ou de sa négligence. L'égoïsme individuel ne trouverait à s'exercer que sur la distribu-
tion des produits; il n'agirait qu*au préjudice des coassociés et • de la chose publique, ce qui n'arrive aujourd'hui que dans des cas exceptionnels. Lorsque LouisBlanc (et avant lui iVab/i/) propose, au lieu de riutérét personnel, le point d'honneur comme mobile efficace de la production et comme frein salutaire imposé h la consommation, en invoquant l'exemple de l'armée, il oublie, entre autres, les trente cas pour lesquels le Code militaire prononce la peine de mort. Et, en effet, les anabaptistes de Munster n'ont pu s'empêcher de punir de mort chaque transgression des préceptes communistes (5). — Si dans la stricte communauté de biens toutes les jouissances et tous les labeurs devaient être égaux et se répartir rigoureusement, suivant les idées de la multitude, des hommes tels que Thaer, Ârkiivright, etc., qui, sans sortir aujourd'hui de leur cabinet onde kur laboratoire, produisent du pain pour des centaines de milliers de leurs semblables, seraient à peine en état d'eu produire pour trois ou quatre hommes au plus, armés de la bêche et de la pioche ; la division du travail cesserait la plupart du temps d'exercer sou immense force productive : il en résulterait, non que les classes inférieures se verraient affranchies des travaux purement mécaniques, grossiers et exténuants, mais que Ton y rabaisserait également les classes supérieures delà société. — Et combien le nombre des consommateurs ne s'accroîtrait-il pas? Chacun s'abandonnerait sans réflexion au plus énergique penchant de la nature, si la communauté était forcée d'élever les enfants. Mais nous avons vu que la communauté de biens est le plus vivement réclamée aux époques où la population a déjà pris un accroissement démesuré. Le mal ne ferait que grandir, car la production tendrait à diminuer, et la consommation h s'accroître. Après nne génération, là où Ton rencontrait 1,000 riches et 100,000 prolétaires, il n'y aurait plus un seul riche et le nombre des prolétaires serait peut-être doublé. La misère serait générale (6). Pour donner
116 QQllMVIlAlrrB DK IIEm
à la multitude It salitAfitioA (7) éphéinèi^ éû plpoiter d'une période de transition fort courte» on aurait de gaieté dé ooeal* j^té par-des6uk bord tous les biebs d'uu ordre supérieur^ pour se contenter de boire de Teau^de-vie» de manger des pointtiea de terre et de faire naître des enfants. G'est comoie Tinstruction commune, telle qtle la réclament les oommunistesi et qui n'au^ rait« en définitive, d*autpe résultat pratique que de ne permet^ tre à personne d'atteindre une elilture intelleotuelie élevée (6).
{i)'Le8 tri^vailleurs é^alitmires Touliieet ftire périr ooe^seulemtvl
le roi, la cour et les mi»i$tre$» mais enpor^ le$ lihéraiiK el jtODS c^ux qui possèdent.
(2) Du ïAdmenl qttfe eellie afteclion cesse â'eiistéf Iftàire lês épôoï, la cémroHnnîilé de biem ééf^eére promptiiMlult tu aae epolialteii du meilleur des d^ux.
