‹ Principes d'économie politiqueChapitre 4 sur 38 · I-e froment 282 livres, 879 livres, i9 livres · texte numérisé non relu

I-e froment 282 livres, 879 livres, i9 livres

|,e st'i^lu 2« 661 3i

Les pois 309 i31 33

Les pommes do terre. 525 3,785 178

Les prix moyens de 1838 à 18ri2 ont été, en Saxe :

de soi (île. de froment, de pommes de lerre.

Pour 1 livre rio sul)sl;)nc('. sèclie. . I t.iS 0,95

Pour 1 livre de protéine 1 1.11 1,78

Pour 1 livre d.' fccnlp I l.li 0,72

DU SALAIRH. 45

(WT). Le prix plus élevé de la protéine de Iroinenl lient à la plus belle apparence el au ijoùl plus délicat de la iarine, et celui plus élevé encore de la protéine de pommes de terre tient à la facilité avec laquelle on les apprête.

(4) En ce qui regarde la nourriture seule, les Irais d'entretien d'un valet de labour chez le comte Podewils , ramenés par Pau (I, § 191) à l'unilé de seigle, montent annuellement. i 1 ,655 /itres ; Äoppe porte cette évaluation à i,ü52 livres ; Block, à 2,300 livres; Kleemann, de 1,888 à 2,552 livres ; Moellinger^d 2,171 livres; les trois premiers comptent 78, IGO et 60 livres de viande. Rau adopte l'équivalence admise par Block (Beiträge zur Laudgüterschätzungskuude, 1840, p. 6) et d'après laquelle lOU livres de seigle = 80 de froment, 89 de pois, 110 d'orge, 6U0 de pommes de terre, 25 de boeuf, 10 de beurre. Dans le nord de l'Allemagne, beaucoup de fermiers évaluent en argent la nourriture d'un valet de labour de 30 à 48 thalers ; on l'estime à 60 llorins dans le Palatinat badois. Block (Allemagne du Nord) estime tout l'entretien, y compris le salaire, de 50 à 82 thalers (J87 fr. 50 c. à 315 fr.) par an ; et Hlubeck (Styrie) à 88 florins de convention (240 fr.). Floloio (Anleitung zum Abschaelzen der Grundslücke, p. 42, seq.) dit qu'en Sa.xe un palefrenier célibataire, bien nourri, peut coûter en tout 82 thalers 13 bons gros par an, dont 45 ihalers 5 bons gros pour frais de nourriture, qui comprennent 4 metzen de froment et 48 livres de viande.

Les frais d'enlrelien d'une famille de journaliers sont portés par Hau (I, §196), dans le Brandebourg, à 100 thalers (375 fr.) ; dans le sudouest de l'Allemagne, à 150-160 llorins (375 à 400 fr.), c'est-à-dire la valeur de 7,000 et 5,333 livres de seigle par an. Hanssen (Archiv. N. F., II, p. 162) les eslime à 90 llorins dans le royaume de Sa.\e, si la famille possède avec cela un champ de pommes de terre suffisant pour elle et pour un ou deu.x cochons. L'évaluation complète pour toutes les régences de la monarchie prussienne, à laquelle s'est livré Reden (Preussische Erwerbs- und Verkehrsstalislik, I, p. 177), montre que les besoins d'une famille varient entre 71 (Gumbinnen) et 204 thalers (Coblenz) ; la moyenne est de 1 15 ihalers.— Les dépenses nécessaires d'une famille de journaliers de la campagne en Angleterre étaient calculées, en 1762, de la manière suivante : pain et farine, 6 livres 10 schellings par an ; légumes et l'ruils, 1 livre 1 J/3 schelliug; chauffage, lumière el savon, 2 — 9 5/6 ; lait, beurre et fromage, 1 — 16 5/6; viande, \ — 6 ; loyer, 4 — 6; habillements, literie, etc., \^^ 1/2 schellings; sel, bière, denrées coloniales, 1 — [ii 5/6 ; médicaments, couches, etc., 16 1/2 schellings (J. Wadle, llistory of the middie and working classes, 1833, p. 545). En 1796, on comptait pour un homme de quarante ans avec sa femme et quatre enfants, à Wolverhampton, 50 livres sterling 7 3/4 schellings par an, ainsi répartis : 14 livres de farine de froment par se-

46 UL SALAI KK.

maille, tivec 12 livres de viaiule. *i livres do beurre, 2 livres de fromntre, i/i de boisseau de poinines de lerre ; de plus, chaque année, pour 5 livres 4 scheliingsde lait et de bière, Ö livres slerlinj^ de Ihé, de sucre, de savon, de chandelles, etc., G livres deslinces au loyer, 4 livres 1/2 à l'habillenienl, 10 livres de charges publiques {sir F. M. Eden, State of the poor, I, p. 600^ Lince (l^nirlaïui nach seinem cegenwarligen Zustande, p. 461) demande pour une coüer-famihj 37 livres sterling par an, dont 74 pour 100 absorbées par la nourriture, 13 par l'habillement et le blanchissage, 4 1/2 par le loyer, 7 par le chauffage et léclairage, 1 1/2 par les impôts, les remèdes, les frais d'école, etc. xVujourd'hui, un ouvrier delà campagne doit gagner annuellement, en moyenne, 27 livres 17 schellings 10 peuce ; sa femme et ses enfants, 13 livres 19 schellings 10 pence, total 4! livres 17 schellings 8 pencie {Porter, Progress of ihe nation, 1, 4, p. 122). — En France, le budget calculé par Villeneuve de Baryvmont ^Economie poliiique chrétienne, I, chap. ix) pour une famille de cultivateurs, composée du mari, delà femme et de trois enfants, est regardé comme élevé ; il consiste eu 303 francs de pain (2,168 livres), 91 francs de lait, de viande, de légumes, de sel ; 36 iVancs de boissons spirilueuses ; 70 francs de bois, lumière, logement, mobilier, impôts; 100 francs d'habillement cl de blanchissage; 48 francs de dépenses diverses; total, plus de 600 francs. CVi. Uxiptn pl-élend que le gain d'un cullivalcur du nord df la France et de sa femme n'atteint en moyenne que la somme de 508 francs ; de 441 fratlcs dans le midi ; moyenne réunie, 477 francs (=4,995 livres de seigle).— Une famille d'artisans, composée de six personnes, à Mulhouse, consomme par jour 4 — 8 livres de pain, 12—1.'» livres de pommes de terre, 14 de livre de beurre, 1/4 de livre de sel, 1/8 de livre de cafc, 1/4 de livre de cassonade, 1 litre de lait, et tout cela léuni fait une somme de 610 francs pour l'an née {= 7,200 livi-es de seigle) (/?au, Lehrbuch, 1, § 191). V. encore Villermé (Tableau, etc., passini). Lagratiye évalue la nourriture d'un ouvrier à 256 kilogrammes de blé et 73 kilogrammes de viande par an. D'après W. Ihldesheim (Oie .Normaldiai, 1856), un adulte aurait besoin journellemeut, en moyenne :

Albumine. Graisse. Fécule. Sel.

A l'rl.iule tort mouvenienl. »,87 lollis 8,61 loilis 20,7i lultis l,ü5iuihs

— HiOtitTC 7,1)8 s, 25 17,05 1,33

— de repos 0,88 ü,89 14, IG 1,18

(p. 30). On calcule qu'un ouvrier adulte, en Angleterre, absorbe chaque jour dans ses repas 2 onces d'azote et 11 onces de carbone : les workhoit.-.rs ne fournisseut que les 'A/i de celle quantité (Oflicial circular (tf llic poor Inw-commisbiouers , 9 mnrch 1810). Un soldat hollandais j-cçoil chaque jour eu lompN de paix , en i^aruison, 0,333 kilogramme

de farine de froiiienl, 0,12") de viande, 0,HV>0 de pommes de terre, 0,2"i0 de légnmes, f|iii rciifermenl 60 grammes d'albumine. Dans les forteresses, où le service est jiliis pönilde, il reçoil0,50 kilogramme de farine de fromfetll, 0,25 de viandfe. 0,0(5 de rh oit de gruau, ce r|ni compose prés de MO grammes d'albumine {Mulder, Die Ernaehrnng in ihrem Zusammenhange mildem Volkergeiste, traduit de il/o/^s(7iü<;, 18i7,p. ü8, sef|.). Les animaux vertébrés meurent d'inanition quand, faute de nourriture, leur corps a perdu 0,4 jus(|u'à 0,3 du poids rpril avait au début de l'expérience (Chossal, Uecherches expérimentales sur l'inanition, 1843).

De cette manière, les ouvriers possèdent entre leurs maiîis un élément essentiel de la fixation du taux des salaires. Sans doute, à un inoinenl donné, ils ne sont que dans une très-faible mesure maîtres de l'offre de leur marchandise, car les nécessités de l'existence les forcent de porter constamment sur le marché toute leur puissance de travail; mais l'offre ultérieure dépend de leur volonté, car elle est réglée par l'accroissement ou par la diminution des familles d'ouvriers. Si, par un concours de circonstances favorables, le salaire s'est élevé au-dessus de la limite du besoin strict, deux voies sont ouvertes aux classes laborieuses pour tirer parti de cette heureuse circonstance :

Elles peuvent hausser le niveau des habitudes d'existence {sittndard oflife), etil nefaut pas entendre uniquement par là, qu'elles donnent une satisfaction plus complète aux nécessités matérielles, ni qu'elles multiplient et raffinent, en quelque sorte, les besoins dépure convenance, mais surtout qu'elles songent au besoin moral de s'assurer un meilleur avenir; car cette perspective qui nous détache de la réalité présente, pour nous relier à un intérêt futur, est ce qui distingue particulièrement le citoyen du prolétaire. Cette amélioration de l'existence, au point de vue économique, ne peut se maintenir, que si les ouvriers s'appliquent à ne pas laisser après eux une famille plus nombreuse que celle qu'ils ont le moyen d'élever, sur le pied des besoins nouveaux.

48 DU SAr.AIUK.

Ou bien elles ne changeront rien à leur manière de vivre (1) et ne mettront à profit leurs nouvelles ressources que pour satisfaire de meilleure heure, et plus longtemps, l'instinct naturel qui entraine un sexe vers l'autre, c'est-à-dire pour accroître la population ouvrière.

Les Anglais suivirent la première route lorsque, vers le milieu du siècle dernier, l'essor vigoureux de Téconomie publique fit monter rapidement la demande d'ouvriers et le salaire ; il en fut de même des Ecossais, à la génération suivante. Les Irlandais, au contraire, préférèrent la seconde alternative, quand l'exleiision donnée h la culture de la pomme de terre (2) et l'union politique avec l'Angleterre, consommée au commencement du dix- neuvième siècle, contribuèrent puissamment à augmenter leurs ressources alimentaires. Tandis que la population de la Grande-Bretagne n'avait fait que doubler de 17*20 à 1821, celle de l'Irlande, qui était en 1751 de 2 millions, s'élevait à près de 7 millions d'âmes en 1821.11 n'y a donc rien d'étonnant à voirie prix moyen de la journée varier, d'un côté, de 20 à 24 pence, et n'être, de l'autre, que de 5 pence (^i'CM//oc/^) (o). — Cette diversité de tendances trouve en partie une explication naturelle dans les circonstances particulières on les deux peuples se trouvaient placés. L'Irlande, à laquelle la violence avait enlevé les hautes classes de la société et qui était presque dépourvue de classe moyenne, était sortie des conditions du moyen âge, sans s'assimiler une civilisation plus avancée. L'oppression dont le peuple irlandais eut si longtemps à gémir, au triple point de vue politique, religieux et social, ne lui permit pas de songera s'élever par des sacrifices momentanés et par des efforts énergiques à une situation laeilleure, comme citoyen ou (jcutleman : l'homme libre songe seul à l'avenir. Ainsi, la légèreté naturelle de ce peuple et le laisser-aller indifférent auquel il est enclin, sont demeurés sans contre-poids nécessaire. — Il faut, surtout aux classes inférieures de la société, beaucoup de prévoyance

et d'empire sur elles-mêmes, pour que l'élévation du salaire ne mulliplie pas le nombre des ouvriers, mais améliore leur condition et leur bien-être. Chacun est trop porté à penser qu'il importe peu à la société qu'il ait beaucoup ou peu d'enfants, genre d'égoïsme qui, de tout temps, a singulièrement nui à l'intérêt commun.

Il faut, en général, que le salaire s'élève d'une manière trèssensible, pour que les classes laborieuses, dans leur ensemble, se décident à élever le niveau de leurs habitudes (4).

