‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 83 sur 92 · DEMANDE · texte numérisé non relu

DEMANDE

La demande de Tacheteur a pour principe la valeur en usage, suivant que celle-ci répond à la nécessité, à la convenance ou au luxe (1). Ne pas donner satisfaction aux premiers besoins de l'existence,, c'est compromettre la santé ou la vie ; s'il s'agit des besoins de convenance^ c'est compromettre la position sociale de l'homme. Dans quelle catégorie faut-il ranger chaque besoin en particulier? Cela ne dépend pas seulement de la nature du pays et des mœurs de ses habitants, mais aussi et surtout des habitudes de position et des opinions individuelles (2). Un homme raisonnable n'emploiera en dépenses de convenance que le superflu que laissent disponible les dépenses nécessaires, et ne se permettra les dépenses de luxe que s'il lui reste encore un excédant considérable (3).

Quand la valeur en usage d'un objet augmente ou diminue, toutes les circonstances demeurant d'ailleurs les mêmes, le prix s'élève et s'abaisse dans la même proportion (4).

(1) V. Genovesi (Economia civile, II, i, 7). Suivant Boisguillebert (Traité des grains, 1, 4), lés besoins croissent à mesure que le bien-être augmente, et Ton passe successivement àiinécessaire au commode^ puis au délicat, au superflu et au magnifique ; la misère leur fait suivre une marche absolument inverse. Hermann {loc. dl., p. 68) distingue entre les biens d'absolue nécessité, ceux qui contribuent aux agréments de la vie (amusement, distraction), les biens qui servent à la culture intellectuelle ou au luxe.

(2) Ainsi, à Naples, le pauvre lui-même a quelquefois besoin d'un verre d'eau glacée ; l'usage multiplié des réfrigérants a singulièrement

«mélioré la s«nté publique (f?«^/iue«,(vDinaelde vod Neapet» I, p. 37, feq.). Les fourrures sont, «u contraire, daos les contrées septeotriooales, un objet à% première nécessité. Les journaux répondent dans les pay» libres à un besoin bien mieux senti que dans les autres. Senior dit t|uf les souliers sont necessaries pour tout Anglais dont la santé soufTrirait 81I en él^iit privé, tandis que pour les classes inférieures de l'Ecosse ils ne sont que luxuries ; celles-ci, grâce à Tempire de Thabitude, peuvent aller nn -pieds sans aucun inconvénient physique et sans dégradation morale. Pour la classe moyenne, en Ecosse, la chaussure est decency : elle porte des souliers pour garantir non les pieds, mais la position sociale. En Turquie, le tabac est decency et le vin Itixury ; c^est toutTopposé en Angleterre (Outlines, p. 36, seq.).

(3) /. Tucker distingue necessaries, com forts and eonveniencês of lAa rtspeotwe conditions^ eleganeiii$ cind reftnetnentSj enfin grand and mçtfinificent. Quant au contraste relatif entre tetnperançe eieapcess^ chacun doit : a. ne pas dépasser son revenu ; 6. veiller aux intérêts de sa famille et de tous les siens; c. économiser pour les cas de nécessité; d, se mettre en état de sQeourir les pauvres^ etc.; e, ne rechercher aucune jouissance qui puisse nuireau corps ou à Tàme ; /. uq point donner de mauvais exemple (Two sermons, p. 29^ seq.).

(4) Ainsi, par exemple, le prix de beaucoup d^articles de noir monte par suite d'un deuil public inntlendu, comme c'est arrivé à Paris d'une façon extraordinaire lorsque mourut le roi Henri H {Montanari, Délia moneta, p. 85^ Custodi). Par un revirement contraire, un changement de mode peut faire tomber le prix de plusieurs marchandises d'une manière très-sensible (§ 208). Des médicaments ont beaucoup renchéri à l'époque du choléra ; ainsi le prix des sangsues haussa d'environ 600 pour 100 à Paris, Lorsqu'une guerre éclate, le prix de U poudre, des chevaux, etc., augmenta immédiatement ; il en estde même du prix du fer quand on construit un grand nombre de railroutes. Eu Circassie, une bonne cotte de mailles se vendait précédemment de iO i âOO bœufs; mais depuis qu'on a reconnu qu'elle n'était pas à Tépreuve du boulet, elle vaut à peine la mpitié (iBe//, Journal of a résidence in G., I, p. 403).

Quand ToflVe diminue pour les objeti de luxe, le prix monte ; mais comme beaucoup d'acheteurs ne sont plus en état de les payer, la demande diminua pareillement, et le prix s'élève

beaucoup mo\m que ne l'aurait fait supposer 1^ restriction de l'offre. Par coptrp, l'açcroisseDoent de Toffrp, qui produit h J^aisse du pri^^ multiplie les denoandes, lorsqu'il s'agit de biens ioiii la popspfuwatiori est susceptible de prendre un grand développement (1), ce qui modère le «louvement de baisse.

Il eu est tout autrement des bien$ dune indispemable nécessitéf pompe le blé, par exemple. Quand le manque s'en fait sentir, nous aiii)ous i^iieox retrancher spr tous les autres objets de.consompaation, plutôt que d'économiser sur le pain. Après une récolte abondapte, abstraptiou faite d un gaspillage irréfléchi, la copsoipmation augmente par suite du blutage perfectionné de la farine, dp l'application des céréales à la nourriture du bétail p( de la distillation des esprits. La demande up sui^ doue jamais une warcbe parallèle à Toffre; de là vient aussi que les biens d'une nécessité indispensable subissent de^ oscillations de pri$ beaucoup plus considérables que cpux d'une nature différente (2). — Le prix du grain, en particulier, varie d'ordinaire dans une proportion beaucoup plus forte que celle qui devrait résulter de la quotité des récoltes (3), bien qu'une échelle q)athématiqu6, comme celle de Gregpry King^ ne puisse rencontrer ici une application générale et absolue (4). Les cultivateurs sont partout obligés de conserver une partie de leurs approvisionnements en grpilis pour les semailles, pour leur^ propres besoins et ceux de leur maison, etc., etc., au lieu de les porter au marché. Ce n'est que dans le cas d'une nécessité absolue qu'ils se décident ^ prélever quelque chose sur cefteporiipu réservée. Or, la proportion de cette quantité avec l'ensemble des récoltes varie singulièrement de pays è pays (5). Chez les peuples très-avancés, où les payements en argent ont remplacé les payements et les redevances en nature, etc. } QÙ le cultivateur solde ses ouvriers presque toujours en ar<» gent, en sorte que ceux-ci se procurent comme tout le monde leur subsistance au marché , le déficit de la récolte sci répart||