(3j La communauté de biens des premiers chrétiens 4 Jérusalem, dont on parle souvent avec tant d'éloges, n'èlait qu'une communauté d'usage et née de pro)«HéUl (fV, Bi),(elpa^dé^BUs tout la manil^Kiatlétt libre de Tesprit d^mourv nais noe uod obltgaiioi imposée (V* 4)» ee^* core moins un droit que les pauvres auraient pu réclamer. Cette eon^munaiilé de biens produisit toutefois une misère profonde el chronique parmi les fidèles de Jèi^usalem ) aîiss! voit^-on Tapôttia saint Paul ôrga^* Dîser partout des qvétes en leur feveur, «aas cherehier à fonder ailleurs une institution pareille (Rom., 15, ^6; I Cor., 16, 1, seq. ;1I Cor.^ S, 9). V. Mosheim (t)e verâ naturà communionis bonotum in ecclesiâ fliert)8t)l., dan^ ses Dissertai. îid hislor. etcîes. JJeHinénles, H, p. !, seq.). Peur savoir h ëarniM (Bpist. i%) a vèuhi dire daTBUUge, y. Ëpist. ad Diognetum, 5. Saint Jean Chrysç^dome {la acta Apost., hom. XI) recommande la communauté de biens en se fondant sur des raisons écottomîques. t:t)mmunaotédebiêt^s 6tsEss'é)kieûs, Philo (0pp. ^ II» p. iî(7, seq.); Jveeph, (Belli iud., H, 8); iTt^émmun (Geschlchtlithe Nachrichten ûber dia Ësstosr^lSSIl). Oa trouve daqs plusieurs monastères une sorte de communauté de biens. Querelle singulière soutenue â ce sujet par les Miriorîles contre le pape au temps de l'empereur Louis dé Bavière; ces reli|g[ieux ^ouienàîeni quels propriété était chose si condamnable ^que les met« mêmes qu'ils coosommsient ne leur ap-^ partenaient pas ; le pape répondit que Jésus-Christ et ses apôlref avaient exorcé la propriété soit personnellement, soit en commua {fiaynaldi^ Ann. ^ccl., XV, p. 241, 285, seq.). U commuttauté de èîeas ie$ (rires 4e l4 vie ^ççmmuM, à It C1ÇO0 des reiicteux^ 5« prér
BT FROPfllIlTft PRIVÉB. 107
maU soiii iim face qui la relére et Teanoblit [Ullmnmi^ AelDfUiatere)! V. d. Befbrmi, II, p.6S, seq ). Les premiers colons établis à Newhaven, dans le GoDoécticut, pratiquaient la communauté de biens, de telle sorte que les terres étaient partagées entre toutes les familles, suivaat le nonibre des personnes qui composaient chncune d'elles, et la quaii«tité de bestiaux qu'elle avait amenés : les achats et les rentes se faisaient au nom de la communauté. Il en fut de même dans le Massachussetts» pendant les sept premières années {Ebeling, Gesehichte und Ërdbeschr. der Vereinigtéti Stasten^ Ih p. 301; I, p. 1(57). La communauté de biens, d'abord en usage chez les HêrrnhHttê de Betliléein en Pensylvanie (dé 4743 é 1763)) fût supprimée lorsque le nombre des colons se futcon-^ sidérablement accru {Eêelingt lY, pi 717). La communauté de bienb des Skokers (Trembleurs) et des Rappistes luthériens {Buckingham^ Ëastern States, II, p. S14, 427; PriM Neuwitd, Beise in Nord Amerikn, I, p. 186, seq.). Sectes russes qui pratiquent la communauté des biens, V. Hàûcthansen (StBdien, l, p. 366^ 407). Harlew (Ghristliche Elhik, S 50) dislingue fert bien le double point de vue € antiohrétien » etff p»BudO'ihréîien » sous lesquels on a coutume de réclamer la com*munauté de biens. L'idée chrétienne sur celte matière (V. Eph.^ 4> 18; Thessal., I, 4, 11 ; II, 3, 12 ; Matt,, 6, 24; I Petr., 4, 10 ; Matth,, 36^ 7' il) est taxée d'hypocrisie par un grand nombre de eocialistes : il est facile, disent-ils, quand on vil à son aise, de dépeindre au pauvre la misère dans laquelle il gémit comme une préparation pour le ciel, de prêcher le mépris des biens de la terre, etc. Mais on oublie ici que l'Evangile commença d'abord é être annoncé à une époque où régnait la misère la plus rude, el que Nôtres- Seigneur lui-même et la plupart des apôtres appartenaient aux plus humbles classes de la société (Luc, 9» 58). Pu reste, plusieurs Pères dePEglise se sont servis, pour exhorter les fidèles â la charité^ de pareles que les sacialtstes modernes exploi» teat comm€ une mine féconde. Y. VUlegardelie (Histoire des idées sociales, 1846, p. 61, seq.).