(1) « Vivre au jour le jour, » Von der Hand in den Mund leben (liltéralemenl : quand la bouche consomme aussitôt ce que la main produit).

(2) Voyez sur la situation économique de Tlrlande, vers 1730, Orrery (Letters concerning the life and wrilini,fs of Swift, 1751, p. 127) ; Anderson (Origin of commerce, a, 1731}.

(3) V. surtout Malthus (Principles, ch. iv, sect. ii). Il résulte de divers passages (et surtout I, p. 113) combien peu Ad. Smith s'en doutait.

(4) Ainsi, la longue série de récolles exceptionnellement favorables, de 1713 à 17G3, a singulièrement contribué à cette heureuse transformation en Angleterre. Le prix de la journée, évalué en froment, qui n'était, de IGGO à 1719, que d'environ 2/3 de peck en moyenne, s'éleva de 1720 à 1730 à 1 peck entier (plus de 9 litres). Au quinzième siècle, une pareille succession de bonnes années permit de supporter plus fîicilemcut les désastres occasionnés par la guerre des deux Roses et donna un grand développement à la yeomanry. Sous Henri VII, l'ouvrier gagnait deux ou trois fois plus de blé qu'un siècle plus tard.

En France, la grande révolution de la fin du dix-huitième siècle a augmenté la puissance productive de toute l'économie publique, en donnant la liberté à un grand nombre de forces, jusque-là captives, et en établissant sur des bases plus égales la répartition du revenu de la société. C'est surtout grâce à la rapidité extrême avec laquelle s'accomplit la transition, que la consommation de l'ouvrier prit aussitôt des proportions plus considérables, et que la population s'accrut moins rapidement que la fortune publique. V. J.-S Mill (Principles, Il,ch. ii, 2). La classe ouvrière aurait, de nos jours, en Angleterre, une nouvelle et excellente occasion d'élever le standard of life. L'émigration en Australie, en Amérique, etc., a dépassé l'accroissement naturel de la population, à ce point qu'eu 1832, par exemple, en présence d'un excédant de 223,000 naissances sur le nombre des décès, on a compté 368,000 émi-

granls. En même temps l'exporlation s'éleva : en 1849 = 63 millions de livres slerling; en 18o0 = 71 millions ; en 185:>= 78 millions; après avoir alleinl 90 millions en 18o3, elle a dépassé 116 millions en 18oö. Mais celte (joiâen opportavity panît n'avoir été utilisée que pour les strtkesde 1803 et pour une multiplication des mariages. De 1817 à 1849, on en a compté annnellement 138,000 , et 158,000 en 1832; les uais- .sances avant 1817—1849 montaient à n60,000 par an; en 18o2 elles s'élevèrent à 624,000; en 1833 = 612,391; en 1834 = 634,405; en 1833 = 633,123.

L'abaissement du prix des denrées est toujours suivi d'un abaissement dans le taux du salaire , si le cercle des besoins (le la classe ouvrière ne s'élargit pas dans la même proportion; de même le renchérissement des vivres doit nécessairement faire monter le salaire, lorsque le taux de ce dernier suffit à peine aux besoins les plus essentiels de l'existence. La transition est douce dans le premier cas, et fréquemment accomi)agnée dans le second des crises les plus déplorables (1). Plus le renchérissement des denrées s'opère lentement, plus on doit craindre que les ouvriers, au lieu de cherchera combattre le mal par l'émigration , par la diminution du nombre des mariages, etc.. ne restreignent encore davantage la sphère de leurs besoins , n'aient recours à une aUmentation inférieure, etc.(!2j. — Du reste, ceci ne s'apphque qu'aux chan- (jemenln penuaucnts introduits dans le prix des denrées, à la suite, par exemple, du développement de l'agricidlure, de la modilicalion des impôts, etc. Des variations passagères comme celles qui résultent, par exemple, de quelques bonnes ou mauvaises récoltes, ne sauraient entraîner de pareils résidtats. C'est même une des conséquences les plus fâcheuses de la disette temporaire, qti'elle tende à f;iire baisser le taux du salaire. Beaucoup de personnes (pii pouvaient auparavant acheter une grande quantité de travail, en sont alors détournées par la cherté des vivres (3). D'un autre côté, l'offre devient plus considérable :

DU SAf-AJRE. fil

des hommes qui jusque-là ne travaillaient pas pour de l'argent se

voient forcés de le faire, et les anciens ouvriers, pressés par la nécessité, s'astreignent aux plus rudes sacrifices (4). Dans les années d'abondance et de bon marché extraordinaire, les effets contraires se produisent naturellement (5).

(1) D'après les calculs de M'CuIloch (edilion of .4c/. Smith, p. 472), la nourriture d'une famille de journaliers absorbe 40—60 pour iOO de l'eiilrelien total. Celle appréciation peut servir de i)oint de dépari pour juiier le résultat d'une hausse du prix du blé, par ex(;ni|ile. Buchanan (édition à.' Ad. Smith, 1817, p. 59) avail contesté l'intluence du prix des denrées sur le salaire en argent. V., en sens contraire, Ricardo (Principlcs, cl), xvi).

(2) V. J.-S. Mill (Principles, II, eh. ii, o, se.].); Thornton (Over- ]iopulalion and ils reniedy, 1846,', avec quelle facilité les cultivateurs anglais se sont habitués à subir les conséquences des calamités passagères. Mnlthus (Principles, II, sect viii) démontre contre Ilicardo, Principles, cb. viii) que ce nest point chose indifférente pour l'ouvrier, si son salaire s'élève alors que le prix dos denrées est stalionnaire, ou si, tandis que le prix nominal du salaire demeure le même, les denrées baissent de prix. A supposer qu'au point de vue physiologique, les pommes de terre fournissent une nourriture aussi subslanllelle que la viande on le pain de froment, un ouvrier non marié, ou un père de famille avec un nombre d'enfnnls an-dessous de la moyenne, pourrait économiser sur celles-là un capital bien moindre, parce (|ne leur valeur en échange n'est pas, à beaucoup prés, aussi considérable que celle du froment on de la viande (Edinb. Rev., XII, p. ;U1). En Irlande, pendant l'inlervaile de temps écoulé entre yf. Younr/ cl Newenham (MIS i\ 1808), le salaire a augmenté dans une jiroporlion plus forte que le prix des pommes de terre, mais tontes les autres denrées ont augmenté bien plus encore [Newenham, A view of Ireland, 1808). V. Malthus (On ihe policy of resiricting the importation of foreign corn, 181 o, p. 2-4), et pour l'opinion contraire, Torrens (On corn Irade, 1820, p. 3741.

(3) Celui ((ui entretenait deux domestiques à sou service est obligé d'en congédier un ; celui qui usait trois babils par an se borne à en user deux, et (orce ainsi le tailleur à occuper un compagnon de moins.

(4) Le travail de Icrrasseincul fut ]>ayé en Angleterre, pendant la disette, le tiers de ce qu'il vaut dans les bonnes années [Porter, Progress of the nation, III, il, p. 434).

D'après la Table of priées qu'on trouve au supplément du livre d'ft/en

52 Dl^' SALAlRi:.

(State of llie jtooO, le prix du quartcr de froment (2 hectol. 90, divisés en 8 bushels de 36 litres) était, en An|?lelerre =

Quarler de froment. Salaire de !a journée.

De 1270 à 1272.. 6 sch. 8 p, 1 1/2 p.

Eli 1293 8 » del à 1 3/4

En 1390 de 8 6 à 16 sel). 8 p. 3

Eli UOT 3 4 3

Eli 1439 de 8 » à 26 scli. 8 p. 4 1/2

Eu 141.6 ô S do 4 à 6

En l.iO.i 6 8 4

Km 157.i 20 » 8

En 1.Î90 21 » de 3 à 6

En KiOl » » 10

(5) Pelly (Several essays on polilical arithmetic, p. 1o3) ; Ad. Smith (W. of N., ch. vm); /?îcar(/o(Principles, I, ch. ixl.Les récoltes qui se succédèrent dans la liesse furent si abondantes, de 1240 ;i 1247, qu'on ne pouvait jdus Ironvpr de domestiques, et que la noblesse, aussi bien que le clergé, sévirent réduits à participer au travail de la terre, etc. [Anton, Gesch. der deutschen Landwirlhsch.ift, III, p. 209).

La demande du travail, comme celle de toute autre marchandise, repose, duii côté, sur la valeur en échange qu'il présente, et, de l'autre, sur la solvabilité des acheteurs. Ces deux éléments déterminent le maximum du salaire, comme les moyens d'entrelien, qui passent pour indispensables, en déterminent le minimum. On peut imaginer des circonstances où l'élévation du salaire absorbe totalement la rente foncière ; mais il faut toujours ([u'une partie du revenu général soit réservée au profit du capital. Si le salaire venait à absorber également ce dernier, le capitaliste cesserait d'avoir intérêt à favoriser la production ; il retirerait ses capitaux pour les employer ailleurs ou pour les consommer (i). Evidemment, aucun entrepreneur ne peut donner à ses ouvriers, à litre de salaire, plus que leur travail ne lui rapporte à lui-même (2). Le surplus de produit qui, dans chaque industrie, résulte du travail de l'ouvrier, employé en dernier lieu, forme le maximum régulier du salaire pour les autres ouvriers de la même i)rolession (5). Aussi l'habileté

DU SALAIIŒ. 63

plus développée de l'ouvrier doit-elle contribuer à l'élévation du salaire (4), tandis qu'au contraire, s'il peut être remplacé au moyen de capitaux, la valeur en usaqe du travail, qui diminue d'une manière relative, pèse sur le taux du salaire.

(1) S<orc/i (Handbuch, I, p. 205, seq.).

f2) Salaire plus élevé qu'on promet, par exemple, pour préserver d'un grave péril la vie d'un homme, ou tout autre bien 1res -précieux.

(3) Si, par exemple, pour la récolle des pommes de terre, lorsque, après les avoir arrachées, on ne fait que prendre le dessus, un homme peul dans sa journée en ramasser jilus de .SO s^cheffols prussiens (à aS Mires). Mais plus on veut faire la récolte coniplele, plus le produilsera faible par journée et par homme. El s'il failail recueillir justju'au dernier scheffel de ce que renferme une lerre de 100 ver;,fes carrées, cette opération demanderait tant de travail que l'ouvrier, loin de pouvoir satisfaire à ses autres besoins, ne Irouverail iiiènie pas de iinoi se nourrir, dans toul le produil qu'il en relirerail. Admellons que ce champ de 100 verges carrées ail donné 100 scheffelsde pommes de leiie ehjue l'on occupe à celle récolle :

On obtiendra : Le sur|)lii5, recolle par ie donner

ouvrier, sera .-

4 lionimes. 80 scheffels.

5 86,6 6,6 scheflels.

[Thunen, Der isoürle Staat in Beziehung auf Landwirthschaft und National-OEkonomie, II, iSoO, p. 17i, seq.).

(4; En 1829, on |)ayait à Manchester pour la livre de colon filé, n°200, un salaire de 4 schel. 1 pen.; en 1831, 2 schel. 5—8 1/2 pen. seulemenl. La première de ces deux années (e Uleur ne Iravaillail qu'avec 312 broches; la seconde, avec 648, en sorte queii réalité son salaire s'était élevé dans la proportion de 1,274 : 1,566 {Senior, Oullines,

Lorsqu'il s'agit d'une marchandise aussi généralement demandée qu(^. le travail de l'homme, la solvabililê des acheteurs dépend de l'importance du revenu national (ou, pour parler

o4 DU SALAIRE.

plus exactement, du revenu universel) (1). On fera bien, pour ne pas se perdre dans l'infini des intermédiaires, de n'envisager comme acheteurs du travail que ceux qui en font la demande directe, et non pas les acquéreurs de marchandises créées par le travail, bien que l'écoulement de celles-ci provoque ceux qui les élaborent à en produire d'autres, et contribue par conséquent, d'une manière indirecte, à un nouvel achat du travail ('2). En ce qui concerne les diverses espèces de travail, et en particulier du travail ordinaire , les différents modes de consommation individuelle exii^ent évidemment des quantités fort différentes de labeur, (^ela lient à la direction suivie par la consommation générale, qui à son tour est subordonnée à la répartition du revenu public (ô). Quand même tous les ouvriers ne seraient occupés qu'à produire ce dont la classe ouvrière a besoin pour son usage, le taux du salaire n'en serait pas moins presque exclusivement réglé par le rapport entre le nombre des ouvriers et le revenu public. Les propriétaires fonciers et les capitalistes devraient vivre absolument comme des ouvriers, et leur luxe consisterait tout au plus à entretenir des oisifs (5; 226). Il se proiliiii un résidtat analogue lorsque les riches sont excessivement économes et emploient leurs épargnes, aussitôt que possible, à favoriser le développement d'un travail de qualité ordinaire dans l'intérieur du pays; au contraire l'exportalion du blé, du bois et des autres objets nécessaires à la <onsommation des ouvriers, que l'on va échanger contre des diamants, des denielles, du vin de Champagne, diminue la den)aude effeclive du travail ordinaire, dans le pays même (4). — 11 n'est pas exact de dire, comme on le fait souvent, que la demande (lu travail dépend de l'importance du capital national (5). Ainsi, par cxtMuple, toute transformation du capital circulant en capital fixe, lorsque le travail ([ui s'y rattache est achevé, diminue d'ordinaire la somme d'un autre travail. Ce principe ne s'applique même pas d'une nianière absolue au capital

DU SALAIHK. 55

circulant. Le salaire s'élève lorsque le capital quitte les occupations qui. exigent peu de travail pour celles qui en demandent beaucoup (G). La partie du capital circulant, qui est destinée à la rétribution directe du travail, pour chaque branche en particulier, exerce seule ici de l'influence (7).