sur un approvisionnement beaucoup plus considérable, et il affecte en conséquence beaucoup moins les prix que cela n'a lieu chez les peuples arriérés (6). L'influence d'une mauvaise récolte sur le prix, la chose se comprend d'elle-même, différera de beaucoup suivant l'importance de l'importation ou de l'exportation des céréales, et selon que cette récolte a été précédée de plusieurs années d'abondance ou de mauvaises années. — Le prix des marchandises de première nécessité est encore singulièrement susceptible de variation sous un autre rapport : la seule appréhension d'une disette a des conséquences beaucoup plus graves et plus étendues que celles qu'entraînerait la crainte de manquer des objets de luxe. Â supposer même que la récolte ait été bonne, si le temps contraire vient entraver les travaux de la campagne, le prix du grain augmente aussitôt dans les pays où l'esprit de spéculation est éveillé, parce que la perspective de la récolte future suscite alors des inquiétudes (7).

(1) Epiceries fines, vins, éloffes de soie, etc.

(2) Necker avait déjà fait celle observation (Sur la législation et le commerce des grains, 1776). V. Roscher (Ueber Kornhandel und Theuerungspolitik, 1852, p. 1, seq.). Ainsi, à Athènes, le médimne de froment, qui coûtait d'ordinaire 5 drachmes, s'éleva jusqu'à 1,000 drachmes pendant le siège de cette ville par Sylla (Demosth,^ adv. Phorm., p. 918; Plutarch., Sylla, 13)..V. Il Rois, 6, 25, 7, 1. A Paris, pendant le siège que le roi Henri IV mit devant cette ville, les prix s'élevèrent à cinquante fois la valeur ordinaire (Latiderdale, Inquiry^ p. 60, seq.). Au siège de Brisach, en 1638, un rat valut en dernier lieul florin, un quartier de chien 7 florins, et un quart de froment jusqu'à 80 thalers (RSse, Leben H. Bernhards M., II, p. 269).

(3) Le prix du blé est assez souvent monté en Angleterre de 100 à 200 pour 100, lorsque la récolte ne donnait qu'un sixième à un tiers audessous de la moyenne, et que l'importation étrangère elle-même n'avait pu modifier cette situation (Tooke^ Ilistory of priées, I, p. 10, seq.). Toofte pense qu'avec les lois des pauvres en vigueur en Angleterre une récolte en déficit d'un tiers, sans l'importation ou les réserves, ferait linonter le blé à un prix cinq, six ou même dix fois plus élevé (p. 15).

(4) V. Davenant (Political and commercial Works, London, 1771, II, p. 224). Tooke Ta reconnu jusqu'à un certain point. D'après cela,

un déficit dans la récolte de 10 <^/« augmenterait le prix du blé de 30V«t

(5) En Angleterre, 28 pour 100 de la récolte (Quarlerly Rev., XXXVI, p. 425) ; par conséquent, 38,8 pour 100 du blé qui vient approvisionner le marché. En Belgique, 40 pour 100 ; en Saxe, au moins 50 pour 100 (Engel, Jahrb. der Slatistik, etc., von Sachsen, I,p. 276).^

(6) Sur la différence qui existe à ce point de vue entre TAnglelerre, TAllemagne et la Norwége septentrionale, V. Hermann (loc, cit., p. 71).

(7) De là vient que le blé enchérit non pas seulement lorsqu'il manque, mais aussi du moment où Ton croit généralement au déficit. V. ci-aprés, % 129, pourquoi le blé et les biens analogues ont, en embrassant de longues périodes, des prix à peu prés invariables.

Outre la valeur en usage de Tobjet demandé, Tacheteur tient compte des moyens dont il dispose. La demande faite dans des conditions de solvabilité réelle peut seule agir sur le prix (1). Une nation, par exemple, composée presque exclusivement de prolétaires aura, après une mauvaise récolte, à déplorer de nombreux cas de mort causés par la faim, sans que le prix du grain s*élève beaucoup (2). Lorsque, au contraire, la plus grande partie des habitants est dans l'aisance, lorsque les riches viennent en aide aux malheureux par des largesses privées, par la taxe des pauvres, etc., on ne saurait assigner de bornes au renchérissement du blé. Par une corrélation inévitable, à mesure que le prix des biens d'une nécessité indispensable à la vie augmente, la demande des objets dont il est plus facile de se passer se ralentit, et réciproquement (3). Plus le prix d'une marchandise s'élève, plus se rétrécit naturellement le cercle de ceux qui peuvent la payer (4, 5).

(1) G^est ce qui arriva à Naples, où, après une mauvaise récolte, ^e prix du blé demeura néanmoins trés*bas, parce que l'huile avait roan-

U6 0Û I^Rlt.

que |)aréllt«ftiént, et que les pauTfeâ rie pouvaiéfli rien gagher faute de trotttrer à s'occuper dans cette industrie vitale pour eux, et vice versa (Gatiani, Délia moneta, II, 2). Âd, Smith (W. of N., I, eh. vu) distingue ainsi entre effectuai et absoluts demand. J, Steuart (Prînciples, T, ch. tfUi) avait déjà fait la même distinction. Les Allemands distinguent sous ce rapport la demande et le désir,

(2) Témoin la famine qui ravagea rirl.mde en 1821; les pommes de terre atteignirent alors à un prix vraiment fabuleux^ tandis que le blé n'enchérit presque pas, ce qui obligea de Texporter tant que dura le fléau.