(4) ArtHote exprime déjà celte pensée, qu^oA porte irés-peude sollU citude aux propriétés communes (Polit., II, I, g 10). a On concourt an* jourd'hui à qui travaillera (il us et mieux. On concourra sous votre ré-^ gime à qui travaillera moins el plus mal » {Bastiaty Harmonies écon.y ch. vin). Lorsque les premiers colons de la Yirginie abandonnèrent le Système du travail en commun et du loini-stock-company, « on fit en un «eul jour autant qu'on avait fait en une semaine, et 3 ouvriers expédièrent imtant de besogne que 30 auparavant » (Purchas^ Pilgrims, lY, p. 1766 y Bancro/t, Hisiory of Ihe Un. States» I, p. 161). Même dans la Nouvelle-Angleterre, au milieu d'hommes excelleuts, accoutumés au travail, qui se résignaient à tant de sacrifices afin de garder leur foi^ hi communauté de Mens fui presque sans interruption aceompuguée
188 COMBfUNAUTÊ DE BIENS
d*nne affreuse dif^ette ; cette situation changea en 4623, dés qu'on adroit la propriété privée, rendue héréditaire en 1624 [BancroftX p. 340). Les colons militaires de rAlgéric, soumis au régime de Pcxploitation en commun, sollicilèrent avec instance, au bout d'une année, la suppression dé ce système, propre seulement â faire des paresseux : et pourtant il ne s*y trouvait que des hommes à peu prés du même âge, robustes, habitués à la discipline et à la communauté du service, entretenus d'ailleurs par le gouvernement, qui leur fournissait l'argent et les vivres nécessaires. V. le rapport du maréchal Bageaud (Revue des Deux-Mondes, I^ juin 1848). (( Les associations françaises (depuis 1848) qui avaient pour objet le travail en commun ont péri presque toutes » (Michel Chevalier Journal des Débats, 3 février 1851). Les seize phalanstères fouri^ristes, fondes aux Etats-Unis de 1840 â 1846^ étaient tous dissous en 1855 {Pelz, D. Vierteijahrsschrift, octobre 1855, p. 205 seq.).
(5) Au reste, on ne saurait, pour être impartial, faire valoir le mauvais succès des ateliers nationaux de 1848 comme une réfutation pratique des utopies socialistes, parce qu'on n'avait pas alors l'intenlion d'en faire une expérience sérieuse. V. E. Thomas (Histoire des ateliers nationaux considérés sous le double point de vue politique et social, 1848).
(6) Les socialistes oublient d'ordinaire que la plus grande partie des jouissances, dont ils croient les classes pauvres exclues en vertu du droit de propriété, n'existeraient pas sans ce droit [Spittler, Polilik, p. 356, seq.). Ceci s'applique aussi aux objections ingénieuses de Hugo (Droit naturel, $ 208, seq.). On sait qu'une des déclamations du socia* lisme qui produisent le plus d'effet consiste â présenter la vie moyenne des classes inférieures comme beaucoup plus courte que celle des classes supérieures. Cette différence, on la signale comme une véritable spolitition exercée au détriment des malheureux, auxquels on ravit un pareil nombre d'années d'existence, ti h société actuelle est déclarée coupable de ce méfait. Mais on oublie entièrement que, il y a quelques siècles, la vie moyenne était plus courte encore, et que, « grâce au développement de la société actuelle, » les classes pauvres ont elles-mêmes beaucoup gagné sous ce rapport, et les riches n'ont fait qu'y gagner davantage (§246).
