TEMPS CIVILISES
La situation des jjeuples arrivés à la maturïlé et à un état florissant se caractérise surtout en ce que l'obstacle préventif qui provient de l'empire de la raison et de la morale se place décidément en première ligne. On y attache un tel prix à la vie de riîomme, nous dirons aussi à une vie qui ne soit pas sans cesse exposée à la maladie et h la détresse, que les classes inférieures elles-mêmes, en majeure partie, se gardent bien de faire venir au monde plus d'enfants qu'elles n'en peuvent régulièrement élever. La mortalité diminue et la vie moyenne devient plus lon(jue{\). Pendant que chez les sauva?,es et chez les peuples à
demi sauvages le voyageur est surpris de ne presque pas voir de vieillards (2), un des signes infaillibles du progrès accompli dans ces derniers siècles parles Etats européens, c'est le nombre d'années qui sont venues s'ajouter à la durée moyenne de la vie. A Genève, par exemple, la vie EQoyenne, durant la deuxième moitié du seizième siècle, était calculée à 21 ans 2 mois, pendant le dix-septième à 25 ans 8 mois, de 1701 à 1750 à 52 ans 7 mois, de 1751 à 1800 à 54 ans G mois, de 1800 à 1815 à 38 ans 6 mois. Elle s'élève aujourd'hui à 39,4 ans (3).— Certes, personne de raisonnable n'envisagera la vie en elle-même comme le bien suprême; mais la prolongation de la durée moyenne de l'existence fait supposer avec une grande vraisemblance une amélioration notable dans la manière de vivre, dans Thygiène, etc.etc, des classes inférieures, qui constituent partout le plus grand nombre. Aisance est vitalité. Quelle n'a pas été, par exemple, la salutaire influence du mode de construction plus salubre adopté dans nos villes, de la disparition de la plupart de ces fortifications qui, en resserrant l'espace habituel, enlevaient l'air et la lumière, des progrès de l'art de guérir, de la propagation de la vaccine (4), de l'organisation d'une bonne police sanitaire (5), d'une meilleure administration charitable et surtout des salles d'asile! Les progrès accomplis par l'agriculture et les facilités données au commerce des grains rendent la disette beaucoup moins meurtrière (i^ 11 5) (6). — Les épidémies les plus cruelles qui ont désolé notre époque montrent cependant combien les quarantaines ont été relativement utiles, lorsqu'on se rappelle les ravages de la peste et d'autres fléaux dans les anciens temps, et encore aujourd'hui dans les pays arriérés. On a calculé qu'à Londres, pendant la seconde moitié du dix-septième siècle, la peste a éclaté à peu prè»- tous les vingt ans, et enlevé chaque fois le cinquième de la population (7). La mortalité annuelle y a varié, dans la même période décennale de 1740 à 1750, des 5/5, pendant la seconde moi-
tié du dix-huitième siècle de 1/3, et pendant le dix-neuvième siècle de 1|5 seulement : preuve évidente de l'affaiblissement de Taclion malfaisante des épidémies (8,9).
(1) Les statisticiens [Populationistikers], qui s'occupent de la question de population, distinguent d'ordinaire la vie moyenne et la vieprobable\ ils entendent alors par celle-là le nombre d'années qu'a vécu en moyenne chaque personne décédée, et par celle-ci le nombre d'années après lequel la moitié d'un nombre donné d'hommes a disparu. Si X décédés ont vécu ensemble s années, la vie moyenne de chacun
s est = -. D ordinaire, on se contente, du reste, de la méthode de Price :
on divise le nombre des vivants, aussi bien par le nombre des naissances que par le nombre des décès annuels ; on additionne les deux quotients et on rejrarde la moitié do la somme comme l'expression de la vie moyenne. V. BernouiUi ( Populationistik, p. 430, seq. ) ; Casper, Die wahrscheiiil. Lebensdauer, 1833, et sa : Vorlesung über die wahrsch. Lebensdauer, 1813).
(2) Au sujet des indigènes de l'Amérique, V. Lettres édifiantes (VII, 317, seq ) ; Cook (Third voyage, III^ ch. ii) ; Lapérouse (Voyage, ch. ix) ; Robertson (Uist. of America, I. IV) ; Raynal (lïist. des Indes, 1. XV). Pour les nègres africains (M. -Park, ch. xxi), on dit qu'ils portent à M) ans déjà les traces de la décrépitude, et dépassent très-rarement l'âge de 55 ou 60 ans.
(3) Malli't (Hecherches hist. et stallst, sur la population de Genève, 1837, p. 98, seq.). V, BernouiUi (Schweizer. Archiv., II, 77.) La vie probable pour les nouveau-nés aurait été pour ces cinq périodes : s ans 7 mois, 13 ans 3 mois, 27 ans 9 mois, 31 ans 9 mois, 40 ans 8 mois. Genève possède depuis 1550 des actes de décès avec indication d'âges.
En France, il y avait:
Une naiiisance Un décès
En 1784 sur 25 vivants, sur 30 vivants.
En 1801 30 33
En 1834 1835.. . 33 38
En 1844 33,2 39,9
Do 1836 à 1840.. 35,62 42,35
Do 1841 à 1845.. 36,75 44.29 )
De 1845 à 1850.. 37,81 41,97 j Mort-nés
En 1851 36,8i 4'^78 } non
En 1852 36,08 44,08 i compris.
En 1853 .... 39 45 }
En 1851 38,6 37,65 '
L'accroissement de la vie moyenne en France résulte aussi de ce que le nombre déjeunes gens soumis à la circonscription ne formait, de
1800 à 1807, que 4S pour 100 des naissances correspondantes, et s'élevait en 1822-1823 à 61 pour 100 {BeriwuiUi, Populationistik, p. 432). A Paris seul, la vie moyenne aurait été, au quatorzième siècle, de 16 à 17 ans ; au dix-septième siècle, de 23 d 20 ans ; en 1 824, de 32 ans {Villermé, Wcmoire lu à l'Académie des sciences, 29 nov. 1824). Ce dernier chiffre aurait peu varié depuis. V. ci-dessus § 10. En Angleterre et au pays de Galles, il y avait: 1 décès, en 1700, sur 39 vivants; 1710, sur 30 ; 1720, sur 33; 1730, sur 31 ; 1740, sur 33; 1730,sur iO; 1700, sur 41 ; 1770, sur 41 ; 1780, sur 41 ; 1790, sur 43 ; 1800, sur 47 ; 1821-1831, sur 38. L'enregistrement étant devenu plus exact, les résultats paraissent aujourd'hui moins favorables : 1841 et 1812,1 décès sur 46 vivants ; mais ramélioration considérable opérée depuis le commencement du siècle dernier n'en est pas moins évidente {Porter, Progress, I, 1, p. 18 seq.),
(4) Duvillard (Analyse ou tableau de l'inlluence de la petite vérole, 1806) est d'avis qu'avant la vaccine, 4 pour 100 seulement de ceux qui vivaient au delà de 30 ans avaient été préservés de la petite vérole; 2/3 de tous les nouveau-nés en étaient atteints, plus tôt ou plus tard, et il en succombait 1/8 jusqu'à 1/7, parmi les petits enfants jusqu'à 1/3. Aussi la vaccine augmenta dans quehiues pays la vie moyenne de 3 1/2 ans. De 1770 à 1779, la petite vérole a causé, à Londres, 102 pour 1 ,000 des décès ; et seulement 23 pour 1,000, de 1830 à 1836 {Porter, Progress, I, I, p. 39); en Prusse, en 1820-1833, seulement 8,19 pour 1,000 {Hoffmann, dans la Medic. Zeil, für Preussen, 183.3, n" 43).
(3) Parmi les institutions les plus anciennes de la police médicale actuelle, il faut compter : le Collegium medicum établi en Suède sous Charles IX V en Prusse, 1724; en Danemark, 1740; l'édit de quarantaine de Louis XIV, de 1683; le bureau de nourrices de Paris, 1713; les maisons d'accouchements, depuis 1728; établissement pour le sauvetage des noyés, 1740 ; société anglaise pour préserver des morts apparentes, 1744; depuis le milieu du dix- huitième siècle, les autorités ont beaucoup favorisé la fréquentation des eaux minérales ; Marie-Thérèse défendit d'enterrer dans les églises cl de créer des cimetières trop près des villes (1778); ce qu'avait déjà conseillé Tliomasius (De jure principum circa sepult., §8) {fFachsmuth, Europ. Sitlcvigesch., V, 2, p. 182, seq., 230). Sur l'ancienne police médicale, V. Ackermann, dans Pyla (Repertorium für ocffenll. und gerichll. Arzneiwissenschafl, II, 167, seq.; III, l,seq., 183, seq.).
(6) Les décès des années de bon marché (1816 cl 1819) ont été, en France, de 733,877 en moyenne, et ceux des années de cherlé, de 1817 et 1818, de 7.30,063 (Ann. d'écon. polit., 1849, p. 333).
{l)Sir W. Petly (Scvcral essays, p. ?,\, soq.). Grande régularité des épidémies dans les régions tropicales (Humboldt, N. Espagne, II, 5). On dit que la grande peste du milieu dn qualorziémc siècle a détruit :
HlSTOllîK f)F, F,\ POPULATION. 301
en >'()i\vc-e, les â/.'i, dans l'U|ilan(J, les Ti/ü de la |io|)ulalioii ; dans le disirict montagneux de Wermeland, 1 garçon et 2 filles auraient seuls sur vécu [Geijer, Schwed. Gesch., I, 186). D'après Sismondi (Histoire des républiques italiennes), l'Europe entière aurait perdu alors les 3/5 de sa population. Quels ravages aurait faits le choléra au moyen âge, chez nos ancêtres ! Sans doute, comme aujourd'hui dans l'Inde orientale. Puisque, chez nous aussi la proportion de ceux qui succombent est si effrayante, le nombre moins grand des décès causés par le choléra ne saurait être attribué à une moindre intensité de la maladie, ou à la plus grande habileté des médecins, mais principalement à une meilleure nourriture, à des habitations plus salubres et à une plus grande propreté. Comp. Heberden (On the increase and decrease of diseases, 1801).
