HISTOIRE DV LUXE
Le moyen âge n'avait fait que de faibles progrès en indtistrie et dans le commerce ; le luxe pouvait donc s'y exercer aussi peu sur un mobilier élégant et commode, que sur les produits créés au loin. Quelques pièces de parade, notamment les armes et les coupes d'argent et d'or(l), étaient les seuls objets qui témoignaient de la niagniticence du maître. Nous possédons des inventaires des doiuaines de Charleniugne, et nous voyons que l'on comptait dans l'un de ses châteaux, pour tout linge, deux draps de lit, une nap|)e et un mouchoir de poche (2). Les modes variaient encore fort peu, parce que les vêlements coûtaientinlininientplus qu'aujourd'hui. lien est toujours ainsi en Orient, — Dans les habitations, on tenait beaucoup plus à la grandeur et à la solidité, qu'à l'élégance et à la commodité. Le palais d'Alfred le Grand était si mal clos, qu'on était forcé de couvrir les murs de rideaux, afin de se garantir du vent, et qu'il fallait mettre la lumière dans des lanternes (3).
On était d'autant plus porté à user des produits de son propre sol, pour étaler un luxe prodigieux, en s'attachant beaucoup plus à la (juanlile qu'à la qualité {A). Le chevalier ne peut ni
manger ni boire au delà de la capacité de son eslonnac, il entretiendra donc une nombreuse suite, afin de consommer les denrées superflues. On sait le grand rôle que remplissait chez les anciens Germains le comilalns, envisagé dans ces derniers temps comme le germe véritable de la migration des peuples. On prétend que trente mille personnes (?) mangeaient chaque jour à la table (?) du comte de Warwick. Henry "VII, qui ferme en Angleterre la période du moyen âge, tenait pour maxime d Etat d'interdire ces cortèges nombreux à la livrée de la noblesse (19 Henry VII, cap. xiv), comme l'avaient déjà essayé Richard II, Henry IV et EdouardIV. Cependant Ton voit encore, sous Jacques l", des ambassadeurs qui n'amènent pas moins de cinq cents personnes et de trois cents gentilshommes h leur suite (5).
Toute occasion qui permet au seigneur d'étaler sa splendeur, et de communiquer les fruits de l'abondance qui règne à sa cour, lui vient à souhnit; aussi les invités sont-ils innombrables pour les fêtes, les noces, etc., et on les héberge durant des semaines entières (6). Ces festins ne brillent guère par la délicatesse ou par la variété des mets, mais ils étonnent par la masse colossale des plats. Guillaume d'Orange reçut, à l'occasion de son mariage (1561), une foule de personnes qui avaient amené 5,647 chevaux : lui-même parut avec un cortège de 1 ,100 cavaliers. L'on consomma 4,000 scheffels (plus de 2,200 hectolitres) de froment, 3,000 sehe ffels de seigle et 13,000 scheffels d'avoine ; 3,600 eimer de vin, 1,600 tonneaux de bière (7). Dans le règlement des noces de Münden (1610) il est prescrit qu'une grande fêle de ce genre ne doit pas compter au delà de 24, et une petite au delà de 14 tables, à dix convives chacune (8).
L'hospitalité des temps de culture peu développée doit être attribuée autant à ce genre particulier de luxe qu'à la simple cordialité. Les chefs arabes mettent volontiers leur couvert dans la rue, et tous les passants sont les bien venus (Pococke) (9).
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Chez les grands de l'Inde, on prépare dordinaire le repas dans une chaudière ouverte, et tout arrivant peut y puiser h volonté (Catlin).
En face de ce luxe du riche, le spectacle de la misère du pauvre ne blesse pas autant les yeux. Il n'existe point d'abîme qui tranche d'une manière éclatante entre la manière de vivre adoptée par les diverses classes sociales (10). C'est l'âge d"or de l'aristocratie, dont iml ne révoque en doute la puissance légitime! Lorsque le seigneur commence plus tard, au lieu de continner à nourrir tant de serviteurs, à faire l'acquisition de riches parures, etc., il peut bien fournir les moyens d'existence à tout autant d'hommes, et même à un plus grand nombre; mais ceux ci ne lui en portent aucune reconnaissance. Cette forme du luxe peut aussi dépasser facilement les ressources disponibles, tandis que ce danger n'existe pas pour le luxe primitif du moyen âge (11).
(1, La valeur du métal dépassait ordinairement de beaucoup la valeur de la façon ; aussi les couvents du moyen âge faisaient-ils souvent des l)rêls en vaisselle d'argent; la façon n'entrait naturellement pas en ligne de com|ile. An contraire, le service de table dont le loi de Portugal Ut cadeau au duc de Wellington coûtait 83,000 liv. sterl. de métal, et 86,000 liv. stefl. de façon. V. Jakub Geschichte der edlen Metalle, trad. KlHnschrod, 11, o; ; Hume (Bist, of England, eh. xr.iv, app. 3). De niêrne déjà sous Louis XIV (SisttwnJi, Bist, des Français, XXII, p. 45).