(1) Senior le conteste, en invoquant l'exemple snivant : Supposons que dix familles de journaliers soient employées en Irlande sur une terre de 200 acres ; la moitié doit produire tout ce qui est nécessaire aux besoins des cullivaleurs, et l'autre, les céréales destinées à être importées en Angleterre. Si le marché anglais demande de la viande et de la laine au lieu de blé, les propriétaires irlandais trouveront peut-être de l'avantage à employer une de ces dix familles à l'élève du bétail, une seconde à produire ce qu'il faut pour l'entretien des travailleurs et à renvoyer les huit autres. Si le produit net ainsi augmenté est employé à acheter du travail irlandais, tout est pour le mieux; mais si, au lieu de cela, les propriétaires introduisent chez eux des produits de fabrique anglaise, incontestablement alors la demande de travail en Irlande devra diminuer, malgré l'accroissenienl du revenu (Onllines, p. loi;. Senior perd ici de vue deux choses: la première, que dans le cas donné, en admettant que les 8/iO des travailleurs irlandais restent sans ouvrage, quoique le revenu privé des propriétaires fonciers profite d'une augmentation réelle, le revenu national de l'Irlande, en général f§ 1 46, seq.;, aura probablement diminué ; la seconde, que la demande de travail en Angleterre peut gagner en plus ce qu'elle a perdu en moins en Irlande et même au delà; ce qui, avec l'augmentation du revenu général, entraînerait aussi une augmentation de la demande générale du travail.

(2; J.-S. Mil! (Principles, I, ch. v, 9) montre comment le capital qui passe entre les mains des ouvriers, avant qu'ils aient entièrement achevé leur travail, sert seul, en réalité, à les nourrir. Pareillement Rau (Lehrbuch, I, § 195).

(3) V. Hermann (Staatswirllisch. Unters., p. 280); et précédemment, Mallhus (Principles of population, III, ch. xni).

(4) Tli. Morus (Utopia, p. 96, 19") dit que si tout le monde voulait travailler, eu ne se livrant qu'à des occupations vraiment utiles, personne n'aurait besoin de se donner trop de mal; tandis qu'actuellement les ouvriers véritables sont asujetlis, la plupart du temps, pour satisfaire la vanité des riches, à un travail écrasant, et se voient aussi mal nourris qu'ils sont exténués de fatigue.

(oj jrCu//oc/i (Principles, p. 104, seq , 2« ed.j.

(6) C'est ce qui arriva en France pendant le blocus continental, qui

ruina le commerce mariliiiie, et Ot prospérer à sa place les manufactures {Lotz, Revision, III, p. 134).

(7) Ad. Smith partage en deux catégories les funds destined for the payment of toages, savoir : ce qui, sur le revenu des maîtres, dépasse les besoins de leur propre entretien, et ce qui, sur le capital lui-même, dépasse le besoin de leur propre occupation (W. of N., I, ch. viiij. Senior regarde comme un axiome inattaquable, que l'élévation du salaire est déterminée par l'importance du fund for the maintenance of labourers, compared with the number of labourers ta be maintenaid (Three lectures on the rate of wages, 1830; Outlines, p. 133). Carey (Essay on the rate of wages, 1833) se livre à un commentaire fort étendu. Il réunit dans un tableau comparatif les causes principales qui, dans divers pays, font varier la puissance productive du travail, en partant toujours de cette supposition, que le salaire du travail est exactement en rapport avec le produit obtenu :

Sûrelé di'S personnes el des propriétés.

Liberté personnelle

Liberlé du commerce

Habitudes industrielles

Capil.il (y compris la terre)

A dé luire pour impôts

Il reste en réalité à la disposition du travailleur

Etats- Unis.

lOo

Grande- Brela?nf.

Pays- Bas.

France Chine.

Indes orientales.

TAUX DIVERS DU SALAIRE DA\S LES DIFFERENTES BRANCHES D'INDlSiaiF,.

Nous pouvons ramener à trois grandes catégories les causes qui élèvent le taux du salaire dans certaines branches d'industrie, plus (jue dans d'autres (1).

A. Une rare capacité persotmelle. L'offre d'un travail de celle qualité demeurera toujours restreinte (2). Nalurellement, il faut (ju'ily ail une valeur en usaije considérable, pour (ju'une

offre restreinte rencontre une demande étendue (3). Parfois un genre de travail ne peut être utilisé que par un petit nombre d'acheteurs, et pourtant le taux du salaire demeure fort élevé, à cause des grands moyens dont ceux-ci disposent. N'arrive-t-il pas, par exemple, que le traitement considérable de tel ministre soit le prix du talent avec lequel il sait débrouiller ou rendre attrayantes pour le souverain les affaires d'Etat les plus compliquées et les plus arides (4) ? Il faut ranger surtout dans cette catégorie la confiance que l'ouvrier s'est acquise par l'habileté et la fidélité dont il a fait preuve. Faute de celte confiance, bon nombre d'affaires seraient, en quelque sorte, écrasées sous le contrôle nécessaire, et beaucoup d'autres deviendraient impossibles (5). Lorsque, dans toute grande fabrique, les manœuvres, les ouvriers, les chefs d'ateliers, les contre-maiires et les directeurs sont payés sur un pied différent, leur salaire devrait être établi suivant le principe du paragraphe 148. Ainsi, par exemple, un fabricant qui, au moyen de la division du travail et de la coopération qu'il sait organiser, parvient à faire produire à 10 ouvriers autant de besogne qu'en feraient 100 ouvriers isolés, pourra, sans blesser l'équité, s'attribuer l'équivalent d'une certaine quantité de journées de travail. — Quand Louis Blanc propose de donner à tous un salaire égal, cela signifie, en d'autres ternies, qu'une aune de drap fabriquée par un ouvrier paresseux ou inhabile vaut autant que deux aunes de même étoffe fabriquées par un ouvrier diligent ou exercé [Baslial) (6).

Parmi les travaux d'une certaine qualité, ceux qui ont exigé des frais d'acquisition déterminés peuvent être le mieux appréciés; on peut les envisager comme une avance de capital, qui doit être restituée à l'ouvrier avec les intérêts, au moyen du salaire (7); autrement, l'exemple de la perte qu'il essuie découragerait les autres et les empêcherait d'entreprendre le même genre de travail. Nous devons mentionner ici spéciale-

mein un long apprentissage et le prix élevé qu'on en exige, que cela tienne à une difficulié naturelle ou aux obstacles suscités à la libre concurrence (8). — Cette influence se manifeste surtout pour les travaux qui exigent une éducation « libérale » (9). Evidemment, on doit comprendre, dans le calcul des frais de production, ce dont le travailleur a besoin pour son entretien personnel, depuis le moment où il a terminé ses études jusqu'à l'époque où il commence à toucher réellement tout son salaire (10). — Si un travail, pour être bien accompli, exige des frais courants spéciaux , ceux-ci doivent naturellement se retrouver dans le salaire. La plupart des travaux de tête, par exemple, surtout ceux d'un ordre plus élevé, ont besoin de calme et de silence : celui qui s'y livre ne peut occuper la même chambre que sa famille ; il faut donc qu'il gagne au moins assez pour s'installer en conséquence. C'est une considération analogue, élevée h une plus haute puissance, qui renchérit beaucoup les services des diplomates.

(i) E.xcellentes indications dans Ad. Smith (W. of N., I, ch. x, 1), el déjà avant lui, dans Galiani (Délia nionela, I, 2) ; Cantillon (Xaliire du commerce, p. 24).

(2) A ne parler que de la simple main-d'œuvre, un bon emballeur est mieux payé qu'un journalier ordinaire ; un semeur habile mieux que celui qui laboure et qui pioche ; le vigneron généralement mieux que le laboureur ordinaire; dans le Palalinal du Rhin, par exemple, ils reçoivent, l'un 36, l'aiUre 21 kreulztrs. Pres(iue tout le monde peut mettre en couleur les murSj les portes des mai.sons, etc., tandis que les artistes peintres sont en possession d'une sorte de monopole naturel.

('^) Le bateleur grec qui, à une certaine distance, faisait passer des lentilles par le irou d'une aiguille^ reçut du roi une récompense digne (le sou talent, un boisseau de lenlilles. D'un autre côté, le prix élevé qu'on ]iaye pour l'opéralion de la calaracle vient en môme temps de l'importance capitale de l'œil, dont rien ne peut tenir lieu, el de la résolution rare. (|ui permet au médecin de scalper ainsi l'œil d'un liomuie vivant.

(ij llap|ielons-iious Richelieu cl .Mazarin, ce dernier laissant une fortune de 2()0 millions (t'(;//«jrr, Siècle de Louis XIV, ch. vi). — L'industrie parisienne a peu d'ouvriers aussi bien payés que ceux qui suivent

DU SALAIRE. fi®

le'i variations multipliées de la forme. Ainsi, les femmes dites premières rfe mode gagnent souvent plus de 1,800 francs par an, tandis que les appréteusn n'ont que 15 à 20 sons par jour (Revue des Öeux-Mondcs, 1b sept. 18.^0). Il y a des femmes très-bien payôes pour faire des pelotes, des essuie-plumes, etc., innis toujours avec des formes variées; dès qu'un objet cesse d'èlre une nouveauté, le prix de la main-d'œuvre tombe au plus bas [M. Mohl, Gewerbswissenschaflliclie Reise durch Frankreich, p. 87).

(.^) Dijouliers, médecins, avocats, hommes d'État, généraux. Senior pense »lue sur les 4,000 livres sterling de revenu que se fait un médecin ou nn avocat, il n'y en a peut-être que 40 qui soient le prix réel de son travail; .'i, 000 livres sterling représentent la ren^e (?) d'un talent hors ligne ou d'un bonheur extraordinaire, et 960 livres sont l'inlérêl du capital intellectuel, qui constitue aussi Felement principal de la richesse (Oiillines, p. I.'^-i).

(6) Triste expérience faite par l'association des tailleurs de la prison de Clichy, fondée par Louis Blanc lui-même, et qui fut bientôt obligée de renoncer à l'égalité de salaire et d'en revenir à la rétribution à la pièce (Journal des Econ., mars 18o0, p. 349).

(7) Comme l'intérêt des ainélioralions apportées au sol prend le caractère de renie foncière, celui des capitaux appliqués à l'éducation des travailleurs, etc., participe au caractère du salaire. L'élévation du taux légal de l'intérêt et la durée moyenne de la vie exercent une égale in- Unencesur le taux de ces capitaux, placés en quelque sorte en rente viagère.

(8) Le prix delà journée est généralement moins élevé à la campagne qu'à la ville. Ainsi, par exemple, dans la Hesse électorale (en supposant un travail continu), les hommes, à la campagne, gagnent par an 09 Iha- 1ers 2."^ silbergros; les femmes, .15 thalersO silbergros; tandis qu'à la ville les premiers reçoivent jusqu'à 88 thalers 2.'3 silbergros et les secondes 61 ihalers 28 silbergros (Hildebrand, Statistische Mittheilungen, p. 101, 137). Ainsi encore, d'après Colquhoun (Trealise on indigence, 1808), les cultivateurs anglais recevaient en moyenne 31 livres sterling par an de «âge ou salaire, et les ouvriers des fabriques rî5 livres. Cela provient, non-seulement de ce que la plupart des travaux des champs sont d'un apprentissage facile, mais encore de ce que la vie est plus coûteuse à la ville qu'à la campagne, et en particulier pour l'Angleterre, de ce que l'industrie prenait alors des développements beaucoup plus rapides (|ue l'agricullure.