(3) Tooke (History ôf priées, 2* édit. des Thoughts and détails, etc.] atteste ce fait, qui se reproduit presque régulièrement, savoir, que qiinnd le blé enchérit, les denrées coloniales et les produits fabriqués diminuent de prix et réciproquement. En Angleterre, la rente monte de 2 ou 3 pour 100 dans les boniies années, au-dessus du coûts des années qui n'ont donné qu'une mauvaise récolte {Lauderdale^ Inquiry, p. 93). La Grande-Bretagne a payé, en 1845, plus de 19 millions 1/2 de livres sterling pour le coton qu'elle a employé, et 9 millions 1/2 seulement en 1847 {Banfield, Organization of industry, p. 162).

(4) Partant de cette donnée, J.-B. Say a dit que les richesses disponibles d'un peuple sont comme une pyramide sur laquelle on aura tracé l'échelle de« prix des diverses marchandises. Plus on se rapproche du sommet et plus la couche correspondaiile de la pyramide se retrécft. . V. sir W, Temple (Essay on ihe origin and nature of government : Works, l, p. 23).

f5j Celle circonstance, rapprochée de la précédente, explique pourquoi un coupon d'étoffe est proportionnellement meilleur marché que la pièce entière, tandis qu'une petite coupure de papier public vaut -( relativement plus cher qu^une grosse coupure (Lauderdale, ch. i).

ovwmns ^

Quand il s'agit d'échanges isolés, le Tendeur tient d'abord compte de ip valeur en usage : il met en parallèle la satisfaction que peuvent lui procurer le bien à donner et le bien à recevoir. Mais cette appréciation, tout individuelle, est sujette à l'erreur, et exposée au danger de la fraude (1). Dans un état économique régulier, le vendeur porte presque exclusivement son attention sur la valeur en échange de ses marchandises.

«ti PRIX. 24'?

(1) L'ité dé llhbde-Istand fut, dit-dti, achetée des hûïttii, en 16âl, Ynoyennant une paire de luneltes (B, Franldm^ PoHUcalui. pieoet, p. 107); pour 50 rangide corail, 12 haches et iâredingotes, s'il faut en croire Chalmers (PoHticalAnnalsof iheUn. Stales).V. Ebeling (Ii,p. 108). LesdrapsdeHoIlapde etTôpiath furent échangés fort longtemps à Sumatra contre de la poudre d'or, pour une Taleur décuple (Saalfêldy Geach. des holK Kolonialwesens, I, p. 260). La Gompegnie de la baie d'Hudson aurait, dît-on, au commencement du dernier siècle, vendu aux sauvages, avec un bénéfice de 2,000 pour 100 (i^nc/^r^on, Origin of commercé, o, 17-41). Lors de la découverte de Yk\\él, les natlfi^ donnaient aux Russes^ ert échanffe de chaudrons en fer, etc., autant de peaux de martre zibeline qu'ils pouvaient y en faire entrer; ainsi, pour un objet de fer valant 10 roubles, on pouvait facilement obtenir 500 ou 600 roubles en fourrures {Storchy Gemfilde des russ. R., Il, p. 16 ; K, Ritter, Ei'dkunde, 11^ p. 577). La même chose arriva ehei les anciens Germains (TaciUi Germ., 0).

Comme personne ne veut perdre, le vendeur regardera toujours le montant de ce que M a coûté sa marchandise (frais d'achat, de production) comme le minimum du prix exigible (1). Aussi la notion des frais de production répond-elle b des idées essentiellement différentes^ selon qu'on se place au point de vue de l'économie publique ou de l'économie privée. — Un entrepreneur, obligé de payer l'impôt, qui a loué des terrains, engagé des ouvriers et emprunté des capitaux^ doit, sans aucun doute^ comprendre dans les frais de production, outre le capital dépensé, tout ce qu'il a payé en intérêts, salaire, rente et im-pots (2) ; cor si ces dépenses n'étaient pas complètement remboursées au moyen du prix du produit, l'entreprise lui causerait une perte réelle (3). En outre, il lui faut aussi porter en ligne de compte un profit légitime, en sa qualité d'entrepreneur ; autrement, il ne pourrait ni vivre» ni produire, et serait réduit à ébrécher son capital. Du moment où le taux ordinaire de Tintérét, du salaire ou de la rente, subit quelque changement, les frais de produetim se modifient pour l'entrepreneur « alors

même qu'il n'y aura rien de changé dans les procédés employés (4). Mais, si nous considérons une nation ou l'humanité tout entière, nous ne devons pas perdre de vue que ces trois grandes branches du revenu, tout aussi bien que les inipôts, ne sont pas, à proprement parler, les sources desquelles il découle, mais plutôt des canaux de dérivation qui le distribuent entre les individus (5). C'est ainsi qu'il est impossible, par exemple, de considérer le salaire,, qui fait vivre la grande majorité du peu* pie, comme un simple moyen de production. La nation ou, si Ton veut,{ l'humanité tout entière, ont obtenu évidemment le sol à titre gratuit. Toute diminution de la rente foncière, de Tintérét du capital ou du salaire n'est pas autre chose qu'un changement du rapport dans lequel les résultats de la production se sont jusque-là répartis entre ceux qni y ont coopéré. Utt pareil changement peut être heureux ou funeste, mais il ne diminue point les sacrifices que la nation est obligée défaire en vue de la production.- Au point de vue économique, on ne doit d'ailleurs compter parmi les frais de production que les capitaux dont remploi est nécessaire, sans qu'il s'agisse de procurer la satisfaction des besoins individuels, abstraction faite des inconvénients que le travail fait subir en vue de la production (6). — La valeur du capital circulant, complètement absorbé dans la transformation qu'il subit, doit naturellement se retrouver en entier dans le prix, et le capital fixe pour la portion de l'usure qu'il a subie (7). — Il faut aussi tenir compte du risque que le producteur a couru jusqu'à l'achèvement de l'opérjation (8). Le risqué, auquel les petites entreprises sont exposées, et qui se mesure par l'intervention de compagnies d'assurances, ou bien celui des entreprises considérables, qui s'assurent ellesmêmes, constitue une portion variable des frais de production. Dans ce dernier cas, le prix du produit hausse d'une manière régulière ; mais dans le premier, l'élévation du prix dépend de l'esprit des populations, suivant que la satisfaction causée par