Quand Rome fut arrivée à un haut degré de culture, C. Gracchus paya pour rfe l'argenfèrie, Aierveilleiisèmenl travaillée, quinze fois le poids du métal, et L. Crassus (consul, 9,^ avant J.-C.) dix-huit fois le même poids (AJummstn, Roem. Geschieh., II, p. ;^83j.
{"2) Spécimen breviarii rerum fiscaliuni Caroli Magni. V. Anton (Gesch. der Deutschen, Landswirlhschaft f, 244, se(|.).
''i) tûriipr (ftislory of ifié Angfo-Saxons, Vif, ch. vu.
(4) Dans lloiiiore los rois ne mangent jamais que de la viande, du pain et du vin (Athen., I, p. 8).
Dans les sagas poétiques de l'Islande, H. Léo ne se rappelle pas avoir vu mentionner d'autres mets ((ue la bouillie d'avoine, le lait, le
beurre, le fromage, le poisson, la viande des animaux domestiinies et la bière {Raumers, Taschenbuch, 1835, p. 491).
(5) Fwme (Uist. of England, ch. xf.ix, append.). Pareillement chez tous les jieuples qui ont maintenu beaucoup d'habitudes du moyen âge. A la fin du dernier siècle, le duc d'Albe n'avait dans son immense palais de Madrid aucune salle d'une grandeur convenable, mais on comptait 400 chambres de domestiques, car presque tous les anciens serviteurs, leurs veuves et leur famille demeuraient chez lui. Il payait, à Madrid seulement, l.OOOliv. sterl. ])ar mois en salaires de domestiques; ceux du fils du duc de Medina-Celi lui coûtaient annuellement 4,000 liv. sterl. {Toivnsend, II, ISo, lö8). A Moscou, ou voyait dans plus d'un palais, avant 1812, jusqu'à 1 ,000 domestiques et au delà, la plupart en costume de paysan, mal nourris, et si peu occupés, que tout l'office de l'un se bornait à porter l'eau pour le diner, et celui de tel autre à la porter pour le souper. De [lauvres gentiihommes ont souvent de 20 à 30 domestiques (V. Haxthdusen, Studien, I, 59). Dans plusieurs parties ae la Jamaïque il était d'usage d'affranchir de l'impôt payé pour les esclaves, ceux qui avaient moins de 7 nègres {B. Edwards, Qist. of Ihe W. Indies, I, 229). V. Tite-Live (XXXIX, ii). Le luxe de se servir de porteurs de torches s'est maintenu jus(|u'au temps de Louis XIV /foguefort, Hist. de la vie privée des Fr., ÎII, 171). — V. aussi Walter-Scutt (Legend of Monlrose, ch. iv).
(6) Sous le règne de Sigismond, un magnat hongrois a fêté pendant toute une année le mariage de son fils (Fessier, Gesch. v. Ungarn, IV, 1267).
(7) Nombreux exemples dans le Journal für Fabrik, Manufactur, etc. (cet. 1790;; Kri'mitz ;Encyclopacdie, vol. LXXXII, p. 84 seq.). La noce de la nièce d'Ollokar II (12G4), mariée à un prince hongrois, fut longtemps regardée comme le fait le plus éclatant de l'histoire du luxe au moyeu âge {Palackij, Gesch. v. Böhmen, II, 191, seq.). — Dans les festins royaux, en Âbyssinie, on ne mange encore aujourd'hui que de la viande et du pain et l'on boit du meth; mais on y invile aussi les simples soldats, etc., et non pas seulement les grands personnages (Ausland, 1840, n''79). Quelque magnili(|ue que soit la table d'un planteur des Indes Occidentales, de nos jours, elle est pourtant très- uniforme. Pour le repas ou tue un bœuf entier, etil est servi sous forme de roastbeef, de beefsleaks, de pâté de bœuf, de viande braisée, etc. [Pinckard, Kotes on the W. Indies, II, 100, seq.).
(8) Sfnttler (llisloire du Hanovre, I, p. 381).
(9) Il eu était de même dans Rome ancienne (Valer. Alaxtm., Il, b). Euripide (Ilerc. fur., 304, seq.) s'élève contre cet usage.
(10) Chez les peuples nomades, le riche ne peut pres(|ue cmployor
sa fortune qu'à augmenter le nombre de ses partisans, aux expéditions guerrières, etc.
(il) Ferguson (Bist, of civil society, VI, 3) ; Ad. Smith (W. of N., IV, ch. iv). V. encore Humboldt (Relation hist., II, 61), comment aux degrés inférieurs de culture, on sait utiliser ceux qu'on reçoit, pourremplacer la poste aux lettres.