(9) Senior porte à 40 livres sterling les frais d'éducation d'un ouvrier ordinaire en Angleterre, et à 2,040 ceux d'un gentleman (Oullines,

(10) Si les ministres de l'Evangile reçoivent en moyenne des honoraires

de beaucoup inférieurs ä ceux des médecins et des gens de loi, cela vient en partie de ce que les candidats en théologie sont pourvus de meilleure heure, et aussi de la médiocrité des frais qu'entrainent les études théologiques. Vers la liii du dix-huiliéme siècle, l'université de Tübingue, par exemple, comptait 330 étudiants, entretenus et défrayés gratuitement en vertu d'une fondation ; ils avaient déjà reçu précédemment, sans dépense aucune, l'instruction dans les écoles établies auprès des monastères, etc. {Nicolai. Reisebeschreibung, XI, p. 73). Ad. Sinilh expli(|ue surtout par les nombreux stipendia (bourses) des lem[is modernes, la différence extraordinaire entre les honoraires élevés des sophistes d'Athènes et les traitements mesquins des modernes abbés, etc. En Saxe, l'Etat et les fondations consacrent en moyenne prés de 140 tha- 1ers (o25 francs par an) pour les frais d'éducation d'un étudiant ,i Tuniversité de Leipzig {Engel).

B. Le risque économique auqtiel le travail est exposé. Lorsqu'une branche de travail, nécessaire à l'économie publique, présente néanmoins pour ceux qui s'y consacrent beaucoup de chances d'insuccès, on ne saurait compter sur une otfre, toujours suffisante, que si une prime équivalente vient à compenser le danger (1). Ad. Smith a déjà comparé le choix d'un étal à une loterie où les gagnants ne peuvent profiter que des perles faites par les perdants ; plus les lots sont considérables, plus aussi les billets blancs sont nombreux (2). Du reste, l'augmentation du salaire, pour les industries exposées au péril, n'atteint pas d'ordinaire la valeur d'une prime d'assurance complète. Ceci tient à la suffisance des hommes, qui comptent (»ulrc mesure non-seulement sur leur capacité, mais aussi sur lern' bonheur (3), particulièrement au jeune âge, alors précisément qu'il s'agit de faire choix d'un étal. Par conséquent, le salaire doit être faible, alors (|ue l'insuccès complet du travail ne met en péril ni la vie, ni la position de celui qui laccoujplit. C'est en partie la raison pour laquelle les industries exercées par des lenums sont peu rétribuées (4) ; il en est de

même des travaux auxquels beaucoup de personnes se livrent afin d'occuper les heures de loisir (5).

La prévision à'interruptiotis fréquentes doit exercer sur le salaire une influence analogue à celle du risque économique du travail (6). il faut qu'un maçon, par exemple, ou un couvreur gagnent assez, pendant les jours du travail, pour pouvoir subsister au moment du chômage, quand* la dureté de la saison les force de l'interrompre (7). Le taux élevé du salaire n'est par conséquent ici, jusqu'à un certain point, qu'une apparence. — En général, le salaire payé à la semaine tend plus à l'uniformité que le salaire payé à la journée ; à bien plus forte raison le salaire payé à l'année, car alors l'hiver et l'été se compensent réciproquement. Quand l'ouvrier, pour remplir sa tâche, est obligé de se tenir constamment prêt à la besogne, on doit naturellement lui tenir compte, non-seulement des heures de travail, mais encore des heures d'attente (8). — Deux demi-journées coûtent presque toujours plus cher quune journée entière. — Le nombre des jowrs de fête est également ici d'une grande importance. Dans les pays protestants, l'ouvrier travaille environ 300 jours de l'aimée, pendant lesquels il gagne son entretien et sa nourrilure pour les 60 jours de fêle consacrés au repos, tandis que l'Eglise catholique , avant Clément XIV, comptait jusqu'à 150 fêtes, dont 90 devaient être absolument chômées (9). Une telle quantité de jours de fête a pour conséquence de faire monter le prix du travail, ou de ramener à un niveau encore plus bas le standard of life de l'ouvrier (10). Il en est à peu près de même du repos du soir (11).

(1) Plus les frais d'appreulissage sont grands, plus les ouvriers éprouveul de diflicullcs à changer d'occupation, mais il est également certain (jue sans riutervenlion d'une prime, il ne saurait se produire de ce côlé de nouvelle application de forces.

(2) Ainsi, par exemple, à la campagne, où presque chaque médecin trouve de quoi vivre, le plus habile ne saurait se créer une position brillante ; mais dans les grandes villes il existe un contraste saillant entre

des médecins de premier ordre el d'obscurs praticiens. Les grands généraux arrivent ordinairement à posséder un revenu el une inlluence plus considérable que les amiraux célèbres ; du moment où la loterie de t'armée offre de plus nombreuses chances et des lots plus considérables que celle delà marine, elle doit aus>i avoir plus de billets blancs : le simple soldat est presque partout moins bien payé que le simple matelot (Ad. Smith). Peut-être cela lienl-il aussi en partie à l'existence, eu quelque sorte captive, du marin au service, et à l'absence d'un brillant uniforme.

(.'i) Sans cela, qui voudrait mettre à la loterie, où la niasse des joueurs serait assurée de perdre au profit de l'entrepreneur? Voilà qui explique ce fait bien connu des financiers, que sans rien ajouter au budget on arrive à inspirer plus d'empressement pour le service militaire, par exemple, en donnant aux grades élevés des traitements magnifiques (pourvu qu'ils soient accessibles à tous), lors même que les grades inférieurs restent mesquinement rétribués, que si l'on établissait une éclielle proportionnelle, sur des bases plus égales. La même chose ressort de la comparaison entre les prêtres catholiques el les ministres protestants; pour les premiers, économiquement parlant, il se rencontre de bons billets offrant des lots considérables, mais à côté de cela un plus grand nombre de numéros perdants, taudis que les autres sont eu général plus également partages.

(4) Puisqu'un si grand nombre de couturières, etc., sont, au pis-aller, nourries par leurs parents, leurs maris, leurs frères, la position de celles qui n'ont (|ue leur aiguille pour vivre doit être trés-pénible. Le fameux Song of the Shirt de Hood a pour refrain : Oh ! God, thaï bread should be so dtar! And ßesh and blood so cheap. — A Londres, il existe une distrvsscd-needlewomen Society.

Elles souffrent Irés-cerlainemenl du trop-plein de leur profession, el ce (|u'ellos désirent avant tout, c'est qu'on empêche la concurrence des jiersonncs qui ne vivent pas uniquement du travail de leurs mains, qu'on interdise, par consci|uent, tout travail de couture en dehors de 1 atelier, etc. (Edinb. l\ev., 1851, p. 2i). — Une ouvrière, à Paris, gagne annuellement eu moyenne .175 francs, et la somme de ses besoins s'élève à prés de .'jOO francs (Journal des F.conom , X, p. 250). Ceci ne s'appli- (|ue pas aux servantes doul le gage est beaucoup plus élevé, précisément dans les pays où la civilisation a f.iit de grands progrés, el dans le voisinage de grandes villes (Holstein, Brandebourg); il l'est plus encore en Angleterre (|u'en Amérique, ce qui fail que les deux tiers des jeunes filles anglaises, de quinze à vingt-cinq ans, se niellent au service (A'iMüHtny, Polil. and domeslic condition of ür. Krilain, p. 413; Careij, Ilale of wages, p. Dâ). Indicalion remarquable de la mission de

nu SALAIRE. 63

la femme, qui ne réussit presque jamais hors de la famille ! V. § 2r)0.

(T)) Ainsi, on tricote des bas dans les lundes sahlonnensci» du nord de l'Allemaç^ne, dans les liiglilands d'Ecosse, aux îles Faeroë; autrefois même on le faisait jusque dans les anticliambres de la noblesse russe (Scldoezer, Anfani-sgründc der Staalswirlhsch., I, p. 12G). Le filage du clianvrejel le lissage du lin dans la Westplialie et l'Irlande, la fabrication des étoffes de colon dans les Indes orientales, etc., comme elle avait lieu au temps jadis. L'industrie des fabriques doit être Irès-développée et les machines portées à un haut degré de perfection, pour pouvoir lutter de prix avec CCS industries accessoires. — Bon marché d'un certain nombre de produits dont la confection occupe les couvents d'hommes et de femmes.

((j) Au nombre de ces interruptions, on peut aussi comprendre, par analogie, la perspective qui menace l'ouvrier d'une incapacité de travail |irécoce, qui lui ôlera toute ressource pour gagner sa vie. C'est là une des raisons en vertu desquelles les chanteurs sont ordinairement mieux payés que les comédiens.

(7) Les compagnons maçons gagnent à Leipzig de Jo à 18 silbergros par jour, les couvreurs plus de 1 thaler, tandis que les tailleurs et les cordonniers ne dépassent guère 12 silbergros et les ouvriers ordinaires \0 silbergros. Les maçons passent à Paris pour être les meilleurs clients de la Caisse d'épargne, cl sont, pour la même raison, plus exposés que les antres à être victimes des voleurs {Frégiei\ Des classes dangereuses, II, 3, 1). Les batteurs en grange reçoivent un salaire très-élevé dans la Prusse orientale, parce que l'ouvrier de celte province a si peu de moyens de s'occuper pendant l'hiver, qu'il est obligé de gagner toute sa subsistance par le battage. — Lorsque l'interruption jieut être calculée d avance avec exactitude el i|ne l'ouvrier se trouve à même d'entreprendre une autre besogne dans l'intervalle, elle cesse d'iulUiencer autant le taux du salaire [Storch, Handbuch, I. p. 192).

(8) Les commissionnaires, (iacres, maîtres de poste, bateliers, gardesmalades, guides, valets de place dans les villes d'eaux el les contrées fréquentées par les touristes. On donne au moins 1 schelling par heure à un portefaix de Londres : si on le prend pour un temps plus court, c'est moins, naturellement. Les marchands ambulants de ligures de plâtre ont des prix bien plus bas pour ceux qui vont les trouver chez eux ; celui qui les appelle quand ils passent dans la rue est obligé, outre cette course, de leur en payer bon nombre d'autres, demeurées sans résultat.

(9) Le minimum des besoins quotidiens de l'ouvrier étant exprimé

m par »n, le salaire devra donner au moins dans le premier cas m -\- --,

ni dans le second cas, ait contraire, m-\-—.

(10) Dans les Indes orientales , pays de castes, prés de la moitié de Tannée se passe en fêtes, pendant que la Chine rationaliste n'a presque pas de jour de repos hebdomadaire et trés-peu de l'êtes générales {Klemm, Culîurseschichte, VI, p. 42^1 ; Wray, The practic.tl siigar planter , 1849). La sanctification judaïco-chrétienne du septième jour tient un juste milieu entre ces deux extrêmes, car le repos el le recueillement conservent leurs droits, sans que l'activité de l'homme ait trop à en souflrir. Ora et labora ! V. Sùinondi (N. P., IV, ch. vi). Les décadis de la république française de 1792, à ne considérer que le côté purement matériel, ne répondaient pas au but : « Ils ont affaire à deux ennemis qui ne céderont pas, la barbe et la chemise blanche » {B. Constant).

(il) Dans une province de la basse Bavière^ où l'on comptait 204 jours de fête par an (entre autres, 40 kermesses avec leur lendemain, 12 tirs à la carabine, etc.), on cesse de travailler dés quatre heures de l'après-midi {Hau, Lehrbuch, I, § 193). Kon-seiilement l'extrême opposé est peu liuinain, mais il ne sert même pas an développement de l'économie publique. Les cultivateurs du Xorfolksliire ne Iravailleul pas plus de 10 heures par jour, excepté au lenips des semailles el de la récolte : aussi un laboureur de ce pays abal-il plus de besogne en S jours qu'un autre en 8 {Marshall, Rural economy of N. I., p. 138). Les manufacturiers français ont remarqué qu'après une réduction de la durée du travail d'une demi-heure par jour, les produits de leurs fabricjues, loin de diminuer, s'étaient, au contraire, accrus d'un vingt-quatrième [Michel Chevalier, Cours, I, p. 151). La durée moyenne du travail esta Manchester de 11 heures, de 10 à Birmingham; elle dépasse rarement 8 à 9 heures à Londres pour les ouvriers des boutiques {Senior, Üullines, p. 149). A Paris, le travail est de 10 à 11 heures, en dehors des repas {Macgregor , Commercial Slalislics, I, p. 339). J. JJ/ôscr (Pair. Phanl., III, 40) voudrait que le repos du soir fût également prescrit.