le bénéfice remporte ou non sur Tinquiétude que provoque le

danger d*une perte correspondante (9).

Les entreprises, qui donnent lieu simultanément à la création de produits divers, méritent une mention particulière (10). Il faut s'occuper ici de Tensemble des frais de production, dont la somme doit être couverte parle prix multiple des produits. Cela complique jusqu'à un certain point les calculs d'après lesquels le vendeur établit le minimum de ses exigences, pour chaque produit en particulier : il doit retrancher de Tensemble des frais de production le montant de ce qu'il peut espérer, avec assurance, de la vente des produits accessoires (11).

(i) Un vendeur qui ne fait pas profession du commerce, qui, par conséquent, n*a ni produit ni acheté dans l'intention de vendre, consulte d'ordinaire le prix même du marché, sur la fixation duquel ont influé les vendeurs de profession. — Ad. Smith et Ricardo ne sont pas toulfà fait dans le vrai, quand ils nomment les frais de. production a natural price »; J.-B. Say se sert des mots prix réel ou prix originaire, en indiquant ainsi ce que le produit a coûté pour venir au monde ; Sismondi et Storch rappellent prix nécessaire ; Lotz, prix de revient (Kosten' prêts), Cantillon (Nature du commerce, p. 33) comprend sous le nom ûe prix intrinsèque d'une marchandise la quantité de terre et de travail nécessaire à la production, en tenant aussi compte de leur qualité.

(2) Le fil de coton le moins cher varie du n° 60 au n° 80 ; le gros Ûl coûte plus cher à cause de l'excédant de matière première , et le fil plus fin â cause deTexcédant de travail {Babbage). Par le même motif, la brasse [bracdo de 63 centimètres) de chaîne d'or de Venise coûte^ n» 0 (les plus fines), 60 fr.; n«» 1 = 40 fr.; n^» 2 et 3 = 20 fr.; n^ 24 (les plus fortes) = 60 fr. iRau).

(3) Si l'entrepreneur a fourni par lui-môme une partie de ces éléments de la production, si, par exemple, il a travaillé de ses mains, s'il a employé ses propres capitaux, etc., il a coutume de faire entrer en ligne de compte ce qu'il aurait obtenu en les louant à un tiers.

(4) La plupart des économistes envisagent les frais de production du point de vue exclusif de l'économie privée : ainsi Darjes (Ersie Grûnde, p. 218, seq.) ; Ad. Smith (W. of N., I, ch. vi). J.-B. Say appelle la production elle-même un échange, moyennant lequel les services productifs (de la nature, du travail et du capital) sont employés à obtenir des produits ; les frais de production correspondent à l'évaluation de ces

450 6tT i^Ril.

Ètrvitm pnMueaOi. Ê0m$m (lue. cit.; p. 116) muftlll d'ifitétMiânU exemples pour établir comment lea A'ais de prediicUaii le Mleuleat dins

ce sens.

(S) Lo<z (flfandbuch, I, p. 441, seq.).

(«) V. Lauderdale (Inqulry, p. 124) contre les PhyMocHtes ; Jliedrf (17. OEkonomie» 1938, 1, p» 68, 85| seq.)* Un pays, qui a ravaniage ser les autres au point de rue de ces frais de production, peut offrir les produits au prix le inoins élevé sur les marchés libres. Si, par exemple, avec le même capital on peut produire beaucoup plus de blé, soit i cause de la fertilité extraordinaire du sol, soit par suite d*ilne etiUnrê fort extênsive, le blé sera trés-bon marehé, à égalité de demandei quelle que soit d'ailleurs la proportion des trois sources de revenu. Si Too emploie beaucoup d'ouvriers a ces travaux, chacun d^eux recevra uo salaire moindre et réciproquement.

(7) La gravure sur cuivre ou sur acier fournit un exemple de l'Influence qu'exerce sur le prix la déperdition du capital fixe.

(8j C'est ce risque qui mptiye le haut prix de la vanille, par exemple (Humholdt, N. Espagne, IV, 10), des vins mousseux, des articles de modes nouvelles, etc.

(9) Mangoldt (Lehre vom Unternehmergewinn, 1855, p. 81). Si nous désifi[nons les frais de chaque entreprise par k, le nombre des entreprises seniiolables paru, et celui des entreprises couronnées de succès par g^

on aura pour formule du résultat que l'on espère obtenir «» — . Désignons maintenant par / le contentement que Tentrepreneur éprouve par suite du succès, et par s le chagrin que lui prépare une perte : la

formule se modifiera en — . Le résultat s'élève donc au-dessus ou tombe

0f au-dessous des chances propres à l'entreprise, suivant que s l'emporte ou non sur /'(p. 90). V. ThUnen(Der isolirte Staat^ II, 1, p. 80).

(10) Laine et viande, eau-de-vie et bétail engraissé, veaux et lait, miel et cire, gaz et coke, poulets et œufs, etc.