Du reste, le luxe de la rude époque de la féodalité ne se produit que dans des circonstances spéciales, ce qui le rend d'autant plus éblouissant, tandis que plus tard il pénètre davantage tout le cours de l'existence. J. Moser a déjà fait remarquer que nos aïeux fêtaient d'une manière beaucoup plus étourdissante leurs kermesses et leur carnaval ; ils croyaient même devoir y noyer la raison (1). Chez nous, l'homme du peuple boit tous les jours de l'eau-de-vie ; dans la grande Russie plus rarement, mais en se livrant alors à d'effroyables excès (2), On sait que les châteaux féodaux se distinguent en ce qu'ils ne présentent, en dehors d'une ou de deux salles immenses, que des pièces étroites, incommodes pour la vie journalière ; cela tient en partie à la grande importance qu'on attachait aux festins, et en partie a. la vie plus familière du seigneur et de la domesticité noble. — C'est une grande erreur que d'attribuer une plus grande retenue aux époques de culture peu avancée. Leur simplicité est plus le fruit de l'ignorance que de l'empire exercé sur soi-même. Si la victoire fait goûter aux peuples nomades la coupe des plaisirs plus délicats , ils ne tardent pas à s'y enivrer et courent ainsi à leur ruine (3).
(1) Fête des fous, fête des ânes au moyen ;ige. V. Dutillet (Mémoire pour servira l'histoire de la fête des fous); I). Sa cchi {DeWe feste populari del niedio evo).
(2) V. .ffaccfAausen (Studien, II, 450, 513). En 1831, on a compté 9t)7 personnes liltérnlement ivres-inortpf; (lienwmlli, Populationistik, p. ,303). Quand les Indiens de l'Amérique du Sud commencent à boire,
ils continuent jusqu'à ce qu'ils tombent sans connaissance {UUoa, Noticias americanas, c. xvii). Les anciens Grecs regardaient presque tons les barbares comme des ivrognes [Plato., De letjg., p. 038). Les peuples primitifs usent aussi de la plus çrrande irrégularité pour le manger. Un Jakute ou Tunguse consomme 40 livres de viande; trois hommes dévorent un renne dans un seul repas {Cochrane, Fusfreise, p. lo6). L'un d'eux a mangé en vingt-quatre heures la moitié du train de derrière d'un grand bœuf ou 1 1/2 pud de graisse, en buvant autant de beurre fondu (Klemm, Culturgesch., III, 18). Pareillement chez les peuples chasseurs, V. Klemm (I, 24.3, 339 ; II, 13, 2o5j ; chez les insulaires de la mer du Sud [Haiükesiüorth, III, .^Oo; Forster, I, 235).
(3) Rapide dégénération de presque toutes les dynastie barbares, aussitôt qu'elles ont conquis des pays civilisés.
La modification de cet état des choses se produit d'abord dans les églises et dans les villes. L'église a initié l'Etat à presque tous les progrès accomplis, et la culture des villes, dans la bonne comme dans la mauvaise direction, est peu à peu descendue dans le plat pays. C'est dans les cathédrales que l'art primitif s'est essayé à marier la beauté à la grandeur. La musique, les tableaux, les sculptures, les parfums étrangers, les ornements magnifiques, tout s'y présente en premier lieu(l). L'industrie qui s'éveille apprend dans les villes à connaître un agencement plus attrayant du mobilier et du costume : le commerce qui commence à fleurir élève les produits du dehors au rang des objets de nécessité (2). — L'aitcien luxe féodal se transforme (3). Les rangs de la vieille domesticité oisive s'éclaircissent. Les plaisirs plus délicats étendent de plus en plus leur cercle d'action, au milieu de la nation: en place des bardes, des rapsodes, des scaldes, des ménestrels, des trouvères et des troubadours, on commence à voir poindre le théâtre, et le (ir se substitue au tournoi.
Il est remarquable de voir combien le faste a partout précédé l'aisance, — Les romanceros espagnols du douzième siè-
cle déploient déjà une splendeur merveilleuse en décrivant le brillant costume du Cid et le trousseau de ses filles. D'un autre côté, au quinzième siècle, l'épouse de Charles VII paraît avoir été la seule femme en France qui ait possédé plus de deux chemises de toile de lin. Il n'est pas encore rare au seizième siècle de voir une princesse envoyer des chemises en présent à un prince. A l'époque de la Réforme, la classe moyenne, en Allemagne, couchait dans un état de nudité complète (4).
Encore aujourd'hui, les peuples à demi Civilisés, tout comme les individus, tieinieut beaucoup plus à Vàppiàrericé c(e la marchandise qu'à la qualité. C'est ainsi que l'on rencontre en Russie de nombreux services de porcelaine, surchargés de dorure et de peinture, mais on y trouve de fréquentes fêlures, les formes sont gauches, etc., des couteaux richement damasquinés, des fers à repasser, des mouchettes dorés, à paysages, etc.; mais rien ne s'emboîte exactement, les angles sont faussés, les charnières vacillent, et bientôt tout se brise. — Les exportateurs de Rrême ne manquent jamais de décorer les marchandises destinées à l'Amérique d'étiquettes sur papier glacé, de marques en argent, et de les emballer de la manière la plus élégante (5). Les draps expédiés en Amérique sont d'ordinaire légers, peu solides, mais fort bien apprêtés : les imprimeurs des tissus de coton, qui reçoivent la même destination, y appliquent de préférence des couleurs fausses, mais voyantes, qui reviennent à bon marché (6).
