DU ?ALAI1!I
POLITIQUE DU SALàIKIC.
§ ns.
Parmi les moyens arliliciels qui peuvent être employés pour modifier le taux naturel du salaire, nous devons mentionner d'abord les ff/rj/*o//icit' /s, destiné» cale régler. Ils ont fait naître diins plusieurs Etats une sorte de degré intermédiaire entre le servage et la fixation libre du salaire : on prétendait, dans l'intérêt présumé des classes supérieures, empêcher les classes inférieures de faire tout le bénéfice, qui pouvait leur appartenir en vertu de la liberté et des avantages de la concurrence (1). Plus tard, on voulut aussi augmenter le débit de l'extérieur, en diminuant les frais de production (§ 106).— Une civilisation avancée ne saurait guère admettre un système qui emploie la contrainte officielle pour dépouiller la partie la plus nombreuse, la plus pauvre et la plus laborieuse de la nation, d'un bénéfice légitime et dont chaque individu ne doit profiler que dans une si faible mesure (2). On rendrait ainsi un mauvais service aux acheteurs du travail eux-mêmes, puisqu'on leur ôterait la possibilité de mieux rétribuer de meilleurs ouvriers. On n'aurait donc, selon tonte vraisemblance, que des ouvriers médiocres (3). — Par contre, les tarifs qui se renferment dans les limites indiquées au paragraphe 114 ne présentent pas d'inconvénients.
(I) La jiesle de 1348, connue sons le nom de peste noire, qui dépeupla une grande partie de l'Europe, dut nécessairement faire élever de beaucoup le salaire du travail, résultat que les maîtres dénoncèrent comme Peffet de la cupidité et d'un concert coupable de la part des onn'iors. Pierre le Crurl fixe en Caslille le tarif du salaire (13ol) ; à la même époque, la France (Ordonnances, II, p. 3o0) et l'Angleterre (2o, lîdw. III ; 37, Edw. III, c. m) établissent de même une taxe officielle. En France, le salaire du batteur en grange fut fixé à 1/20 ou même à 1/30 du scheflVl, tandis qu'aujourd'hui, eu Saxe, il va jusqu'à 1/U et 1/12. En Angleterre, Edouard III fit bâtir le château de Windsor,
non par des ouvriers salariés, mais par des corvées de maçons, de chari)enliers, elc, qu'il fit venir de tous les points du royaume. Pour empêcher qu'on éludât la laxe, le successeur de ce prince interdit aux habitants de la campagne de s'afßlier aux métiers de la ville, et surtout de changer de domicile, sans l'agrément du juge de paix (12, Richard II, c. m). L'étrange tentative faite en vertu du stalulb d'Elisabeth pour taxer le salaire du travail, sous peine de dix jours de prison pour quiconque voudrait donner davantage, et de vingt et un jours pour l'ouvrier qui exigerait au delà, se rattache en grande partie à la loi anglaise sur les pauvres. Du moment où le pauvre eut le droit d'être éventuellement occupé et nourri par la communauté, le juge de paix devait pouvoir lixer moyennant quel salaire un individu devait être tenu de travailler, avant de pouvoir dire : Je ne trouve pas de travail. Le sialul 2 de Jacques I" (c. vi) étend cette disposition aux salaires de toute espèce de travaux {Edcn, State of the poor, I, p. 123, seq.; 1-40). — La guerre de trente ans dépeupla une grande partie de l'Allemagne, ce qui expiii[ue pourquoi tant de diètes, peu de temps avant et après la paix de Westphalie, s'occupèrent de taxer les gages des serviteurs, V. Spütler{Geich. Hannovers, II, p. 17S). Parmi les exemples les plusrécentsdela taxe du salaire établie en Angleterre, on peut citer l'acte 8 de Georges III, relatif aux tailleurs de Londres ; le SpilalßelJs-Act de 1773, au sujet des ouvriers en soie qui s'étaient révoltés peu de temps auparavant; et dans la ÎN'ouvelle-Galles du Sud, vers la fin du siècle dernier, celui qui réglait le taux du salaire dans les colonies {Collins, Account of the English colonies of N. South Wales, 1798). Th. Mortimcr (Elements of commerce, polilics and finance, 177i, p. 72) regarde la taxe du salaire comme une mesure indispensable. En Allemagne, la patcnlo do l'Empire de 1530 (titre XXIV) et le règlement du 4 .septembre 1731 presscrivcnt à chaque magistrat de régler le taux du salaire dans son district.