(1 1) Ad, Smith fait remarquer que toute baisse artificielle du prix des peaux et des laines doit faire hausser le prix de la viande, et vice versa (W. of N., I, ch. XI, 3). J.-5. Mill (Principles, III, ch. xvi, g 1) déduit toute une théorie à ce sujet. Ainsi le prix de la laine d'Australie ne s'élèvera pas autant que la production locale de l'or aurait pu le faire supposer, parce que la viande de mouton enchérira beaucoup.

EQUILIBRE DBS PBIX.

Les biens dont les frais de production sont égaux (nous parlons des frais absolument nécessaires) ont régulièrement une valeur en échange égale. Toute déviation de ce niveau met aussitôt en mouvement des forces qui tendent à rétablir l'équilibre. C'est £omme la mer qui reprend sans cesse son niveau^ malgré les irrégularités produites sur la surface par la violence des vents qui tantôt élèvent les vagues comme des montagnes, et tantôt creusent des abîmes (1).

(1J V. J.'S. Mill (Principles, III, ch. m, § 1). A un prix trop élevé suscité pnr la spécnlatiou, ou à un prix trop bas, fruit du découragement, succède régulièrement un mouvement de llux et de reflux tout aussi prononcé {Tooke^ Hislory of priées, III, p. 55). Law (Trade*id money^ P*'^'!) fait remarquer que le prix des marchandises tend à s'équilibrer avec le first-cost. Ad, Smith dit que les frais de production mar-. quenl le point autour duquel gravitent sans cesse les prix du marché (I, ch. viO. Il reste bien toujours un côté louche à In chose, savoir que le bénéfice du producteur est regardé comme une partie constitutive des frais de production. V. Malihus (Définitions, ch. vi). — C'est une manière de voir tout à fait propre aux Anglais que celle en vertu de laquelle ils font reposer l'équilibre des prix sur ce que tous les biens valent ee qu'ils oui coûté de travail. Y. Ari9tot. (Elh. Nicom.» Y, 5). fille se rencontre déjà en germe chez Hobbes (Leviathan^ 24, 1651) et Rice Vaughan (Dîscourse of coin and coinage, 1675j, et plus explicitement dans Petty (Trenihe of taxes and contributions, p. 24, 31, 67, 1679). Y. Locke (Civil government, II, g 40, seq.). Ad, Smith ne Tadmet qu'au début de la société, avant qu'on ait connu la propriété mobilière et immobilière (W. of N., I, ch. v). Ce point de vue est principalement développé par Bicardo (Principles, ch. i, 4, 30). V. en sens contraire Hufeland (N. Grundlegung, I, p. 143, 156) ; puis Malihus (Principles, ch. 11, sect. ni) qui soutient avec beaucoup de vivacité que le prix des choses ne résulte point des frais de productiorif mais bien du rapport de l'offre et de la demande ; les frais n'inlluent sur le prix qu^autant qu'ils influent sur ce rapport lui-même. Il parle de la taxe des pauvres

qui élève les frais - de production et abaisse le salaire ; des billets de banque, etc. (/.-S. Mill, Principles, III, ch. xvi, 2}. Condt7/ac avait déjà dit: f Une chose n*a pas une valeur parce qu'elle coûte, mais elle coûte (du travail ou de Targenl) parce qu'elle a une valeur i (Commerce et gouvernement, p. 16j. La doctrine de Ricardo est mieux fondée qu^on ne serait tenté de le croire au premier abord. Il faut seulement y intercaler sa théorie de la rente, admettre la définition du capital comme « du travail accumulé », distraire les objets soumis à un monopole naturel, et ne pas oublier que la valeur intrinsèque du travail est une cause de différence de prix des diverses sortes de travaux. Bicardo ne passe même pas sous silence la valeur en usage. Explication étrange de M'Culloch pour ramener n Pidée de travail la privation de revenu du capital (Principles, III, ch. vi, 2). M'Culloch a souvent outré les demivérités énoncées par ces maîtres, en sorte qu'il en résulte involontairement VLue réduction à Vabsurde, — Diaprés Torrens^ avant toute séparation entre le capital et le travail, le prix dépend du travail exécuté^ et après du capital employé, en tant que le salaire, la rente foncière, etc., sont couverts par le capital de l'entrepreneur (Production of wealth, ch. 1).

Lorsque le prix courant s'élève de beaucoup au-dessus des» frais, les producteurs réalisent un bénéfice extraordinaire. Cela les engage à donner plus d'extension à leurs affaires, en exploitant de nouveaux terrains, ou en mettant en mouvement plus de capitaux ou d'ouvriers. D'autres entrepreneurs, attirés par le gain, dirigent leurs efforts du même côté; Toffre augmente, et elle doit finir par réduire le prix du produit au niveau ordinaire du profit, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il se produise un équilibre parfait entre toutes les marchandises (1). Aussi, toute diminution des frais de production commence par profiter aux producteurs, et finit par assurer aux consommateurs euxmêmes un avantage durable : principe éminemment bienfaisant, en vertu duquel les lois de la nature suivent la marche admise par la loi positive, à l'égard des brevets d'invention (2) ! Rien ne saurait être un stimulant plus efficace pour les améliorations de toute sorte que la certitude d'une récompense assurée à ceux

qui les provoquent les premiers ; mais une fois que le perfectionrieiuent est adopté par tous les producteurs, les avantages qu'il présente deviennent le bien commun de la nation tout entière (S). Ce sont des conquêtes faites sur la gratuité des forces productives fournies par la nature (J.-B. Say et Bastiai). La valeur en usage de la fortune, publique suit alors une progression ascendante ; on en peut dire autant d'habitude de la valeur en échange, en tant du moins que la production des objets dont le prix est réduit augmente dans une proportion plus forte que les frais de la production ne diminuent (4).