(8) ßernüu«7/i(Populalionistik, p. 363, seq.). Les laudatores temporis ac^' doutent fortement que cela nous autorise à parler d'une amélioration de la santé générale; à les entendre, la prolongation de la vie moyenne viendrait des valétudinaires qui, autrefois, seraient morts beaucou|) plus vite, tandis qu'on leur conserve aujourd'hui une misérable existence. Les soldats de Stockholm visitent en moyenne trois fois par an l'hôpital [Forsell, Schwed. Statist., p. 331). V. par contre, Marx (Über die Abnahme der Krankheiten durch die Zunahme der Civilisation ; Abhandl. der Goeltinger Gesellsch. der Wissenschaften, 1842- •1844, p. 43, seq.).
(9) II devient évident que les assurances sur la vie, etc., ne peuvent plus se baser aujourd'hui sur les tables de mortalité des époques antérieures, sur celles de Sussmilch, par exemple, et encore moins sur celles des Romains (L 68, Dig., Ad leg. Falcidiam). V. Schmelzer (De probabililatevilœ, ejusque usu forensi, 1788).
A celte diminution de mortalité correspond aussi, dans la plupart des Etals, une diminution dans le nombre des naissances (1). Cela n'arrive nécessairement que si les moyens de subsistance n'augmentent point ou bien n'augmentent que dans une proportion plus faible que celle de la diminution de la mortalité. A la fin du dix-huitième siècle, la Norwége était le pays classique du faible mouvement des décès et des naissances : un décès par au (de 1775 à 1784) sur 48 personnes vivantes, mais aussi seulement 1 mariage sur 130(2). — La division du tra-
vail, si peu développée dans ce pays, et siirloiii l'absence de villes importantes qui auraient pu occuper à l'industrie l'excédant de population des campagnes, permettaient presqu'à chaque habitant de calculer d'une manière précise s'il avait de quoi fournir aux besoins d'une famille. Celui qui était né à la campagne demeurait ordinairement jusqu'à sa mort dans le village natal. Afin de fonder un ménage, il devait ou posséder luimême un héritage ou bien attendre qu'une des demeures de journaliers attachées à Ihéritage devint vacante. Une famille trop nombreuse serait inévitablement morte de faim en hiver. Le sens droit d'un peuple remarquable par sa continence le compiit à merveille : tous les héritages de paysan renfermaient des valets et des servantes non mariés, sans préjudice apparent pour les mœurs; ceu.vci étaient bien nourris, bien vêtus, mais d'une indolence qui les rendait peu accessibles au progrès (3).
Avec un régime économique qui se développe régulièrement, il n'est pas nécessaire de sacrifier le penchant le plus naturel et le plus salutaire, lorsqu'il est bien dirigé, pour obtenir une prolongation de la durée moyenne de la vie. Si cela arrive, cependant, en présence d'une division assez proportionnelle de la fortune générale, ce n'est pas autant le nombre des mariages que leur fécondité moyenne qui viendra à décliner : c'est-à-dire qu'il pourra bien y avoir la même quantité de personnes qui contracteront des unions conjugales, mais la plupart seront forcées d'attendre pour cela un âge plus avancé, de manière que les générations se presseront moins les unes contre les autres, et que le nombre de ceux qui vivent simulianément à la même époque diminuera (4).
Lorsqu'au contraire la fortune générale est très-inégalement répartie, les riches peuvent continuer à se marier jeunes; mais beaucoup de ceux qui ne comptent pas au nombre des heureux de ce monde doivent se résigner au célibat. Alors le chiffre
HlSTOIRi: Üi; LA POPULATION. 303
des enfants par mariage se niainlient au même niveau, mais le nombre des mariages décroîKo). Du reste, si la fréquence des mariages a relalivemeni diminué dans la plupart des Etats de l'Europe pendant le dernier siècle, cela tient en grande partie à la plus longue durée moyenne de la vie commune des époux; on ne saurait donc en conclure à une diminution correspond.inte du nombre des gens mariés (6).
On a constaté, dans ces derniers temps, que dans beaucoup de pays, le nombre moyen des membres que compte chaque famille va en déclinant. C'est ainsi, par exemple, qu'on trouvait en Hollande, en 1840. pour 100 familles 497 individus, et eu 4850 seulement 481 ; en Saxe 185'2 = 4C0, et 1840 seulement 443; en Bavière 18'27=480, et en 184ü seulement 448.— Le chiffre moyen de la famille est d'ordinaire moins élevé à la ville qu'à la campffgne (7). Cela tient surtout à celte circonstance qu'à un degré de haute civilisation on rencontre beaucoup plus de ménages d'homme et de femme seuls, par rapport aux ménages de personnes mariées (8, 9).
(■I) On comptait, en France, une naissance annuelle :
De 1779 ;i 1783 sur 25,9 vivants.
De 1801 à 1805 30,9
De 1806 à 1810 31,6
Do 1811 à 1815 31,5
De 1816 ;i 1820 31,6
De 1821 ù 1825 32,1
De lb26 a 1830 33
De 1831 à 183G. 34
Do 1836 à 18i0 35.62
De 18il à 18i5 36,75
En 1846 .35,9
De ISK) ù 1850 37,81
En 1851 36, 8i
En 1852 37,08
En 1853 39
En 185i 38,6
Nous mentionnerons ici l'opinion qui cherche à se faire jour, et d'après laquelle la populaliun aurait été, en France, avant la révolution, beaucoup plus forte qu'on ne l'admet d'habitude, et, par conséquent, la révolution ne formerait plus le point de départ d'une modification 1res-
iiotablo dans le chiffre des habilanls [llaudot, Décadence de la France, 1830, et Journal des Economistes, XXX, 367 ; XXXI, 75 ; XXXII, 54) , mais c'est uniquement pour témoigner du peu de confiance que nous inspire cette assertion, fort bien réfutée dans les écrits de Léonce de Lavergne.
(2) Malthus (Principle of population, II, ch. i). En Danemark, vers la même époque, 1 sur 37 et 11-4 [Thaarup, Daen. Statistik, II, i, p. 4). En Suède, quelque peu antérieusement, 1 décès annuel sur 34 à 35, 1 mariage sur 112 {Malthus, loc. cit., II, ch. n, d'après Wargentin).
(3) Dans les derniers temps, les liens légaux et matériels qui subsistaient en Norwége se sont détendus, et la population a pris un grand essor : en 1769 = 723,000, en 1840 = 1,243,000 habitants. Mais les habitudes ne se sont guère modifiées : entre 1821 et 1831, il y avait 1 mariage annuel sur 138 vivants ; le nombre relatif des gens mariés est moindre que jadis : sur 1,000 hommes en général il y avait, en 1760 = 376 personnes mariées, 1801 = 347, 1825 = 345, 1855 = 322. Il y avait, en 1805, 63 enfanls illégitimes sur 1,000 naissances, en 1835 = 71 1/2 {Bloni, Statist. V. Norwegen, 11,168, 173).
(4) En Angleterre, on comptait (1838 à 1847} sur 1,000 personnes qui se mariaient, 94 n'ayant pas encore passé la 21* année; eu Belgique (1841-1850) seulement 54; l'année de disette 1846-1847 a déprimé dans les deux pays le nombre proportionnel des mineurs. En général, ont contracté mariage :
Belgique
Provinces flamandes.
ProTinces walloDoes.
Suède (18S1-18S5).
Avant 21 ans. .
De 22 à 25 ans.
De 26 à 35 ans.
De 36 à 45 ans.
Après 45 ans. ■
359 p. 1,000 hommes.
463 femmes.
458 hom.387 femmes.
183 p. 1,000 hommes 150 femmes.
Il ne faut pas oublier que les provinces flamandes de la Belgique sont depuis longtemps dans une triste situation économique (Horn, Studien, I, 175, seq.).
L'âge relatif des époux, au moment de leur union, caractérise aussi l'aisance et la prudence de la population. Si l'on établit quatre classes d'âge (jusqu'il 30 ans, entre 'M et 45, entre 46 et 60, après 60 ans), il y avait, par exemple, de 1841 à 1845, en Flandre, 585 mariages entre personnes appartenant à la même catégorie d'âge, 305 où l'homme et 110 où la femme appartenaient à une catégorie d'âge plus élevée ; dans la province de Namur, par contre : 683, 234 et 83. Les années de cherté augmenleiit le iionibie relatif des unions entre les diverses classes d'âge et la dilTérencc d'âge entre les deux époux. — En France, en 1853, l'âge relatif moyen, pour les mariages entre garçons el filles, a été :
HISTOIHK DK LA. POPULATION- 305
Hommes. Femmes.
Département de la Seine 29,i 25, i
Populalion urbaine 28,7 24,9
Populalion rurale 27,11 24,3
On se marie donc plus jeune dans la campagne que dans les villes, et dans celles-ci plus jeune qu'à Paris. La fécondité des mariages suit la proportion inverse, car il y a :
Département de la Seine. . sur un mariage, 2,31 naissances.
