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CHAPITRE III

Fournir à la population la plus nombreuse les moyens d'existence les plus favorables, tel est le but suprême du progrès économique.

Une population compacte n'est pas seulement le signe du développement des forces productives, énergiquement employées (1), elle constitue par elle-même une force productive, d'une grande puissance, elle agit de la manière la plus féconde pour aiguillonner et pour faciliter l'application de toutes les autres (2). Le nouveau exerce sans doute l'altraitde la nouveauté, mais on tient aussi à ce qui est ancien, à cause de l ancienneté même, et la force d'inertie fait d'ordinaire pencher la balance de ce côté. Cette force d'inertie, intellectuelle et physique, est si générale, que la plupart des hommes ne s'écarteraient point du cercle ordinaire d'activité et de besoins, dans lequel ils ont l'habitude de tourner, si le charme tout-puissant de l'amour et de l'affection parternelle ne les entraînait point à l'élargir. Pour soumettre le monde terrestre à l'homme, il a fallu que Dieu armât de plus d'énergie la faculté de reproduction de l'espèce humaine, que la fertilité de sa patrie primitive. L'inconnu et le lointain effrayent au moins autant qu'ils attirent (o).

Il est facile de reconnaître, pareillement, combien la division et l'agglomération du travail deviennent plus faciles , à mesure que la population augmente de densité. Que l'on compare seu-

lenieiit sous ce rapport les grandes villes et le plat pays (4). — Du moment où l'on ne saurait révoquer en doute qu'une nation devient d'autant plus puissante et plus florissante qu'elle compte dans son sein plus d'hommes qui jouissent de la force, de l'aisance, d'une intelligence cultivée, et qui se sentent heureux, il est impossible de négliger cet ordre d'idées.

Le véritable excès de population, qui conduit un peuple à dépasser la limite des moyens de subsistance, de manière à réduire forcément à la longue la part moyenne de chacun, constitue une des maladies sociales les plus pénibles et les plus périlleuses (5). Une concurrence désordonnée de travailleurs n"a pas seulement pour résultai de précipiter dans la misère la majeure partie de la nation, par suite de la réduction du salaire, elle multiplie aussi les séductions les plus fatales; elle rend le riche dur, et lui inspire le mépris des hommes ; elle pousse le palivre à l'envie, à la convoitise, au délit, à la prostitution. Comme dans une étouffonte mêlée, la nature bestiale de l'homme prend le dessus sur la nature intellectuelle. Les relations les plus naturelles, les plus générales et les plus indispensables se trouvent surtout empoisonnées parla difficulté ou par l'impossibilitéde contracter mariage, et par l'amer souci qu'éveille l'avenir des enfants. — Chez une nation qui demeure stationnaire ou qui rétrograde , l'excès de la population ne peUl qu'aggraver cette causé de décadence (6).

(1) Une carte de l'Europe qui indi(|nerail la densité de la population, au moyen de teintes diverses, s'assombrirait surtout aux environs des lignes allant de la Sicile en Ecosse et de Paris en Saxe, et s'éclairciraili à peu d'exceptions prés, en s'éloi^nanl de cette croix. L'Italie est, oliacun le sait, le pays de la plus ancienne culture, et l'Angleterre celui de la culture la plus avancée de l'ccouonue moderne, (|ui se dévèloppo d'une manière brillante dans les pays baignés par le Rhin.

Il est bien remarquable de voir la lenteur avec laquelle la population a marche presipie parloulen Europe, durant le dix-huilicme siècle, cl le développement ((u'ello a pris depuis le commencement du dix-neuviéme siècle, et surtout depuis 1825, D'après Dieterici (Abh. der Berlinel-

POLltiQük DE LA POPULATION. 331

Akademie, 16 mai 1850), le nombre d'habilanls s'est accru par mille carré :

En France de 4

A Napics de 15

En Picnjonl de 6

En Loinbardie de 19

En Anf;lelerre et pays de Galles, do 16

En Ecosse de 3

En Irlande de 17

En Hollande de 13

En Belgique de 15

En Prusse de 7

En Hanovre de 6

En Wurlemberg de 17

En Boliême de 16

i2,' Nous emprunterons au mémoire de L. ^o/otosfcî sur l'administralion de Henri IV (chapitre du Dessèchement des marais), le passage suivant :