(1) On a comineiicé à se servir de feiiêlics en verre en Angleterre, pour les églises, en 674, pour les maisons particulières, en 1180 {Anderson, Origin of commerce, s. a.). En Ïo67 encore, elles étaient chose si précieuse, que dans les maisons de campagne on les enlevait pendant l'absence du lord alin de mieux les conserver [Eden, Slale ol llie pour,
(2j Un déjeuner dés personnes de la classe moyenne eu Allemagne peut réunir anjourd'luii le café de l'Inde orientale, le thé de la Chine, le sucre des colonies, le fromage anglais, le vin espagnol, le caviar russe,
sans toniter dans im luxe extraordinaire. V. Aulû-Gelle (N. A. VII, ]G).
(3) En Aiif^lcterre, la Iransilion s'accomplit nolamineiit sous Elisalielh (Hume, History, ch. xliv, append., 3); en France, sous Louis XIV {Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxis).
(4) PoesiasCastellanas anteriores al siglo XV, t. I, 347 ; 327. lîoxcher (loc. cit, p. 59; ; /. Voujtdaus Haumer (Hist. Taschenbuch, 1831 , p. 290). Pour avoir de la salaile, une des femmes de Henry VlII fut obligée de faire venir un jardinier flamand, tandis ([u'un seul navire importail quelquefois, en Angleterre, à cette époque, 3,000 ou 4,000 pièces devêlemenlsen brocard d'or, velours, soie, etc. {Anclersoit, a, 1309, 1524; 4 Henri VIII, c vi).
(5) De la toile d'Irlande (jui vaut30-3o schellings est souvent pourvue d'une étiquette, etc., qui coûte 5 schellings (A'oie^jîan?), Statist. Übersieht der landwirlhsch. und industr, Verhältnisse von OEsterreich und dem Zollverein, p. 215).
(6) V. Kohl (Reise in Russland , 11^ 18, 250) ; Röscher, dans les Göttinger Studien, 1845, II, 403, seq.
Le luxe des époques où fleurit la civilisation vise plus à rendre Texisienoe douce et facile, il est plus sain et de meilleur goût, et ne recherche guère un faste incommode. Cette tendance est fort bien caractérisée par Texpression de cnmfort, et c'est en Angleterre que cette phaâe nouvelle du luxe a rencontré le plus complet développement. Il ne néglige point l'économie, et semble souvent être un retour vers le naturel, trop oublié. C'est ainsi que depuis Rousseau (1) le jardin anglais a banni le style majestueux et tourmenté de Versailles et de Harlem : la mode moderne dédaigne l'iucommode perruque, la poudre, etc. (2).— En place de l'habit brodé ou orné de passementeries et de fourrures et du chapeau à galons ou à plumes, que l'on portait sous Louis XIV et sous Louis XV, la Révolution françaisea inaugtu'é l'habit noir et le chapeau rond. L'élégant peut encore briller par le choix delà forme, du tissu, et en renouvelant fréquemment son costume, mais il frappera
moins les yeux que par le passé (3). Du moment où chacun, en faisant ses acquisitions de mobilier, recherche plutôt ce qui est d'un usage commode et solide, que ce qui est rare et présente une sorte de primeur, l'industrie peut livrer beaucoup plus d'objets fabriqués sur le même modèle, et, par conséquent, à meilleur compte, ou de meilleure qualité, pour le même prix (4). L'industrie moderne a également multiplié les créations destinées à suppléer aux articles de luxe d'un grand prix, par exemple, le plaqué, l'argenture, les velours de coton, les tissus mélangés, etc. (5); n'oublions pas non plus cette masse de gravures, de lithographies, de modèles en plâtre, de reproductions au moyen de la galvanoplastie, de la photographie, qui exercent une si heureuse influence sur le développement du goût et l'amour de l'art.
En Angleterre, les malsons ne sont pas grandes, mais elles sont bien distribuées et d'une propreté attrayante: le luxe salutaire, qui invite à passer une partie de l'année à la campagne, est fort répandu : les chemins n'ont pas beaucoup de largeur, mais ils sont parfaitement entretenus, et pourvus de bonnes auberges (6). On y attache plus de prix à la finesse du linge qu'à la dentelle; on préfère de bons plats de viande, fortifiants et simplement préparés, aux recherches, aux sauces et aux friandises de la cuisine continentale (7). On y trouve surtout le luxe.de la propreté, qui exerce une influence si bienfaisante sur le physique et sur le moral, et que l'on ne rencontre que chez les peuples riches et parvenus à un haut degré de civilisation. Cette vertu du corps est très-développée aujourd'hui en Angleterre, comme elle l'était auparavant en Hollande; aussi y a-t-on considéré l'impôt sur le savon comme une charge dont se trouvait frappée une des premières nécessités de la vie (8). Il en est tout autrement dans l'Amérique du Nord, au dire des observateurs les moins prévenus et les mieux disposés (9). Qui habite une maison de bois à peine équarri doit commencer, pour vivre
dans ses quatre murs, par donner satisfaction à une foule de besoins urgents (10).
