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CHAPITRE P

BN QUOI CONSISTE LA COXSOM.UATION ET QUELLES EN SONT LES DIVERSES ESPÈCES.

Il n\'si pas plus au pouvoir de rhomme d'anéantir la matière, que de la créer; aussi, entendons-nous par consommation uniquement la destruction de la valeur. Elle est la contreépreuve de la production (§ 50), aussi a-t-elle lieu au moyen delà suppression de h forme, de la réduction des biens à une utilité moindre, ou bien encore au moyen delà suppression complète de la valeur en usafje, soit parce que le besoin a disparu, soit parce qu'il s'est opéré un changement dans le mode suivi pour le satisfaire (consommation immatérielle, suivant Riedel).

La consommation s'exerce le plus habituellement par Iz/sAf/f* que l'homme fait de la chose, qu'il s'agisse d'acquérir ou de jouir {{). — Toutes circonstances égales, d'ailleurs, le caractère national détermine l'activité de cette consommation. Ainsi, par

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exemple, l'extrême propreté des Hollandais et Tamour de l'ordre qui les distingue, contribuent beaucoup à maintenir plus longtemps en bon état leurs habitations et leur mobilier (2). Unsageàes biens, dans toutes les civilisations avancées, a coutume de se diviser en branches de plus en plus spéciales, suivant les propriétés diverses qui les distinguent et les besoins individuels des hommes : phénomène dont la cause et l'effet ont une grande affinité avec les lois de la division du travail. Je parle ici du principe de la division de Vuscuje. C'est ainsi que Laurent Lange (IT^^) ne trouvait qu'une sorte de thé dans le commerce de la Russie avec la Chine, MüUer{{'loO) en connaissait déjà 7, PaUafi (1772) 10, Erman (1829) près de 700 (3). — Nous rencontrons, d'autre part, le principe corrélatif de la concentration de fusage.W est beaucoup de biens qui peuvent servir à plusieurs comme à un seul, soit successivement, soit simultanément, lorsque l'objet dont on se sert n'a pas besoin de grandir dans une proportion correspondante à l'extension de l'usage qu'on en fait. Ainsi, une bibUothèque publiipie, par exemple, peut être beaucoup plus complète et plus accessible que dix bibliothèques particulières, qui réunies ont coûté autant. Ainsi encore, un restaurateur pourra servir à cent personnes des mets infiniment plus variés, plus délicats et à une heure plus commode, que ne pourrait les obtenir cha([ue particulier, chez soi, avec la même dépense (4). Tandis qu'autrefois les grands personnages pouvaient seuls voyager rapidement , aujourd'hui, grâce à la concentration de l'usage, cet avantage est acquis même aux classes inférieures. Mais cette transformation n'est pas sans avoir un mauvais côté; elle exige fréquemment le sacrifice de l'indépendance personnelle, et l'on ne doit pas tenir faible compte de celle-ci, surtout lorsque lalleinte qu'elle subit peut réagir sur la trempe du caractère ou sur lintimité de la vie de famille (5).

(1) Il faudrait aussi meiilioniiei" ici une autre cause île dcslruclion,

lorsque la défense tl'iin pays ooimnaiicle de renverser les Ldtimeiils, d'anéantir les provisions, etc., uniriuenienl ponr empêcher les ennemis de s'en servir.

(2) Les chevaux, cœteris paribus, font plus d'usage en Allemagne qu'en France, parce que le cocher allemand, etc., s'attache davantage à ses hèles que le cocher français.