« La force et la richesse des rois consiste dans le wombue et dans (( l'opulence des Sujets » ( Préambule de l'édit de 1S99 ). En ne séparant pointdans sa |iensée le nombre et l'aisance des habitants, Henri IV proclame la véritable doctrine en matière de population. Vouloir isoler ces deux termes, c'est tomber dans l'erreur. Il ne suffit point que la population se multiplie, si c'est au prix des souffrances et de la dégradation des habitants : la misère est prolifique, sans engendrer ni force pour l'Etat, ni activité pour les individus. Se contenter, d'un autre côté, d'une part plus considérable de bien-être, acquise à chacun desmembns qui composent une population sintionnaire ou rétrograde, c'est réduire à une opération arithméti(|ue trop simple le problème de la richesse des nations ; sans doute, si le nombre des participants n'augmente pas ou diminue, en présence du développement delà production, la part de chacun peut facilement devenir plus considérable. Mais n'y aurait-il pas, dans un pareil effet de la civilisation, un détriment et un danger? Si les nations ne doivent pas abdiquer la prévoyance, ne suffitil pas, pour la réveiller et pour empêcher un développement exclusif de la population, de cultiver l'âme et d'élever l'intelligence? Chez un peuple éclairé et moral, l'accroissement de la production précédera toujours l'augmentation du nombre des citoyens.

(( Que deviendraient les contrées plus riches et plus civilisées, qui s'atlâcheraient à une doctrine trop étroite, en ne songeant qu'à mettre un temps d'arrêt à la multiplication des habitants? Elles risqueraient d'offrir une comiuête facile à des peuples plus jeunes, qui croîtraient eu chiffre et en puissance.

« L'esprit humain domine de plus en plus les éléments, et les assujettit à ses besoins ; nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur les pas-

torales des siècles passés ; nous savons que riiomme n'a de richesse qu'à condition de la conquérir. Les merveilleuses découvertes de la science l'ont armé d'instruments énergiques qui rendent plus abondants les produits du travail, et qui permettent d'atteindre un résultat de plus en plus important, avec une dépense de moins en moins considérable de forces et de capitaux. Loin d'être un obstacle, cette activités plus intense et plus féconde, doit être un levier pour l'accroissement de la population. C'est ainsi que les nations les plus civilisées demeureront en même temps les plus fortes, et qu'elles pourront défendre les lumières et l'aisance qu'elles ont su se procurer !

« Faw6ön partageait cette manière de voir quand il disait, inspiré de la même pensée que Henri IV :

« C'est par leur nombre (des sujets) que la grandeur des rois se mesure, et non par retendue des Etals. »

(3) V. déjà J. Harrington (+1667, Prérogative of a populär government, I, ch. ii; ; sir V. Steuart (Principles, I, ch. xvui) ; Malthus (Princ. of populat., IV, ch. i). M'Culloch montre fort bien combien il est rare de voir une grande activité se développer chez ceux qui peuvent sans cela vivre à leur aise. La loi de Malthus empêche que telle ne devienne jamais la situation de la majorité. C'est précisément durant les années où l'aptitude au travail est le plus développée, que l'on a, si l'on ne veut pas rester célibataire, la perspective d'une forte augmentation de dépenses; (elle-ci,à l'exception de quelques personnes extrêmement riches, menace de faire décliner la condition de chacun de ceux qui ne songent point à y pourvoir au moyen d'une augmentation correspondante du revenu. Sans ce besoin, les progrés humains se ralentiraient de plus en plus; car la dura nécessitas pose de moins en moins lourdement.

(4) Suivant Purves (Principles of population and production, 1818, p. 455), il y avait en Angleterre (Londres excepté) :

Dans les Dans nans les

7 comtés 7 comtes 5 comtés

les plus peuplés, de population les moins peuples, moyenne.

Habitants par mille carré

géograpliiquo

Un homme ayant 60 iiv. st.

(le revenu, sur

34 hab.

37 hal).

hall.

Un homme ayant 200 liv.

st. (le revenu

193 hab.

199 hab.

hab.

Total (le tous les revenus

au delà de 200 liv. st.,

par mille carré. . . .

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