Populalion url)ainc — 3,24 —
Population rurale — 3,28 —
De même, la fréquence des seconds mariages des veufs n'est pas un signe favorable pour la facilité d'établir une famille. Suivant la marche naturelle des choses, chaque femme préfère un jeune homme à un veuf; mais quand la place manque pour fonder un nouvel établissement, celui que possède le veuf balance tous les inconvénients. Dans les provinces ilamandes de la Belgique, 365 à 379 sur 1,000 veufs convolent en secondes noces, dans les provinces wallonnes seulement 203 ;i 308. Sur 1,000 femmes qui se marient on compte, dans la Flandre occidentale, 98, et dans la province de Namur, 41 veuves. Proportion analogue en Bavière, entre le Palaliuat et les autres districts (Hermann, Bewegung der Bevölkerung in Bayern, p. 41). Moins est grand en général la nombre des mariages, plus il y a de chances de se remarier pour les veufs et les veuves; de là vient l'accroissement relatif de ces unions dans les années de disette (Horn, Bevolk. Studien, I, 201, seq.). Quelque chose d'analogue a été déjà remarqué dans l'antiquité {Pausan., il, 21 , 8 ; X, 38, 6 ; Propert., IV, ii, 36).
En France, en 1833, il s'est remarié un veuf sur 6, öl, et seulement une veuve sur 11,47 ; aussi la proportion des veuves est-elle de beaucoup plus considérable que celle des veufs sur l'ensemble de la population. On y comptait alors au total (en donnant le nom d'enfants aux filles au-dessous de 13 ans et aux garçons au-dessous de 18):
Sexe masculin. Sexe féminin.
Enfants 5,934,555 4,799,521 10,734,076
Célibataires. . . 4,037,678 4,552,273 8,589,951
Mariés 6,986,217 6,948,830 13,935,047
Veufs 836,509 1,687,587 2,524,096
Total.. . . 17,794,959 17,998,811 35,783,170
(b) Sur 1,000 habitants on compte, en Saxe (1840), 330 personnes mariées; en Suède (1835), 339; eu Prusse (1849), 329; en Hollande (1850), 303 ; en Belgique (1846), 303. Si l'on n'appelle nubiles que les
personnes ayant au moins 20 ans, il y a, en Belgique, sur 1,000 personnes nubiles, S20 de mnriées; dans les provinces llamandes seules, 489; dans les provinces wallonnes, mieux partagées, 554 {Horn, loc. cit., 1, 130, sei|.)- D'''"s la Rome d'Auguste, le rapport était beaucoup plus réduit: la grande majorité des classes supérieures vivait dans le célibat (DïoCass., LVI, 1).
(6) A Halle, il y avait un mariage : eu 1700, sur 77 vivants ; l7Io, sur 99; 1733, sur 140 ; 1735, sur 167 ; à Leipzig : en 1620, 1 sur 82; 1741- 175G, sur 120; à Angsbourg : lolO, 1 sur 86 ; 1610, sur 108; 1660, sur 101; 17o0, sur 123. Dans les provinces de .Magdebourg, Halberstadt, Clèves, Minden, Brandebourg, Poméranie, Prusse, on comptait, vers la fin du dix septième siècle, 1 mariage annuel sur 76 à 95 vivants; la monarchie prussienne d'aujourd'hui, en 1822-1828, en a 1 sur 109 à 121. V. Sussmilch (Goltl. Ordnung., 1,131, seq.); Schubert (Slaatskuude des preuss. Staats, I. 1 . p. 364). En France, il y avait, en 1781- 1784,1 mariage annuel sur 119 vivants; 1801-1805. sur 137; 1821- 1825, sur 129; 1831-1835, sur 127; 1846, sur 131 ; 1842-1831, sur l'i3,39; 1831, sur 124,73 ; 1852, sur 127,18 ; 1853, sur 129; le nombre d'enfants par mariage était, aux mêmes époques, de 4,3, — 4,4, — 3,9,-3,6, — 3,19, - 3,14. — 3,18 — et 3,21.
La statistique officielle de 1853 donne pour le département de la Seine, sur une population de 1,501,000 habitants :
Pour la population urbaine :
Mariages 15,675 1 sur %
Naissances 46,707 1 sur 32
Décès U,330 1 sur 3i
Communes d'une population agglomérée de plus de 2,000 .Imes, en dehors du département de la Seine; population, 8,330,000 :
.Mariages . 08,209 1 sur 122
Naissances 239,615 1 sur 35
Décès 215,1-21 1 sur 39
Population rurale; 26,394,000 :
Mariages 196,725 1 sur 13i
Naissances 650,645 1 sur 41
Décès 536,146 1 sur 49
Le nombre des couples mariés était en France de 7 millions, et la durée moyenne du mariage de 25 ans; elle n'avait été que de 23-24 ans, en 1830, et de 24-40 ans, en 18i6. Il y a donc progrés de ce côté.
(7) En Prusse (1849), 100 tamilles urbaines comptaienl492 personnes, et 100 familles de la campagne, 512; en Belgique (1846), 4.59 et 497 [florn, Bevölk. Studien, I, 88, seq.)
HISTOIRE DK L\ POPULATION. 307
(8) On trouve, par exemple, sur 100 ménages de lonle la Belgique, 74 couples mariés; dans les villes belges, 70 ; dans les communes rurales, 75; en Hollande, 1840, = 77, 18S0, =73; en Saxe, 1832, = 80, 1834, = 79, 1837, =78, 1810, = 70; en Prusse, 1849, =84(//orn, I, 93, seq.).
(9) Il est curieux de voir Sussinilch envisager la morlalilé comme une loi invariable (Goltl. Ordnung, I, § 13), tandis qu'il connaissait très-bien les causes sociales qui amènent des variations tians la fréquence de mariages et dans la fécondité conjugale (I, § 56, 99).
S'il ne s'agit que du chiffre total de la population, il est parfaitement indiiïérent qu'il naisse chaque année 1,000 personnes et qu'il en meure 800, ou qu'il en naisse 2,000 et qu'il eu meure 1,800. — Cependant le premier cas se présente à nous comme le signe d'une civilisation plus haute, à cause des conditions qui la déterminent, car il ne se révèle que là où le plus grand nombre sait éprouver d'autres besoins que celui d'obtenir la subsistance nécessaire et de satisfaire les appétits des sens, des besoins et des devoirs qu'un mariage contracté à la légère n'admet point, et qui exigent à nu haut degré la vertu de la prévoyance et l'empire sur soi-même.
En outre, envisageons les résultats ! La puissance d'un obstacle répressif, qui empêche l'excès de population, s'exerce à l'aide d'actes peu moraux, ou engendre facilement rimmoralité. Tant qu'un enfant qui est de trop n'a pas succombé, quelle source anièrc d'inquiétudes pour des parents honnêtes, et de mauvaises actions pour ceux qui ne le sont pas, sans parler du pauvre enfant lui-même ! Tout homme, d'ailleurs, qu'il vive plus ou moins longtemps, exige une avance considérable de capitaux et de soins, et il ne peut s'en acquitter vis-à-vis de la société qu'au moyen de l'activité de l'âge mûr. S'il meurt avant de l'atteindre, celte avance est perdue. Plus la population, afin de ne pas dépasser la limite des moyens d'existeuce,
est douloureusement amenée à faire entrer en ligne de compte la mort de malheureux enfants, et plus le préjudice, même matériel, qu'elle éprouve, est considérable (1). C'est donc, à ne l'envisager que du simple point de vue éconoinique, un progrès considérable que de voir en Angleterre, où, en 1780, ou comptait un décès annuel au-dessous de 20 ans sur 76 personnes vivantes, ce chiffre se réduire successivement en 1801 à 1 sur 96, en 1830 à 1 sur 124 et en 18oo à 1 sur 155 {Porter). — Plus la vie moyenne se prolonge et plus grand est le nombre des adultes, relativement à celui des enfants ; or, les adultes sont ordinairement capables de se procurer une existence indépendante, de porter les armes et de produire ; ils peuvent exercer les droits et remplir les devoirs du citoyen, tandis que les enfants ne peuvent ni se suffire, ni se défendre, ni rien faire d'utile, qu'ils sont en un mot des mineurs dans toute la force du terme. Ce n'est qu'en connaissantla proportion suivant laquelle la population se classe selon les âges divers que l'on peut tirer des conclusions instructives du montant des impôts payés par tête, de la quantité des délits, des suicides, des naissances illégitimes, des enfants qui fréquentent l'école, etc., répartir exactement le contingent militaire, etc. (2). Il parait quen Russie, sur 100 naissances, il n'y a que 56 enfants qui dépassent l'âge de 20 ans, tandis qu'en Angleterre on en compte 55(3). On ne saurait oublier, il est vrai, que dans l'âge avancé l'homme revient peu à peu, sous certains rapports, à la faiblesse et aux nécessités de l'enfance. Mais en général on regarde comme désirable d'atteindre de longues années, et quand il ne présenterait aucun avantage purement économique, le grand nombre des vieillards devrait être salué comme un heureux symptôme de l'état social (4). Du reste, il ne faut pas se hâter de prononcer, en consultant uniquement le simple recensement de la population, sans se livrer à un plus ample examen : la grande mortalité des enfants peut avoir accru le chiffre proportionnel
des adultes; c'est ainsi, par exemple, qu'en Belgique les Flandres comptent relativement le moins d'enfants et que le Luxembourg en compte le plus (5).
Presque tous les signes auxquels, d'après ce que nous venons de dire, on peut distinguer les périodes de civilisation avancée, des périodes arriérées, se reproduisent, au milieu du même peuple et à la même époque, pour caractériser la différence qui existe entre les classes supérieures et les classes inférieures. Il est permis de le dire, une prévoyance plus active et un empire sur soi-même plus énergiquement développé, qui empêchent les mariages imprudents et une multiplication inconsidérée de la famille, sont, aujourd'hui que la plupart des privilèges légaux ont été effacés, l'élément le plus fécond de la supériorité sociale (6).
(1) Rossi (Cours d'écon. polil., I, 371) évalue à -1,000 francs ce que coûte à élever un enfant jusqu'à 16 ans. Un pays qui a un million de naissances par an, el dont 50 pour 100 seulement atteignent cet âge, perdrait annuellement 500 millions de francs. Suivant BernouiUi (PopulaL, p, 2j9), celte somme est exagérée de plus de moitié, puisque plus de 1/3 des enfants respectifs mourra dans la 1" année, et que les autres n'atteindront pas en moyenne 16, mais 7-8 ans.