{i] J.-J. Rousseau (N. Héloïse, IV, 2).
(2) Thucydide {l, 6) a déjà indiqué l'importance de l'époque d'une pareille transition dans Thisloire des mœurs grecques. V. aussi Athen. (XII, p. 528).
(3) On aura toujours besoin d'un costume pourles jours ordinaires, et d'un autre pour les jours de fête. Le frac y répond de la manière la moins coûteuse. Si l'on cesse de distinguer les habits des jours de fête, an moyen d'une coupe particulière, les broderies d'or, les fourrures, etc., reviendront : ce qui serait fort onéreux pour les hommes peu riches des classes libérales, et même pour les classes supérieures.
(-4) Contraste étrange que présentent, sous ce rapport, les usages anglais et les usages français, et plus encore les usages russes. V. Storch (Handb., Il, 179, seq.); J.-B. Say (Cours pratique, I; Deutsche Vierteljahrschrift, 183o, I, p. 182).
(5) Le papier peint, employé au lieu des Gobelins et des teutures de cuir, ne fut connu en France qu'au dix-huilién.e siècle, et plus tard dans le resie de l'Europe. Le papier velouté remonte à une époque plus ancienne. V. L. Woloivski (Rapport sur les papiers de tenture, les meubles, fait à la suite de l'Exposiliou universelle de Londres; Travaux de la Commission française, t. VII).
(6; Les trottoirs dans les villes, recommandés par /.-/. Rousseau, comme utiles au peuple, qu'ils garantissent de l'aristocratie des voilures.
[1] Au moyen âge, les mets fort épicés, les ragoûts, etc., étaient beaucoup plus en faveur qu ils ne le sont aujourd'hui en France. V. Legrand d'Aussy et Roquefort (liist. de la vie privée des Français, passim). Le vin aussi fut alors commuuémeut mêlé d'é|)ices; vin de romarin, clairet, vin de sauge, miellé (Livre des iMétiers d'Etienne Boileau, Depping, Introduction, p. 63). Ce n'est qu'à partir de la moitié du dixhuiliéme siècle, que la cuisine française est devenue plus simple et plus naturelle.
(8) La consommation du savon imposé en Angleterre s'élevait, eu 1801, à 4,84 livres ; eu 184o, à 9,65 livres, et en 1849, à 9,71 par tête {Porter, Progress of ihe nation, V, o, p. 579). La savonnerie anglaise ne date que de 1520; antérieurement, tout le savon blanc devait être importé du continent (tlowell, Londonopolis, p, 208). Erasme prétend que, de son temps, l'Angleterre était un pays fort sale. — Aujourd'hui l'impôt du savon qui, déduction faite du drawback, rapportait environ 30 millions au trésor britannique, n'existe plus. C'est là une des taxes, onéreuses au peuple, que l'augmentation du revenu public a per-
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mis de supprimer. —V., sur ia question historique de la productioM du savon et soli importance économique, le rapport fait parL. Woloivski, vice-président de la XXIX<^ classe du jury de l'Exposition universelle de Londres (Travaux de la Commission française, t. VII).
(9) Birbeck (Notes on America, p. .39). A New-York même il n'y avait presque pas d'ègouls il y a quelques années.
(10) La malpropreté la plus horrible règne chez les peuples voisins du pôle. Le climat fait qu'ils ne se baignent jamais, qu'il évitent de faire pénétrer Pair dans leurs demeures, se frottent volontiers de graisse, etc. Les Tunguses regardent comme une délicatesse l'arriére-faix cuit ou rôti; pères et mères mouchent leurs enfants avec la bouche [Georgi, (Beschreibung aller Nationen desruss. Reiches, I, 287). Chez les Koruks, je prétendu se rince la bouche avec l'urine de sa future {loc. cit., I, 349, 333). V. Klemjfi (Cullurgesch., III, 23, 57). Dans les climats chauds les peuples, même arriérés, ne manquent pas d'une certaine propreté, par exemple en Orient^ dans les îles de la mer du Sud, etc. On est d'autant plus surpris de la saleté repoussante des Iloltentots et des Boschimens, chez lesquels la couleur naturelle de la | eau n''esl visible qu'audessous des yeux, où les larmes, arrachées par des nuages de fumée, ont lavé la croûte de saleté qui recouvre tout le reste du corps [Klemm, I, 333). Combien, du reste, les habitudes de propreté tardent à s'iulroduire! Nous le voyons par les cabinets d'aisance ; il fallut à Paris, par exemple, que leur construction dans chaque maison fût prescrite par l'autorité au seizième et même au dix-septième siècle [Beckman, Beitrage, II, 358^ seq.). Les statuts de Gottingue de 1342 entrent dans d'étranges détails [Le latin dans les mots brave Vhonnêteté), pour proléger la propreté des endroits de réunion. Au contraire, les waterclosets se trouvent parloul en Angleterre. — Dans l'anliquilé, la malpropreté des Spartiates, quant aux habitudes du corps et aux vêtements, choquait les Athéniens plus civilisés {Xenoph.., Resp. Laced., II, 4; Plut., Lycurg., 16, Inst. Lac, 5), et plus encore celle de certains barbares, par exemple de ceux de l'Illyrie [Stobœus, V, ol, p. 132; Gaisf., jElian., V. U., IV, 1). — Les anciens Romains ne se baignaient qu'une fois par semaine {Sénèque., Episl., 86;, tandis que sous l'empire « les bains devaient remplir la vie de l'homme et répondre à tous ses vœux » [Gerlach). — V. Decker (Gallus, II, p. 10).
