DISSIPATION ET ÉPARGNE
Lädisi'ipatwn a quelqtie chose de moins odieux que Vovarice: elle est ntoiiis exclusive de certaines vertus . mais elle cause à réconomie publique un bien plus grave préjudice. Le trésor de l'avare, même lorsqu'il est enfoui, peut au moins être utilisé après sa mort, tandis que la dissipation détruit une partie dft l'avoir disponible. L'avarice es.t un vice repoussant, et la dissipation un vice entraînant. Une économie bien entendue évite égaleineut ces deux extrêmes : elle est la compagne de Tordre, c'est seulement grâce à elle que la libéralité peut cire vraie, durable et utile. Elle donne, en un mot, à la consommation l'impulsion de la raison et de la vertu (1 , '2).
(I) Ailmirable tableau de l'économie bien entendue dans l'Almanach pensylvanien de B. Franklin, « Le pauvre RicliarJ Saunders, devenu riche. » V. aussi J.-B. Say (Traité III, c'i, v). Ad. Smith (II, cli. nij cherche à expliquer comment, en somme, l'économie bien entendue
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peut remporter sur les séductions de la prodigalité. Cela ne s'applique naliirellenient qu'aux peuples qui progressent.
(2) Le Sauveur était, jusque dans ses miracles, le plus parfait modèle d'éionomie bien entendue ; V. saint Mallh. [14, 20) ; saint Marc (6,43, 8, 8) ; saint Luc (9, 17) ; saint Jean (6, 12 . Des passages comme ceux de saint Malth. [26, 6; ; saint Jean (2, 10), prouvent qu'il n'a point entendu défendre un luxe généreux.
La dissipation détruit des biem qui formaient déjà un capital, ou qui pouvaient le devenir. En même temps, elle augmente, directement ou indirectement, la demande des produits. Elle élève donc, pour un temps, VintérêteX le prix de certaines marchandises. Les consommateurs en souffrent, quelques producteurs réalisent un bénéfice extraordinaire, jusqu'au moment où Vojfre vient s'équilibrer avec l'accroissement de la demande. Mais tout à coup le capital du dissipateur s'épuise : la demande s'arrête aussitôt, et les producteurs subissent les funestes effets d'une crise: « ceux qui achètent le superflu, dit Franklin, finissent par aliéner le nécessaire. » Ainsi la prodigalité fastueuse d'une cour peut rapidement développer la prospérité d'une résidence princière(l); mais on doit se rappeler que toute la sève artificielle qui vient y circuler est un emprunt fait à la vie des provinces, et ne pas oublier la perte sèche qu'amène la destruction des biens {1, 3).
'i) Une rapide circulation de l'argent, comme on le dit vulgairement. V. jiar contre Tucker Sermons, p. .31, 1774).
(2) L'observateur suiierfioiel ne voit ((ue cette prospérité apparente de la capitale, sans s'occuper du reste du pays, ([ui en faii les frais. — f areillemenl, plus d'une guerre semble favoriser l'industrie, parce que les besoins de TLlnl ont donné une juiissante impulsion à certaines brandies de lindiistrie; mais c'est aux dépens des autres, qui doivent couvrir l'accroissement des iiii| ôls. V. Jokub 'Anm. zu Lotvc, England, 1833, cil. Il et m); Sibenius, Oeff. Kredit, p. i."i9, seq.) ; Hermann (St. Unlorsuch, p. 372 seq.).
(3) Le .lonriial des Economistes (mars 1834) combat fort bien les sophismes des prétendus publicistes qui recommandent les foies comme
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moyen de relever linduslrie, qui veulent aussi, dans ce but, élever les traitements des fonctionnaires, en obli.çeant ceux-ci à plus de dépenses, etc. Ce luxe, quand il se produit nalurellenient, peut être le signe de la richesse publique, mais il est un fort mauvais moyen pour développer celle-ci arliliciellement.
