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CHAPITRE III

PRIX Dr TRAVAIL ORDINAIRE.

Le salaire du travail ordinaire, comme le prix de toute marchandise, se règle par le rapport entre V offre et la f/^mfl?jf/^. Toutes circonstances égales d'ailleurs, la diminution de l'offre par suite de grandes épidémies (1), d'émigrations (2), etc., accroît d'habitude le salaire du travail, de même que raccroissement de la demande pendant la moisson (o); tandis qu'en hiver, au contraire, la diminution de la demande fait baisser le salaire (4).

(1 Taux f'Ievc du salaire en Italie après la peste de 1M48: on entendit alors beaucouj) de jilaintes sur la paresse et la licence des ouvriers [M. Villani, I, TiT; Sismnndi, Uisloire des républiques italiennes au moyen â.Lfe, VI, p. 39). En Angleterre, la même peste lit monter au quadruple le salaire payé eu froment ;Edinb. Rev., XVI, p. 168). Le grand tremblenent de terre de 178.'i daiis les Calahres produisit des effets analogues (Galanti, N. Bescbreibung von .Neapel, I, p. 430). V. déjà Isaïe (1.3, 12).

(2) La solde élevée (pi'iin doMnail aiiticlbis aux matelots et la liberté personnelle dont ils jouissaient prouvent combien il est utile à l'ouvrier, pour faire monter son salaire, de pouvoir se retirera volonté. Une adresse des marins anglais au Parlement (1387) conlieul leur plainte de ne recevoir que :< pence par jour, pendant que les ouvriers ordinaires employés au.\ cbamps gagnaient .^j schellings par on (Eden, State of tlie |>oor, I, p. .30'.

(3) Dans les environs (le Leipzig, le journalier de la campagne reçoit en moyenne 8 silbergros (1 franc environ) et 10 silbergros (1 fr. 2.3 c.)

DU SALAIRK. 41

pendant la récolte : son ordinaire est éi^alenieut meilleur au moment de la récolte. Celle-ci fait doubler le prix de la journée en Angleterre {Eden) tandis que dans la Frise orientale souvent elle le porte de 8—10 bons gros (1 fr. 25 à 1 fr. 50) à 2 rthlr (7 fr. 50) (Steltzner). C'est pour cela que les cultivateurs, qui se rendent chaque semaine au marché, ont hâte, à l'époque de la moisson , de se défaire le plus proniptement possible de leurs approvisionnements, surtout quand le temps n'est pas sûr. La solde des matelots anglais allait d'habitude à 40—50 schellings par mois ; pendant la dernière guerre maritime, les demandes de la marine militaire étaient devenues si considérables, que le salaire s'éleva jusqu'à iOO et même 120 schellings par mois (il/' Culloch, On taxation, p. 40).

(4) La journée d'hiver, aux environs de Leipzig, se paye 7 silbergros i/2 (environ 94 c), ordinairement à partir de la fête de la moisson ; en Angleterre, vers la ßn du dix-septiéme siècle, elle était payée 1 — 2 pence plus bas que la journée d'été (£den, 1, p.565j.

L'expression frais de productmi, qui mesure l'offre soutenue du travail, comprend les besoius habituels de la vie, non-seulement des ouvriers eux-mêmes, mais encore de leurs familles (1), et, par conséquent, de la génération ouvrière qui grandit. La demande du travail détermine essentiellement le nombre de celleci. Si cette demande est assez considérable, par exemple, pour exiger, afin d'être pleinement satisfaite, que chaque famille compte six enfants, il faut que le salaire de l'ouvrier suffise, outre son entretien personnel, aux frais qu'entraîne un pareil nombre d'enfants h élever. — Là où il est d'usage d'employer aussi la femme et les enfants, moyennant salaire, le père n'a pas besoin de subvenir seul à l'entretien de toute la famille; le salaire individuel peut alors être moins élevé (2). Cependant, s'il venait à descendre au-dessous du niveau indiqué tout à l'heure, une mortalité plus considérable, l'émigration, la diminution notable du chiffre des mariages et des naissances ne tarderaient pas à occasionner un abaissement de l'offre qui ferait infailliblement remonter le taux du salaire, plors que lade-

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mande demeure invariable. — Et réciproquement, il est difficile au salaire de se maintenir longtemps à un taux qui dépasse le montant des frais d'entretien, alors que la suprême jouissance réside dans la satisfaction de l'instinct naturel qui rapproche les deux sexes, et que l'amour des parents pour les enfants est le devoir le plus sacré imposé à l'homme parla nature. « Toutes les fois, ûhAd. Smith, que la demande lY hommes, augmente, ïoffre se produit aussitôt dans la même proportion (5). ))

(1) Ceci s'appliqne naturellement aux familles qui comptent uq nombre de membres égal à la moyenne. — Gasparin dislingue cinq périodes distinctes dans la vie d'un ouvrier : (a) il est nourri et élevé par ses parents ; (6) il peut s'entretenir lui-même et faire encore quelques économies ; (c) il se marie et nourrit ses enfants à grand'peine ; (d) les enfants deviennent capables de travailler et le père vit plus à l'aise ; (p) ses forces diminuent en même temps que ses gains (VUlermé, Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, 1840, II, 387).