(3) lutter (Erdkunde, III, p. 209). Au treizième siècle, les Français ne connaissai(Mil que 3 sortes de choux, 6 au seizième siècle, IS en 16ol, cl aujourd'hui plus de 50; au seizième siècle, i sortes d'oseille seulement, 7 en 1631; en 157-4, A sortes de laitues, aujourd'hui plus de 50 ; sous Henri II, 2 ou 3 espèces de melon, 7 au dix-septième siècle, plus (le 40 anjourd'liui [Roquefort, Histoire de la vie privée des Fr., I, p. 179, seq.). Au lieu des (i2 sortes de poires que de Serre énumére (en 1000), on en possédait près de 400 vers 1651 (I, p. 252). Liebaud (1570) ne connaît que 19 variétés de raisin, de Serre Ai {Roquefort, III, p. 29, seq.). — Il en était absolument de même dans l'antiquité. Tandis que les Grecs anciens ne parlent presque jamais que de VoIk:, même quand il s'agit des jilus magniilques festins ; tandis qu'au temps de Démosthène on ne savait encore distinguer qu'un très-petit nombre d'espèces de vins {Becker, Chariclés, I, p. 455), Pline (U. N., XIV, 13) eu sait déjà compter près de 80 sortes. Les modernes, sous ce rapport, ne sont jamais revenus à la simplicité primitive : du moins le fohliau du treizième siècle, intitulé la Bataille des vins, compte déjà 48 vins français. V. aussi irac/ctr»«(/p/ (llaupt Zeitschrift für deutsch. Allerth., VI, p. 261) et Henderson (History of ancient and modem wiues). Les Lacédémoniens , avec leur persévérance étudiée pour le maintien d'un rude état de civilisation, portaient le même vêtement été et hiver [Xenoph.. De rep. Laced., II, 4); tandis que les contemporains d'Athénée (III, 78) distinguaient 72 espèces de pain. Aulu-Gelle{^. A., VII, 16) nous fait connaître avec quel tact exquis et délicat les Romains, au temps de César, avaient découvert les meilleurs lieux de provenances pour los poulets, les paons, les grues, le thon, les brochets, les murènes, les huîtres et autres coquillages, les marrons, les dalles, etc. Les maisons italiennes au moyeu âge ne renfermaient presque toujours que 3 pièces : domus (cuisine), thalamus, solarium [Cibrario, E. P. del medio evo, III, p. 45). Les manoirs ou maisons de maîtres bâties sur les terres de Charlemagne ont 5, 2, 1 chambres; 2 salles et 2 chambres, etc.; d'après une charte de 893, une grange valait 3 sols, un manoir bien construit 12 sols [Anton, Gcsch, der deutscheu Landwirthschafl, I, p. 249, 3U). La Lex Alamaunorum (lit. XCII) prescrit que l'enfant nouveau-né, pour être regardé comme viable, devait avoir vu le toit et les quatre coins de la maison !

(4) Une grande cuisine demande naturellement à elle seule beaucoup

moins de place, de coiislruclioiis, de cliauffage, d'ustensiles, etc., ijne cent peliles cuisines réunies. Qu'on songe seulement ;i l'écoDoniie relativement considérable que procure l'usage d'un four constamment chauffé 1 Les Lacédémoniens désignaient déjà leurs convives sous le nom de cpai^iTia, c'est-à-dire économisant sur les plais. Les melsU'és-délicats ne peuvent êlre consonuués qu'en petite ((iiontilé , mais non pré[inrés de même. Chez un bon restaurateur de Paris on trouve pour un prix modéré le choix enire 12 potages, 24 hors-d'œuvre, 1o-20 entrées de bœuf, 20 entrées de mouton, 30 entrées de volaille et de gibier, 15-20 entrées de veau, 12 de pâtisserie, 24 de poisson, 1o de rôts, 50 entremets, oO dfsserls ; ce à quoi il faut ajouler peut-être 00 variétés de vins de France. Quelle est la table princiére qui offre davantage sous ce rapport? V. Brillat-Saoarin (Physiologie du goût, Médit., 28).

(5) Voir ci-aprés pour l'application de ce principe à l'industrie et ;i la charité. — Les avantages do la consommation en commun ont été célébrés avec enthousiasme par Fonrier, et rorganisalioii de ses phalanstères repose sur cette donnée. Dans ces immenses palais qui, malgré toute leur magnificence, coûtent beaucoup n)oins que les centaines de cabanes qu'ils remplacent, on donne chaque soir un grand bal : car il faut moins dépenser pour éclairer, pour ch uiffer beaucoup de personnes réunies dans une vaste salle, La division de la consommalion y est élevée à la plus haute puissance; si 12 personnes mangent à la même table, elles ont 12 sortes de fromages différents, 42 potages divers, etc.. Les petits enfants, dés l'âge le plus tendre, doivent se laisser aller ù leur gourmandise, car c'est ainsi ijue s'engrène l'activité productive des séries passionnces (.Nouveau monde industriel). — Les saint-simoniens font aussi de V association universelle le but suprême au dévelop[u;nienl de l'humanité [Bazard, Exposition, p. l-U, seq.). Quant au danger que présente celte tendance pour la vie de famille, V. S/.vmonci* (Etudes, I, p. 43).