Quant à ralternative, agitée si fréquemment, savoir s'il est préférable 4e réaliser un gros bénéfice sur une petite quantité de marchandises, ou de sa contenter d'un bénéfice moindre en vendant davantage, c'est au premier de ces deux partis que s'arrêtent communément les nations arriérées, tandis que les peuples plus civilisés adoptent plus volontiers le second (5). Non-seulement c'est plus conforme à l'intérêt général de l'humanité, mais aussi c'est à la longue plus avantageux à l'entrepreneur en particulier. S'il est question de marchandisies dont on peut plus facilement se passer, il a moins à redouter les caprices delà mode, car ceux-ci agissent moins sur les masses que sur les classes élevées de la société ; s'agit-il, au contraire, des objets de première nécessité, il peut alors compter sur un accroissement de la population, et, par conséquent, de son débit à venir. La concurrence, qui consacrait jadis ses efforts à faire prononcer, par la loi, l'exclusion de tous les rivaux industriels, tend surtout aujourd'hui, par tous les moyens, à les surpasser, en perfectionnant la production ; elle dccrott ainsi les véritables sources de la richesse nationale/

(1) <( Ce que Ton appelle 'cherté, c'est Tunique remède à la cherté ji {Dupont de Nemours). Les projets de partage égal se multiplient ou diminuent en Angleterre, d'après le haut ou le bas prix du blé aux années précédentes (Tooke^ Thoughts and détails, III, p. 105).

854 pu mi%.

(2) Oppamô p«r la découverte de nouvelles forces naturelles; par l'invention de nachineSiavec une meilleure distribution du travail, des voies de communication perfectionnées^ etc. En France^ par suite des progrés de la seience, le quintal de salpêtre est tombé de 100 fr. à 9 fr. On trouve d'autres exemples du même genre dans Chaptal (Oe l'industrie française, II, p. 64, 70, 434}.

(3) Hermann (Staatsw. Un lersuchungen, p. 212;.

(4) L'idéal, fort peu réalisable, on effet, de ce progrés serait de tout produire sans frais. Alon ehapun sawi inttuiment riche et tous les biens à la disposition de tous, comme Tair et la lumière du soleil. V. J.-B. Say (Traité, II, 2). « La victoire de Thomme sur la nature serait complète si tous les hommes étaient libres et toutes les forces de la nature assujetties » {SchmiUhennfir),

(f)) Il pourrait être question ici d'uu principe amtocratique et d'un principe démocratique de fixation des prix. La grande utilité de ce dernier ressort déjà du Discourse of trade, covn and paper-credit (Loudon, 1697, p. 54). D'après Gournay^ la concurrence est « le principe le plus étendu et le plus fécond du commerce )); a la modicité du prix, le principe qui donne le plus d'activité et d^élendue au commerce ïi [Clicquot de Blervache, Considérations sur le commerce, etc., 1758, p. 48^ 84). V. sur le principe opposé de la compagnie hollandaise des I^des^Orientales, /. de Witt (Mémoires, p. ^) | ci-dessus S 9.

Si le prix courant tombé au-dmom ies frais de produdioih le producteur éprouve une perte et s'efforce de diiiainuer l'offre aussitôt que possible. Ou verra rarement, \\ est vrai, et seuleinent par exception, des établisseojents pnliers renoncer à une braochç d'industrie eu souffrance, pour la remplacer par une au(r6 plus florissante (1). M^ls le producteur découragé pput différer le renouvellen)ep( des produits fabriqués (2), négliger de remplacer les machines hors de service, congédier des ouvriers, et diminuer pour les autres le nombre d^s journées de travail. De plus, la plupart des industries marchent avec le secours de capitaux empruntés, et, par conséquent, remboursables. Dans certaines circonstances, la production peut continuer quelque temps, m$me avec un gommage réel (S), tant que la

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perte des intérêts qui résulterait de U suspension générale des travaux dépasse celle qui provient de la diminution du prix ; mais difficilement au delà. — Si Toffre d'une marchandise, dont le prix a baissé, diminua, le résultat ultérieur dépend des causes qui ont contribué précédemment à eette baisse de prix. Lorsque celle-ci lient uniquement à une surabondance de l'offre, le prix s'élèvera iudubit^iblement, quand on jiura absorbé l'excédant (4). Si c'est la vuUur en utage qui a faibli, la diminution de Toffre ne pourrait rétablir les choses dans leur ancien état qu'autant qu'une partie des acheteurs continuent à attacher au bien dont il ç'agit la mémo v^kur en usage (5). Enfin, lorsque la baisse vient de la diminution du nombre des acheteurs ou de ladiminu* tion de leurs moyens d'acquisition, les prix retrouvent leur niveau, à condition que la production se restreigne dans une mesure proportionnelle (6). U en est ainsi surtout quand le prix, sans avoir subi de changement absolu, est devenu relativement trop bas, par Télévatign des frais de production (7),

(1) Cela a lieu d'abord pour des industries qui ont entre eljes des ra[)ports intimes, ou pour celles qui n'ont presque pas besoin de capital flxe ; ou bien encore chez les peuples à peine initiés aux progrés de la civilisation, lorsque les avantages et les inconvénient^ de la division du travail se sont peu manifestés. Au sujet des nombreuses difficultés trop oubliée^ par HicardOj V. Sismondi (N. P., IV, ch. u). L'ouvrier perd ainsi Vhabileté qu'il développait jusqu'alors, c'est-à-dire son capital le plus important, et ne peut le plus souvent attendre qu'il ait acquis une habileté nouvelle.

(2) Lorsqu'on s'attend à une baisse, la demande est inférieure à la consommation I f»o«<pone(i dêman4; tandit que l'attente d'une hausse de prix (produit VmUcip^ted d^^nmd (TqqU^ , Qistory of pric^s, II, p. 155).