(2) Proposition en faveur d'une taxe du salaire, dans les protocoles de la Chambre des seigneurs de Nassau (1821, p. 12).
(3) L'acte de Spüalßelds a été aboli pour ce motif en 1824, sur les pressantes instances des fabricants eux-mêmes, qui attribuaient l'élai stationnaire de leur industrie, depuis un siècle , surtout aux entraves apportées par cette législation. Los prédictions faites alors par Ricardo et Husiiisson se sont bientôt réalisées, grâce à l'essor immense qu'a pris en Angleterre l'industrie des soieries depuis cette époque.
Quand les ouvriers veulent obtenir lélévation du salaire par une coalition, ayant pour effet de suspendre simultanément le
travail (une grève) (1), ils peuvent réussir, momentanément, à une époque d'agitation démocratique (2). Toutefois, une lutte, soutenue avec de pareils moyens, devra se terminer tôt ou tard par le triomphe des acheteurs du travail. Leur avantage et leur bénéfice exigent que le travail ne subisse aucune interruption : pour les ouvriers , c'est le besoin de vivre qui le leur commande. Us ne pourront que très-rarement chômer au delà de quelques mois, sans s'exposer à mourir de faim, tandis que le maître peut longtemps subsister sur son capital; or, la victoire est h celui qui peut soutenir la lutte plus longtemps. Les maîtres, moins nombreux et plus éclairés, s'entendront beaucoup mieux entre eux, et manœuvreront avec plus de mystère. Combien n'a-t-onpas vude machines destinées à économiser le travail, qui doivent à de semblables occasions d'avoir été mises en œuvre beaucoup plus promptement que cela n'aurait eu lieu suivant le cours ordinaire des choses (5)? — Lorsque les coalitions sont fréquentes, les maîtres gardent le secret au sujet de toute commande de quelque importance, et l'ouvrier se trouve dans l'impossibilité de prévoir quelle sera la position, même dans un avenir très-rapproché. Non-seulement un chômage prolongé absorbe les économies faites, mais il inocule aux caractères moins bien trempés des habitudes funestes de paresse. Enfin, la crainte de semblables désordres peut faire émigrerles capitaux (4).
L'Etat doit-il tolérer de pareilles coalitions? La plupart des législations, surtout les anciennes, répondent d'une manière négative (5). Et, en effet, on ne saurait nier que les coalitions permanentes d'ouvriers [Irade-nnions) , en vue d'obtenir certains avantages, avec menace de faire cesser en même temps le travail, renferment toujours une sorte d'exclusion et de contrainte, tout au moins morale, vis-à-vis de ceux qui n'en font point partie (6); ces grèves générales et concertées portent nonseulement un coiq) souvent mortel à la fortune publique (7), elles lèsent aussi de la manière la plus violente la liberté de
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ceux doni les intérêts se relient à des industries analogues (8). 11 en résulte toujours une diminution de la partie du capital nationa-i qui est consacrée au payement des salaires, et cela au grand détriment de la masse des ouvriers (§ ICO).
Toutefois, au milieu d'une civilisation avancée, des raisons d'une haute iiiipurtance semblent conseiller à l'Etat de ne point s'immiscer dans ces conflits, pourvu, bien entendu, que les ouvriers en grève ne violent aucun contrat el ne se rendent coupables d'aucun délit. Il est difficile, en effet, de trouver un motif plausible pour refuser aux ouvriers en masse le droit de donner congé, et de passer de nouvelles conventions, quand ce droit appartient à chacun. La police ne saurait empêcher les coalitions des maîtres, dans le but d'abaisser le salaire, qui s'accomplissent le plus souvent en secret, et qui sont, pour ainsi dire, suus-entendues (U) ; si donc l'autorité voulait uniquement s'opposer à ce que les ouvriers pussent se réunir dans le but de faire élever le salaire, il en résulterait l'impression générale et fondée, que la puissance publique emploie deux poids et deux mesures. Cela pourrait sembler d'autant plus révoltant que chaque maître en particulier constitue, par la force des choses, vis-à-vis de ses ouvriers (10), une sorte d'f/n/on, la plus concentrée, la mieux organisée et la plus durable possible, et que les avantages qu'il possède naturellement pour déterminer l'abaissement du taux du salaire, l'emportent de beaucoup sur les moyens dont l'ouvrier peut disposer pour élever le prix du travail. Du mouient où les ouvriers peuvent sentir rinfluence de l'action plus ou moins directe de l'Etat dans les questions de salaire, ils ne sont que trop portés à rendre aussi l'Etat responsable de la moindre pression exercée par les circonstances. Depuis 18^24, la libre concurrence règne en Angleterre sur ce lerrain(ll). Un pourrait d'ailleurs obvier aux inconvénients qu'elle présente, en assignant une durée plus longue aux contrats de louage d'ouvrage(12).