Certains biens perdent de leur valeur par la « consommalion Jiclice » [Storch) qu'eiUraiueun cliunyemenl de mude^ sans avoir en rien changé de forme, même sans avoir un seul moment quille le magasin du marchand. Ici encore, il se manifeste des différences notables, qui tiennent à la diversité des nations. Les modes sont, par exemple, beaucouj» moins changeantes en Almagne qu'en France (1); aux lemps les plus llurissants de la

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Hdllande, les nobles el les officiers seuls se conformaient <î la inode; les marchands etc., au contraire, portaient leurs vêtements jusqu'à ce qu'ils fussent usés et déchirés (2). Le costume oriental ne varie presque jamais(5). Mais, par contre, il existe inie habitude fort dispendieuse; chaque fils, au lieu de s'établir dans la maison des parents, après leur mort, préfère la laisser tomber en ruines, et en construire une nouvelle. Il en est de même pour les résidences des souverains. Voilà pourquoi la plupart des villes de la Perse tombent à moitié en ruines, et se déplacent avec le temps (4). — Du reste, si ces changements de mode sont de nature à affecter d'une manière sensible la fortune des particuliers, la fortune publique en reçoit généralement une plus faible atteinte. Le caprice qui abaisse la valeur d'un hirn élève celle d'un autre; ce qui est passé de mode pour les riches, devient peut-être, seulement alors, abordable aux pauvres (5). D'ailleurs, le besoin du changement tient trop à la nature intime l'homme, et se relie trop étroitement à la faculté de perfectibilité qui lui est propre, pour que nous prétendions le condamner d'une manière absolue. Sans doute, si l'on sacrifie sans mesure à ce besoin, si les personnes aisées dédaignent tout objet qui ne les charme point par une forme entièiement nouvelle, on ne peut plus profiter des grands avantages que présente un système d'étalonaije (6) qui permet d'exécuter un grand nombre d'exemplaires d'après le même modèle, et fait naturellement produire beaucoup plus, avec la même dépense.

(<) Cela inline beaucoup sur le caractère de l'industrie française et de rinduslrie allemande {Junghanns, Fortsclnitle des Zollvereins, I, p. 28, SI, 58). Au reste, si les modes parisiennes se répandent rnpidemeal en pvovince, en ce <jui regarde les vètemeulâ, il en est autrement pour la table {Roquefort, Ilisl. de la vie privée desFr.. I, p. 88, seq.).

{2} S/V TT'. ri'/»p/e (Observations on llic Un. Provinces, ch. vi).

(3) Comme los hommes prennent surtout soin de se parer pour plaire à Tautre sexe, cette imn>obililé des modes orientales tient à ce qu«les

femmes demeurent toujours enfermées. Nos marchands pourraient singulièrement élargir le cercle de leurs affaires s'ils parvenaient à « civiliser » l'Orient sous ce rapport. En Chine, c'est lemaître des cérémonies qui régie les modes et qui en prescrit l'observation sous des peines sévères [Davis. The Chinese, I, p. 352, seq.)-

(4) Jaubert 'Voyage en Perse, 1821). Il y a des villes entières, comme Séleucie, Ctésiphon, Alniadin, Rufa et même Bagdad, qui ont été, en grande partie, construites avec les ruines de Babylone.

(o) Les négociants de Moscou arrêtent leurs comptes à Pâques; alors commencent les modes nouvelles, et ce qui reste des anciennes est vendu à vil prix (Kohi, Reise, II, p. 98]. A Paris, des maisons spéciales s'emploient à acheter tout ce qui commence à passer de mode , pour l'envover en province ou n l'étranger. L'Angleterre fait une exportation con sidérable de vieux habits pour l'Irlande ; ce pays ne peut donc pas avoir de costume national, approprié à la vocation de chacun; le voyageur voit avec une douloureuse surprise les Irlandais qui se rendent en masse au travail, couverts de restes d'habits noirs, de culottes courtes et de chapeaux ronds.