(3) Ainsi, par exemple, si les ouvriers étaient exposés à mourir de faim 6u  partir; s'il existe de pfrands approvisionnements de maliérei première» expaspei à se 4ét4riom ; si 4'importants capitaux fties sont engagés dan$ une industrie et ne peuyept être «isQRient appliqué^ à unf autre. Le premier et le troisième cas se rencontrent fréquemment dans PexploitatioD des mines.

(i) u fim Aimm par luia affre trop eaniidéfable peut amener \in%

sorte de résolnlion désespérée de ta part des producteurs qui, soi-disant» afin de se mettre à couvert de la perle, accroissent encore Toffre, jusqu'à ce que beaucoup d'entre eux en soient victimes. •— L'alternative de prix élevés et réduits est ordinairement suivie d'un temps d'arrêt pendant lequel les vendeurs se défendent le plus qu'ils peuvent, mais où, précisément pour ce motif, les affaires sont presque nulles et les prix se maintiennent d'une manière nominale. L'inverse arrive aussi (Tooke, Hislory of priées, II, p. 62).

(5) Ainsi, par exemple, lorsqu'un changement de mode fit tomber Tusage des perruques à catogan, le prix ne cessa de baisser jusqu'à ce qu'elles eussent entièrement disparu ; si néanmoins aujourd'hui on veut s'en faire faire une, soit pour un bal masqué, soit pour le théâtre^ etc., il faudra sans aucun doute la payer au même prix qu'auparavant. Le prix de la baleine n'est jamais monté aussi haut qu'au temps des robes à paniers.

(6) La grande peste qui désola l'Angleterre sous le règne d'Edouard III eut pour effet, la première année, d'avilir le prix de toutes les denrées à cause de la diminution considérable de la consommation ; mais comme les producteurs, surtout les plus humbles, vinrent à manquer, les prix remontèrent dans les années suivantes d'une manière inquiétante (Ltngardy History of England, IV, p. 88).

(7) Gomme il arrive, par exemple , quand on établit de nouveaux droits de douane ou d'octroi. Ordinairement, lorsque les frais de production des marchandises se sont notoirement accrus, les acheteurs n'attendent pas qu'une diminution de concurrence de la part des vendeurs les force à payer des prix plus élevés, mais ils vont d'eux-mêmes, quoiqu'à leur corps défendant, au-devant de cette nécessité ; surtout quand la marchandise trouve un grand nombre d'amateurs, et que l'augmentation des frais est modérée {Rau^ Lehrbuch, I, S 163).

La plupart des biens sout produits en même temps , eu vertu de circonstances diverses, avec des frais très^différenis. Pour apprécier Tinfluence de cette donnée sur le prix, distinguons les marchandises dont le mode de production au meilleur compte peut être accru à volonté et celles pour lesquelles Ton est obligé, afin de répondre à la somine des besoins, de recourir aussi à un mode de production plus coûteux. — Dans le premier cas le vrix seTègle naturellement sur les frais de

production les moins élevés. Celui qui est hors d'état de soutenir la concurrence fait beaucoup mieux d'abandonner la partie, car il ne réussirait pas à élever le prix en réduisant l'offre, des rivaux plus puissants pouvant augmenter la leur en conséquence (1). — Si la même loi s'appliquait au second cas, les producteurs placés dans une situation moins favorable se verraient aussitôt obligés d'abandonner le marché; celui-ci ne serait plus garni d'une manière correspondante aux besoins, et le prix des marchandises s'élèverait forcément jusqu'au point où les producteurs expulsés pourraient de nouveau se remettre sur les rangs. Le prix se réglera donc ici à la longue d'après les frais qu'occasionne la production exécutée, il est vrai, dans des conditions moins avantageuses, mais indispensable, eu égard àTensemble des besoins qu'elle est^appelée à satisfaire. Le producteur mieux placé, qui profite de circonstances plus favorables, trouve dans le prix égal d'une marchandise qui lui revient à bien meilleur marché, un excédant de bénéfice d'autant plus considérable que sa situation l'emporte davantage sur celle des concurrents moins favorisés par les circonstances (2, 5).

(i) Cette règle s'applique (S 33) à la plupart des produits de Tindustrie proprement dile, dont les frais diminuent jusqu'à un certain point, dans la proportion de Teitension de Findustrie. a Si nous perdons un marché pendant une année, il est rare que nous D£ le perdions pas pour toujours » (Déclaration d*un fabricant expérimenté dans l'enquête parlementaire du HaHdloomweavers committee, 1840-1841) . On doit naturellement compter parmi les frais de production le prix du transport, etc.; jusqu'au marché, etc.; que ce prix se modifie ou que l'impôt varie, et la position du producteur peut changer du tout au tout. C'est en grande partie diaprés ces données que Ton détermine le rayon de l'expédition des denrées coloniales, qui pénétrent dans l'intérieur de chaque pays, par les différents ports de mer. Âinsi^ par exemple, les envois du Havre, de Gènes et de Rotterdam se rencontrent en Suisse, ceux de Hambourg et de Trieste en Moravie; mais la ligne frontière du débouché qui se rattache A chacune de ces places de commerce est sujette à des modifications assez fréquentes (Rau^ Lehrbuch, I, § 1&4). On comprend, du reste, qu'il ne puisse être ici question des dépenses anormales que les

T. I. il

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producteurs ont pu fa}rt5 }D|liYi4ufll<ipen^, ggit {^4^1^ 4'blWltft goit par Teffet du hasard.