Restreindre une consommation productive, c'est causer un dommage général, car un besoin réel de Véconowie publique cesse d'être satisfait. Si l'on restreint la consommation improductive, ceux qui ont calculé sur celte espèce de débouché peuvent se trouver dans l'embarras, mais en général Vépargne ainsi faite sera nuisible ou utile, suivant l'enjploi auquel elle est destinée ; deux cas peuvent se présenter :
l" Cette épargne demeurera inactive. — S'il s'agit de numéraire, la somme des moyens de circulation diminue d'autant; il peut donc en résulter une hausse des prix, ou bien une partie des marchandises peuvent demeurer invendues ; on éprouvera (§217) une crise commerciale plus ou moins intense (I). — Si ce sont des objets de consommation immédiate qui sont mis en réserve, comme des denrées, des vêtements, etc., le prix de ces objets s'élève par suite de ce supplément de demande, tout comme il baissera plus tard, par suite d'un supplément d'offre, alors que les approvisionnements seront tout à coup vidés sur le marché (2).
2® Si Vépargne se transforme en un capital fixe, la consommation des biens, l'entretien des ouvriers employés, le débit des industriels se reproduiront comme par le passé, lorsqu'il ne s'agissait que de consommation improductive. Mais le courant se dirigera dans un autre lit. — Si un homme riche emploie en constructions l'argent qu'il dépensait à entretenir des maîtresses, les maçons, les charpentiers vont gagner ce qui allait aux coiffeurs, aux marchandes de modes : on consommera moins de truffes et de Champagne, mais plus de viande et de
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pain. — Le résultat final sera une maison, qui viendra accroître d'une manière permanente, soit les jouissances personnelles du propriétaire , soit le produit matériel de l'économie publique (5). — 11 se passe quelque chose d'analogue, hrsqw.V épargne est utilisée sous forme de capital circulant. On en vient également ici à consommer, plus tôt ou plus tard, ce qui a été épargné, et l'observateur superficiel peut y voir une deslruclion, mais ce qui distingue ce procédé, c'est qu'il reproduit toujours un équivalent, ou plusieurs. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que toute la somme des produits dont le marché se trouve enrichi, grâce au nouveau capital, ne saurait passer pour en être le fruit. — Elle provient de Vemphi du capital, c'est-à-dire de la réunion ou du développement d'autres forces, précédemment existantes, auquel on a donné ainsi l'occasion de fournir les services qu'elles étaient susceptibles de rendre (4).
(11 L'habilnded Vn/'oi/ir les trésors vient de l'absence de la sécurité (V. déji Montanari, Délia monela, 1683-1687, p, 97, Ciislodi) elde celle du génie de la production « LA où le droit de propriété n'est pas respecté comme sacré, l'or et l'art^ent refluent dans le sein de la terre, d'où ils sont sortis » [Burke]. C'est pour(|iioi ce procédé est très fréi|uemment suivi à chaque époipie de moyen âj^e économique, aujourd'hui encore, dans la plup'rl des pays de l'Orient, surtout dans les pays despotii|nes. Mvnipsquteu (Esprit des lois, XXII, 2). Ainsi, chez les Arabes ; d'Arvieux (traduit pnr liosenmiiller, p. 61, seq.); Fonlanier (Voyage dans l'Inde et dans le solfe Persique, 18ii, I, 279). Satrape persan qui, sur son lit de mort, refuse encore de dire où il a eiifini ses trésors; son père flvait, chaque fois fait éjîorfter les esclaves qui l'avnienl aidé à cacher ses richesses [Klemm, Cnlliiri;esch., VII, 220 . Aux dcjjres infériiMirs de culliire. c'est une espèce de luxe trés-praliqiié, (|ue d'enfouir son trésor avec les dépouilles mortelles. V. relalivemcnl au tombeau de David. Josephe (Antiq. Jud. VII, 13, 3; XIII, 8, 4; XVI, 7, 1). Aussi les Orientaux croient-ils que chaque ruine inconnue recouvre un trésor, et voient un l.ilisnian pour le découvrir, danscliaipie inscription indéchiffrable. Tout savant voyafjeiir passe à leurs yeux pour nn chorrheur de trésors. De Uièmc en Sicile {/Ichfues, Neuester Zustand v. Sicilien, I, 99) Dans l'Inde Orientale, lonle circonstance qui affaiblit la coofiance qu'inspire le pouvoir multiplie les trésors enfouis, comme on Ta vu,