(7) La communauté de biens n'aurait pourtantpas les résultats, même momentanés, qu'on en espère. En Prusse, par exemple, en 1854, sur 361 habitants, il s'en rencontrait un qui payait l'impôt sur le revenu', c'est-à-dire un habitant qui jouissait d'un revenu de 1,000 thalers ou au delà (1,058 thalers en moyenne) (KrieSy TûbingerZeitschrift, 1855, p. 386). Combien peu gagneraient les pauvres à dépouiller les riches! La consommation personnelle du riche n'est pas, enfin de compte , si considérable^ et si ce qu'on appelle luxe venait à disparaître, une foule
ET PBOPRIETE PRIVÉE. 189
innombrable d'individus perdraient leur ga{^ne-pain. V.i4(2. Smith (Vf, of N., I, ch. II, 2). On aurait tué la poule aux œufs d'or, pour s'en partager un peu plus également les restes.
(8) Sa6eti/ proscrivait les sciences et les arts. On ne devait plus apprendre qu'à lire, à écrire, à compter et un peu de géographie de la France; des censeurs auraient veillé au maintien rigoureux de ces prescriptions. V. rhabile critique de Proudhon (Contradictions, cb. xii).
La pilupart des théoriciens de la communauté des tiensy comprenant plus ou moins la portée de ces objections, ont imaginé d'y ajouter rorganisationdu travail{{)^ c'est-à-dire une direction centrale de toute production et de toute consommation, dévolue à la puissance publique telle qu'elle existe, ou telle qu'on voudrait l'établir à nouveau. Ce serart fonder un despotisme comme il n'en a jamais existé de pareil, un césaro-papisme qui usurperait en même temps le pouvoir àepère de famille universel ('i). D'un autre côté, les maux déjà signalés n'en continueraient pas moins à sévir. Tous les mobiles, qui portent actuellement l'homme à l'activité et à l'économie, seraient supprimés, pour ne laisser subsister que la philanthropie universelle, ou, si Ton veut, le patriotisme , sentiments qui ne nous sont pas étrangers ! Cette espèce de tutelle s'exercerait avec une nonchalance déplorable, parce que (j'admets ici l'hypothèse la plus fiworable ) elle serait désintéressée. Personne n'ignore que le service public ne peut, à la longue, éveiller le même zèle, ni produire autant que l'industrie privée. On sait également quelle relation étroite il existe entre la liberté politique d'un peuple et sa production économique ; si l'Angleterre est de beaucoup plus riche que la Turquie, c'est qu'elle possède des institutions libres, au lieu de porter le joug comme les populations ottomanes (3).* Qu'arriverait- il donc, si le despotisme gouvernemental prenait des proportions bien plus exa-
190 COMMUNAUTÉ DR IlEfTS
gérées que celles qui ont jamais éié essayées en Turquie ;jsi le despote, au Heu d'être un seulhomme, entouré d*up petit nombre de fonctionnoires, s'incarnait dans la multitude, ayant k »a disposition des milliers d'yeux et de bras? | Ce sertit comme si l'on faisait escorter chaque producteur par un agçnt de police et par un contrôleur des douanes.
Et qu'y aurail-on gagné? Il y aurait, comme avant, une répartition des biens qui paraîtrait à beaucoup entachée d'injustice, alors flue le paresseux et Tignorant recevrait absolument la même rétribution que Thomme diligent et habile (4). L'opposition que Ton déplore tant entre une partie de la société et la masse serait tout aussi vivace : seulement aujourd'hui elle vient des faibles, tandis qu'à l'avenir elle viendrait desjorts (5). Avant Hout, une communauté formée par la contrainte est beaucoup plus exposée aux collisions et même aux crimes que l'Isolement des producteurs. On le sait, un voyage à pied, entrepris en compagnie d'autres personnes, est la meilleure épreuve de l'amitié. La communauté des biens serait, dans le sens le plus strict du mot, un voyage à pied entrepris sur le chemin de la vie, avec d'innombrables amis. Chacun croirait avoir droit à tout ce qui lui plairait. Et qui serait appelé à décider , alors que tant de communistes prêchent la suppression totale de l'autorité, r««arcfctef— D'ailleurs, H n'est pas douteux qu'en dépit de toutes les lois, la diversité des talents et des besoins amènerait bientôt une différence dans les fortunes. Il feudrait donc recommencer, à intervalles rap» proches, la révolution première. Véritable travail de Sisyphe! Les abeilles n'ont pas plutôt apporté leurs provisiona k la ruche que les frelons accourent et s'en emparent !