(i) BoisgttUlebert (Trailé des grain«, II, 10) cite plusieurs cas de ce genre dans les gnindes villes de commerce; il parle de 700 d 800 ouvriers (|iii se sont eiilendus pour (|iiiUer simnilanémenl leurs rn.iilres. En Italie, de pareils faits se sont présentés beaucoup jikis tôt : ain>i, o Sienne (1371 et 1384), la noblesse prit alors parti pour les ouvriers (Rerum Ital. Scriptores, XV, p. 224, 294). Le strik:; ou lurn-out des lileiirs du Lancasliire, en 1810, amena une grève de 30,000 ouvriers qui dura qnalre mois. De tous les cliömagcs volontaires qui suivirent. ceux des tisserands de Giascow, en 1812 et 1822, eurent la plus grande importance.surtout le dernier, pendant lequel deux ouvriers ([ui n'avaient voulu prendre aucune part à la coalition [[{riübaticks) furent aveuglés au moyen de l'aciJe sulfuriipie ; l'année 1818 vit le grand turn-oul des mineurs écossais. D.ins toutes ces circouslances, les ouvriers coalisés s'eiigage.iient par serment les uns vis-à-vis des autres; ils avaient leurs listes, leurs caisses communes, etc. Le l'reston-slrike de 1833 dura Irenle-si.x semaines; 0,200 hommes et 11,800 femmes suspendirent leurs travaux pour y prendre part (Athenaeum, 30 sept. 185i). V. Morrison (Essay on tlie relations between labour and capital, 1834) ; Léon Faucher : De la coalition des ouvriers mécaniciens (Etudes sur l'Angleterre, 2" éd., t. II, p. 397); L. Wulowaki :Ln législation anglaise sur les coalitions (Revue de législation et de jurisprudence, 1831, t. II, p. 97).
(2) Comme c'est arrivé partout en 1848. A Paris, en 1789, les laquais et les garçons apothicaires formèrent aussi des coalitions {Wachsmulh , Geschichte Frankreichs in» Revolutionszeit Alter, 1, p. 178). Le même fait se manifeste souvent dans les fabriques isolées.
(3) Ainsi « le fileur de fer, » à l'aide duquel un seul ouvrier met en mouvement 1,500 à 2,000 broches; ou la machine perfectionnée quj sert à imprimer plusieurs couleurs à la fois {Ure, Philosophy of manufactures, p. 336, seq.) ; et encore la machine à river les chaudières à vapeur [Dinglcr, Polytechnisches journcl, LXXV, p. 413).
(4) Le slrike de Norwich, qui eut lieu au commencement de 1830, a coniplctenient achevé de ruiner l'industrie encore assez Ilorissante de cette ville {Kuhl, Reise, II. p. 363, seq.). A Cork, Vutiion de 1827 ne permit pas laccésd'un seul ouvrier étranger, et l'on commit une vingtaine d'assassinats à cepro| os.Lescharpenticr.i deniandcrent4 schell. 1 pence par jour ; cette exigence arrôia toute construction nouvelle, et souvent ils n'eurent qu'une journée de travail en doux semaines (Ediub. Rev., XLVIl, p. 212). V. Ausland (1834, nM7S, seq.j; //. Martineau ;The Icndence of slrikes and sticks lo produce low wages, 1834). V. de nombreux exemples cités par L. Wolowski : De la législation des coalitions en Augleterrc.
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(o) Ainsi le statut 3 de Henry VI (c. i) défend aux maçons de s'entendre pour arriver à une augmentation de salaire, et cela sous peine de félonie. En dernier lieu, les statuts 39 et 40 de Georges III (c. cvi) prononcent la peine de deux mois de travaux forcés ou de trois mois demprisonnemenl contre quiconque engagerait les ouvriers à suspendre leurs travaux, etc.; les miiîires qui, de leur côté, se concertaient pour abaisser le salaire, n'étaient punis que d'une amende de 20 livres sterling.