Le luxo, entré dans cette phase nouvelle, pénètre toute la vie et loutcs les classes de la nation. On peut reconnaître le
degré de développement auquel il est arrivé, eu prenant pour mesure la cousommalion de cert§iins article^ plus recherchés, dont on peut se passer sans préjudice pour l'existence, mais qu'il est désirable de voir se répandre de plus en plus, et devenir un objet de consommation générale.
Ainsi les progrès de la culture et de Taisance ont popularisé l'usage et amélioré la qualité du pain de froment et de seigle. La proportion de ceux qui mangent du pain blanc en France était en 1700 = 55 pour 100 sur l'ensemble de la population; 1700 = 40,1764=59,1791=57,1811=42,1818=45, 1859 =: 60 pour 100 (1). — En Angleterre, sous le règne de Henri Vill, la noblesse seule consommait du froment; au temps de la révolution on en récoltait déjà \,lbO. 000 quarters (plus de 5 millions d'hectolitres). — En 1758, l'Angleterre et le pays de Galles comptaient environ 6 millions d'habitants, dont 5,750,000 vivaient de pain de froment, 759,000 d'orge, 888,000 de seigle et 625,000 d'avoine. — Le sud-est ne connaissait presque que le pain de froment, tandis qu'au nord et au nord-ouest le pain d'avoine a longtemps conservé la prépondérance, et que, daps je pays de Galles, à peine un dixième d'habitants mangeaient du pain blanc. Ces conditions se sont encore beaucoup améliorées depuis cette époque en Angleterre : cependant, àrexlrémité des îles Hébrides, les neuf dixièmes de la population vivent encore de pain d'orge, et l'on a calculé qu'en 1858, sur une population de § millions d'habitants, l'Irlande en comptait 5 millions, dont le principal aliment consistait en pommes de terre, tandis que pour 2 millions et demi c'était le pain d'avoine (2). — L'usage de la viande est beaucoup plus répandu dans la ville que dans la campagne. On en a consommé dans les villes prussiennes assujetties à l'impôt de l'abatage, en 1846, par tête: Prusse orientale 61 livres, Poméranie 66, Posen 70, Prusse occidentale 71, Saxe 75, provinces Rhénanes 85, Silésie 86, Brandebourg 104, et Berlin
pris à pari 114; taudis que la moyeune de tout le pays s'élevait à peiue à 40 livres {Dieterici). — La moyeuue annuelle de la consommation delà viande dans le royaume de Saxe est de 41 2/3 livres, taudis que pour [Leipzig elle est de 133 livres [Renniny] (3).— On consomme énormément de viande en Angleterre : ainsi, par exemple, dans les maisons d'orphelins, à Londres, la portion journalière varie entre 0,23 et 0,38 de livre. Porter évalue à 370 livres de viande par tête la consommation annuelle d'une famille aisée, en comptant les enfants et les domestiques. La ration de viande du soldat anglais en campagne s'élève à une livre et demie, en France à 350 grammes, en Prusse seulement de 17 à 18 onces (52 onces à la livre prussienne) (4).
La consommation du sucre était, pour l'Angleterre, de 10 livres par tête en 1734, de 14 livres en 1840, et de 20 1/3 livres en 1845, pour toutes les possessions européennes de la Grande-Bretagne. Ce chiffre s'est élevé à 12'''', 684, plus de 28 livres en 1855, et Ton ne doit pas oublier que l'Irlande n'absorbe guère au delà de 7 à 8 livres par tête (5). En somme, la consommation du sucre a doublé de 1840 à 1855; elle a passé de 3,594,000 quintaux (185 millions de kilogr.) à plus de 7 millions de quintaux (361 millions de kilogr.), pendant que la population n'augmentait que de 8 à 9 pour 100. — La consommation du thé a suivi dans ce pays une progression encore plus rapide. — En 1830, les 23,834,000 habitants de la Grande-Bretagne consommaient 30 millions de thé, 1 livre 4 onces (570 grammes) par tête. — En 1856, une population de 28,154,000 habitants consommait 63 millions de livres, (1,023 grammes par tête); la population s'était accrue de 19 pour 100: la consommation du thé avait plus que doublé.— Ou a consommé dans le Zo//i't'rm, en 1853 et 1854, 7 livres de sucre par tête, en moyenne; en France (1847-1850), 7 l/41ivres; en Belgique (1840-1 850), 6 l/21ivres(6).Del834
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l\ 1847, la popiilalioii du Zollverein a progressé de !2,j,8 p. 100, tandis que l'importation du sucre a augmenté de 147,5, celle du café de 117,5, des épices de 58,2, des fruits du Midi de 34,5, du cacao de 246, i2 pour 100 (7).