(i) €|o^ s^appiîque surtout k la production du sol, qui ne se borne Hl à tiiif B&fU dSI i«ir«ft loi plus fertiles et les qiMoi situées, mais qui s§ ijgyve jmQjjéç à çeçftunr fW| |erf p§ pjgjps (j^flD4«|, r lî>»?é4ftfll 4« profit » (Whately) se mfinifeste ici sous *« ^P^^me ^e r^nte fopçiére, t§nr ah que dans d'autres cas il affecte celle d*un salaire plus élevé ou d'une augmeataliai) dUotécAi. D^apvés Senior (Outllnes, p. iê), le rapport du

Wix ftptf* ^m c?Pèp^* S^ ^W 4«*iÇPd mpiws if» WS«#P «»» >W¥«ot spr le marché, aue des qbslacles (jui s*ppppsent À png ^Pgnaeiif^tigq de ces masses. Si les producteurs peuvent, sans négliger la voie de production 1| pUs ohérç, en suivre une autre qui le soit moins^ quoiqu'elle M SH«$9 m «fesitoifieRt à |9 d^m9P(l^, jl m WuHe un pw mpym çnfrç les 41fférenls /"raw d« fetief^, mM quçi c^a a jifu Iprsqu'qn^ contrebande active et régulière s'exerce sur les niarchandises soumises auK droits de douane (iférmann, he. ctl., p 63, seq.). (â) I^^ sc^^ti i9 Df^U^tion dont on peHt tiiec paisti, soit à volonté,

S^jt §fmlftw«Pl 4p°5 eerlf^îne^ ]m[m^ vpptr^nt ci^ips p^ife p^tégQn^. Pi

agriculture les perfection neTh^nts peuvent rarement demeurer un fliystére. V. pourtant ce que raconte à ce sujet Garnier (traduct. d'Adiam imilk, V# p. HHt fit les jardins fruitiers prpduisant un revenu annuel 4§ IQQÛ {ivrii ^t^rlini POMr 3^ ^^m, m m^ d^mi^ npil^^lle espèce dç cerises dont la culture fut introduite dans le çojnjté tfe Rei)t^ §9U^ le règne d'Uenri Vlil [Anderson^ Origin of commerce, a. 1540). Il existe un^ Vép^lsUa i»am|ttée des cultivateurs contre tout ce qui ressemble à une tentative de maintenir le secret d'un procédé quelconque. — Pré-

hm\ 40W, lu ifix â'iittfi »W«hattdiw dt la raiipaul qui s^étabiit mU% l'^ffipe 6i la éemande agiss^Bt récipraqtiement Tun sur Tautre. l'élévation (fu prix détermine à la fois l? qwQtité

4e la ù^mniei ^^ H\\mm ^t cdle i^ ïoffr^ â^« vendeur»,

pi|isqu'^lU marqua la limita du pn»4e f^vi&it dans laquelle la production peut se mouvoir (1). Il- ne peut doijcêtrç question 4'é^ guilibre enlFê Tpffrç 6^ la àeffl8iadç, qu'autant «tt^ Tpffra rtpand {dtittettant ââi #&tf da aauK qui saut dijspdséa à faira ranireF le vendeur dans 4oua les frais de production (Jtfa}(fcua).— On s'est

posé la question de savoir s'il était plus naturel et s'il valait mieux que la demande l'emportât sur l'offre, ou bien l'offre sur la demande (2). Ce langage n'e^t pas logique, car on se trouve ici en face des deux aspects que présente un seul et même phéoppjène, Tout 41) b1{(3 pQ||rrait,-8p diF« q»'»» f§ qui c«U(t«(rafi les iparçI)a!J4ifies 4p pr? >"i^e B(}c«§sjM, 1« km'm (fa 4mmik) se fait réguHèrement sewMr pl^s prswptiwiflt qm ne $0 manifesta le m9'P\m (l'offre); m)^\S flu'pfl P^ qui f QnceFoe les biens daiu on pept «e passer ^ k mm, m mgmi l'aFfteiit dans cottâ caMgPri£. If ppntraire ;) Hô)j. Op F^6MJ, l'entpepreMeur p«ut ra, reqjput cftnnfjf trç d'up mmke pr^cjsp lo rapport qui n^a entrp l'offre et {1 émm^i n sp p»nt^Bt# â'babildde à» aomr, parer )« pf»» courapt «j^ la fflarf|jf>il4l5? *t m propres frais do prpdijctjgn, qer'ajne? prfe»rs mm m ju^vitafel^s, mais il faut §e ré§pp4r« k p§ sim'4^ nvf Ht^hmf les»¥«»t«ges bi«n plus HPfp^lei 4§ Jg Ijhfe fpnçurrepç» (?>).

(1)Y. BoispuilUperf (Trai|§ de? ^qjn?, If, g),. >|)./.j§, J^^J ap^y» â une équation : La hausse et la baisse opt lieu jusqu'à ce qiie 1 qffre et la d<mande s'égaliseat, et la valeur à laquelle une marchandise s'élévè «PF le ffinrcbé n'm mire qu« celle qui sur ce marché détermine une ^emaflfje sul^sapte pogr a^sor|>ei! [es qijsi)|.i(és pffef}#s 9(1 ||tes(JHW-îr La valeur des choses dont la quantité peut être augpieniée 4 ypiqflîé ne dépend point, sinon par accident et pendant le temps nécessaire pour que I9 prsduetiâD se régie elle-même, de la demande et de l'offre. Au coqffajre, l'offre ^\, j^ fl^^)i)fl^^ (jépeqdepf i|u pfix j;t <îp)«i-ci «e régU sur les frais de pro4uction. L'offre et la demafide {.epilsot tç^ipur^ à l'équilibre, qui est atteint en réalité lorsque les "choses ont une valeur ' netUKlle, |!'ert-à-dire eeile des frais de production (?) (Principles HI ch. ii,S4;ch. iii,$|), '^ ' '

(2) Huff(9nd (fî, Gfupà^^^, l, p, 7g). ^^^ (Prwiplis.

CD» XXXlj,

(8) Dmoy«r (Ufcerté du travail, ch. w); Rau (Lehrbuch, I, §158).

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