(6i Mentionnons ici la dépréciation que subissent, par exemple, un almannch, un journal, etc., à la simyile ni)pariliondu nouvel an; des panonceaux ou des cachets, gravés aux armes ou au nom d'un souverain, à un changement de régime ou de règne, etc. Une botte, un gant, etc., perdent une grande partie de leur valeur quand ils sont dépareillés (/îou, Lehrhuch, I, §319).

La consommation la plus redoutable est l'œuvre de la nature ; elle se manifeste, surtout dans les régions tropicales, avec une énergie dévorante. Dans la région supérieure du Gange, pendant hi saison des pluies, les champignons poussent dans tous les coins de la maison ; les livres, rangés sur des rayons, gonflent tellement que trois volumes occupent autant de place que quatre ; ceux qu'on a laissés sur la table se recouvrent au bout de deux jours d'une couche de mousse, d'un huitième de pouce d'épaisseur; il faut tous les deux jours enlever, par paniers, le salpêlre dont les murs sont empreints et qui rongerait sans cela les briques les plus dures. Ajoutez à cela une immense quantité de mites qui dévorent les habits. Schomburyk

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a vu dans la Guyane des outils de fer, demeurés à lerre pendant la saison des pluies, tout à fait hors de service, au bout de quehjues jours, les monnaies d'argent s"oxyder, etc. Il en résulte évidemment un grand obstacle pour l'emploi des machines ! En été, le sol de ces contrées, tout rempli de racines, est tellement échauffé par l'ardeur du soleil, que des feux souterrains s'allument, et causent souvent d'épouvantables désastres. L'Amérique espagnole abonde tellement en termites et autres insectes destructeurs, qu'on trouve rarement du papier qui remonte à plus de soixiinte ans(l). — Les contrées les plus chaudes de la zone tempérée sont naturellement celles où les monuments en pierre se conservent le mieux. A Persépolis, par exemple, là où la m;iin de Ihomme n'a pas porté à dessein la destruction, on voit encore aujourd'hui des pierres de taille si hermétiquement unies les unes nux autres, que souvent même on n'nperçoitpas les joints. Les pierres de l'amphithéâtre de Pola n'ont dans l'espace de deux mille ans perdu à leurs angles que deux lignes d'épaisseur (2). Les statues de marbre rapportées par lord Elgin se seraient certainement conservéesplus longtemps en Grèce quelles ne le feront en Angleterre. Par contre, les climats secs et chauds sont exposés à la terrible consommation que fontles sauterelles, fléau des plus redoutables. Elles pullulent surtout dans l'Arabistan asiatique et africain, leur quartier général, dans toute la rigueur du terme ; elles abondent également dans les contrées arrosées par le Jourdain et l'Euphrate, en Asie Mineure, dans certaines parties de l'Inde septentrionale, etc. Les nuées de sauterelles s'abattent en moyenne tous les quatre ou cinq ans sur leSinaï et le pays environnant, mais de 1811 à 1810 elles y ont porté chaque année le ravage. Leur passage produit l'effet de l'incendie. La terre couverte de verdure se transforme, souvent en un seul jour, en un morne déserta teinte jaunâtre, et la famine et la peste ne manquent pas d'accourir (3). — Les contrées plus froides

de ia zone tempérée ont relativement le moins à souffrir des tremblements de terre et des ravages des volcans et desonragans; m;ïis, pav compensation, elles sont exposées dans leurs parties montagneuses aux éboulements et aux avalanches; les cours x^'eaii subissent la débâcle des glaces'; les leïraius plats se ret^ortwent de sable, et les inondatious ravagent quelquefois des contrées entières (4).

(1) Ritter Erdkunde, VI, p. 1180 seq.); Schomburgk (Anslnffd, 1843. ü" 274) ; HumbuUU (Relation bist., I, p. 306) ; (^. Esp.igne-, IV, p. 3"79); Poeppig (Heise in S. Amerika, II, 197, 237).