Beaucoup de fruits et de légumes, qui nous semblent indispensables aujourd'hui, ne sont cultivés que depuis peu de temps. Les Anglais ne connaissaient point avant 1660 les artichauts, les asperges, plusieurs espèces de haricots, la salade, etc. (8). Même en France, ce n'est que du dix-huitième siècle que date l'apparition des espèces plus recherchées de fruits, sur la table de la classe moyenne.
La consommation de la laine «était, il y a une vingtaine d'années, de 4 livres par tête en Angleterre, et en Prusse de 1,67 livre seulement; celle du drap de 5,67 aunes et 2.17 ; celle du cuir de 3,05 livres et 2,22 (9). L'Angleterre consomme en tissus de soie moitié autant que tout le reste de l'Europe, et un Anglais en emploie cinq ou six fois autant qu'un Français, bien que le pays ne produise pas une livre de soie brute (10, 11, 12).
(i) La noiirrilure du |ieiiple français s'est également améliorée. Au commencement du dis-huilième siècle, on ne comptait par tête que sur 472 litres de céréales ; aujourd'hui il en revient o41 litres, et de plus 240 litres de pommes de terre et de légumes. \ . Moreau de Joimès (Statist, de l'agriculture delà France, 1848, et Stalislique céréale delà France, dans le Journal des Economistes, janvier 1842). Quant à la consommation de la viande, V. les observations contradictoires de Michel Chevalier {C.onrs, I, 11.3) et du Journal des Economistes (mars IS.'jO, p. 438).
(2) Ch. Smith (Tracts on tlie corn-trade, 17Ö8, p. 182) ; Eden (State of tlie poor, I, .')63, seq.) ;M'Culloch (Stallst, account, I, 310, 4(i(),sei(.; .o48j. Au milieu du treizième siècle, on ne récoltait, sur les terres exploitées par l'évêque d'Osnabruck, pour ses besoins personnels, que 11 à 12 malters de froment, contre 470 d'avoine, 300 de seigle et 120 d'orge (/. Moser, Osnabrück. Geschichte, Werke VII, 2, p. 166). La bière même était, dans le moyen âge reculé, i'abriquée avec de l'avoine {Gtiérard, Polyplique, I, p. 700). Les anciens aussi ont vécu, à l'époque
(\c civilisalion peu développée, principalement de pain d'orge ; ils ne lui oui fpie plus tard subslilué le froment. V. Homère (Iliade, XVIII, rm, seq.); Herad. Pont. Fr.. 2; Athen. (IV, p. 141); Plutarch. (Alcibiad., 23).
3) Dans le duché de Bade, chaque habilant payait (en 1833) en moyenne 12,-4 kreutzers pour l'impôt de la viande ; à Mannheim, 31 ; l'i Carlsrulie, -2S kreutzers Rait, Finanzwissensch., Il, § UOl A Paris, ou a consommé en moyenne, par tète, en viande de boucherie, de 1819 il 1830, o8.28kil.;de 1831à 1840, 31 ,47 kil.; de 18iln 1850, o1 .13 kil.; de 1851 à 1834, 39, 3b. La consommation serait donc en voie d'accroissement. Au dernier concours général des animaux de boucherie, tenu à Poissy le 8 avril 1837, M. /îou/fc/, ministre de l'agriculture et du commerce, a dit : <( La consommation de Paris en viande de boucherie et en viande de porc, qui était en 1846 de 62 millions de kilogrammes, en 1831 de 72 millions, s'est élevée pou|-1836 à 84 millions de kilogrammes. La période des cinq dernières années, comparée aux cinq précédentes, présente une augmentation de plus de 24 pour 100 sur le chiffre total de la consommation de Paris, el si l'on tient compte des accroissements graduels (\<'. la population, la consommation de chaque habilant, comparée pendant la même période, s'est élevée de 60 kil., 427 à 70 kil., 371, c'est-à-dire de 16 à 17 pour 100.
« Les progrès dans los chefs-lieux de nos départements, quoique plus lents, n'ont pas été moins sérieux, malgré l'inévitable compression due à trois années de disette. La consommation annuelle de chaque individu s'est élevée de 7 pour 100 dans l'ensemble des dix régions agricoles de la France; l'augmentation a été de 17 et 18 jiour 100 dans les régions les plus favorisées. Le mouvement ascensionnel a été plus marqué encore dans les campagnes, mais les chiffres nous manquent pour le préciser, n (4) Porter (Pro^ress, V, 3, p. 391, seq.). Chanson populaire bien connue des Anglais : On the roast-beef of old England, etc. Encore vers la lin du di\-septié:ne siècle, la moitié de la nation mangeait à peine une ou deux fois par semaine de la viande fraîche ; celle-ci était surtout consommée sous forme de salaisons {Macatilay., History of England, ch. m). Néanmoins, Boisguillebert (Tr. des grains, II, 7) parle déjà des Anglais comme de grands buveurs de bière el mangeurs de viande, môme parmi les classes inférieures, tandis que les Français ne mangent |ires(iue(iue du pain.