(2) BernouiUi (Populationistlk, p. 51, seq.). En parlant, par exemple, de la mortalité plus forte des quartiers pauvres de Paris, il ne faut pas oublier qu'il y a là le moins d'étrangers, qui sont pour la plupart dans la ileur de l'âge.
(3) BernouiUi {p. 576) ; Porter (Progress, I, ch. i, p. 29.) Les mariages des paysans russes mettent habituellement 10 à 12 enfants au monde; mais à peine 1/3 arrive à l'âge mûr. V. Haxthauseii (Studien, I, 128). Aux États-Unis, la population se divisait (en 1820) en deux parties assez égales à la 16* année ; en Angleterre, à la 20« année. {Tucker, Progress oftheU. St., p. 16, 63).
(4) Il y avait pour 1,000 de population, en
De 0 à 15 ans. De 16 à 50 ans. Au delà de 50 ans.
Belgique. . . 1846 323 p. 1,000 509 p. 1,000 168 p. 1,000
Prusse. . . . 1849 370 504 126
Angleterre . . 18H 364 483 153
Hollande. . . 1810 347 .500 153
Saxe 1840 :?:îO 505 156
Suède 1835 352 490 158
France. . . . 1853 273 h'ii 193
Le recensement de ISoJ a constaté qu'il y avait en Angleterre, 596,030 hommes qui avaient (lc|iassé l'âge de 70 ans ; 9,847, âgés de plus de 90 ans ; 2,038, de plus de 93 ans; et 319 centenaires.
En France, on comptait (en 18o3) 722,276 personnes âgées de 70 ans et au-dessus; 15,638 de 90 et au-dessus, 3,496 de 9.'> et au-dessus, et 102 centenaires.
En adoptant la limite de 60 ans, qui semble être eu France celle de la force active, bien conservée, on obtient les proportions suivantes, sur d,000 :
De 0 à 15 ans. . .
De IG à 60 ans. . .
De 60 el au-dessus.
On y compte par ménage ;
France entière.
Villes
Paris
Nombre de personnel.
La répartition, par rapport à l'état civil, se produit comme il suit
Garçons. Hommes mariés. Veurü.
France Villes.
Paris .
France.
Villes.
Paris .
lilles.
Pommes mariées. Vruves,
Total.
Total.
Aux États-Unis, on évalue la population proportionnelle par mille carré anglais := le nombre relatif des enfants au-dessous de 10 ans.
Nouvelle-Angleterre 19,2
Etals du centre 15,3
Etais du sud 8,9
Elatâ du sud-ouest 1,3
Eiats du nord-oue^t 2,3
V. Horn (Studien, 1, 120); Tucker (Progress. of the Ü. St., p. 105).
(5) Horn (I, 127, seq.). Aux Etats-Unis, la population de race blanche comptait, en 1840, seulement 83 pour 1,000 d'hommes au delà de 50 ans, 480 entre 16 et 50 ans ; par contre, 437, entre 0 et 15 ans ; parce qu'il y est encore facile d'ôlnblir et d'élever une famille. Il est nalnrellement jihis agréable de devenir (|ue à'ctre; et cependant, c'est Vétre (|ui appartient ;i un degré supérieur de développement social !
(6), Le mot proletarius vient de proies !
TEAIPS DK DÉCADENCE.
Chez les nations atteintes de décadence politique et religieuse, l'idée morale, qui estTame des relations dont nous venons de parler, décline aussi. On voit reparaître sur le premier plan les obstacles répressifs (presque toujours entachés dimmoralité), ainsi que les pins coupables obstacles préventifs destinés à empêcher un excès de population. Les peuples païens de l'antiquité nous présentent ce déplorable spectacle sur la plus large échelle, à l'époque qui se rapproche des temps plus récents ; les peuples modernes ne manquent pas non plus d'exemples analogues, que l'étude de l'économie politique doit signaler comme un instructif avertissement. On donnera à celui qui a, jusqu'à surabondance, et l'on enlèvera le peu qu'il possède à celui qui na pas. Cette sentence explique pourquoi les immoralités qui se produisent sont d'autant plus rarement flétries par l'opinion qu'elles deviennent plus fréquentes.
A. On ne saurait juger d'une manière absolue delà moralité publique, en consultant uniquement le chiffre proportionnel des naissances illégitimes [\). En effet, dans un pays comme la Saxe, où le nombre des mariages s'élève chaque année à une proportion (le 0,017 de la population, toute naissance d'enfant naturel témoigne d'une bien plus sensible atteinte portée à l'empire qu'on doit exercer sur soi-même, qu'en Bavière où sur 1 ,000 personnes vivantes, on n'en compte que 13 qui contractent mariage dans le cours d'une année. Dans certaines contrées où les formes économiques sont à peu près immuables, et où domine, par conséquent, une sorte de substitution appliquée aux héritages des paysans {geschlossene Bauerngüter), les fils ne peuvent guère se marier qu'après la mort des parents ; on y voit souvent légitimer par mariage subséquent des enfants nés
hors mariage, qui en attendant s'élèvent dans la famille de la mère, tout comme s'ils étaient légitimes(2). Evidemment, l'inconstance coupable qui crée les liaisons éphémères et l'abandon des|enfants ne se produisent pas ici avec le triste caractère qu'ils présentent dans les grandes villes et dans les régions industrielles, etc., où les ménages illégitimes {wilde Ehen) se croisent et se dissolvent avec une désolante rapidité. Du reste, on entend parler rarementde naissances au milieu d'unhonteux libertinage.
Mais la multiplicité des enfants naturels révèle la difficulté de fonder un ménage (5); elle prouve que la force morale du peuple n'a pas assez d'énergie pour résister aux tentations qui en résultent. Sous ce rapport le mal engendre le mal; ce qui n'était qu'un symptôme ne tarde pas à se transformer en cause, car il est rare que l'éducation morale des bâtards ne laisse point quelque chose à désirer (4). — La fréquence des naissances illégitimes doit être signalée comme un obstacle au développement trop rapide de la population, en ce sens qu'elles donnent à relever beaucoup plus de morl-nés, et qu'elles provoquent les décès en bas âge en plus grand nombre, que lorsqu'il s'agit de naissances légitimes (5).
B. Le métier de filles publiques remonte à une haute antiquité (6); mais ce mal n'acquiert une gravité réelle que si beaucoup d'hommes et de femmes n'ont point la perspective de se marier, ou du moins si cette perspective est fort éloignée, surtout lorsque les familles ont perdu l'habitude de former un groupe inséparable pendant tout le cours de l'existence (7). La prostitution forme un obstacle au développement de la population, non-seulement à cause du régime de polyandrie qui en résulte, mais aussi à cause de la stérilité habituelle des malheureuses victimes de l'immoralité (8). Les maladies qu'elle propage ne sont pas non plus une circonstance indifférente. L'amour du changement et l'horreur de la vie régulière qu'elle inocule re-
HISTOIRE DE LA POPULATION. 3l3
tiennent dans les séductions coupables du célibat beaucoup d'hommes, qui auraientpu sans cela fonder une famille (9). Cet empoisonnement moral de la nation devient d'autant plus pernicieux, que le vice emprunte plus de charmes à l'intelligence et qu'il brille du reflet de l'art et de la littérature (10). Quand Phryné fut assez riche pour songer à relever Thèbes do ses ruines et qu'elle eut assez d'audace pour demander qu'on y traçât cette inscription : « Alexandre l'avait détruite, Phryné la courtisane l'a rebâtie, » c'en était fait, non-seulement de la dignité, mais aussi de l'indépendance nationale de la Grèce (11. 12, 15).
G. On ne saurait rencontrer dans l'histoire de spectacle plus odieux que celui du développement énorme, il faut même dire de la domination incontestée des vices les plus contraires à la nature, aux temps de la décadence des peuples de l'antiquité. L'Egypte et la Syrie paraissent avoir été le foyer primitif de cette peste d'immoralité (14). 11 fut une époque de la Grèce, époque au milieu de laquelle l'art et les lettres ont brillé d'un vif éclat, où la fantaisie poétique ne retraçait dans ses rêves d'amour que l'image des adolescents, et malheureusement on ne saurait révoquer en doute le caractère impudique de cette passion généralement répandue (15). Rome ancienne lui infligeait les peines les plus rudes (16). tandis que plus tard le tendre et innocent TibuUe, dam sa noble simplicité, ne se décide à la blâmer que si elle est vénale (11). Du temps de César, un censeur avait menacé un édile de le poursuivre comme coupable de sodomie, mais celui-ci répliquait par une menace analogue, et il trouvait piquant d'inviter un homme tel que Cicéron avenir assister aux curieux débats que devait susciter un pareil procès, porté devant le tribunal d'un édile soupçonné des mêmes habitudes (18). Quand on sait à quel degré de débordements honteux s'est porté Tibère, on peut dire qu'il défie toute exagération ; mais au moins Tibère se cachait-il dans l'ombre,
tandis que Néron, Commode et Héliogabale trouvaient une sorte de raffinement pour leurs honteux plaisirs à étaler le scandale au grand jour (19, 20).
(1) Le rapport habituellement indiqué des naissances illégitimes aux naissances légitimes nous semble fort peu concluant. Il y aurait beaucoup plus d'intérêt à connaître la proportion entre le nombre des enfants naturels et celui des hommes et des femmes nubiles, qui se vouent au célibat. V. Hoffmann (Preuss. Staatszeit., 1837, no 18).
(2) A Oldenbourg, 48 pour 100 des enfants naturels sont légitimés par mariage subséquent. V. Rivet dans l'Archiv de Raii-Hanssen (N. P. I, 7); en Bavière, 15 pour 100; dans le Palalinal seul, 29,7 pour 100 (Herrmann, Bewegung der Bevölk., p. 20;.