(2) Cantillon (^'al^re du commerce, etc, iTaojpense qu'un journalier a besoin, pour élever deux enfants, delà même somme à peu presque celle qui lui est nécessaire pour son pro|)ro entretien ; le travail de la femme jiourra ordinairement lui suflire (p. 42, seq.). — On calcule en Allemagne que la femme d'un journalier ne peut gagner que du 1/3 à 1/2 de ce (|uegague le mari ; surtout parce que la grossesse, les soins à donner aux enfants, etc., l'empêchent souvent de travailler. Si donc une famille de journaliers dépense 100 Ihalers (37^) francs) par an, le père doit pour sa part en gagner 7."^); soit 7 sill)ergrosl/2 par jour {Hau, Lehrbuch, I, § llH)j. — En France, il fant que l'homme gagne au travail (lesj champs en moyenne t franc 25 centimes pav jour, la t'çmme 3/4 de franc ou 7d centimes (à 200 jours de travail par an), les trois enfants, 0,38 de franc (2.-)0joursj : total, 020 francs par an [De Miir(>gws).— En Angleterre, le taux moyen du jirix des travaux de ce genre était par an de 27 livres 17 sch., pour l'honimo; de 13 livres 19 sch., pour la femme et quatre enfants (S^/nor, Préface to the foreign communications relative to the support and maintenance oflhepoor, 1834, p. lxxxvhi). — Le salaire a notablementaugmeulédopuiscetle époque aussi bien en Angleterre qu'en France.— Les lilaturesde iMancliesleronl payé en 1S34 aux enfants de Ü-10 ans 2 sch. 9 à 10 deniers par semaine, de 10 à 12 ans 3 schel. 6-7 deniers, de 12-1 i ans Ti schel. 8-9 deniers, de 14-10 ans7 schel. .^-6 deniers (I, Report of Ihc poor-law commissioners, p. 204). Les indus-

tries qui exigent iinP l<'f.s-gi'Çi|ide force physique, couiuie le tissage îles tapis ou de la loile à voiles, ou encore celles qui sont exercées en plein air, quel que soit le temps, ne peuvent admeltre un pareil concours de tous les membres de la famille ni par conséquent subir autant l'nbaissensent du salaire {Senior, Rapport fait au Parlement au nom de la commission chargée d'examiner le travail (}es tisseur? à 1^ main, I84I).

(3) J. Moeser (Patriot. Phant., I, 40) tient un langage analogue. D'après Ad. Smith, on reconnaît aux signes suivants que le salaire du travail s'élève au-dessus du miniinum indispensable : lorsque le prix des journées est plus fort en été qu'en hiver (à cause de la dépense extraordinaire du chauffage, la dépense fie la famille est plus forte en hiver, et l'on peut rarement compter sur des économies faites en vue des charges uiullipliéesde la saison rigoureuse); quand le salaire varie moins d'année en année, et d'une localité à une autre, que le prix des denrées ; enfin lorsque le salaire est plus haut, alors que le prix des vivres est plus bas (W. of N., \, çh. vuf).

L'idée des besoins habituels de h vie est relative, dans certaines limites. Dans les pays cliaiids, une famille d'ouvriers a besoin de inoins de vêlements, d'abris, de chauffage et mêiTie denourriiure(l) que dans les pays froids. La différence devient encore plus sensible, lorsque les pays chauds possèdent des substances alimentaires à très- bas pri.x, telles que le riz, le maïs, les bananes, etc. Alors, le salaire pem évidemment, toutes circonstances égales d'ailleurs, demeurer au-dessous de ce qu'il est en d'autres contrées (2). L'extension de la culture de la pomme de terre a également contribué îi ce résultat, puisqu'un acre de terre où l'on a planté ce tubercule fournit en moyenne une quantité de nourriture presque double de celle que donnerait un acre de seigle (o). Les deux tiers de la population française ne connaissentpresquepas de nourriture animale et ne vivent guère que de châtaignes, de maïs et de pommes de terre {Ch. Dnpin); tandis qu'en Angleterre, la drèche. le houblon, le sucre, Teaude-vie, le thé, le café, le tabac, le savon et les journaux sont des articles cl\%efl\j nsed by the labouring classes (Caveif). Les

besoins de l'ouvrier, qui tiennent aux habitudes de convenance extérieure, exercent également de l'influence (4). L'usage de la blouse, par exemple, n"a rien de choquant à Paris, ni celui des sabots, au moins dans beaucoup de provinces de France; le peuple de la basse Italie a coutume de marcher nu-pieds, tandis que l'ouvrier anglais regarde comme indispensables de bons souliers de peau et de bons vêtements de drap.

(1) Liebig explique comment une partie de la nourriture est consacrée à entretenir la chaleur animale. Des recherches récentes ont établi que le froid provoque une plus grande perte dans l'économie animale ; par conséquent, les moyens de compenser ce déficit doivent être plus substantiels par le froid que parla chaleur. Celte transformation plus rapide des éléments de nutrition provoque d'ordinaire une activité plus énerfîique, alors que l'alimentation est suffisante (Molescholt, Physiologie der Nahrungsmittel, I80O, p. 47, SO, 83).

(2) Par contre, l'effet ordinaire de la chaleur du climat est de pousser à l'indolence, et le travailleur a besoin de stimulants plus énergiques pour vaincre le penchant qui le porte à la paresse. Ainsi, au Mexique, le prix de la journée est de 20 sous dans les parties tempérées, tandis qu'il va jusqu'à 32 sous dans les parties où la chaleur est plus intense (Humboldt, N. Espagne, III, p. 103).

(3) Engel (Jahrbuch für Sachsen, I, p. 419) nous apprend que dans des circonstances tout à fait analogues, et dans une situation semblable, on a récolté par acre :

Y compris l'eau. Sans eau.

Froment 1.881 livres, 1,G80 livres.

Seigle 1,549 l,iOi

Pois 1,217 1,095

Pommes de terre.. . 12,029 5,257

La substance sèche de ces récoltes a donné :

Subsiance azotée. l'écule. Matières

mlnéraU-s.

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