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par exemple, après la défaite de rAfijhan. Rnfonissement des trésors, par les paysans espagnols (Borrrgo^ traduit par Koltenkamp, p. 81); en Irlande [Wakoßeil, Acconnl of Ireland, I, 593); dans rinlerieiir de Ih Rnssie [Storch, llandbucl», I, 142j; chez les Lapons. Ceux -ci furent fortement excités à ne pas renoncer à cette habitude, eu 1813, lorsqu'ils perdirent 80 pour 100, parsuile delà banqueronle du papier de l'Étal {Brooke, Winler in Lappland, Weimar, 18'29, p. 119). V. aussi Blom (Statist, v, Norwegen, H, 205;. — Ainsi, pendant la guerre de trente ans, les paysans de la Silésie et de l'Aulriclie paraissent avoir enfoui beaucoup d'argent en 1848. Plus d'un de ces trésors cachés est perdu pour toujours; mais ordinairement, on en trouve beaucoup là oà l'on en enfouit souvent, et les gouvernements érigent alors le droit de recherche en droit régalien. V. Orlloff (Comment, juris Romani de ihesauris, 18' 8).
(2) Si l'emmagasinemetit a eu lieu dans un temps d'abondance, et que les ap|u'ovisiouncnients soient restitués au commerce en temps de disette, il n'en résulte naturellement aucun (rouble ; tout au contraire, il s'établit un équilibre bienfaisant dans les prix. Telle est la pensée fondameiilale des magasins de blé !
(3) Toute construction faite par l'Étal procède ainsi : les contribuables sont obligés, ou les créanciers publics sonl invités, à prélever quelque chose sur la consommation, aliu (jue celle épargne soil employée en canaux, routes, etc. En France, par exemple, dejjuis 183o, plus de 100 millions de francs ont été ainsi employés par an. M. Cheralicr (Cours, I, 109). Colle somme s'est singulièrement accrue dans ces dernières années.
(i) Des épargnes ont souvent été prescrites par l'Etat. Dans l'ancienne Athènes, beaucoup de défenses relatives à la con.sommatioo avaient pour but d'élever le capital productif à une certaine hauteur ; ainsi, par exemple : défense de tuer les brebis avant qu'elles aient mis bas, et les agneaux ou moutons avant la lonte [Athen., IX, p. 373; I, p. 9/. Ancienne défense d'exporter les Ggues 'Ibid., III, p. li,. V. Pelil Leges Allicae, V, 3) ; (Buec'ih, Slaalsliaushallung, I, 62 seq.).
On voit que la simple épargne des capitaux, lorsqu'elle doit réellement enrich:r un peuple, a des limiles qu'elle ne saurait Iranehir. Chaque consoininateur peut multiplier volontiers les objets à son usage, le mobilier, les approvisionnements de bouche, lesvms conservés dans ses caves, etc.: mais
il ne dépassera guère une certaine quanlité d'achats (1).— Quant au capital productif, tout homme sensé ne voudra l'augmenter qu'amant que raccroissement de la production lui permettra d'espérer une extension du débit. Quel est le marchand ou le fabricant qui se féliciterait, et se regarderait comme plus riche, si, en face d'une clientèle dont les demandes ne varient pas, il voyait d'année en année accumuler des milliers de commis, préposés aux marchandises? — Il faut distinguer ici entre la fortune privée et la fortune publique. — La fortune privée, (|ui n'est qu'une Iraction du grand tout social, et qu'on estime d'après la valeur en échange des éléments qui la constituent, augmentera toujours, en vertu de l'épargne (§ 8). Car l'exagération même de l'offre en général, qui fait grandement fléchir le prix de toute une espèce de marchandises, ne ramènera jamais le prix d'aucune d'elles ;iu-dessous de zéro, ni même à zéro, — Il en est autrement de la fortune publique, qui ne peut être estimée que d'après la valeur en usage des parties qui la composent. Toute j</////r présuppose un (H-suin. Aussi, lorsque le besoin reste stalionnaire, tandis que l'approvisionnement augmente, il en résulte forcément une diminution correspondante dans la valeur en usage de chaque article, envisagé séparément (2).