(2) toitT (Erdkunde, VIII, p. 89o) ; Burgef (Heise in Oberilalien, I, p. 7). Les motiunients de la Nubie ont moins souffert de l'injure du temps que ceux de la baute Ej^yple, parce que l'air du plateau est plus sec-, mais la basse Egypte, beaucoup |)liis bumide, offre des traces, bien autrenVent nomlreùses, des ravages exercés par le climat [Ritter^ I, p. 636, 701) La trop grande séclreresse peut être, a"!! contraire, pon'r le i)ois une cause de destruction ; ainsi au Tbibet, afin d'empêcher les piliers de bois elles poutres de se fendre, on est oblige de les couvrir de lambeaux de laine {Turner, Gesand>cbaftsreise, trad. ail., p. 393).

(3) V. Mlcr (ErdktiiYde, Vill, p. 789, 815, surtout les passages de la Bible, qui ont rapport a-nx sauterelles, réunisp. 812) ; Pline (U. N., XI, 35); Vulneij (Voyage en Syrie, I, p. 303;. Du reste, on prétend que les ravages de toute sorte exercés en Angleterre par les rats, les souris, les taupes, les insectes, etc., s'élèvent annuellement à 10 scbeliings par acre, et à un total 'de 10 millions de livres sterling ! {'DiTtgltr, Polyt. Journal, XXX, p. 237).

(4) Le grand golfo de Dallart, dans la Frise, d'une étendue de deux milles carrés et demi, s'est formé de 1277 à 1287, et celui de Biesbosrh, offrant deux milles carrés de sufierficie, en 1421 . V. Thaarup (Daenische Statistik, I, p. 180), sur les ravages causés par les iuondalious dans le Scbleswig.

Toutes les fois qu'il est question de consommation, on devrait examiner avec une attention scrupuleuse ce qui a Hè réellement consommé, Ê'est-à-dire ce qui a diminué de valeur. La valeur ne peut être consommée qu'une fois. Celui, par

DKlf^A r.ONSOMMAllON EN Gi:>iï:n AL. 105

exemple, qui se procure un habil pour 100 flancs, ii cônàonimé ce capital dès que riiabit est usé (I). Ce qu'on appelle : consoiunier son revenu par avance, s'applique simplement à un«-, co«^ sommation du capital, qu'on se propose de recoilsliluer au moyen d'un revenu ultérieur. Les capitaux /tj;es peuvent aussi être consommés directement; lorsque, par exemple, le propriétaire d'une maison use de loul le produit de ses lojtrs comme d'un revenu net, ne fait aucune réparation, et n'économise pr.int pour une reconstruction nouvelle. Mais le propriétaire doit, pour consommer le capital (ixè, l'iéchanger d'abord contre un capital circulant.

La prodigalité et la dissipation ont souvent rencontré de nombreux défenseurs, surtout à là cour des princes absolus; ils ont proclamé en priïk'lpe qu'il ii'en peut résulter aucun mal, pourvu que l'argent resle dam le f)ays{^}. La prodigalité, c'est-à-dire la destruction inutile des biens^ n'en demeure pas moins nuisible. Qu'un feu dartilice, d'une valeur de 100,000 francs, soit exécuté exclusivement par des artificiers du päys^ la fortune publique comptait la veille une somme de 1^00,000 francs, dont 100,000 en argent et 100,000 en fusées, etc. Le jour où on l'a fait partir, les 100,000 francs en argent subsistent toujours sans doute, mais des 100,000 en fusées, etc., il ne reste plus de trace (3). Si l'on avait commandé le feu d'artifice à l'étl^aiiger, les réserves du pays eli argent auraient, il est vrai, subi une diminution, mais les provisions de poudre ne seraient point entamées. — De même, l'habitude dé parler do cdtnoilUnatcurs et de proilûcteurs, comme s'ils formaient deux classes de la population entièrement distinctes, occasionne souvent les plus grossières méprises. Il n'est pas d'homme qui ne soit consommateur d'un grand nombre de biens; et, à l'exception des voleurs, des fainéants, etc., il n'est pas non plus d'homme qui ne soit en même temps producteur {A).

(1) V. Mirabeau (Philosophie rurale, cli. i); Priltwitz (Kunst reich zu werden, p. 474,.