En France, eu 1855, la statistique établit les proportions suivantes, pour la reconnaissance des enfants naturels :
KeconnuB Total-
par par par
le père, la mère, les deux.
Popnliition urbaine. . . . 7,79 18,43 i,53 30.75 Population rurale 5,11 46,40 8,94 60,45
Non reconnus Enfants Toiai.
mais non trouvés,
abandonnés.
Population urbaine.. . . 48,43 20,82 69,25
Populaliuii rurale 36,51 12,34 39,55
(3) Dans le Mecklembourg-Schwerin, on comptait un mariage par au :
Dans les terres ilomaniales . . . i;ur 137 vivauis sur |49 vivaiils.
— seigncnri ilt'S. . . sur H5 sur 2()9
— des couvents. . . sur 163 sur 175
— (les villes. . . . sur 115 sur lOi
Les naissances illégitimes étaient dans la proportion en j 800=1 :16; 1851 =1 : 4,5; 1850-1855 = 1 : 4,8. Dans 2(30 localités, en 1851, on a compté au delà du tiers, dans 209, au delà de la moitié de naissances illégitimes, et dans 79 autres elles étaient triplées! Remarquable effet des difficultés administratives qui entravent le mariage. V. Betrachtungen über den Beilritt Mecklenburgs zum Zollverein (1853, p. III, seq.).
(4) Le chiffre des enfants naturels est malheurousemenl en voie d'accroissement dans beaucoup d'États modernes. En France, les naissances illégitimes ne formaient, en 1800, que 4,8 pour 100 du total; 1810 = 5,!); 1820 = 7, 1; 1830 = 7,0 ; 18.35 == 8,1 i)onr 100 (Archiv, der polit. OEkonomie, IV, S.'iS). En 1853, la statisli(|ue officielle donne la pro-
HISTOIRK DE LA POPULATION. 3l5
portion d'un enfant naturel sur 15; pour 50 années on a compté sur 100 naissances, en 18S3 :
Dans le dépariemeni de la Seine. . . 27,93 enfants naluiels.
Dans la population urbaine 12,30
Dans la population rurale i,19
Dans la France entière 7,47
L'Allemand surtout doit reconnaître avec une profonde humiliation que In région méridionale de sa patrie présente a cet égard des proportions excessivement défavorables. En moyenne, dans les années 1841 à ISuO, la Lombardie comptait, sur 100 naissances, 3,;iG naissances illégitimes ; la Hollande, 5,05; la France, 7,13; la Belgique, 7,57; la Bohême, 14,93; la Saxe, 14,96 (Horn, Bevölk. Studien, I, 280). D'après des données quelque peu plus anciennes, il y avait dans l'Autriche, au-dessous de l'Eus, une naissance illégitime sur 4,77 naissances en général ; en Styrie, une sur 4,66 ; en Bavière, sur 4,98 (district du Mein supérieur, 2,79; du Rhin, 10,10}; dans le duché de Bade, 6,61 ; dans le Wurtemberg, 8,69 ; dans le Hanovre, 10,62 ; en Prusse, 14,49 [Rivet, loc. cit., p. 45) ; dans la Marche Electorale, 1724-1731 =1 : 18 (Süssmilch, I, § 239).
(5) Les mort-nés formaient, de 1811-1820, à Berlin, Breslau et Könisberg, 5 pour 100 des naissances légitimes et 8 pour 100 des naissances illégitimes ; â la campagne, en Prusse, 2 1/2 et 4 2/3 pour 100. Dans toute la monarchie (1820-1834), il est mort sur les enfants nés viables, dans la première année, 17 pour 100 des enfants légitimes et 25,3 pour 100 des illégitimes ; à Berlin seul, 19,8 et 36,2 jjour 100 {Bernouilli, Populalionistik, p. 112, seq., 246, seq.). Au delà de la première année, le rapport se modifie. — Pour la France, M. Legoyt a dressé un tableau décisif, pour montrer l'inlluence fatale exercée par la naissance illégitime sur la vie des enfants. En prenant pour unité le décès d'un enfant légitime, la mortalité des enfants naturels est représentée, aux diverses époques de l'extrême enfance, par les rapports suivants :
En naissant 1,66 \
0 à 8 jours 1,81 1
8 à 15 jours • . . 2,18 f Moyenne
1") jours à 1 mois 2,76 \ de la premier« année:
1 mois a 3 mois 2,44 1 2,12
3 mois à 6 mois 2,07 \
6 mois à 1 an 1,58 /
Ainsi, toutes circonstances égales d'ailleurs, la mortalité des enfants naturels est presque double de celle des enfants légitimes dans la première année.
^6) Afoi'^0, 38 ; Josué (21, seq.); Juges (16, l,[seq.). Il ne faut pas ou-
blierqueles habitants de la terre de Chanaan étaient de beaucoup supérieurs en culture aux Juifs leurs contemporains. — Solon parait avoir établi les maisons publiques à Athènes, afin de mieux sauvegarder les femmes honnêtes {Athen., XIII, p. o69). En France, Charlemagne poursuivait déjà la prostitution [Delamarre, Traité de la police, 1,489 ).
(7) D'ordinaire, ce sont les voyageurs qui s'y abandonnent les premiers. Mentionnons le culte désordonné de la « divine » Aphrodite, que les Phéniciens ont répandu partout : Chypre, Cythére, Erylhie, etc. La prostitution desfemmesde Babylone s'y rattache 'Hérod., I, 199); pareillement à Byblos {Lucian., De dea Syria, Q];Eryx (Strabo, VI, p. 27 ; Diod. IV, 83) ; Cypris {Hérod., l, lOo, 199): Cythrrée {?ai\ssin., I, U). Filles athéniennes au Pirée. Aujourd'hui encore, les femmes ont une fort mauvaise renommée dans presque toutes les oasis situées sur la grande route des caravanes. Mariages temporaires et ;i bon marché des marchands à Yarkand, à Audjelah, etc. V. Ritter (Erdkunde, I, 999,1011, 1013; II, 360; VII, 472; XIII, 414). — Il est remarquable de voir avec quelle sévérité la législation des villes allemandes, dés leur premier développement, poursuit les filles de mauvaise vie, tandis que les anciennes lois ne s'occupent que du viol (Spittler, Geschieht. Hannovers, I, o7).
(8) Il n'est pas rare de voir les filles de mauvaise vie devenir enceintes; mais d'ordin.iire elles font fausse couche, ou hien elles subissent un accouchement très-périlleux, et leurs enfants meurent presque tous dans le courant de la première année (Parent- Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 1836, 1, ch. m).
(9) Au temps de Démosthènes, les hommes les plus sévères disaient: On a des hétaïres pour son plaisir, des concubines pour être bien soigné, des femmes pour qu'elles vous donnent des enfants et conduisent le ménage (Adv. Neseram, p. 1386).
(10) En Grèce comme à Rome, on ne vit d^ibord se prostituer que des esclaves, des affranchies, des étrangères ; mais, sous les empereurs, la prostitution se répandit jusque dans les plus hautes classes [Tacit., Ann., II.,8:J;; Sueton., (Tiber., 33; Calig., il}-, (Martial, IV, li). L'impéralrice Messaline. V. Juvénal (VI, M6, seq.). Discours de Héliogabale aux filles de mauvaise vie de la capitale, que l'empereur appelait« commilitones » {Lamprid . ,Y . Héliogab.,26). Au temps de Ctcéron, un homme de l'importance de Cœlius devint l'amant payé de Clodia, et alla même demeurer chez elle [Drumann, Gesch. Roms, II, 377). Déjà, au temps de Socrate, à Athènes, les hétaïres avaient probablement l'esprit plus cultivé que les matrones. V. Xénoph. (Memor., 111,11.)
(11) Sur les pornographes de l'antiquité, V. Athen. (XIII, 21). Aristophane en parle déjà (Ranœ, 1310, seq.). V. Arist. (Pol., Vif, 17) ; Martial (XII, 43, 96). Parmi les modernes, ce fruit empoisonné parait d'abord s'être produit en Italie [Antonius Panormitn -+■ 1471 ; Pierre
HISTÜIIIK DP. LA POPULATION. 317
Aretiii + 1Ö36). Properce (II, o) se plaint de l'iniluence corruptrice qu'exerçaient de son temps les images obscènes. C'est un fait cruellement caractéristi(|uc de voir Parrhasius descendre jusqu'à retracer les actes les plus honteux {Suétone, Tiber., 44), comme Praxitèle ne dédaignait pas de gloriller le triomphe d'une meretrtx gaudens sur la ßens matrona [Plin., Hist. N., XXXIV, 19). Il est vrai que Jules Romain a fait de même !
(12) V. Jakob (Vermischte Schriften, IV, 311, seq.); Murr (Die Mediceische Venus und Phryne, 1804).
(13) Le nombre des filles inscrites à Paris était de 3,5o8 en 1832, et de 4,G20 en 1854, On comptait à Londres de 8,0Ü0 à 10,000 femmes de mauvaise \ie{Parent-Duchdtelet, Prostitut. de Paris, i, ch. i^ u).
(14) Nequitias tellus seit dore nulla magis, dit Martial de l'Egypte. Culte d'isis à Rome [Juvénal, VI, 488, seq.). V. ensuite //erod. (II, 46, 89); Strabon (XVII, p. 802); de la Syrie {Moïse, I, 19, 4, seq., 38, 9, seq.; III Moïse, \H, 22, seq., 20, 13, 15). Le cunnilingere, d'origine phénicienne (i/e^j/c/i., V. c/cù>.aç). Fréquence terrible du fellare et irrumare à Tarse (Dio, Chrysost., Oral., 33). Les Scythes paraissent aussi avoir fait en Syrie la connaissance de la uouocî 8-îfKzici. {Herod., I, 105). Pareillement encore pendant les croisades.