Si un peuple voulait épargner tout ce (pii pourrait lui rester après avoir donné satisfaction aux besoins indispensables de l'existence, il devrait bientôt chercher des débouchés au dehors, ou y envoyer ses capitaux, mais il ne ferait aucun progrès dans la voie d'une culture plus délicate, ou d'une existence plus agréable (5), — Par contre, s'il renonçait à toute épargne, il élargirait le cercle de ses jouissances, en ébréchant le c: pital, au détriment de l'avenir. Mais ces deux excès rencontrent en eux-mêmes un frein salutaire. Dans le premier cas, la baisse des prix suscite la consommation, et diminue la production; dans le second, c'est l'inverse., L'idéal du progrès consiste en ce que
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l'accroissement des dépenses, qui accompagne raiigmcntation de la production, reçoive une destination honorable, et provienne surloul des riches, tandis que la classe moyenne et la classe inférieure continuent h faire des épargnes, afin d'élever de plus en plus le niveau de leur condition, en diminuant la distance qui sépare les membres de la société les uns des autres (4) .
(1) Les besoins s'accroissent avec les moyens de les siilisfaire; celui (|ni |M)sséde deux clieniises veut arriver à la douzaine, iniidis fjiie celui qui n'en a point n'en désire souvent pas. (lelui qui possède des couverts d argent eu nombre suflisanl s'efforce d'acquérir des llauibeaux, des services à llié, etc., etc., en argent ; quand il les aura, il désirera de la vaisselle plate.
(2) Une des plus belles découvertes d'^(/. Sm'th ill, ch. m) a été de montrer que la consommation et l'épargne ne constituent point des principes opposés l'un à l'auUe. V. pourtant déjà Pinio (Du crédit et de la circulation, 1771, p. 333). Äu|tarav,int , la plupart des écrivains qui étaient pénétrés de la nécessité de la cousouiinaliou se firent les apologistes de la prodigalité. Ainsi fon Schroctier (l-"ürsll. Schalz-und Renlkauinier, p. 23, seq., 47, 172). Suivant Monlesquieu [E<\\rh des Lois, VII, iv), les pauvres meurent de f.iini (|uaiid les riches restreignent leur dépense. Celte opinion, qui devait jouir d'un grand crédit chez les imitateurs (le Louis XIV etde Louis XV, estdans nu certain sens celle des physiocrates, par exemple (>'(fA»ai/ (Maximes génér, 21 , seq ). V. néanmoins Tuvifol (éd. D.iire, I. 424 seq.). AL Smith toc. cit ) sigualele dissipateur comme un ennemi public et riiommc économe comme un bienfaiteur de l'iiumanilé. Laudenlale (Inquiry, p. 219) réagit contre ce que celle tlièse présente de trop étroit; il va jusqu'à regarder comme impossible une circonstance quelconque « ([ui puisse changer la nature des choses au point de transformer l'épargne en un instrument d'augmentation de la richesse. » Dans la polémique qu'il dirige contre le fonds damortissemcnt, il le regarde comme une épargne excessive el inopportune, et suppose que les sommes économisées de celte manii're seront |iour toujours soustraites à l'économie pnl)li(iuc. Sif>mundi (Nouv. Pr., II, ch. vi) se montre plus modéré en distinguant la « production » et le « revenu. » La production ne se transforme en revenu que si on la (( réalise », c'est-à-dire si elle trouve un consommateur qui en forme la demande et qui la paye. Alors seulement le producteur peut faire sou com|ite, rétablir son capital de production, calculer le profil, l'employer à la consommation et recommencer toute l'opération.« Une naliou
stalionnaire doit Tèlre en loule chose ; si les travaux auxquels elle doit pourvoir avec ses capitaux ne passent point leur somme actuelle, elle doit niellre des bornes;! rarciininlnlion de ses capitaux. Une nation qui ne peut pas faire de progrès, ne doit pas faire d'économies » (IV, cii. i, 1. 1, p. 299).