(2) C'est par ces motifs, par exemple, que Voltaire (Siècle de Louis XIV, ch. xxx) prétend excuser les dépenses occasionnées par les constructions de Versailles ; Catherine II s'exprimait aussi d'une manière analoi^ue en parlant au prince de Ligne (Mémoires et Mélanges par le princede Ligne, 1827, II, p. 3o8). Schrofder va jusqu'à prétendre que le souverain peut dépenser autant et même plus (\\ie « le capilal entier » du jtays, pourvu qu'il le fasse « rapidement circuler. » il se montre aussi partisan d'un grand luxe, des riches vêlements, etc., pourvu que Tant rite tienne la main à ce qu'on ne se serve que de ce qui sort des faliriipies du pays (Fuerstl. Schatz-und Rentkammer, p. 47, ■172). Botero (Délia ragion di Stato, VII, p. 8.">. VIII, p. 91, 1592) s'était déjà exprimé dans le meine sens, et plus récemment S/ruensee (Abhandlungen, I, p. 190). Les principes de Polycrale dans Hérodote (III, 39), tendent à peu prés au même résultat. V. pour l'opinion contraire Ferguson ;IIist. of civil sociely, V, S).

.Ajoutons cependant que des recherches nouvelles ont permis de mieux apprécier la dépense de Veis lilles.

Voici ce que dit L. Wolowski (Rapport sur l'administration de Colberl ; Compte rendu de l'Académie des sciences morales et poliii(iues, 18o7, t. Il, p. 109):

« On sait combien les constructions de Versailles ont provoqué de récriminalioiis aniéres contre Louis XIV; des écrivains passionnés ont voulu y voir une des causes de la Révolution, par suite des charges dont elles auraient grevé le trésor. Mais ce ne sont pas les travaux utiles et durables de la paix qui ont été l'origine de \ effrayant deficit, creusé au dix-septième et au dix-linilienie siècle, ce sont les enlrainenients de la guerre. L'exagération a pu faire estimer par Vulney à 4 milliards, el par Mirabeau i\. 1,200 millions, les frais des bâtiments et des jardins de Versailles, que Voltaire portait à un demi-milliard : les conjectures hasardées ne sont plus permises aujourd'hui; les registres de la dépense ont été retrouvés; il en existe même plusieurs copies; ils témoignent en faveur de la sage économie de Colbert. Il est, en effet, extraordinaire que IGo millions, qui représentent environ le double aujourd'hui, aient pu sul'lire pour accomplir de i)areils ouvrages.

(( Co/6erf dirigeait personnellement les travaux d'architecture, de peinture et de sculpture, pour rornenicnlalion des palais et jardins du roi. Il lui appartenait, comme l'a dit Necker, de donner aux beautés de l'art une action éternelle.

« L'Europe entière admirait la France et cherchait à suivre ce brillant exemple; la splendeur des monuments, aussi bien que les chefs-d'œuvre (le la langue, élendaioul parlmit riniluenco ilit grand régne. »

(3) Excepté le bénéfice fait par les fabricants.

(4) Sismondi méconnaît ce principe (N. P. IV, ch. xi)

Aucune production n'est possible sans consommation. Tout emploi particulier auquel on fait servir un objet est une restriction apportée à l'emploi générai qu'on pourrait en faire; ainsi, par exemple, le blé qui a servi à faire du pain ne peut plus être employé pour la distillation des esprits, pour la fabrication de l'amidon, etc. (1). Si la consommation esi réellement la base A' uue production {avance), on l'appelle consommation productive ou reproduc(ive{^). La forme du bien consommé est à la vérité anéantie, mais sa valeur continue de subsister dans le nouveau produit.