C. Enfin certains désagréments personnels du travail, qui doivent être plus que compensés par un salaire plus élevé. La profession malpropre du charbonnier el du ramoneur, le travail repoussant, sous tant de rapports, du boucher, doivent être bien payés, tandis que d'autres occupalions, agréables de leur nature, auxquelles beaucoup de personnes s'appliquent

DU SALAI RK. 6')

uniquement dans un l)ut de distraction, rapportent relativement fort peu à ceux qui en font une industrie (1).

Il faut encore ranger dans cette catégorie les cas où le travail demande des efforts extraordinaires (2), ou bien expose la santé et la vie à un grave péril (o). Mais si le danger que fait courir une carrière est éclipsé en quelque sorte par l'éclat qui l'environne et la gloire qui en revient, ou mieux encore, s'il disparaît sous l'influence de motifs plus nobles et d'un ordre plus élevé, alors il cesse de peser sur le salaire (4). Par contre, le peu d'estime qu'on fait d'un travail doit en élever le prix (5), tandis que les savants, les poètes, etc., abstraction faite du charme inhérent à cette sorte d'occupation, ne sont la plupart du temps payés qu'en gloire ou en honneur, et souvent même seulement parla postérité (G). Pourtant, le vrai talent est chose si rare, la préparation est si laborieuse, et le risque économique de la vocation si grand (7)!

(1) Ainsi la chasse, in pêche (V. déjà Theocrit., Iilyll., 21), le jnrdin.ige, les travaux manuels plus délicats, qui conviennent parliculiérenionl aux femmes, la lilléralurc, etc.

(2) C'est ce molilqui détermine, en partie, l'élévation du salaire des iTioissonneiirs et des batteurs en grange. V. § 160. Dans les pays à terre forte, le prix du travail s'élève souvent de 20 pour \00 au-dessus de celui des pays sablonneux, à terre légère, toutes circonstances égales d'ailleurs. Le mineur, au Mexique, gagne presque deux fois autant que l'ouvrier des champs {Senior, On the value of money, p. 56).

(ô) Presque tous les métiers prédisposent à des maladies spéciales. V. Half ort (Entstehung, Verlauf und Behandlung der Kranklieiten der Künstler und Gewerhtreibeiiden, 184')) ; Lévy (Traité d'hygiène publique et privée, iSriO, II, p. 7oo). On a remarqué que les polisseurs d'acier de Sheflield, par une insouciance étrange, ont vu de mauvais oeil certaines inventions nouvelles, destinées à préserver les ouvriers du danger d'aspirer les atomes presque imperceptibles de pierre et de fer. Ils craignent de voir, par suite de l'introduction de ces procédés, leurs salaires actuels diminuer, et ils préfèrent une vie courte, niais agréable etjnyeuse, à wnc. carrière plus longue, mais plus simple et plus monotone. — Dans les pays où tous les métiers présentent du danger, le péril ne saurait naturellement accroître le salaire d'une seule industrie;

ainsi, par cxem|ile, les bùclierons dans plusieurs parties des forêts de la Thuringe, ne reçoivent qu'un faible salaire (Lotz , Revision , III, p loi).

(-4/ Les 7nissionnatres ! Au reste, la médiocrité actuelle de la solde du soldat a Surtout pour cause l'auginentatioh de l'offre, en vertu du Systeme de recrutement forcé, par h conscription. Lh où le service militaire est entièrement volontaire, la différence entre la paye de l'offlcier fl celle du soldat est ordinairement moins considérable. Gustave Wasa payait aux Allemands i|u'il entretenait à sa solde : par mois, 6 marcs nu capitaine, 3 au lieutenant, i au simple soldat {Geijer., Schwed. Gesch., Il, p. l2oi seq.). Il en était de même cliez les Grecs anciens, relativement aux mercenaires [Boeckh, Staatshaushalt der Athener, I, p. \Go).

(o) Le métier d'écorcheur, parexehiple, est proportionnellement bien payé, ce li quoi contribue^ il est vrai, l'exercice, quoique rare, des fonctions d'exécuteur des hautes œuvres. Les prix élevés des traitements affectés aux comédiens, aux danseurs, aux chanteurs, et plus encore au personnel féminin des ihcàtres, suit le degré de discrédit général dans lequel ces professions élrtienl autrefois tombées et le peu d'estime qu'on en faisait : l'Eglise catholique les avait excommuniées et le protestantisme lui-même ne s'est pas montré moins rigoureux à leur égard jusque vers le milieu du dix-huitième siècle {Schleiermacher, Christi. Sitte, p. t)81j. V. J.-J. liousseau lui-même (Lettre sur les spectacles à iM. d'Alembert, sur son ai licle •" Genève).

(6) Le« partage de la terre » de Schiller. — Blanqui, en parlant des savants et des lettrés, s'exprime de la sorte : « Ils se contentent le plus souvent d'une couronne civique, et se croient suflisamment payés lorsqu'on rend juslire à leur génie. La générosité de leur àme les porle a répandre autour d'eux, même ù leurs dépens, aussi rapidement que possible, ce qu'ils possèdent de connaissances. Par là, ils ressemblent à la lumière que personne ne paye et doiit la plupart des hommes pro- Gtenl, sans même songer à en remercier le Créateur. » D'après J.-Ii. Say (Traité, II, ch. vu, § 2), les savants sont peu rétribués, parce qu'ils mettent en quelques instants en circulation une immense quantité de leur marchandise, et encore d'une marchandise qui s'use peu, de manière qu'on n'est pas obligé d'avoir sans cesse recours à eux, pour obtenir de nouvelles provisions.

(7) Le salaire élevé des mécaniciens et des chauffeurs des chemins de fer s'explique, d'un côté par la fatigue physique et morale qu'entraîne leur service, de l'autre par l'importance des intérêts qui leur sont conliés (sur le chemin de fer de Leipzig à Dresde, les mécaniciens, pour. la plupart anciens compagnons serruriers, peuvent gagner annuellement

DUSAr,\IRR. G7

jusqu'à 900 Uialprs (3,3;i(> fr.). Il en est de même des pilotes. Le taux élevé du salaire sur les navires destinés à la Imite provient d'abord de l'insalubrité connue des côtes d'AIViqnc (le quart des équipages environ y péril cbaijue année (Edinb. Rev., IV, p. 480;; puis, de l'odieux de ce genre de commerce, et enfin, danfe ces derniers temps, de la sévérité des mesures prises pour réprimer cet infâme trafic. — L'infériorité du salaire des ouvriers des mines, en Europe^ tient en grande partie hux institutions destinées à garantir leur sort dans la vieillesse. Le tisserand est peu payé, à cause de la facilité de l'apprenlissaire, de la possibilité d'exercer ce métier à domicile, etc.. qui rendent proportionnellement Irés-considérable le nombre des individus qui s'y consacrent (Baines, Ilistory of tlie cotton manufacture, p. 485, seq.;. — D'après l'Annual i-eport of the poor-law-commlssioners (p. 202), raidc-maçon gagnait par semaine à Manchester, en 1832, 12 scliellings ; le tisserand à la main, 7-lösch.j le pionnier, 10-15 scli.; le portefaix^ 14-1.^ sch.; le cordonnier, lu 16 sch.; le tisserand à la mécanique, 13-16 o/6 sch,; le tailleur, 18 sch ; le teinturier, 15 20 sch.; le paveur, 19-21 sch.; le maçon, 18-22 sch.; le ferblantier, 22-24 sch ; le charpentier, 24 sch.; le flleur, 20-25 sch.; le mécanicien, 26-30 sch.; le fondeur, 28-30 sch.

En Belgi(|ue, la moyenne du salaire journalier pour les hommes atteint les chiffres suivants : cultivateurs, 1,18 fr, ; artisans ou industriels, 1,48 fr.; et, en particulier, fabrique de lin, 0,80 fr,; de coton, 1,55 fr.; de laine, 1,62 fr.; de soie, 1,25 fr.; do bas, 1,14 fr.; verrerie, 2,58 fr.; exploitation de la houille, X^XA fr. (Statistique générale de la Belgique), Du temps d'Aristophane, un portefaix gagnait à Aihénes 4 oboles par jour ; un balayeur de rues, 3 ; un scieur de pierres dans les chantiers publics, 6; un chîlrpenlier, î5; pour couvrir les maisons, construire et enlever les échafaudages, chaque homme, tî ; l'architecte qui pri'.>ida à la construction du temple de Polius, 6 seulement ; l'écriviiin, 5 [Uoeckh, I, p, 1(î5), L'Edictum Diocleliani, de l'an 301 ajtrés J. C, Ûic ainsi le salaire journalier foutre la nourritlihe) : berger, chamelier ou muletier, 20 denier.^; valet de charrue, porleurd'eau, ciireur d'égouts, 25 ; boulanger, maçon, couvreur, chaufournier, charron, potier, batelier, .50 ; marin, ouvrier en parquets de marbre ou en mosaïi|ue, 60; peintre en bâtiments, 70; modeleur de statues, 75; artiste peintre, 1.50 (éd. Moinmsen,cap. vti). Dans les jiays à esclaves, le prix des individus de même âge se mesure es.sentiellemenl sur les régies que nous avons indiquées : pour ce qui est des Grecs, V. Bocckh (I, p. 95) ; S.John (The lîellenes, III, p. 23j. La taxe fixée par Justinien pour le prix des esdlaves mérite d'être mentionnée (Cod., VI, 43,3; VII, 1,*?, 5). C'est ainsi que, dans la Lex Burgundiouum (tit, X), la composition (TlV/iryeW) pour le meurtre d'un ouvrier ordinaire est évaluée 30 solidi; s'il s'agit d'un charpentier, 40; d'un forgeron, SO ; d'un orfèvre en ar-

gent, 100; en or, 130. Les progrés delà civilisalion élèvenl graduellemeutleprix des esclaves de qualité, comme létaux des salaires.

Du reste, lorsqu'il s'agit du choix d'une profession à laquelle rhomme se consacre tout entier, h coutume exerce une grande influence. Le classement des diverses branches de travail, et de la rémunération qui doit leur appartenir, est fait par l'opinion publique , et celle-ci ne se modifie que fort'lentement; elle agit sur le rapport entre l'offre et la demande, comme ce rapport réagit sur elle. L'équilibre entre l'agrément que procure le travail, et le taux du salaire, ne s'établit que pour les occupations placées au même niveau social; il arrive souvent que les travaux les plus rebutants et les plus pénibles deviennent le partage de ceux qui sont forcés d'accepter n'importe quel salaire et de s'en contenter (1). — Il est encore des professions renfermées en quelque sorte dans le cercle de certaines classes, et le salaire y demeure plus élevé par suite de la prudente réserve des mariages. Les classes inférieures ne sauraient subvenir aux dépenses nécessaires pour se préparer à l'exercice de ces professions, lors même qu'elles seraient assurées de rentrer dans leurs déboursés avec intérét(2). — La modicité reconnue du salaire payé aux femmes s'explique surtout par le petit nombre de travaux que la couliime leur attribue, d'où résulte un encombrement inévitable. — La répartition du salaire obtenu par chaque industrie, prise dans son ensemble, entre les divers ouvriers de tout rang qui y concourent, dépend beaucoup de la position sociale qu'ils occupent (3). Les institutions politiques et les changements qu'elles subissent peuvent exercer ici une grande influence. Ainsi, par exemple, l'élévation artificielle du salaire que recevait le 7»oj/;-d dans l'ancienne organisation Aqs corps de métiers, lui était acquise autant et même plus aux dépens des

compagnons et des apprentis, qu'aux dépens du public (4, 5).

(i) Là, du moins, où l'offre du travail dépasse généralement la demande. V. J.-S. Mill (Principles, II, ch. xiv, 3* éd.). Les professions dangereuses, qui manient le plomb, le mercure, l'arsenic, etc., devraient et pourraient être payées beaucoup mieux qu'elles ne le sont en effet. Dans le Palalinat bavarois, les tailleurs de pierre atteignent rarement leur quarante-cinquième année, et pourtant la surabondance de la population est telle que leur salaire ne dépasse guère celui de l'ouvrier ordinaire (Rau-Hanssen, Archiv. N. F., X, p. 228). Il est vrai de dire que cette médiocrité du salaire vient essentiellement de l'insouciance avec laquelle les ouvriers traitent ce qui concerne leur santé.