Le Mémoire « de la législation anglaise des coalitions » (£.. Woîoioski), publié en 1831 , s'est attaché à fdirc connaître celte importante branche du droit industriel de la Grnnde-Brelagne. La loi ne s'est pas rendue complice des délits commis, mais le résultat qu'elle avait en vue a été paralysé par les difficultés de l'application. La forme a emporté le fond. On ne saurait en déduire une théorie contre toute intervention du législateur dans les combinaisons dont le marché du travail [market of labour) peut devenir l'objet. Ce mémoire cite des exemples saillants, qui prouvent tous combitMi ont été funestes aux ouvriers eux-mêmes les manœuvres et les violences destinées à peser sur les conditions du travail. « Ces conditions, dit-il, sont aussi rigoureuses que les lois de l'équilibre des fluides : pour que le rapport entre l'offre et la demande du travail se modiQe, c'est sur ces deux termes qu'il faut ayir. La sécurité sociale et le développement des capitaux peuvent seuls augmenter le travail demandé; Tinlelligence, l'habileté, la prévoyance peuvent seules améliorer le travail offert. Toute autre tentative serait vaine, impuissante. » L'act de 1825 a été énervé dans l'application, parles embarras elles frais delà procédure. — V. surtout la curieuse histoire de la grande levée de boucliers de 1834, suivie d'unstrike prolongé {loc. cit., p. .122 et suiv.).
(6) Cela empêcha maintes fois les pauvres tisserands à la main d'échanger contre un autre, leur état trop encombré {J.-S. Mill, Principles, H, ch. XIV, G). Les unions anglaises ont souvent essayé de fixer le nombre des apprentis et de leur arracher des redevances considérables. Cela ne rappelle-t-il pas beaucoup les corporations et les maîtrises anciennes, auxquelles on prête pourtant un caractère éminemment conservaleur"?
(7j Le strike des filcurs de Preston, pour arracher de fori^e un sal.iire aussi élevé ipie celui des fiieurs de Bolton, dura trois mois, d'octobre à lin décembre 1836 Les fiieurs recevaient chaque semaine de la caisse de Vunion 5 schellings (le salaire montait avant la grève à 22 schellings 1/2), les raltacheurs 2-3 schellings, les cnrdcurs et les tisserands vivaient d'aumônes. Les fonds de Vunion furent épuisés vers la mi- décembre. Eu somme, les ouvriers perdirent 1,300^0J'J francs et !i's r;iliricn!;i< pins d'un million ; beaucoup de détaillants se virent corn-
plélement ruinés (H. Ashworth, Inquiry into Ihe origin and results of Ihe coltonspinners slrike; L. Faucher, Angleterre, II, ch. Preslon). Le Preston-strike de 1833 coula aux maîtres 163,000 livres sterling, et aux ouvriers 3ü7,000 (Edinb. Rcv., jiili 18di, p. 106).
(8) La plupart des strikes sont provoqués par une faible minorité, ordinairement par les ouvriers les mieux payés, auxquels les masse.s obéissent aveuglément, quoiqu'â contre-coeur (Edinb. Rev., 1849, p. 422j. Leur résultat est d'autant plus funeste que les ouvriers en grève représentent une somme plus considérable A'opération'i-mères de l'industrie; si, par exemple, les 30 ou GO fileurs d'une f. brique se niellent à chômer, 700 à 800 autres ouvriers peuvent être condamnés malgré eux à l'inactivité. Quelle n'aurait pu être la conséquence de la grande «n/on des ouvriers mineurs de Durbam et de Norlliuiuberlaud, qui, au nombre de iO.OOO au moins, interrompirent tout travail, du 1" avril au commencement de septembre, si bien qu'on dut faire venir à Newcaslle de la houille d'Ecosse! V. Engels (Lage der arbeit. Klassen in England, p. 304, seq.). Les slrikes sont à peine po.ssi blés dans Tindustrie qu'on appelle domestique, où le fabricant n'intervient, ä proprement parler, que pour commander le travail, le disposer et le livrer à 1.1 consommation.
(9j Ad. Smith (I, ch. viu) explique pourquoi l'on parle si peu des coalitions des maîtres, bien qu'elles soient les plus fréquentes (p. 100, seq., édit. de Bàle). Exemples d'unions formelles de la part des maîtres (Edinb. R., 39, p. 3^7, .seq.).