(1) Cçtle expresi^ion fut principalement mise eq avant par I^9^i0 fiUtm (Organisa lion du travail, 1841). Les principales idées praMMues dévç= loppées dans cet ouvrage sont les suivantes : destruction de la concarrtoei au moyen dea titfel%êr$ sociaux ; égalité dies aalafres ; Éiaiioti lé»
BIT t»iidt>itiKirË PAtvéïi. 191
gale du revenu des eapitaui ) éleqiion dei ehefîi par lea ouvrier!. ^ La SQlidarité est devenuci la devise de la plupart dei$ miQHst$s moderne^, en remplaçnnlia/î'fter^e. Du reste, le Droit naturel de Fichte (1796) et son Etat commercial fefnvi (^SOO) appartiennent terles aul esquisses le» plus reroarquablft f dôrt»rganisatidi)du travail; D Lé but est de dé«* trutre rorgani^j^iion existante» au lieu de U r^fçrmer et de la raj>unir| afin de réunir en un nouveau corps les membres dispersés du cadavrQ (chaudière de la magicienne Médée!). V. Corvajà (Bàncocrazia o il gran libro sociale, 1840).
(t) da colonie Icerie^pe, fondée par Gabet m Arnérique, ne eomptait que 107 enfants contre 298 adultes, et, malgré cette circonstance des plus favorables pour la production, elle n*a fait que de mauvaises affaires. Il y régnait un réfime «halogue à celui de nos maisons de correction. Mênne en matière religieuse, malgré la prétendue iolérance dent on se targuait, ceux qui ne partageaient pas les idées de Cabet étaient orficiellemertt désignés comme des infâmes ou des aveugles (D. Viertel- Jahrsschrift, iiC», octobre, p. 20B, seq.).
(3) Un ^age de rOrient présente comme Tidéai de la sécurité légale, une femme belle et parée de bijoux précieuij, qui peut traverser toul le pays sans courir le moindre danger. Que penserajt-il dpnc de nos Etats Européens où les orphelins eux-mêmes, non-seulement conservent leur avQir> mais le retrouvent eneore accru par tes intérêts, à leur majorité? (Barrow),
(4) L'égalité (du communwme). « Quoi! l'égalité sans avoir égard é la difl'érence des peines? On aura part égale, qu'on ail travaillé six heures ou dont e> machinalement ou avee intelligence^ --> rinais c'est de toutes les inégalités la plus choquante ^ (5^wl, flarmo«iei éeeae* miques, ch. viii).
(8) l^rôuéhon (Qu'est-ce que la propriété?) dît Irès-justément que le coœsnaoauié e'est la ftpolialion du fert par le faible.
L'expérience nou« apprend que h commmmé de bi«09 existe d'une manière {)ius ou n^pin^ complète, m milieu d'uie civili^dUon primiiive et dénuée dp ipute ricbeiee. C'eet peu è peti, et ddP3 une propprtioq parallèle au développeimut dit bien-être naaiériel et de la culture intellectuelle, que la propriété privée y tout à la fois effet et a^u^e i% cette transforma» tion, se de$si»e plu» pett^miut.