Les consommations diverses possèdent la faculté productrice à des degrés différents. Pour un savant, par exemple, la dépense qu'il fait en livres de sa spécialité est sans aucun doute productive ; mais les ouvrages qui, eu apparence, traitent de matières qui lui sont étrangères, les voyages d'agrément, etc., peuvent aussi alimenter et exciter son génie. Nous devons (§ G3) reconnaître toute consommation comme productive, dès qu'elle procure le moyen de satisfaire un besoin économiiiue sérieux. Ou peut distinguer entre la consommation productive de biens matériels, de biens personnels ou de relations utiles; mais, pour mesurer la faculté productive, il faut avoir moins égard au mode, qu'au résultat de la consommation, par rapport au besoin public. La poudre, qui brûle par suite d'une explosion de poudrière, est consommée d'une manière improductive ; mais la poudre dont on s'est servi h la guerre peut tout aussi bien avoir été consommée d'une manière productive, que celle employée à l'explosion dune mine peut avoir été consonmiée d'une manière improductive, savoir, quand la guerre est couron-

lOS DE LA CON^OMRUTION El^î (^ÇNÇRAL.

née de succès, tandis que l'exploitation rtç la mine a échoué (5). — Tous les économistes comprendront probablement, sans hésiter, dans la consommation proc/uc^/ye l'eniretien des ouvriers, qui sont eux-mêmes regardés comme prochictifs ; pourquoi n'en serait-il pas de même de l'entretien, des frais d'éducation, etc., de nos eufan.ts qui, plus tard, il fautl'espérer^ deviendront aussi des travailleurs })roducli(s?h^ puissance de travail de l'homme est sans contredit un des principaux biens économiques;, sans moyens d'entretien, elle s'éteindrait en peu de jou,rs; nouspo.ilvous donc, saus entrer dansTénuméralion atomistique des services et des produits isolés, considérer rexjstence permanente de la force du travail elle-même . comme une continuation de durée pour la valeur des moyens d'entretien consommés (4)..

(1) Lors même qu'on fait avec de Peau et de l'argile des tuiles brutes siiiiplemeiit scellées à l'air ; lorsqu'on se livre uniquement à Y occupation des bilans naturels, ou que l'on i)rocède à des découvertes intellectuelles, il est toujours nécessaire que les travailleurs fassentla consommation des moyens d'entretien indispensables.

(2) Xpr,u.aTiGT;/4ai par opposition à àvaXwTÎxxi selon Platon (De rep., V'III, p. 559).

(3; Storch llaiidbuch, U, p. 4oü).

(i) Contre l.i di^linclion, généralement ad,!:nis,ç, ^ç la consoiïiwalipji pro'luctice et de la consommation improductive^ V. Jakob (urunds.^çtze der\at.-OEk., II, p. 530).

On doit considérer commç consommai ion improductive, nonseulement toute perte économique, ou toute dépense consacrée à une destination nuisiUlc(l), mais encore toute dépense superflue, même consacrée au but le plus utile (2), Mais, pour ne pas se mépreudie dans cette classification, il faul l'impartialité et le coup-d'œil à la fois pénétrant et étendu de l'historien, afin qu'aucun aspect de ce qui est humain n'échappe à l'inlelligence.

DR LA CONSOM)^ ACTION ÇNC^NÇUAL. 199

Celui qui voit, par exemple, des villes comme Ratisbonive et surtout l\ome, où d'innombrables églises se touchent en quelque sorte, reconnaîtra sans peine la distance infinie qui sépara les constructions de répo([ne actuelle, consacrées à l'iiidusirie, à la politique, à un but d'instruction ou de plaisir, et celles de l'époque du moyen âge, vouées aux besoins spirituels. Celles-ci peuvent avoir été produclives dans leur domaine et pour leur temps, et il arrive à celles-là^ par une exception qui ne laisse pas que d'être assez fréquente, de demeurer entièrement improductives : fausses spéculations, et construction inutile de canaux, de chemins de fer, etc. Il serait difficile de prononcer sur la valeur relative de ces deux ordres de besoins, car la plupart d,M temps, d^ans une contestation de cette nature, chacun des antagonistes ne partage guère le sentiment de son adversaire, souvent même il ne le comprend pas, et en h\i [m sujet de raillerie. Ainsi, il est des peuples a demi sauvages, qui ne sont susceptibles d'éprouver le sentiment , si nécessaire toutefois même au point de vue économique, du respect à la loi, que si leur regard est frappé de léclat répandu autour du trône de celui qui est chargé de la faire respecter. Celte pompe ne saurait donc passer pour une consommation purement improductive. Du reste, nous devons faire remarquer (comme nous l'avons fait au paragraphe 05) que les services personnels dépassent trèsfacilement la ligne de démarcation qui sépare la consommation productive de la consommation improductive. Les dépenses de l'Etat moulaient en Espagne, il y a une vingtaine dannées, à la somme de 897 millions de réaux, les dépenses des communes à 410 millions et les dépenses du culte h 1 ,680millions(/io»->T(yo).A coup sûr, ce n'est point là une proportion convenable ; mai< nous trouvons bien autrement mauvais qu'en Prusse la consommation annuelle de l'eau-de-vie sul'fise à épuiser un bassin long d'un mille prussien (environ 7 kilomètres et demi), large de 55,8 pieds et profond de 10 [Dletenci], et (^uen Angleterre, où les impôts