(2) Plus le salaire d'un métier a été réduit, et moins les parents sont en étal de destiner les enfants à une autre carrière.

(3) Paris comptait en 1802 : 24,463 ouvriers qui gagnaient moins de 3 francs par jour ; lo7,216 de 3-5 francs ; 10,393 de 5 à 20 et même 35 francs. C'est une chose fort remarquable combien la moyenne du salaire se trouve uniforme dans les divers métiers : vêtements, 3 fr. 33; lils et tissus, 3,42 ; boissellerie, vannerie, 3,44 ; garçons boulangers, bouchers, Sj-'iO ; arts chimiques et céramiques, 3,71 ; bâtiments, 3,81; carrosserie, 3,86; peaux et cuirs, 3,87; ameublement, 3,90; articles de Paris, 3,fli; métaux communs, 3,98; métaux précieux, 4,17; imprimerie, 4,18 (Journal des Econ., janv. 1853, p. 111). Dans ces derniers temps, les salaires ont beaucoup augmenté, par conséquent les moyennes cidessus relatées se trouvent trop faibles.

(4) Krause iNational und Staatsoekonomie, I, p. 378).

(5j Voici les traitements des employés du ministère des finances, en France et dans l'Amériqueseptenlrionale : huissiers, 1,500 et 3,734 fr.; les commis le plus mal rétribués, de 1,000 à 1,800 et 5,420 francs; les premiers commis, 3,200 à 3,600 et 8,672 francs; le secrétaire général, 20,000 et 10,840 francs ; le ministre, 80,000 et 33,520 francs {Tocqueville, Démocratie aux Etats-Unis, II, p. 74). Le ministère des finances à Washington comptait 158 employés, dont 6 recevaient moins de 1,000 dollars, mais aussi 2 seulement au-dessus de 2,000 {Michel Chevalier^ Lettres sur TÄmerique du Nord, II, p. 151, 456). V. Busch, Geldumlauf, IV, .34).

HISTOIRE DU SALAIRE OKDIXAIRi: DU TRAVAIL.

Dans un état de civilisation arriérée, quand la rente foncière existe à peine et que le capital est excessivement rare, il faut

70 DU SA.LAIRI'.

que le saUire 4u travail, malgré la modicité de la somme qu'il comporte, absorbe, relativement du moins, la plus grande part dureveiiu publie (i). Plus tard, quand la civilisation progresse, la condition du travailleur se modifie, suivant que la diminution naturelle de l'importance relative du salaire se trouve dépassée, ou seulement compensée, par l'augmentation du revenu public en général, comparé au nombre des ouvriers, ou bien enfin si ce rapport décline.

(I) Ad. Smith (W. of N.S., ch.vui). Il eu est ainsi chez les peuples chasseurs. Le salaire des ouvriers libres était, au conimeiiceuient de ce siècle, si élevé en Russie, ({ne les moissonneurs dans le voisinaj^e de iy^oscou recevaient presque la nioitiédu blé qu'ils avaient coupé [Schloezer, Anfangsgründe, I, p. 6."i). Le rapport naturel des trois branches de revenu se trouve troublé par l'intervention de l'esclavage (§ 76, 155). Sur l'exiguïté pitoyable du salaire des domestiques au moyen âge , V. Grimm (PeuUche Rechtsalterth., p, 3ä7j.

Lorsqu'au sein d'une économie publique florissante {\), les capitaux prennent un accroissement plus rapide que la population, l'offre suit une progression parallèle : les capitaux cherchent de l'emploi, encore plus que le travail. Il en résulte nati^rellementune baisse dans le taux de l'intérêt, en même temps qu'une hausse dans lesalaire, bien que celui-ci puisse être forcé de partager avec la rente foncière, qui s'élève simultanément, une partie de ce qu'il gagne. Si, en même temps, les facultés productives de la nation se sont sérieusement développées, surtout dans l'agriculture, si le travail et l'emploi des capitaux rendent davantage, la situation des travailleurs s'améliore à un double point de vue. celle des capitalistes n'empire pas, tout au moins, et l'on peut éviter une augmentation de la rente payée au propriétaire ('i). — Cette marche ascendante brille de tout son

DU SÂ^ÂIUE. 71

éclat au sein des colonies, dont les métropoles occupent un rqng élevé de richesse et de civilisation, alors que les ressources du capital et du travail, et les habitudes sociales, etc., d'une civilisation déjà ancienne et mûre , viennent s'adjoindre, dans une action économique commune, aux forces naturelles, vierges encore, d'un monde nouveau. Dans ces conditions, la fortune publique augmente de la manière la plus rapide, et le prix du travail monte pareillement au taux le plus élevé (5). — Le taux élevé de l'intérêt, qui permet d'épargner promptemeqt un capital, et le bas prix du sol, fournissent aux travailleurs de grandes facilitéspour prendre rang au milieu des propriétaires et des capitalistes. Dans l'Amérique du Nord, en Australie, etc., on assiste à un développement normal des faits économiques, en voyant des jeunes gens commencer comme ouvriers salariés, puis travailler à leur compte et finir par employer d'autres ouvriers, alors qu'ils sont devenus maîtres eux-mêmes.

(1) V. Hermann (Staatsw. Unters., p. 241, seq.); /.-S. Mill{ Priticiples, IV, ch. m).

(2) En Angleterre, les journaliers mettaient en moyenne pour gagner un quarter de froment, sous Elisiibeth, prés de 48 jours, tandis qu'au dix-septiéme siècle il leur suffisait de 4.'^ jours; de .12 entre 1700 et iHi(\ ; dejiuisiSiri, de 19 et au plus de 28 3/i jours {Hildebrand, Nal. OEk. der Gegenwart und Zukunft, I, p. 187, seq.). En 1688, le salaire des ouvriers et des domestiques anglais s'éleva d'un tiers au-dessus de ce qu'il était vingt années auparavant [Sir J. Child, Discourse on trade, p. i3, trad. franc.). S'il faut eu croire Macaulay (Hist. of England, ch. m), le salaire de l'ouvrier en argent, sous Charles II, n'était que la moitié de ce qu'il est aujourd'hui, et les denrées beaucoup plus chères, dans la proportion. La bière et la viande, à cette époque, étaient meilleur marché, lo pain aussi cher, les articles de fabrique et les denrées coloniales atlcignaiont un prix beaucoup plus élevé. Ad. Smith (I, ch. viu) prouve que le salaire en argent était plus fort, et le prix du blé bien moindre au dix-huiliénie siècle qu'au dix-septiéme. De 1727 à 1797, le salaire du travail a presque doublé dans la plus grande partie de l'Angleterre, excepté dans le voisinage immédiat des grandes villes Eden, I, p. .385). Eu Ecosse, vers 18)7, le salaire des valets de ferme mariés, réduit en blé, s'élevait à prés de 30 pour 100 au-dessus du taux de 1792

(Sinclair, Grundgesetze des Ackerbaues, p. lOo). A Kirkendbright, oa Ton ne connaît ni fabriques, ni taxe des pauvres :

Salaire d'élé. Salaire d'hiver . Prix du froment. En 1793 12 pence. 9 pence. 55 schelling.

(Edinb. R., XL, p. 28; Y. Ibid., XXXVII, p. 426). — Boisguillebert, (Traité des grains, I, 2) évalue le salaire français pour les cultivateurs à 7-8 sous (de la monnaie actuelle), et au double à l'époque de la moisson. Les ouvriers de Paris gagnaient, en 1697, de 40 à 50 sous (Détail de la France, I, ch. vu). Vatiban estime que dans les grandes villes, le salaire ne déliassait pas 22 1/4 à 43 sous ^de la monnaie actuelle), et dans les campagnes, 18 sous pour les manœuvres et 12-13 1/2 sous pour les cultivateurs (Projet d'une dime royale; p. 89, Daire). Chaptal, au contraire (De l'industrie fr., I, p. 24a, 1819), parle d'une moyenne de 25 sous, et Bureau de la Malle (Economie politique des Romains, I, p. 151) ne donne, en 1841, que 20-25 sous aux cultivateurs de 20 départements. D'après il/orea« r/e /o/uiès (Journal des Econ. oct. 1850) le salaire annuel d'une famille française de cultivateurs pouvait être évalué comme il suit ; 1700 = 135 francs ; 1760 = 126 ; 1788 = 161 ; 1813 = 400; 1840 = 500 francs. Ce chiffre ne saurait être estimé aujourd'hui à moins de 700 francs. — Suivant J.-B. Say (Cours pratique, III, p. 28, seq.), le prix du travail pour la plupart des industries, et surtout pour les catégories inférieures, était presque deux fois aussi élevé en 1811 qu'en 1789 ; le prix des logements, du chauffage, etc., a aussi singulièrement monté. Tandis (|ue A. Foun/j( (Travels in France, 1787-89, I, p. i37) parle d'un salaire de 20 sous, Peuchet (Statist, élémentaire, p. 391) admet déj;i30sous, malgré la hausse peu marquée du prix des blés. V. .ßir/c6ec/.- (Agricullural tour in Fr., p. 13); il jiense que les ouvriers français sont mieux partagés que les ouvriers anglais (?) De 1830 à 1848, le salaire du travail est monté peut-être de 30 pour 100 {L. Faucher, Revue des Deux-Mondes, avril 1848), et ce progrés a pris encore des proportions plus considérables dans ces derniers temps. — De pareils aperçus généraux pour des |iays entiers sont naturellement sujets à beaucoup d'incertitudes. — En Allemagne, les contrées dont l'économie publique s'est le mieux développée ont vu aussi la condition des ouvriers s'améliorer d'une manière notable : c'est ce qui est arrivé à Hambourg el dans la basse Saxe, vers la lin du dix-huiliéme siècle {Biiscli, Ceblumlaur, II, .56); tandis (ju'en ïhuringo, pour gagner un f-ummcrdc seigle, il suflisail en 1556 de 7 journées de travail d'été, en 1830 el les années suivantes, il eu fallait 8 (Lo/:, Handbuch,], p. 404). Le salaire s'est aussi fort peu élevé dans la liesse [Hildebrand, N.-OEk, I,

p. 190). Aux environs de Moscou, pays d'une grande activité industrielle, le salaire est le quadruple de celui de 1674, tandis que les denrées ont fort peu monté {Storch, I, p. 3Ü.3).

(3) Aux Etats-Unis, vers la fin du siècle dernier, les charpentiers et les maçons gagnaient par jour 0,62-0,73 de dollar ; en 182o, les premiers recevaient à peu prés de 1,12 à 1,25, les seconds 1,37-1,.'J0 dollar. Le prix du blé, pendant cet intervalle, n'a pas précisément augmenté , et celui des produits manufacturés a baissé d'une manière sensible [Carey, p. 26, seq.). Ce salaire était déjà parvenu à un taux beaucoup plus élevé à New-York, vers il9i){Ebcling, Gesch. und Erdbeschr. von Nord-Anterika, II, p. 917); il y a vingt ans, un compagnon maçon pouvait y gagner plus de 2,500 fr. par an. La construction navale est payée dans l'ouest des Etals-Unis jusqu'à 6,400 francs (en France, 1,100-1,430). Un journalier employé aux travaux des champs reçoit aujourd'hui 9 dollars par mois et la nourriture , évaluée pour Tannée entière à 63 dollars ; ce double salaire augmente encore dans le voisinage des grandes villes {Carey, p. 91). Un domestique à New-York recevait par mois, eu 1790, outre uue excellente nourriture, de 26 à oO fr. {Ebeling, ib.). Les ouvrières des manufactures de Lowell sont très-bien partagées, puisqu'en 1839 plus de 100 d'entre elles purent déposer jusqu'à 1 ,000 dollars à la caisse d'épargne ; on voyait des pianos dans les maisons où elles allaient prendre leurs repas, etc. (ßo2, Notes on America, 1842; Léon Faucher, Etudes sur l'Angleterre (2""* éd., II, 471). La plupart peuvent mettre de côté jusqu'à 1 dollar 1/2 par semaine : « Un ouvrier se regarderait comme fort à plaindre, s'il ne pouvait point mettre de côté la moitié de ce qu'il gagne » [Colton, Public economy, 1849, p. 277). V. Michel Chevalier (Lettres sur l'Amérique, II, p. 174, 122 , 19; I, p. 221). Il n'est presque pas d'apprenti aux Etats-Unis qui ne commence à gagner un salaire, dés qu'il commence à fournir un travail utile. Le travail des adolescents qui n'avaient pas encore quitté la maison paternelle était si bien rétribué ^ qu'on calculait qu'un enfnnt rapportait en moyenne à ses parents, tout compris, 100 livres sterling de plus qu'il ne leur coulait. Quel encouragement au mariage 1 ( Ad. Smith, l, ch. vni.) Le salaire. d'un artisan européen à Rio -Janeiro s'élève à 1-2 piastres espagnoles par jour {Martius, Reise, I, p. 131). Celui d'un compagnon charpentier à Dcnierara, contrée dont l'insalubrité est connue, va presque à 18 schellings (Ldinb.Rev., IX, p. 314). Un nègre nouveau-né valait jadis jusqu'à 3 livres sterling dans les possessions anglaises aux Indes occidentales {li. Edwards, Uistory of ihe W. Indies, II. p. 128). Il arrive dans les colonies nouvelles que l'élévation du salaire se trouve favorisée par l'aboiniancc des capitaux en argent, apportés par les immigrants, ou qui résultent de dépenses publiques, etc. Ainsi, par exemple, les maçons, les charpentiers, etc., dans l'île de

Van-Diémeu, gagnaient par jour en 1824 jusqu'à 12 schellings, qui tombèrent en 1830 à iO, puis en 1838 seulement de 6 à 7 ; quoique de 183Ü à 1838 l'exportation eût triplé, et que la population fût à peine doublée {Merivale, On colonies, II, p. 225).