(15) V. ßec/certCharikles, I, 3i7, seq.). /Esc/une ne blâme ce vice que quand il est pratiqué jiour de l'argent (In Timarch., 137). Lysias (Adv. Simon.) reproduit comme une chose toute simple devant le tribunal un engagement honteux. V. JEschin. {loc. cit., p. 159, 119), où l'on élève une plainte formelle sur la base d'un tel contrat. Impôt industriel des maisons d'adolescents {JEsch, loc, cit.^ BJ. Aristophane fait allusion à des abominations plus honteuses encore (Equit., 1280, seq.; Vespp., 1274, seq , 1347; Pax, 885; Ranœ, 1349).
(16) Valer. Maxim. (VI, 1, 7, 9, seq.). La lex Julia la punit seulement comme stuprum (L, 34, § 148, 5, Dig.; Paulli, Sent, recepl., II, 26, 13). Permise plus tard, jusqu'à Philippe, moyennant une redevance (Aurel. Viet., Cœs., 28). Première trace de ce vice en 321 avant J.-C. {Suidas, V. rai>; AaÎTÔjp-o;). Plus lard ce fui un grand scandale lorsque Marcellus accusa l'édile Scantinius d'avoir adressé des propositions ù sou fils (Plutarch., ^hvceW., 2).
(17) TibuU. {l, 4). Le « sévère » Juvénal n'y était pas tout à fait contraire (VI, 34, seq.), et Martial se vante de ses débauches (II, 43 ; XI, 44,59, 74; XII, 98).
(18) Ciceron (Ad Div., VIII, 12, 14).
(19) Sueton. (Tiber., 43, seq.; Nero, 27, seq.); Lamprid. (Coramod., 5, 10,seq. ;Ueliog., passim). Sur les grèges exoletorum, V. encore Dion Cass. (LXII,28; LXlII, 13); Tacit. (Ann., XV, 37); Tacian. (Ad Grœcos, p. 100). Trajan, lui-même, le meilleur des empereurs romains (^l.
Spartian., V. Hadriaii., 2). Odieuse indiislriedoiil parle Martial (iX,9). La collection de presque tous les passages obscènes des classiques, commentés avec une honteuse connaissance de la matière, se trouve dans les annexes à l'édition 7\-C. Forberg du Hermaphroditusd'^nfo?i, Panormita, 1824.
(20) La longue durée de cette corruption morale fut surtout mise en relief par le sévère contraste de la chasteté des V^andales, à l'époque de la grande migraition des peuples. V. Salvian. (De gubern. Dei, 111, passim).
D. Nous avons parlé, dans le paragraphe précédent, des excroissances parasites qui détournent la sève de l'arbre de la population. Mais il est encore bien plus directement attaqué dans ses racines, par toutes les influences qui diminuent la sainteté du lien conjugal. Combien les mariages de convenance (1) dans lesquels l'affection n'entre pour rien, les divorces inconsidérés et la fréquence de l'adultère ont une étroite affinité, cela s'explique de soi-même. La décadence romaine constitue aussi la période classique de ce mal dévorant. Qu'il nous suffise de rappeler la spéculation politique qui fit donner parCésar sa fille unique à Pompée, malgré la grande différence d'âge, et qui livra plus tard Octavie enceinte au libertin Antoine (2). Au lieu des Lucrèces et des Virginies de l'ancien temps de la vertu romaine, on ne vit plus que des fiMiimes qui : won consulum numéro, sed marUorum annos suas compu(ant{ö). Parmi cette foule de jeunes gens qui ont abdiqué tout souci de leur propre bonheur conjugal, on rencontre un grand nombre d'adultères funestes surtout aux unions d'un âge inégal : corrumpere et corrumpi sœculum vocalur {Tacite) {A). Il est facile de comprendre combien cela devait contribuer à diminuer, surtout parmi les hommes, le goût pour l'état conjugal. Metellus Numidicus proclamait déjà (151 avant J.-C.) le mariage un mal nécessaire (5, 6).
A ces époques, on élève les jeunes filles dans une sorte de
réclusion, afin de mettre leur réputation à l'abri et de les livrer ensuite à un époux; une fois devenues femmes, elles s'abandonnent à une vie d'autant plus déréglée. Au milieu d'une atmosphère de pure moralité, on procède tout autrement (7).
On remarque aussi, aux périodes de décadence, que les différences sociales et surtout les différences intellectuelles s'effacent de plus en plus entre les deux sexes, A mesure que les femmes prennent des mœurs viriles, les hommes s'efféminent. C'est un mauvais signe quand la gloire et la domination s'attachent autant aux femmes qui écrivent, qui gouvernent, qu'aux écrivains renommés et aux grands hommes d'Etat. lien fut ainsi dans les Etals de la Grèce et au temps des Césars (8). Ce qu'on appelle aujourd'hui Vémancipanon des femmes ne pourrait qu'aboutir à la dissolution de la famille, et par là même rendre à la femme le plus déplorable service. Qu'on la rende d'une manière absolue légale de l'homme, et que la concurrence seule décide de la suprématie du sexe, et il est fort à craindre que l'on ne voie revenir bientôt cet état d'oppression sous lequel la femme a longtemps gémi chez les peuples arriérés. Est-ce que la vie de famille et la civilisation ne l'ont pas réellement émancipée?
Les théoriciens qui, pour écarter les inconvénients inséparables d'une civihsation arrivée à un haut degré de développement, se laissent entraîner à prêcher la communauté des biens, ont aussi en vue, lorsqu'ils recommandent en même temps l'émancipation du sexe, une sorte de communauté de femmes plus ou moins générale. Les motifs ont une grande analogie dans les deux cas : on condamne Viiscnje de la propriété et du mariage, parce qu'on en signale le fréquent abus ; on désespère d'assurer à tous ce bien suprême et on l'interdit à chacun ; on veut améliorer le monde, sans demander aux hommes de faire le sacrifice de leurs mauvais penchants. Le résultat ne manquera pas d'être le même (,^ 81). Loin de faire disparaître les femmes
de mauvaise vie, les enfants naturels, etc., on arrivera à faire de toute femme une prostituée, et de tout enfant un bâtard. Quel effrayant obstacle au développement de la population qu'un pareil état social , où le monde ne sera plus qu'un vaste asile d'enfants trouvés (9) !
On ne saurait méconnaître la nécessité d'une réforme dans la position sociale faite aux femmes, au milieu d'une population exubérante. Plus se restreint la perspective du mariage pour un grand nombre de jeunes filles, plus s'évanouit l'espérance de rencontrer l'asile que pouvait leur promettre pour un âge avancé la famille dont les liens sont dissous, et plus il faudrait s'efforcer d'écarter les exclusions, fruit de la loi ou de la coutume, ([ui ferment h la femme l'entrée de tant de carrières auxquelles elles sembleraient naturellement appelées (10). Ce n'est que la conséquence du progrès qui a déjà aboli les liens de la tutelle perpétuelle imposée aux sexe. Il peut devenir inévitable d'aller beaucoup plus loin, mais, nous devons en faire l'aveu, nous déplorons cette nécessité (11). La meilleure division du travail est celle qui fait de la femme le trésor delà maison; mais, par malheur, elle n'est pas toujours possible.
(1) Celte expression ne devient applicable qu'aux temps de civilisation où la libre disposition de soi-même passe généralement pour le premier besoin. Au moyen âge, quand les liens de famille dominaient tout, l'union conjugale était d'ordinaire réglée par la famille, mais il n'en résultait point un sentiment de contrainte.
(2) Propercfe se |)laiut très-amérement de la corruption qui avait envahi de son temps les affections du cœur. Dans le monde hellénique, sous les successeurs d'Alexandre, les mariages de convenance se multiplièrent à l'excès : ainsi, le vieux Séleucus prit pour femme la petitefille de son compétiteur Autigoue, etLysimaquela fille de Ptolémée, etc. (III, 12.)
(3) Sénèque (De benef., III, 16), terrible chapitre! Juvénal parle de femmes qui avaient eu 8 maris en 5 ans (VI, 229, seq.); et saint Jérôme vit une femme enterrée |)ar son 23'^ mari, qui, de son côté, avait eu 21 femmes (Ad. Ageruch, I, 908). Le premier exemple d'un divorce
HISTOIRE DF. LA POPUL\TIOV. :i2l
formel, diffareatio, remonte à l'an o23 après la fondation de Rome {Aulu-Gelle, iV, 3). En Grèce, on ne rencontre ce contraste caractéristique que dans les temps anciens; on achetait les femmes, tandis qu'il fallut plus tard leur assurer de fortes dots, aOn d'échapper au caprice du divorce (Hermann, Privatalterth., g 30). Au sujet de la Palestine, V. Evang. de saint Jean (4, il, seq.).
(4) Cicéron a retracé, dans - on discours pour Cluentius, le désolant tableau des familles de son temps, dont l'avarice et la débauche avaient rompu tous les liens. El plus tard, parmi les nombreuses familles dont Drumann raconte l'histoire, il en est fort peu qui n'aient point causé ou subi quelque odieux scandale.
(d) Aulu-Gelle (l,G). En Grèce, ces symptômes se révèlent déjà dans Aristophane, notamment /es femmes à la fête de Cerès. La « misogynie » d'Euripide tenait à la même cause ; depuis Socrate, la plupart des philosophes vécurent dans le célibat (^//len., XIII, 6, seq.; Plin., H. ÎS'., XXXV, 10). V. Theophrast. dans Hieron. (Adv. Jovin., I, Al), et Antipaterdau^ Stobœus (Sermon., LXVII, 25,. Hésiode met déjà en balance les avantages et les inconvénients du mariage (Theog., 600, seq.).