(3) /-.S. iUî7/dit que tous les progrès et les circonstances favorables qui les environnent, n'ont procuré aux Américains du Nord que l'avantage « ihal ihe life of tlie whole of one sex is devoted to dollar-lumtiug, H and of llie olher lo breeding doll.irshunlers » [l\\ cli. vi, 2).
[4) Storch (Revenu national). Hermann (St. Unters., p. 371, seq.) démontre que les trop grandes épargnes ne sont pas à craindre. D'un antre côlé, les dissipateurs délruiNcnl moins de biens qu'on ne le su|!pose génoraleuient, pnisquMls sont la plupart du temps trompés, el que ceux qui les trompent peuvent économiser [J.-S. Mill, Principles, I, ch. v,ö).
Il est (les peuples, comme des iiidividtis, dissipateurs ou économes. On doit, par exemple, attribuer au-^; Suisses un esprit national de grande économie. Beaucoup de familles, même riches, y ont pour principe, au lieu de donner de V argent de poche aux tilles adultes, de le leur faire gagner à Taide de la broderie. Dans les soirées, on ramasse, eu présence des hôtes, les croûtes de pain qui serviront pour la soupe, etc. Les fils qui, durant la vie des parents, ne reçoivent de la maison que peu de chose, et doivent eux-mêmes acquérir leur avoir, ne recueillent la pliipait du temps un riche héritage que lorscju'ils sont euxmêmes avancés en âge ; ils sont donc habitués à une vie retirée el modeste, et n'en recommencent plus une autre, quand ce ne serait que pour ne pas subir des ennuis. « C'est ainsi qu'il n'entre point dans l'esprit des Hollandais, que les dépenses puissent absorber régulièrement le revenu, el quand cela arrive, ils pensent avoir vécu inulilemenlpt^ndant une année. Une pareille manière de vivre nuit chez eux h la réputation, comme ailleurs des excès coupables » {Temple). L'ordre le plus parfait, et la prévision la plus minutieuse de toutes les dépenses y sont si bien observés, que Temple assure n'avoir jamais entendu
parler rrune conslruclion publique ou privée, qui n'eût pns été aclu'véeà l'époque lixée d'avance (1). — D'un nuire côlé, l'Angiais vil d'urdiiiaire assez largement. Il y est lellemcnl habitué, que le lonriste qui voyage sur le continent, lorsqu'il voit la vie frugale des paysans, ne l'altribue jamais qu'à la misère, sans soupçonner qu'elle puisse être l'effet de récononiie. Si lAngleterre est devenue riche, cela tient à liniporlance colossale de la production, qui l'emporte encore sur l'étendue de la consommation (2). Ce contraste peut tenir, en partie, aux particularités de nationalité et de climal(ô), mais certainement aussi ilprovientdu degré différent de la civilisation. Le vieux Caton avait pour maxinie, qu'une veuve peut bien laisser diminuer sa fortune, mais qu'il est du devoir d'un homme de laisser après lui au delà de ce qu'il a recueilli en héritage (4). A quelles dissipations les maltre.< du monde ne se sont-ils pas livrés plus tard !
(1) Temple (Ohservnl. on Ihe Un, Prov., Works, I. 136, 138. seq., 176); lioscher (Zur Gesch. der engl. Volkswirllisclialtsl., p. 129;. U « Richesse de la floUaiKle » (I, 303) parle, par exemple, d'un riche viilafffi, prés d'Amsterdam, où nn homme ayant 120,000 llorins de revciHi annuel no (ir-ppuse ^uére que 1.000 tlorins pour son entretien.
