XVI PREFACE
truit ; et, sous prétexte de le déraciner, on s'attaque aux bases éternelles sur lesquelles repose la société humaine, aux lois que l'homme n'a pas faites et qu'il ne lui est pas donné de changer.
Le monde n'est plus qu'un vaste laboratoire dans lequel on se croit appelé à multiplier les expériences les plus téméraires : l'humanité n'est qu'une pâte flexible que chaque prétendu penseur veut pétrir à son gré, en la maniant arbitrairement, sous les faux dehors d'émancipation et d'indépendance.
Et, en ejBfet, si la volonté humaine est toute-puissante, si les Etats ne se distinguent que parleurs frontières, si tout peut changer comme un décor d'opéra, sous la baguette magique d'un système, si l'homme constitue arbitrairement le droit, si l'on fait manœuvrer les peuples comme un régiment, quel champ immense pour l'applicati-on des rêves les plus audacieux, et quelle tentation pour s'emparer du gouvernement des choses humaines, si flexibles et si malléables! pour détruire et les droits du capital, et les droits de la propriété, afin de satisfaire sans peine d'ardentes convoitises et de fournir un aliment à la jouissance I Les Titans ont tenté d'escalader le ciel, et c'est pour aboutir au matérialisme le plus dégradant : le dogmatisme purement spéculatif s'abîme dans le naturalisme.
Tout a changé, hommes et choses ; cependant les mêmes déclamations continuent ; on veut encore retourner ce sol, que la herse de la révolution a récemment labouré, et l'on croit marcher dans la voie du progrès! On ne s'aperçoit point que l'on se trompe d'é-