PRÉFACE. XVII
poque, et que les anciennes hardiesses sont devenues un contre-sens. Sans s'inquiéter de savoir de quel côté penche le monde nouveau, on répète les mêmes paroles, on jure in i!erba magistri, et l'on vogue en pleine routine de destruction, en croyant faire du nouveau I
Rien de plus naturel que de voir ces excès provoquer un excès contraire. Par haine et par crainte de l'absolutisme révolutionnaire, on se réfugie dans l'absolutisme gouvernemental, ou bien on se rejette vers le moyen âge, et l'on présente le lien mutuel de protection et de dépendance de cette époque, comme l'idéal et la réalisation de la vraie liberté. L'histoire n'est plus le développement organique de la vie sociale, et l'homme, auquel un caprice irréfléchi a fait dépasser son étage, doit rebrousser chemin.Xa réaction se dessine vigoureusement ; le passé est opposé au présent, non comme enseignement dont l'on doit profiter, mais comme modèle qu'il faut se hâter d'accepter, et Ton devient révolutionnaire à rebours.
Cependant l'histoire , sévèrement étudiée , ne connaît ni ces défaillances ni ces complaisances ; elle ne descend pas à l'apothéose d'un passé qui ne peut plus revivre. Le véritable esprit historique consiste à bien discerner ce qui appartient à chaque époque ; son but n'est nullement de rappeler les morts à la vie, mais d'expliquer pourquoi et comment ils ont vécu ; d'accord avec une saine philosophie , elle assigne aux écarts de la volonté arbitraire une limite que celle-ci ne peut pas dépasser. Elle ramène sans cesse, des hauteurs de l'abstraction, aux faits et aux choses positives.
XVUI PRÉFACE.
Dans les créations systématiques, op n'oubliait qu'une chose, les hQmmes, que Ton traitait pomme des chiffres, car le despotisme intellectuel a cela de commun avec toute autorité 4espptique, L'histoifp nous enseigne qu'on n'arrive è^ rjen de grand ni de durable qu'en s'adressant ^ l'âme; si celle-ci décline, il n'y a plus ni grandes pensées ni grandes actions. Les sociétés ne vivent que par l'esprit qui les pénètre. EJUes peuvent, pour un moment, subir l'enipire de la force, mais elles n'obéissent à la longue qu'4 la justice.
C'est ainsi que s'est accomplie la plus grande révolution dont le monde ait offert le spectacle, celle que le christianisme a accomplie. Il ne s'est adressé qu'à l'âme; cependant, en changeant les cœurs, il a trans* formé la société tqut entière,
La lutte ardente entre un dogmatisme impérieux et une tentative fausse et inintelligente 4e retour eq arrière, se résout en une Y^e plus haute, qui permet d'unir la conservation au progrès. Les tentatives violentes et les essais téméraires risquaient d'envelopper dans une répulsion et dans nn dédain commun les plus nobles enseignements de la philosojphie, et, d'un autre côté, un respect aveugle pour les institutions consacrées par l'histoire menaçait de produire l'abdication de tout exan^en et de tout libre jugement.
Mais une doctrine plus saine a permis de comprendre que nous continuons toujours l'œuvre des générations précédentes; nous développons les germes qu'elles ont successivement déposés, nous perfectionnons ce qu'elles ont ébauché, et nous laissons tpmber ce qui cesse de rencontrer un appui dans l'état social.
Pp^F^PPr XIX
Tout se lie, tout s'enchaîne ej; ripn ne se répète ; les espérance^ (Je yénqvation subite p| tQtftle, assises sur des formules a])8Qluesi, s'évanouissent au contact de cette étude réfléchie; pn apprpnd au contraire combien sont solides et inébranlables les réformes qui ont comniencé par s'eqaparer des esprits, et dont la notion précise et déterminée avait pénétré l'âme des populations, avant que d'éclater 4ans les faits.
I^e droit et l'écpnQmie font partie de la vie des nations, conime la langue et les mœurs. La puissance de riiigtoire ne contrarie en aucune manière la suprématie de la raison.
Les deux tendances, historique et rationaliste, se trouvent partout en présence; c'est une lutte éternelle qui se renouvelle à toutes les périodes, sous des noms différents et sous des formes diverses; le fait accompli et la pensée rénovatrice se partagent le monde ; tantôt ils en modèrent et tantôt ils en précipitent la marche. Mais ces deux forces , loin de compromettre les destins de l'humanité, par leur action en sens inverse, les maintiennent et les balancent, comme les impulsions contraires qui, sous la main du divin architecte, peuplent l'univers de mondes qui gravitent dans l'espace !
Un juge compétent, M. Cousin, la dit, l'histoire de la philosophie est le flambeau de la philosophie même; on connaît les remarquables travaux qui l'ont