C'est ainsi que la plupart des peuples chasseurs et pêcheurs n'avaient, à Torigine, aucune idée de la propriété. En cela, rien que de très-naturel : la source principale de la production leur semble intarissable, et Ton ne peut guère songer à économiser sur le butin, quand on est simplement chasseur (1). Les tribus nomades considèrent aussi l'espace comme une immense prairie commune, et le brigandage leur semble, comme à tous les peuples à demi barbares, un mélier des plus glorieux. Les conquérants du Pérou y ont rencontré quelque chose de semblable à la communauté de biens, maintenue sous Tautorité despotique de TEtat, notamment le partage annuel des terres, distribuées à chaque citoyen selon son rang, et leur exploitation en commun sous la surveillance d'un employé de TEtat et au son de la musique. — Les terres constituent presque toute la richesse, au degré de civilisation auquel le Pérou s'était alors élevé. De là, les effets ordinaires d'une situation pareille : un pays comme le Pérou, avec une seule ville, dépourvu de bêtes de travail et de charrue, de métiers et de commerce, ne saurait être un pays riche (2). — Tout le monde sait que la constitution de Lycurgue établissait une sorte de communauté de l)iens parmi les Spartiates : qu'il nous suffise de rappeler l'éducation commune, les repas pris en commun, le vol autorisé (3), le commerce interdit, les métaux précieux et en général tous les objets de luxe impitoyablement proscrits , les terres partagées entre les citoyens par portions égales et inaliénables, etc. (4). Avec de telles lois, Sparte ne voulait ni ne pouvait devenir riche ; aussi, de tous les Etats de la Grèce qui ont mar<iué dans Thistoire, c'est la république de Lacédéraone qui a conservé le plus longtemps le caractère économique des civilisations arriérées. — Chez la plupart des peuples modernes, la pensée fondamentale de la constitution territoriale, qui remonte au moyen âge, consiste à n'envisager chaque famille que comme usufruiiièrey et la communauté comme pro-
priétaire du sol. Cette communauté immobilfère se manifeste notamment par la vaste étendue des bois ei des pâturages communaux, par renchevêtrcment compact des parcelles, dont les détenteurs font de temps en temps rechange (5), par une exploitation commune aussi développée que possible, etc. (6). Pendant toute la période du moyen âge^ ce n'est pas tant Tindividu que la famille qui passe pour propriétaire des possessions privées ; à la même époque , il existe une masse de biens de mainmorte , de biens de couvents, caméraux, domaniaux, etc. Ces institutions ont été successivement amoindries, h mesure que la production est devenue plus active et plus abondante.
(1) La coromunauté des biens et des femmes était pratiquée par les JchChyophages de la mer Rouge^ qui habilaientdans des cavernes^ allaient presque nus^ pillaient les naufragés et atteignaient rarement un âge avancé {Diodor., III, 15, seq.; Peripl. maris Erylhr., p. 12). V. ce que dit des Scylhes Strabon (VII, 3}. Communauté de biens chez les Caraïbe$y qui exécutaient ensemble leurs travaux, avaient des magasins d\'ipprovisionnement communs et des repas communs aussi, du moins pour les hommes {Rochefort, II, ch.xvi; B, Edwards, Uist. of the West Indies, I, p. 43, seq.). Tous les hommes valides chez les Kuskokwimers, dans rÀmérique russe, habitent ensemble (^rangelly Nachrichten, p. 129). Chez les naturels des îles Aleutiennes, on partage également, suivant les besoins, le produit de la pèche, du moins en temps de disette (FFraw^e//, p. 185). Il existe une organisation du travail trés-rigoureuse chez les Otomaques, sur les bords de l'Oréncque; cette peuplade est plus civilisée que ses voisins (Depons, Voyage, I, p. 295). En général, la communauté de biens, comparée d l'isolement absolu, doit être envisagée comme un progrès. C'est une erreur que d*y voir l'état primitif des choses, comme le font, par exemple, saint Amhroise (De off. miaislr., I, 28) et l'empereur Frédéric II, dans la préface de son Code de lois (1231). L'hospitalité des naturels des îles de la mer du Sud avoisine souvent la communauté de biens {Mariner y Freundschaftsinseln, p. 75-81; Klemm, Rullurgeschichte, IV, p. 398). Sur l'origine de la propriété chez les Esquimaux, V. Klemm (II, p. 294).