Chez les peuples civilisés, l'élévation coiistante du salaire se rattache de la manière la plus intime, comme effet et comme cause, à l'état prospère de V existence sociale tout entière (1). Elle témoigne de la puissance productive de l'économie publique en général, en même temps que de la prudence, des sentiments de dignité personnelle et d'empire moral, qui distinguent jusqu'aux classes inférieures de la population, sentiments qu'on ne rencontre d'ailleurs que dans les Etats où règne la liberté politique, et où les classes supérieures savent aussi respecter les travailleurs (2). Il en résulte, d'un autre côté, pour les masses obligées de vivre du salaire deleur travail, une position conforme à la dignité humaine, qui leur permet d'élever convenablement leurs enfants, de jouir du présent et de songer à l'avenir. Légalité devant la loi et la participation active aux affaires publiques, ne sont, en réalité, pour la majeure partie du peuple, qu'une lettre morte , (ju'iin mot vide de sens, tant que le salaire du travail ne monte pas à un taux élevé. Or, dans les pays de haute civilisation, il est impossible qu'en présence de la susceptibilité et de la mobilité de la vie publique, la liberté des classes moyennes et la suprématie des classes supérieures puissent être garanties sans le contentement des classes inférieures de la société. Sous un autre point de vue encore, la philanthropie de ceux qui commandent le travail s'accorde merveilleusement avec letir intérêt bien entendu. Nous avons vu au paragraphe 40, que l'ouvrier bien payé peut seul faire de la bonne besogne, et réciproquement que l'ouvrier habile peut seul, à la longue, obtenir un salaire considérable. Gela nous rappelle une loi physiologique bien

DU SAf^AIRE. 75

connue, en vertu de laquelle, non-seulement les muscles, pour acquérir l'énergique activité dont ils ont besoin, demandent une nourriture abondante et substantielle, mais aussi la transformation rapide, qui s'opère dans toute l'économie animale, fortifie le système musculaire et rend tout le corps frais et dispos (ô). L'antiquité, avec son tact habituel, n'a point oublié de représenter Hercule, le puissant travailleur, comme un puissant mangeur. Un ouvrier bien payé, qui coûte par jour autant que deux ouvriers mal payés, mais qui expédie autant de besogne, revient à meilleur compte. Il travaille avec plus de cœur et de conscience, aussi est-il plus facile à surveiller; il est rarement malade; l'âge vient plus tard diminuer ses forces ; il entraîne donc moins de frais improductifs : il peut aussi, dans les cas de nécessité absolue, supporter plus aisément la charge de l'impôt, ou bien encore une diminution passagère du salaire (4). — Ces résultats du salaire élevé permettent aussi d'accepter, sans trop d'ennui, les effets d'un certain orgueil, parfois incommode, que manifestent alors les classes inférieures (5). —Pour les classes élevées, c'est une école de mœurs ; et pour les autres, un péché bien mince, et bien plus excusable, en vérité, que les vices, lâchement haineux, des opprimés. Lorsque le salaire est tellement réduit qu'il devient nécessaire de lui chercher un complément indispensable dansla mendicité, dans les ressources de la charité publique , etc. , le résultat moral d'une pareille situation est exactement le même, que si les fonctionnaires publics, ne recevant pas un traitement suffisant pour vivre, étaient forcés de recourir aux forfaitures delà concussion, à la contrebande, etc. (6, 7).

(1) Une hausse du salaire, purement temporaire, pourrait être la couséqueuce d'un Iléau deslructenr de l'espèce humaine , et avoir pour résultat de porter à la paresse les ouvriers d'une intelligence bornée. V., sur ce dernier point, Taube (Beschreib, von Slavonien. etc., II, § i).

(2) Dans aucune histoire on ne rencontre un fteultrait qui prouve qtic l'aisance du peuple par le travail a nui à son obéissance [Forbonnais) :

axiome qui n'est applicable que dans les Etats bien gouvernés. Quand la situation de la classe ouvrière éprouva, vers le milieu du dix-huitième siècle, une amélioralioii marquée en Angleterre , Postlethivayt (Gr. Britain's commercial interest, 1759) fut un des premiers à reconnaître l'heureuse influence que ce progrés devait exercer sur l'économie générale; de même, Th. il/or/àner (Elements of commerce, politics and linance, 1774, p. 82); Paoletti{'Veri mezzi di render felicilesocietà, c. xv); Ricardo (Principles, ch. v).

(3) Lorsqu'au lieu d'une nourriture végétale, on introduisit l'usage de la viande parmi les ouvriers des usines du département du Tarn, leur santé y gagna tellement que, bientôt après , au lieu de 15 journées de travail, perdues en moyenne pour cause de maladie, on n'en perdit plus guère que .3 {Moleschott).

(4) Lorsqu'un pays est arrivé à un degré élevé de civilisation, il lui est toujours plus profitable, à résultat égal, d'entretenir un bétail peu nombreux mais bien nourri, plutôt qu'une grande quantité de bestiaux, réduits à une nourriture chétive ; de même pour les machines, peu de bonnes valent mieux que beaucoup de mauvaises, etc. {% 231). Senior regarde comme absurde l'apiiréheusion de ceux qui voient dans l'clévalion du salaire chez les Anglais un obstacle à la concurrence faite à l'étranger. Ce succès est dû surtout à la perfection du travail. « Si nous voulions, ajoute-t-il, employer une partie de nos ouvriers à de mauvaise besogne, nous serions obligés de les payer, non d'après la mesure de ce qu'ils feraient en réalité, mais d'après ce qu'ils seraient en état de faire. Si j'ap[)elle un chirurgien pour me couper les cheveux, je dois le payer comme chirurgien. De même, si je donne de la soie à mouliner à un homme qui pourrait gagner 3 onces d'argent par semaine en filant du coton, il faudra que je lui paye son salaire de chaque semaine à raison de 3 onces d'argent, quand bien même il ne livrerait pas plus de soie dans le même espace de temps qu'un Italien, qui ne gagne qu'une once 1/2 » (Lectures on Ihe mercantile iheory of wealth, p. 76).

(5) Parkinson (A tour in America, II, 1805) se plaint de ce que, bien qu'il eût quatre serviteurs à la maison, il lui fallut souvent nettoyer lui-même ses boites, et aller traire les vaches avec sa femme et ses enfants, pendant que les gens dormaient encore. Les domestiques étrangers, qui ont quelque chose à dire, entrent le chapeau sur la tête. Us s'appellent tous monsieur et madame; on nomme les servantes helps, et leurs maîtres ou maîtresses employers. Demande-t-on une blanchisseuse dans une auberge, ou vous répond : « Yes, man, i will (jet a lady to wash your clothcs. » El il faut bien se garder de parler de felluio I — Un Irait caraclérislii|ue, c'est qu'on ne voit presque jamais un Américain du Nord, de race blanche, accepter un pourboire. La Hussie, pays classique des pourboires, offre un spectacle tout contraire : il existe un

ilicloii [lopiilaire, d'après lequel, quand Dieu eut partagé le globe terrestre entre les différents peuples, ils se reiirérenl tous satisfaits, à l'exception du Russe, qui vint encore demander « un petit pourboire. » {Haxthausen, Studien, I, p. 70).

(6) Le salaire des ouvriers anglais en laine s'élevait en 1831 :

Taxe des pauvres par tête.

Leeds 22-22 1/2 sch. 5 scli. 7 pence.

Gloncester 13-15 1/i 8 8

Somerset 16 3/4-19 3/4 8 9

Wills 13 7/12-15 5/12 16 6

(Ure , Philosophy of manufactures , p. 476). Après un panégyrique enthousiaste du haut salaire, M'Cnlloch fait remarquer (|ue la taxe des pauvres entraîne plus de dépense, que si les ouvriers payés ]tltis largement étaient obligés de songer eux-mêmes à tous leurs besoins (Principles, III, 7). Tristes conséquences du système adopté dans le sud de l'Angleterre, en 1795, qui consistait à compléter le salaire au moyen de la taxe des pauvres, en se basant sur le prix du blé et sur le nombre des enfants : auparavant, les ouvriers ne se mariaient pas avant l'âge de vingt-cinq ou même de trente-cinq ans, et seulement lorsqu'ils avaient 40-50 livres sterling d''économies ; ensuite, ils se sont souvent mariés avant d'avoir atteint leur majorité (Edinb.R,, LUI, p, 47).

(7) Voici la formule qu'emploie Thiinen pour exprimer l'idml de la quotité du salaire -.^ap; a indique les besoins d'existence de l'ouvrier, p l'ensemble du produit de son travail (Der isolirte Staat, II,

Lorsque, en face de rapports qui ne se modifient pas, l'ensemble du revenu public vient à diminuer, le salaire du travail baisse d'autant plus que les circonstances mentionnées ci-dessus (§ 104), et défavorables à l'ouvrier, se manifestent davantage (1). Une mauvaise répartition de la fortune publique, qui concentre toutes les richesses entre les mains d'un petit nombre d'hommes, au lieu de les répandre au milieu d'une classe moyeinie nombreuse, diminue le salaire du travail ordinaire, et s'aggrave ainsi par elle-même (2). Pareillement, le salaire doit baisser, lorsque la manière de vivre de l'ouvrier a subi des res-

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trictiolis fâcheuses ou que son travail a perdu en qualité. Les Etats les plus florissants ne sont pas à l'abri, d'une manière passagère, il est vrai, de quelques-unes de ces atteintes à la prospérité générale, par exemple, en temps de guerre (o) ou lorsque la population prend un accroissement plus rapide que la richesse publique. Mais s'il s'agit de peuples en décadence, tous ces fléaux agissent simultanément et s'aggravent l'un par l'autre (4). Un des plus tristes symptômes d'un pareil état de choses, c'est le peu de prix qu'on attache à la vie et à la force de l'ouvrier. Le bon marché du travail pousse les entrepreneurs à appliquer des forces humaines, même dans les cas où, eu bonne économie, l'emploi des machines et des animaux, etc., serait de beaucoup préférable (5). L'entrepreneur trouve d'autant plus d'avantage à se servir de journaliers, qu'il peut s'en défaire plus aisément et avec moins de soucis. Ce calcul égoïste ne pourrait rtiéme pas s'appliquer h de Véritables esclaves (6).

L'abaissement du salaire a souvent pour conséquence de porter les ouvriers à hitter coutte cette influence pernicieuse, en redoublant d'activité, en fêtant moius de jours fériés, et en se refusant les heures de loisir; c'est le même motif qui fait associer la femme et les enfants au travail commun. Ces efforts peuvent, dans certains cas, augmenter le revenu public de manière à provoquer le retour d'un salaire plus élevé, surtout si la pat-esse des ouvriers avait donné lieu auparavant à des plaintes fondées. Mais si la concui'reilce. soiis d'autres rapports, exerce une action défavorable à leur égard, s'ils veulent notamment utiliser l'augmenlation de leur revenu personnel pour accroîlre la niasse de la population, ce revenu ne tarde point à reprendre son ancien niveau; alors, la même (juantité de travail étant devenue moins chère, tout le pfoflt durable est acquis aux capitalistes et aux propriétaires du sol, etil né reste aux ouvriers qu'un labeur plus éiu'rgi(ine, dépensé en pure perle, un intérieur troublé et des enfants désolés. Un pareil résultat est gran-

dement h redouter, car il n'est pas de position qui contribue autant à multiplier les mariages inconsidérés et les naissances, que la participation de la femme et de Fenfant au travail industriel (7, 8).