(2) /-''. Defoe (Giviug ajiiis no cliarily! 170-i) dit dojà : « The ennlish « gel estâtes, llie Diilch savc ihem. » Un salaire liebdoinailaire de 20 schellings suffit loul jusleà l'Anglais, tandis ((u'il enrichirait le Hollandais, qui laisserait ses enfauls dans une situation prospère, etc. L. Faucher établit le mêuie contraste entre ses 'conipritrinles et les Anglais. L'ingénieuse observation de Gœthe (Werke, vol. XXIIi, j). 2i6, éd. 18401^ dans son Voyage d'Ilalic, prouve (|iie les Italiens aussi savent économiser. « Molli poclufannoun assai! » lün Bohème, le czechioail d'une bonne réputation de travailleur, pour sou assiduité, sa sobriété, etc., cl il est aussi plus économe ipic l'Allemand ; néanmoins, presque tontes les grandes entreprises apparliennenl à dos Allemands, parce que le czcch, quand il a économisé un petit pécule, aime mieux relourner dans son village, que de se hasanler an jeu des spéculations.
(3; L'ivrognerie esl le vice habituel des peuples septentrionaux ; ainsi, dans l'aiiliquilé, chez les Tluaces {Aihen., X, p. 442; Xenaph., K.\p. Cyri, VII, 3, 32) ; chez les Macédoniens, par exemple, Philippe et
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Alexandre [f'iutarch . Alex., 70; De adulât., 13,. Boire à la manière des Scythes signifiait, chez les Grecs, boire à l'excès (i4^/jen.,X, p. 427; Herod., \l,8i).
(4) Plutarch. (Cato, I, 21).
n est naturel qu'on désire voir cesser une prodigalité qui ne procure de véritable jouissance à personne. A quoi peut servir, par exemple, l'e-xcessive solidilé de tant de constructions (1) ? C'est un acte déconomie bien entendue de construire pour 10,000 thalers une maison qui durera soixante aus, au lieu d'eu bâtir une pour quatre siècles, en y consacrant le double de dépense; car, au bout de soixante années, lintérêt simple des 10,000 tlialers, ainsi épargnés, permettrait à lui seul d'en construire trois autres. Sans doute, ceci n'est point applicable aux édifices qui sotil élevés dans le but de produire un effet im])0satit, ou comme œuvre d'art. Le résultat que poursuivaient les Egyptiens, en dressatit leurs obélisques et leurs gigantesques pyramides, est atteitit encore en grande partie aujourd'hui.— Quon n'oublie pas le gaspillage dotit on se rend coupable quand on se hâte trop de jeter ce dont on ne se sert plus. — Combien n'a-t-on pas épargné, depuis que les chiffons sont transformés en papier ! — A Paris, qtiatrc mille personnes vivent de ce qu'elles ramassent dans les rues (!2).
(1/ V. Minant (Xolinns élément, d'ccon. politique applirpièe aux travaux publics, IhoO, p. Il, seq.). Il rappelle les nombreux châteaux forts de la chevalerie, les aqueducs romains, les théâtres, etc.. encore bien conservés, sans pouvoir être utilisés; lanl de ponts trop élroils et de chaussées trop roides pour nous! Les écluses de D.inkerqne, que Vanbnn fit établir ;i 12,00 métros, furent élargies, en 1822, à 16 métrés ; anjourd'liiii elles sont de niniveau trop étroites pour les vapeurs tran.satlaiiliqiies. En Angleterre, les particuliers savent très-bien établir leurs calculs sous ce rapport. V. J.-D. Saij (llonrs pratique).
(2j Fregier (Les classes dangereuses, I). Au sujet des chiffonniers de l'ancienne Grèce, o;re;(jLo).ô-joi;, V. Suint-Juhn |The Ilellencs, III, 91).