(6) Dans l'Italie moderne, la coutume des « sigisbés » ne s'est généralisée qu'au dix-septiéme siècle ; l'usage ne permettait à aucune femme de se montrer en public sans être accompagnée, et le mari se serait rendu ridicule s'il avait suivi sa propre femme. Du temps des républiques italiennes, on ne connaissait encore ni la réclusion claustrale, ni les duègnes [Sismondi). Dans plusieurs villes, au moyen âge italien, l'adultère était puni de mort; par exemple : « Jus municipale Vicentinum » (p. 135).— Au sujet des sigisbés espagnols, qui présentent de nombreux exemples d'oubli de la pudeur mais aussi de lidélité, V. Townsend (Journey, II, 142, seq.); Bourgoing (Tableau, II, 308, seq.). Les cortejos sont d'habitude des clercs ou de jeunes officiers.
(7) Une jeune Américaine du JNord disait à mistress Buttler : « We « enjoy ourselves before marriage, but in your country girls marry lo « obtain a greater degree of freedom, and indulge in the pleasures and « dissipations of society. » Tandis ([ue les jeunes filles « sont toujours dans la rue, on trouve constamment les femmes mariées à la cuisine » [Mistress Buttler, American Journal, II, 1835). L'extrême opposé se rencontre en Italie; aussi n'y faut-il pas trop se fier au nombre réduit des naissances illégitimes. Un adultère pèse plus sous le rapport moral que dix stupra ! — Contraste analogue dans l'antiquité, entre les femmes ioniennes et doriennes : à Sparte^ par exemple, on refusait aux femmes plus sévèrement qu'aux filles l'entrée des gymnases d'hommes (Pausa?i., V, G, 5; VI, 20, 6; Plato, De legg., VII, p. 805, seq.; Xenoph., De rep. Laced., I; Comp. Ch.-O. Müller, Dorier, II, 276, seq.).
1,8) Platon (De legg., VI, 774), aussi bien ({WAristote (Polit., Il, 6; V,
T. II. il
9, r», el VI, 2. 12 , se plaignent de la doininalion exercée par les femmes de leur lemps: immenses propriétés des femmes à Lncédémone [Aristot., Polit.. II, 0, 2). Le premier conseille néanmoins d'admettre les femmes aux gymnases, aux assemblées, aux emplois, etc. ; elles différent des hommes, mais non en ce qui concerne les qualités requises pour gouverner De rep., V, p. 4oI, seq. ; De legg., VI, 780; Vil, 806). Un songe involontairement à certaines caricatures des temps modernes, quand on voit les femmes de mauvaise vie porter à Rome la toge masculine, et recevoir le nom de togatœ iHorat., Serm., I, 2, 63, seq., 80, seq.; il7aWîo/, VI, 64). V. sur les hommes efféminés, Apulée (Metam., VIII); Salvian. (De gubern. Dei, VU). Ainsi que le fiiil finement observer Itiehl ^Fiimilie, p. lo), il est impossible de méconnaître dans le conspnsus gentium, qui veut que les femmes se distinguent des hommes par le costume, une véritable protestation contre l'émancipatiun de la femme. J'ajouterai que, comme parmi nous chez les enfants, c'est aux périodes de la culture la moins développée que le costume des deux sexes diffère le moins {Tacite, Gerni., 17,.
(9) Platon blâme coranie contraires à la nature les relations établies entre les deux sexes; il voudrait les remplacer par des unions de courte durée, sous la direction de l'Etat, avec communauté d'enfants! (Dereptib.,V.) Le stoïcien Chnjsippe approuve l'union des parents el des enfants, des frères et des sœurs (D/o^é/i. Laert., VII, 188). Les anabaptistes invoquèrent la parole du Christ; « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui est cher ne saurait être mon disciple ; « les femmes doivent donc sacriiier leur honneur, aliu de supporter la honte pour l'amour du Christ, etc. Les courtisanes sont plus prés du ciel que les femmes honnêtes, etc. [Hagen, Deutschl. Verhaeltnisse im Reformationszeitalter, m, 221;.
De nos jours, les théories hostiles à la famille s'appuient de préférence sur une fausse conception de la liberté et de la science. Dominer la chair comme lèvent le christianisme, c'est commettre une grossière méprise; la chair vient de Dieu aussi bien que l'esprit! Le saint-simonisme veut les réconcilier, « émanciper la chair » {Enfantin, Econ. pol., 2* éd., 1832). Dans l'Harmonie de Fourier, chaque femme doit avoir simultanément un époux qui lui a donné deux enfants , un géniteur qui lui en a donné un, un favori, en outre autant d'amants qu'elle veut, mais ceux-ci n'ont légalement aucun droit. Le « monde harmonien » sera préservé de l'excès de population au moyen de quatre digues: « le régime gastrosophique , » car une chère délicate est un moyen de stérilité qui deviendra bien plus puissant en harmonie, où chacun est un gastronome raffiné; « la vigueur des femmes, n les femmes délicates sont d'une fécondité outrée el fâcheuse; « ^exercice »nf'^gra/,» caria puberté est subordonnée aux iniluences delà gymnasti-
que ; enfin « les mœurs phanérogames, » le libre anioiir, la pinralilé d'amanis, est évideniiïieiil un obslacle à la fécondiu- Leu harmoniens auronlbeaucoup de femmes, adonnées à la pluralilé d'hommes, par vertu corporative et utile à la société : les bacchantes, bayadéres, faquiresses el aiilres corporations chargées du service des armées et des caravansérails... Ce genre de mœurs, par son extension aux deux tiers des femmes, sera un très-puissant moyen de slérililé (IVouv. monde industriel, p. 399, seq.). Fourier croit qu'il suffit du 24« du nombre immense de femmes que la civilisation emploie pour élever les enfants. En général, les parents y conviennent le moins, comme le prouve l'aversion naturelle contre leurs prescriptions, conseils, etc.; éducation des lutins par les bonnins (p.2H , des bambins par les mentorins (p. 222). Si on laisse pleine liberté dans le choix de l'industrie, on verra, par exemple, les sciences cultivées 2/3 par les hommes, 1/3 parles femmes; pour les arts, 1/3 des hommes, 2/3 des femmes; dans ^agriculture, la grande culture emploiera 2/3 d'hommes et 1/3 de femmes, et la petite 1/3 d'hommes et 2/3 de femmes (p. 236). — Le journal communiste l'flumanitaire s'est prononcé pour la communauté des femmes, tandis que Cabet a laissé la question ouverte. V. du reste, Godwin (On polit, justice, 1793, VIII, ch. viii).
(10) /. Bentham (Traité de législation. II, 237, se(|.) regarde comme peu convenable (jue les hommes s'occupent du commerce des jouets et des modes, du métier de tailleur et de cordonnier pour femmes, etc.
(11) J.-S. Mill glorifie une plus grande indépendance économique des femmes, il en attend surtout une diminution des mariages irrélléchis (Princ, IV, ch. vu, 3). Ne sait-il donc pas que le théâtre et le prolétariat de fabrique, où V indépendance d''s foinnes existe, conduisent à un résultat bien différent !
Dans certaines régions reculées de l'Asie, les obstacles immoraux, tels que les naissances illégilimes et ladulière, qui entravent che? nous le développement de la population, existent sous forme d'institutions légales I iMentionnons d'abord la polyandrie dùus l'Inde orientale, le Thibel et d'autres régions des Alpes asiatiques ; elle ne se trouve atténuée que dans un certain sens, à savoir que plusieurs frères possèdent une seule femme en commun (1). Cette étrange coutume vient en beaucoup de contrées de ce que l'on tue. en grande partie , les en-
faïUs du sexe féiiiinin, ou du moins on vend à l'étranger les jeunes filles, dès qu'elles sont arrivées à l'adolescence (2). Ajoutons que dans l'Himalaya la législation multiplie les encouragements au célibat, de manière que les bonzes seuls peuvent parvenir à acquérir des lumières et à s'élever en dignité (5). Dans plusieurs régions des Indes orientales, la loi consacre la communauté des femmes, qui ne se trouve quelque peu entravée que par la distinction des castes (4), et l'on rencontre partout la dissolution, qui accompagne toujours la décadence des nations (5).
La Chine passe pour être le pays classique de t expositioyi des enfants. Un auteur indigène , que l'on a l'habitude de citer au nombre des autorités les plus imposantes , hostiles à cette coutume, n'envisage cet acte comme honteux que si les parents possèdent un avoir suffisant pour nourrir leur progéniture. Il condamne en particulier le meurtre des filles , comme « une lutte établie avec l'harmonie de la nature ; plus un père veut la tenter , et plus il aura de filles, et l'on n'a jamais entendu dire que ce procédé pût profiter à la naissance des garçons (6). » Du reste, VexposUion des enfants a également joué un grand rôle dans l'antiquité, moins reculée. Athènes consacrait ce droit de la puissance paternelle. Un homme même tel que Socrate range VexposUion des enfants au nombre des devoirs professionnels de la sage-femme (7). — Aristote n'a aucune objection à élever, au point de vue moral, contre ravortement(8). — Une vieille loi romaine, qui date de l'an 475 avant J.-C, avait prescrit comme un devoir du citoyen, de se marier et d'élever tous ses enfants (9). Combien l'état des choses ne fut-il pas différent sous l'empire ! (10) jusqu'au moment où le christianisme, devenu religion de l'Etat, fît prononcer la défense légale de l'exposition (11).
(1) Turner (Enibassy to Tibet, II, if-iiJj parle de ciiuj Iréres qui vivaient heureux sons le même loh [Jaquemont, Voyaji^eeii Inde, p. 40:2).