absorbent par année 54 millions de livres sterling, les sommes dépensées en boissons spirilueuses s'élèvent à 74 millions de livres sterling (5). Berkelnj dit avec raison que le système suivi par rapport à l'Irlande, lorsqu'on présence d'une masse de prolétaires affamés on exportait les denrées nécessaires à la vie, pour les échanger contre des vins fins, etc., ressemblait à à conduite d'une mère qui vendrait le pain de ses enfants, pour se procurer des friandises et des colifichets (4, 5).

(1) Ainsi, par exeni|)le, les alinieiils qui se perdent tante d'être consommés; ou ceux qu'un voleur a dérobés et qui le niellent à même d'entretenir ses forces pour comniellre d'autres vols.

(2) Senior (Oullines, p. 6G) dit avec raison eu ce sens : « Plus un peuple ou un individu deviennent riches, et plus s'étend leur consommation improductive. «

(3) D'après un rapport l'ait à la London tempérance Society (oct. 1849). (4; Berkeley (Querist, n" IG8, Ma]. « Les besoins de la nation doivent

servir de régie au commerce, et les besoins les plus pressants du grand nombre sont les premiers dont il faille s'occuper. »

(5) Ricardo ;Principles, p. 47S) croyait (pie l'emploi des revenus publics ou privés, en rélribulion de services personnels, augmente jilus forlemenl la demande du travail ol le salaire, que si on appliquait les mêmes revenus à l'acquisition do biens matériels. Senior (Oullines, p. 169) réfute Irés-biea l'erreur sur la(|uelle repose celte assertion. — Du reste, J.-B. Say (Traité, III, ch. ii, seq. ; Cours pratique, II, p. 263) a, le premier, vivement soutenu le principe de la consommation productive. (On en trouve déji le germe remaniiiable dans Du<of, Réilexions politiques sur le commerce et les finances, 1738, p. 974, éd. Daire). Il se livre parfois à des distinctions trés-subliles : ainsi, par exemple, un fabricant de drap consomme d'une manière productive les services de ses ouvriers; ceux-ci, an contraire, en les échangeant contre du ])ain, consomment ce dernier d'une manière improductive. Say commet ainsi l'inconséquence de ne déclarer prof/wcZ/rfs quo les consommations qui aboutissent immédiatement à la création des biens matériels, quoiqu'il ait compris la faculté productive du travail dans un sens beaucoup [ilus large Rau (Lehrbuch, I, ^ 102, 323, seq.) est plus conséquent, en ce sens ((u'il applique la restriction aux deux cas (V. aussi §333, 336;. Hermann \'Sl. Untersucluingcn, p. 270, seq., 331) préférerait voir l'idée de consommation productive bannie de nouveau de la science, car tant que la valeur de la chose soi-disant consommée se

transforme, mais dure toujours, il ne peut, à proprement parler, être question de consommation. Mais alors, on ne rencontrera i-res^ue jamais de consommation véritable, dans une économie bien ordonnée, car l'ensemble de la valeur de ce que nous a\\\)e\onü consommation produclioe se perpétue, sans aucun doute, dans l'ensemble de la valeur du produit national. lUedel dit avec raison (jue la théorie de la consommation reproductive sert dans l'économie nationale, pour ainsi dire, de pont pour relier entre elles la production, la distribution el la consommation, et ponr en former un seul tout (Nat.-OEk., III, p. 49). Notre opinion a été pressentie par M'Culloch (Principles, IV, 3). Le comte Süden distingue une consommalion économique, une consommation non économique et une consommation anfî-économ/çue (N. OEk.. I, p. i47j.

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