(i) Aussi Ad. Smith iVûW que ce n'est pas dans les pays les plus riches (|ue le travail esl le mieux rétribué, mais bien ceux qui s'enrichissent le plus promptement (W. of N., î, ch. vui).

(2) Les contrées classiques du salaire iuûme et du paupérisme, comme la Chine et les Indes orientales, sont en même temps les pays des nababs. Un ministre de Kien -Long fut châtié, après avoir extorqué près de 7o millions de francs [Barrow, II, p. 149). Lorsque les biens du célèbre Keschen furent conllsquès, les autorités trouvèrent, d'après ses propres indications, G82 livres d'or et plus de 0 millions de livres sterling en argent. — La misérable nourriture à hujuelie le bas peuple est réduit offre un contraste douloureux avec les festins splendides des riches et des grands personnages, qui comptent les plats par centaines. y.Meyen (Reise um die Erde, II, p. 390). Le comte Goertz rapporte qu'à Canton, les rats et les serpents sont l'objet d'une vente régulière. La vileté tiu salaire est extrême, comme le prouvent les domestiques qui servent pour avoir leur nourriture assurée ( Uausmann , Voyage en Chine, etc., III, 1848). Dans les villes, on voit, les ouvriers courir les rues, leurs outils à la main, et mendier de l'occupation, avec force importunités. Des milliers de personnes demeurent toute leur vie dans des maisons (lollanles. Un commet un nombre inûni d'iufaulicides, faute de pouvoir nourrir les enfants (V. Lettres édif., XVI, p. 394, seq.); Staunton (Erabassy, H, p. loi), et les passages cités dans Klemm (Cullurgeschichie, VI, p. 13). Il faut cependant que les coutumes varient suivant les provinces, car Tùnkaiaki, par exemple (Reise, 11, p. 3o9j présente les choses sous un aspect plus favorable. Le fait suivant prouvera mieux que tout le reste quelle inlluence fâcheuse une pareille organisation aie peut manquer d'exercer sur la moralité du peuple: Keschen, pendant son ambassade au Thibct, aima mieux coiiüer ses trésors récemment accumulés, aux missionnaires français, persécutés par lui, qu'aux mandarins qui lui devaient lour emploi; tant il mettait Ihonuelele des Européens au-dessus de celle des Chinois (Ediub.R., 1851, p. 425). L'écriture hiéroglyphique des Chinois traduit le mot bonheur par l'image d'une bouche pleine de riz ; les faiseurs de slalislique de ce pays parlent de bouches, quand les nôtres comptent par âmes ou par létes [lutter, Erdkunde, II, p. lÜGU). — Aux Indes orientales, une grande partie des castes intimes se nourrissent de

loiile sorle de débris animaux, de poissons morts, de vers; la classe moyenne elle-même trouve la farine de froment trop chère et la mêle en conséquence avec des pois, etc. [Bitter, VI, p. 1143). Le Bengale a dû perdre plus d'un tiers de ses habitants par la famine de 1770 [MM, Hlstory of British India, III, p. 432). On trouve des descriptions terribles de la misère dans Richard (India, or facts submilled to illustrate the character and condition of ihe native inha"bitants, II, London, 1832). On y rencontre une quantité incroyable de serviteurs mal payés, dont chacun ne rend que de très-médiocres services. On peut regarder comme une des conséquences extrêmes du paupérisme indien, correspondant au fléau delà piraterie dans les derniers temps de la république romaine, les Pindaris, qui naquirent de la chute de l'empire Mahratte, et que les Anglais se virent forcés de détruire (Quarterly Rev., XVIII, p. 466; K. lutter, Erdkunde, VI, p. 394).

(5) Ainsi, en Angleterre, par exemple, le salaire s'est moins élevé pendant la guerre et il s'est moins abaissé depuis la paix, que le prix du blé. Le salaire avait augmenté de prés de 100 pour 100, de 1767 à 1810; tandis que le prix du fromentavait monté de Uapour 100, laviandede 146 pour 100, le beurre de 140 pour 100, et le fromage de 153 pour 100 (Edinb. R., XL, p. 28). Si l'on a parfois remarqué que les crimes, les agitations communistes, etc., deviennent plus rares en temps de guerre, il ne faut pas conclure de celte circonstance, en faveur d'une amélioration dans la situation matérielle de l'ouvrier; cela peut tenir simplement à ce que la guerre ouvre une carrière nouvelle aux éléments les plus énergiques et les plus insociables de la classe ouvrière,

(4) Ad. Smith présente la Chine comme l'exemple d'un pays slationnaire (d'après R. Fortune, Wanderings in China, 1847, p. 9, cet empire offrirait, au contraire, depuis longtemps, le spectacle d'une décadence complète), et le Bengale comme celui d'une contrée eu décadence. Juvénal (III, 21) fournit une source très-importante pour tout ce qui concerne le salaire sous les empereurs romains ; le goût prononcé de l'émigration venait de ce qu'il n'y avait plus place pour le travail honnête (23, seq.). Les ouvriers habitaient des demeures incommodes, sombres, exposées aux incendies (166, 190, seq., 225), et pour lesquelles néanmoins ils devaient payer des prix exagérés (223, seq.) ; les bandes de voleurs (302) et de mendiants pullulaient (IV, 116, seq.;V, 8; XIV, 134). V. sur la mendicité, Sétièque (Controv., V, 33; De clément., II, 6; De viia licala, 23, seq.). Martial (V, 81 ; XIV, I) déplore la triste situation des pauvres, dépouillés de tout espoir d'avenir. Horace touche également cette ([ucstion en une multitude de passages. V. Schmidt (Geschichte der Dcukfreiheit, etc, p. 311). La question adressée dans Pétrone (48, 5) par un nabab de l'époque : Quelle chose est'Ce donc quun jjauvre? est tout à fait caractéristique.

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(b) On voyage de la sorte en Chine, nux Indes orieuta'.os. etc., dans des palanquins portés par des iiomnies; les Chinois transportent une immense qnanlilc de marchandises à l'aide de brouettes, et même hon nombre de routes sont établies en vue de ce mode spécial de transport, et non pour servir aux voitures proprement dites. On peut voir dans Finlaison (Journal of tiie mission to Siam, 1820, p. 62, seq ) avec quelle sécheresse de cœur les Cliinois marchandent le piixdu sauvetage, avant de songer à secourir un homme qui se noie; comme ils se réjouissent de la peste, de la famine, etc., parce que ces iléaux profitent aux survivants.

(G) Voihi pourquoi Ménandre disait déjà f3i2-290 avant J.-C.) qu'il valait mieux être l'esclave d'un bon maître que de vivre libre, mais misérable {Stobœus, Flor., 62, § 7 ; Meinecke, Fr. com. Gr , IV, p. 274). Lihanim (t. IV, p. 983, 7?mA,v'), dans son « Bàinede la ]iauvretc, )) présente aussi l'esclavage comme mieux pourvu, et plus exempt de soucis. Témoin ces affreux contrats en vertu desquels, déjii au temps de Jules César, des hommes libres de naissance, mais pressés par la nécessité, aliénaient le bien précieux de leur liberté, pour devenir des esclaves gladiateurs {Cicéron, Pro Roscio Am., 6; Horaf., Serm., !I, 7, Ö8, seq ; Pelron , p, 44; Sénèque, Epist., 37). La loi romaine (L. 15, Justin., Cod., VII, 2) suppose de la part de l'esclave un refus de l'affranchissement, — « Dans une armée on estime bien moins un pionnier qu'un cheval de caisson, parce que le clieval est fort cher et qu'on a le pionnier pour rien. La suppression de l'esclavage a fait passer ce calcul de la guerre dans la vie commune n (Linguet).

(7) Swwonc/i tombe pourtant dans l'exagération pbilanthropiquequand il prétend que le travail des enfants ne produit absolument rien pour la classe.pauvre, mais seulement une augmentation du travail, qui s'échange toujours pour la même somme, et une diminution dans le prix des journées, tandis que le prix total du travail national reste le même. « C'est donc sans profit, ajoule-t-il avec une émotion touchante, que les enfants des pauvres ont été privés du seul bonheur de leur vie, la jouissance de l'âge où la force de leur corps et de leur esjjril se développaient dans la gaieté et la liberté. C'est sans profil pour la richesse ou l'industrie, qu'on lésa fait entrer, di's six ou huit ans^ dans ces moulins de coton, où ils travaillent douze et quatorze heures et où ils périssent de consomption, — On aurait honle de calculer la soinine'qui pourrait mériter le sacrifice de tant de victimes humaines, mais ce crime journalier se commet gratuitement » (N. P., 1, p, 3j3).

(8) Le parallèle des salaires obtenus par le travail dans les différents pays appartient sans contredit aux plus importantes opérations de la «tatjstiçue comparée. Mais naturellement il ne faut pas se contenter d'en

coiisinterlo montant en une somme d'argent ; on doit encore soumettre ù l'examen le prix des |irincipalcs denrées. Ainsi, par exemple, rouviicr français, avant la Révolution, gagnait en moyenne i quintal {lOQ livres) de p.'iiii ou 10 jours 1/2, 1 qninlal de viande en 36, 8 jours; l'ouvriiT anglais en 10,i et 2o,3 jours [A. Younri). Dans l'inlcrieur de la Russie, une femme, avec son melier ä lisser, gagne par jour presque 1 sclieffi'l prussien (no litres) de seigle , tandis qu'à Bielefeld, elle ne gagne (|ue 1/10 de sclieffcl ; un tisseur de nappes y reçoit 18 gros d'argent, landis que le sclieffel coûte 12 à 13 gros {Ilaxtkauaen, Sludien, I, p. 119, 170). f/uinboldl d\[ (ju'au .Mexique le salaire eu argent forme presque le double, et le prix du blé les deux tiers seulcuicnt de ce qu'il est en Franci- (S. Espagne, IV, 9). D'ajirés /{ou (Lehrbuch, I, § 18J) et iW'Cu//oc/» (Principles), le nombre suivant de journées de travail était nécessaire pour se procurer les denrées indiquées ci-dossous :

I quintal Minchesier H.inovre llaut-ranada Brandebourg C.ralz.

(lOOlivres). (1810-20,1. (l70O) (1827). (J83ü). {i820-33j. (I8U6-45).

nneuf 2f) 33 35 6,6 U 36

Pommes (Jo terre. i.8â » » » 1 2,68

Fr. U1LM1I 5,5 .) » 2 7,6 11

Seigle » 6,5 8,7 1,5 5,4 8,6

neutre 43,3 87 6i 23 83 Bi

Sucre 96 181 128 » » »

Suivant Carey (Rate of wages, p. 221, seq.), un ouvrier de l'xVmérique du Xord gagne autant en 11 jours, qu'un ouvrier anglais en 16, un ouvrier français en 28, un ouvrier du Bengale en TS, un ouvrier chinois en 40-42 jours. Si Ton réduit le tout en argent, quand le travail des Indes orientales fait gagner par an de 1 à 2 livres sterling, on doit en gagner en Angleterre de 9 à 1o, et dans l'Amérique du Nord de 12 à 20 {Senior). Uildi'hrnnd (Nat. OEk., I, p. 19o) soutient que le salaire moyen monte en Allemagne à 100 tbalcrs (37o Ir.) par an, et â 300 Itialers (1,12Sfr.)en Angleterre, où le prix des objets nécessaires à la vie est bien nue fois et demie aussi élevé(|u'eu Allemagne. Lcmê.rie écrivain (I, p. 170, seq.) réfute fort bien le livre de linç/i'ls (Ueber die Lage der arbeilenleu Klassen in England, 184r>), sombre tableau dans lequel l'auteur s'est attaché à faire ressnrtir les mauvais aspects de la réalité, sans rien dire de ce qu'elle présente de bon. Sir F. -M, Eden (State of llic poor, I, p. 491-589) trace une slnlislique ctccUcnle de la situation des ouvriers anglais, vers la fin du siècle passé. Pour une époque plus récente, V. Eilinburgh Rcv. (april IS'il) ; quanta la France, il faut consulter le travail de Dlanqui, inséré dans les Mémoires de l'Académie des science.^ morales et politiques (II, 7), et l'ouvrage du Villermé (Etat physique et moral des ouvriers).

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