(2) Les Espagnols trouvèrent au Mexique, lors de la conquête, la pro* priété du sol chez les grands; mais chez les paysans les terres étaient
possédées et exploitées en commun, les réserves communes, etc. (/îo-
T. I. is
194 COMMUNAVTÈ DB BIENS
bertson, Hist. of America, t. YII). L'agriculture avait ai peu 4Hmpor* lance^ que la petite armée des Conquistadores cmsaii souvent la famine au passage.
(3) Les Teherkesâes regardent pareillement le vol cemme un acte glorieujb, pourvn toutefois qu on ne ae hiatepas surprendre en flagrant délit. V. Koch (Reise in den Kaukas, Islhmus, I, p. 370, seq.); Bell (Journal of a résidence in Circassia,!, p. 181 ;!!, p. 20J). Dans l'ancienne Egyple, les voleurs formaient une corporation (Diodor., î, 80) (?).
(4) Quelle terrible i orf animation du travail a que celle de Sparte avec la scmi- communauté de biens 1 Qu'on se rappelle l'exposition des enfants autorisée par la loi, le mode d'éducation, qui êlait Téqui valent d'une sentence de mort prononcée contre les hommes d'une constitution débile^ la sévère hiérarchie de Tâge, etc. «. Péutarque apprécie le brouet noir ce qu'il vaut (lostit. Lac.,î). Li^ cemmunauté de biens dansTilede Crète s'appuyait principalement sur des rapports contre nature prescrits par l'autorilé; moyen efficace de prévenir l'excès de la population f (Plat., De legff., I, p. 636; Arislot., Polit., II, 8).
(5) Cœsar (Bell .Gall., Vi^ â2) attribue cet usage à des motifs curieux.
(6) On rencontre en Russie beaucoup deces institutions, encore en vi-> §ueur dans les campagnes : les enfants n'héritent p«a ; la commune possède tout le sol sous la direction sévère d'une sorte de puissance paternelle lletive; chaque nouveau-né dan» la communauté est appelé aux mêmes droils ; l'aclivilé iodostrielie est basée sur l'association des communes; le tout combiaé dans un système hiériarchique qui va se développant, jusqu'à l'empereur lui-même. V. HasUhausen (Studien, I, prétoe.)
De nos jour», \im teadance opposée, et dou moins importante, semble se manifester : parioat, avec les progrès de la civilisation, raction de TEtat étend son domaine. Tandis qu'à Forigine le gouvernemeuL avait pour mission unique de prot^er la séeurité des habitants contre les attaques du dehors , il s*est successivement occupé d'asseoir aussi la sécurité légale du dedans, en fmsant respecter U paix intérieure, en réprimant les vengesnees privées, etc. ; il a ensuite étendu sa sot- Ircilude au bien-être du peirple, à la culture, et même à ce qui peut rendre la vie plus commode. Mais les besoins de TEtat
RT FROPRIÈTB PR1VBB# ]9.1
atigiB«iil6m dans la proponidn dos tervUes reudui. PiUdaut que L&we (i8SS) n'évaluaiile fetenu net annuel du peuple aii« glais qu'à !ifôl millions de livres st0rliiig« Us dépense» publia que» (1)^ en 181S et 1814^ ont absotbé en mojedne 106 miU liofts steriiiig, et celsi en verlu de budgets Ubremeni Yotés pur lanalion. Tandis que^depuis 1685 jusqu'en 1841, la population de l'Angletere a un peu plus que triplé« les dépenses se sont élevées aune somme quarante fois plus considéi'able [M^^eaulay] # En même temps^ on pratique de plus en plus Texpropriatieh pour cause d'utilité publique^ et les biens le plus légitimement acquis se subordonnent à Tintérèt général. Il nous suffira de mentionner la conscription des temps modernes, la landwehr^ et Tinsiruction primaire, rendue obligatoire dans certains pays \ le grand nombre d'assoeiatiofls, de sociétés par actions, de fêtes populaires, et surtout les assurances contre les dangers fortuits de toute nature. Tout ceci nous permet d^affirmer qu'en fait nous nous sommes rapprochés de la ùmnmunauté de biem beaucoup plus qu'on n'aurait osé l'imaginer il y a un siècle. Ce sont surtout ces institutions diverses qui mettent en relief et qui caractérisent les forces et les aptitudes de notre époque : Si Ton veut comparer la puissance de deux peuples, il ne faut pas seulement tenir compte des éléments qui constituent la force intellectuelle et la force physique, mais étudier avec une attention particulière la disposition à grouper ces ressources pour les faire servir à Tinlérét général (2).