A Ladakh fpelit Thibet), les enfanls sont atlribués au frère aîné, auquel appartient aussi la fortune ; les cadets servent comme domestiques et peuvent même être chassés de la maison {Neumann, dans l'Ausland, 1840, n° 16, seq.). A Bissahir, le premier enfant appartient à l'aîné, le second au puîné, etc. La femme est achetée en commun parles frères, et traitée tout à fait comme une esclave (Ritter, Erdkunde, III, 732). Dans le Boiitan, les hommes vont s'établir dans la maison de la femme, qui est souvent âgée et qui a vécu très-librement avant son mariage, peut-être jusqu'à vingt-cinq ou trente ans {Ritter, IV, 163). Chez les Garos, la femme peut même quittera volonté le mari, sans abdiquer le droit aux enfants et aux biens, tandis que le mari en la répudiant perd les uns et les autres {Ritter, V, 403). Déjà dans la grande épopée indienne Mahâhhârata, on trouve la polyandrie, chez les Indiens du Nord. De même, dans les tribus indo-germaniques, dans l'Asie centrale {Ritter, VII, 608), et d'après des sources chinoises, dans l'ancien Tokharestan (Ritter, VII, 699). Même dans l'ancienne Sparte (Po/î/6., XII, 6).
(2) Sur le Nerbedda inférieur, l'empoisonnement des enfants nouveau-nés du sexe féminin était chose très-commune encore au commencement du dix-neuvième siècle. A Kutch, on préfère prendre des femmes étrangères et tuer ses propres lilles {Ritter, \ll, 623, JÜ54). De même dans PArcadie indienne, le pays des monts Nilçfhcrri (V, i03b, seq.). Dans le Rachmyr, toutes les filles âgées de huit ans environ sont vendues pour le Pendjab et YInde (VII, 78). Quelque chose d-'analogue dans le Caucase et dans les contrées alpestres de Badakchan (VII, 798, seq.). Haxthausen (Transkaukasia, 18o6, 1, ch. i raconte que les Russes avaient capturé un navire qui emmenait en Turquie des esclaves circassiennes; ils laissèrent à celles-ci le choix de revenir chez elles, de se marier en Russie, ou de continuer route pour Conslantinople ; toutes déclarèrent, sans hésiter, qu'elles préféraient prendre ce dernier parti !
(3) Dans quelques contrées du Thibet etdu Boutan, chaque quatrième fils se fait lama, parfois même la moitié des jeunes gens {Ritter, IV, 149, 206).
(4) Chez les Garos et les Nairs, ainsi que chez les Cossyas dans le nord-ouest de l'Inde, les enfants n'ont pas de père, et regardent les frères issus de la même mère comme leurs plus proches parents masculins. Les héritages se transmettent également de cette manière {J.-S. Mill, Hist. of Bril. India, I, 395, seq. ; Buchanan, Journey through Misore, II, 411, seq.; Ritter, V, 390, 939, seq., 753). De même en Syrie {Herod., I, 173). Est-ce que le singulier usage de quelques anciennes tribus germaniques, dont parle Tacite (German ., 20), ne se rattacherait pas originairement à la communauté des femmes?
(5) « Even the most debauched European is a pattern of modesty, « compared with Ihe Indians ihemselves » (Edinb. Rev., XX, 484). En
Chine, il exisle des écoles spéciales pour préparer de belles jeunes filles, auxquelles on apprend la danse, la musique, etc., à devenir les concubines de grands seigneurs [RHter, IV, 821).
(6; Récit officiel de /. Boivring (Athengeum, il nov. 18oS). 11 n'est pas douteux que l'exposition des enfants ne soit légalement autorisée en Chine ; beaucoup de gens pauvres se marient avec l'intention de profiter de cette faculté. Mais les relations différent beaucoup quant à l'extension pratique du mal. Les jésuites disaient que dans les seules rues de Peckivg on expose annuellement de 2,000 à 3,000 enfants ; en outre, de nombreux enfants sont jetés à l'eau ou noyés dans un baquet, aussitôt après leur naissance [Barroxv, p. 166, seq.). Les enfants abandonnés dans les rues sont chaque matin entassés par la police dans une charrette, morts et vivants ensemble, et jetés dans une grande fosse hors de la ville. D'autres indications sont moins défavorables : par exemple, celles fournies par EUis, qui se trouvait en Chine en 1816 (Voyage, ch. va). V. les citations de Klemm (Culturgesch., Vî, 112).
(7j Petit (Legg.Att,, p. \U).N. Decker (Charikies, I, 21, seq.); Plato (Theéet., p. ISO, seq.). Dans la république de Platon le système de l'exposition des enfants, pratiqué sur une large échelle, constitue une des bases essentielles (De rep., V, 461).
(8) Aristote conseille aux hommes de ne pas se marier avant leur trente-septième année et de ne plus avoir d'enfants après cinquante-cinq ans. Aucune famille ne doit avoir au delà d'un nombre détertniné d'enfants (Polit., VII, 14). On a trouvé des images de Vénus, qui représentent la déesse, écrasant un embryon [Ch.-O. Müller, Denkniaeler der alten Kunst, II, n° 263). V. par contre, Stobœus (Sermon,, LXXIV, 61; LXXV, lo).
(9) Dyonis. Hal. (Ântiquit. Rom., IX, 22).
flO) Plutarch. (De amore prol., 2); Minut. Felix (Octav.,.'10).0n trouvait tout simple quand on avait « assez » d'enfants de mettre les autres à mort, aussitôt après leur naissance. V. le roman pastoral de Longus (IV, 24, 33). Fréquence de l'avortement provoqué par l'art (Jcuenn/, VI, .39 i). Jeunes esclaves transformés en spadones, au service des femhies qui ne voulaient pas avoir d'enfants (Juvénal, VI, 371, seq.; Martial^ VI, 67).
(11) Sous Constantin le Grand, 313 av. J.-C. (T/ieorf.,Cod., XI, 27,1).
Le chemin du vice est glissant. Quand la répugnance du sacrilice de liberté, qu'exige l'étal conjugal, a profondément pénétré au sein d'une nation ; lors([ue les coupables obstacles,
dirigés contre l'augmentation de la population (§ 249) se sont développés, ils ne se bornent pas à la limiter, ils ne tardent pas à la faire décroître. Tandis que chez les peuples jeunes et vigoureux la perte d'hommes, causée par la guerre, la peste, est très-promptement réparée (1), la force de reproduction se trouve ici trop épuisée pour remplir la lacune. Plus d'une fois, les périodes de décadence ont vu accélérer leur déclin par de terribles épidémies , qui ont enlevé en masse les derniers restes des générations antiques et meilleures (2). Quand un peuple vieilli voit revenir les jours de son enfance, où la population était clair-semée sur le sol, on ne saurait l'attribuer uniquement à la diminution des moyens de subsistance et à leur mauvaise répartition. Certes, il serait impossible de comprendre la dépopulation qui s'est produite pendant la décadence de la Grèce et de Rome, sans l'esclavage auquel les classes inférieures étaient réduites (5).
(1) La peste qui dévasta, en 1709 et 1710, la Prusse et la Lithiianie, doit avoir emporté le tiers, à Dantzig presque la moitié des habitants. Tandis que précédemment on ne comptait que G, 082 mariages par an, le nombre s'éleva, en 17H, à 12,028, et eu 1712, ;i 6,267, [lour ne se réduire que dans les années suivantes, avec une population fort amoindrie, au-dessous de 5,000 (Süssinüch, Goettl. Ordnung, I, tabl. 21). Effets analogues de la peste à Marseille, 1720 {Messance, Recherches sur la population j 1766). En Russie, on a également remarqué qu'après les dévastations de la peste noire (13-47, seq ), la population s'accrut d'une façon singulièrement rapide ; on vit même un nombre extraordinaire de jumeaux et de naissances triples, etc. (Karamsin, Russ. Gesch., IV, p. 230). V, Dalin (Schwed. Gesch., II, 384) ; Montfaucon (Monuments de la monarchie française, II, 282).
(2) Qu'on se rappelle la peste d'Athènes, dans les dernières années de Périclés; la peste romaine, dans TOrbis lerrarum , entre 250 et 26o avant J.-C, qui aurait enlevé à Alexandrie (et peut-être partout?) la moitié des habitants [Gibbon, llist. of the Roman Empire, ch. x) ; aussi elle a terriblement décimé rèlément intellectuel romain (Niebuhr). La peste de 1831, qui emporta à Bagdad les deux tiers de la population, exerça une grande iniluence politique. Tous les liens sociaux parurent rompus, les brigands dominaient la campagne, l'armée du puissant
328 HISTOIRE DE LA. POPULÄ.TIOK.
Daud-Pascha fui emportée presqu'en lotalilé, et tout réchafuudage politique qu'il avait élevé à l'image de Mehemet-Ali tomba en ruines. Comp. Anth. Graves (Missionary journal of a résidence at Bagdad, 1832).
(3) Sous ce rapport, il existe une grande différence entre le servage et l'esclavage. Polyb. (II, bo; XXXVII, 4) parle déjà de la dépopulation de la Grèce; ensuite Cicéron (Ad. Dik., IV, 5j; Strabo (VII, 801; VIII, o9o; IX, 617, 629) ; Pausan. (VII, 18; VIII, 33 ; IX, 7 ; X, A). Plutarqiie soutient que toute VHellas pouvait à peine, de son temps, fournir 3,000 hoplites, tandis que Mégare seule en avait fourni autant au temps de Théniistocle (De defectu orac, 8). Anlium et Tarente déclinèrent pareillement sous Néron [Tacite, Ann., XIV, 27). La dépopulation qui commença sous Tibère, dans la capitale même, résulte de Tacite {knn., IV, 4, 27). Avec lapojiulation déclina aussi la beauté nationale. ^Eschines rencontrait à Athènes beaucoup de beaux jeunes gens (Adv. Timarch., 31); Cotta n'en vit que fort peu [Cicero^ De nat. Deorum, 1, 28) ; Dion Chrysostome presque plus un seul (Orat., 21). V. sur l'abaissement forcé de la taille du soldat, Theod. (Cod., VII, 13, 3) ; Veget. (De re milit., I, 5).