(3) Anderson (Origin of commerce, a, HM); Porter (Progress, V, 4, p. 330, seq.); Meidinger (p. 134, seq) ; Journal des Econom. (juin 1833). Sur les vaisseaux de guerre, chaque homme reçoit 34 à 35 livres par an, et les vieillards, dans les maisons de pauvres, 22 .3/4 livres (Parler).
(6j Sous le règne de lleuri IV', on vendait le sucre, en France, à l'once, chez les apothicaires! (corporation des apothicaires, conliseurs, etc.).
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Vors 18-45, Fr. Sclip/'r ('vnliiriil, la consoiniiiation du siicro i^nr lêle, en Russie, ;i 0,77 kil.; ;i 1,2 kil. en Autriche el en llalie ; 3,61 kil. en France; ào,4l kil. en IlollanJe, en Belgirpie el dans l'Allemagne du nord-ouesl; n 2,93 kil. en Portugal ; à 2,62 kil. en Espagne ; ;i 8 kil. dans le.s Etals-Unis; .'i 8,46 kil. en Angleterre (Annuaire d'Econ. polit., -1846, p. 280).
(7) Z^/e/fr/a (Statist. Uehersiclit. des Verkehrs im Zollvereine, 4'' suite, p. 168, secf.; 208, 263, .'iOO). La population s'est accrue en Angleterre, de 1816 .1 1828, de 13 millions 1/2 à environ 16 millions, et la consommation, si l'on compare la moyenne de 1816-1819 avec celle de 1824-1828, dans une proportion beaucoup plus forte : pour le suif, par exemple, de 79 à 112 millions de livres, le savon de 67 J/4 à 10Ü millions, le café de 7,8dO,000 à 12,540,000, l'amidon de 3 1/3 à 6 1 '3 millions de livres (Quarlerly I\ev.,nov. 1829, ]). 518). — Un luxe particulièrement salutaire s'est réalisé dans l'éclairage; hien que le gaz se soit répandu partout depuis 1804, la coiisommaiion de l'huile a pourtant augmenté, à cause de l'usage multiplié des lampes, et colle de la chandelle s'est encore plus forteinent accrue (jue la population {Porter, Progress, V, o, p. 590). L'éclairajj'e est aujourd'hui beaucoup plus riche que jadis; ce qui, à côté des avantages hygiéniques, a servi à diminuer fortement les attaques à main armée dans les rues iJuIius , Gefängnisskunde, XXII).
(8) Présent stale of England (1683, III, 259).' V. Storch (Handbuch, II, 337, seq.).
(9) Dielerici (Statist, üebersicht., p. 321, seq , .363, 399;.
(19) ße//io!a7// (Technologie, II, 223). On Irouve une preuve éclatante de la richesse de l'empire romain, à l'époque plus rapprochée des temps modernes , dans ce fait, signalé par Amivien Marcell. (XXIII, ji. 238, éd. Paris, 1636), que les étoffes de soie étaient devenues un besoin , même pour les classes inférieures, quoiqu'elles dussent être importées par terre de Chine.
(11) La cûusommation du vin eu Angleterre ne s'élève qu'à 0,267 gallons par tète , en France à 19 gallons {Porter, Progress, V. 4, p. 570) .
(12) Suivant Krug, Dieterici et von Lengerke , la consommation moyenne, par tête, était en Prusse :
Blé
Viande. . .
hièie. . . .
Eau-de-vie.
Vin. . . .
Riz. . . .
Sucre. . . .
Cafo. . . .
t scheffels.
33 livres.
Ih quart.
0,3 livres.
ISOG. 1^31' iSi'i. iS'iU.
Epices pour 3 gros. 3 1/2 3 1/2 '^
Sel 17 — 17 17 17 3/5
Tabac 11/2 3,3 3.1 2,5
Drap 5/8 aunes. 1 1,5 l
Lin * — »i5 5 .j
Articles de coton. . 3/4 7 13 16
ElolTes de soie . . . 0,25 0,33 0,37 0,fi6
Cuir pour 12 gros. 20 20 27
On employait, pour la nourritiireen céréales, la proportion snivanle :
El, 1S31 0.769 schef. de froment. 3.010 schef. ()e seigle.
En 1836-1839.. . 0.986 — 2,737 -
En I8i0-18i2.. . 0.928 — 2.973 —
En I8't3-I845.. . 1.155 — 2.958 —
En 18i6-I8i8.. . 1.061 — 3.001 —