Quel est le point au delà duquel cette communauté, toujours accrue^ cesse d'exercer nue influence salutaire ? Autant il est facile de formuler une réponse générale, autant la solotioï» présente de difficulté dans les cas particuliers. Les progrès de eette GOBamunauté d'avoir et d'action ne sont favorables qu'autarrt qu'ils correspondent aux progrès fatits par le sentlmefit des intérêts communs. C'est ainsi que la charité chrétienne envers les pauvres, s'élevât-elle à la hauteur de l'évangile selon saint
Luc (III, il), ne fera aucun obstacle au développenotent de l'économie publique, tant qu'elle ne sera exercée et acceptée que comme un bienfait de la religion. C'est Tamour dont le cœur des riches est rempli et non point la convoitise haineuse des pauvres, qui doit ouvrir la voie à cette application volontaire de la communauté des biens. Si tous les hommes étaient de vrais chrétiens, la communauté de biens pourrait exister sans danger ; mais alors aussi la propriété privée n'aurait pas de mauvais reflet, car chaque maître donnerait aux ouvriers qu'il emploie le salaire le plus élevé possible, et il ne leur demanderait que les sacrifices strictement nécessaires (3).
(l)Sans compter les dépenses des églises, des écoles, des établissements de bienfaisance, etc.
(2) Les aberrations du saint-simonîsme sont fort instructives à cet égard. Dans mainte circonstance, le fondateur de la secte a manifesté un souverain mépris pour le libéralisme et pour le gouvernemeiil constitutionnel (ce bâtard du régime féodal et du régime industriel j; il a, en même temps, conseillé au pouvoir de se placer, comme autrefois Louis XI, à la tête des « industriels » contre la classe moyenne (OEuvres de Saint-Simon, éd. 1841, p. 44, 148, 209). Bazard (Exposition, p 76) veut supprimer tout antagonisme entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle, toute opposition en Thonneur de la liberté (méfiance or ganiséfi des parlements \) et toute concurrence, l/éducatiou même sera établie d*aprés la capacité sur laquelle les chefs légitimes de la société seroiïi appelés n prononcer (p. 280j. Il soumet à la juridiction criminelle tous les délits, c'est-à-dire tous les actes inopportuns, même dans le domaine de l'art ou de la science. Cette Juridiction doit être exercée, suivant la procédure des tribunaux de commerce, d'une manière sommaire, sans appel, par le ministère de /ur^fs (p. 317, seq.). Tous les rapports de propriété seront déterminés par la décision arbitrale des chefs d'industrie (p. 326). Bazard prêche partout, comme la seule vraie politique, la domination du génie et du dévouement, et, d*uu autre côté,la confiance et l'obéissance (p. 330). On a comparé la doctrine de Saint- Simon au Bonapartisme!
(3) Si nous excluons, par la pensée, delà communauté de biens^ tous les éléments nuisibles* et si nous y ajoutons tous les aiguillons ei tous les freins nécessaires, il en résultera un état de choses absolument analogue à ce qui résulte aujourd'hui d'une saine économie publique (Edinburgh R., January, 1851).