(10) Un manufacturier, en Angleterre, se trouve, terme moyen, en présence de 300 ouvriers (Edinb. R., 1849, p. 432).
(11) Pre.sque toutes les industries comptent, depuis cette époque, des trade-unions qui, dans les formes d'admission, les préparations de toutes sortes, etc., ont une grande analogie avec les loges maçonniques. Elles ont eu au moins pour résultat de faire que le fabricant n'abaisse pas sans nécessité létaux du salaire: s'il réussit, les autres fabricants ne tardent pas à l'imiter, et son bénéfice se réduit à peu de chose; s'il échoue, il a un s/rjÂ:e à craindre (^f/j^c/s, p. 260, seq.). Au reste, il existe depuis 1830 des lenlalivos pour enrôler tous les ouvriers du royaume dans les rangs d'une immense union, avec organisation spéciale de chaque industrie. On counail depuis longtemps les (ra'iipers, comme on les appelle, c'csl-à-dire les ouvriers en grève, qui parcourent le pays, munis de lettres de recommandation de leur union. Au sujet des efforts faits par Vunion centrale (dopnis 1813), non-seulement pour l'amélioration malériclle du sort des ouvriers, mais encore pour augmenler leur moralité, au moyen d'amendes (jni frappent les querelleurs, les ivrognes, etc., V. lliUkbrand (Nat.-OEk., I, p. 232, seq ). La Charte, dite Charte du peuple, de 1833, a également été promulguée par la Wor-
king-men-association de Londres. — J.-S. Alill approuve toutes Ice vnions d'ouvriers, qui se proposent pour but d'obtenir une rémunéralion plus jivantngeuse du travail; mais il combat loules celles qui. par un nivellement injuste, tendent à imposer le même salaire à toute espèce de travail, bon ou mauvais (Principles, II, ch. xiv, 6; V, cli. s, îi). — Dans CCS derniers temps, une nouvelle leulnlive de coalition, sur la plus grande éclielle, a été faite parles ouvriers mécaniciens, sans obtenir un meilleur succès.
Il ne faut pas oublier que les dispositions delà loi de 1824, dont parle Ro scher , ont été modifiées par Vuct de 1823. V. L. Wolowski (De la législation anglaise sur les coalitions, loc. cit.). V. aussi, sur celle grave question des coalitions, L. fauc/ier (Mélanges d'économie politique , t. Il, p. 185, 188, 191, etc.).
(12) Comme il arriva, par exemple, aux ouvriers mineurs du nord de l'Angleterre qui, en 1844, demandèrent qu'on promît de les occuper pendant six mois.
Quand le salaire, dans une contrée quelconque, est de beaucoup au-dessous du taux auquel il s'élève dans une autre contrée d'un accès facile (1), les ouvriers d'une localité se déterminent bien plus aisément à des migrations périodiques qu'à une transplantation définitive. Ce sont surtout certains genres de travaux pénibles et pressés , comme la moisson (2) el la conslruclion des bâtiments (o), auxquels se livrent ces oiseaux de passage ; ils descendent pour la plupart des régions montagneuses, dont la production restreinte et les récoltes tardives ne peuvent les retenir; ils joignent d'ordinaire à un vif désir d'aller au loin, rallachemenl le plus profond au piiys natal (4). S'il arrive que certaines brandies d'industrie y soient spécialement cultivées avec succès, ils les Iransporlent d'ordi- Uiiire au dehors, ce qui contribue à prolonger leur absence (5). Moins celle-ci dure, plus elle se rapproche d'une existence vagabonde, et moins sont profitables les résultais économiques de cette migration (G). L'échange réciproque qui s'effectue
entre le pays d'où partent les ouvriers et celui dans lequel ils établissent leur séjour passager, doit produire une sorte d'équilibre dans le taux du salaire (7). Il peut en résulter pour le pays ainsi exploité une véritable calamité nationale, car les ouvriers indigènes, obligés de se réduire à un genre de vie plus misérable , perdent le fruit de l'empire qu'il exercent sur euxmêmes, et de leur sage prévoyance pour l'établissement d'une famille, du moment que des ouvriers étrangers moins habiles et moins recommandables font invasion au milieu d'eux (8).
(1) L'émigration des ouvriers irlandais qui, comme des nuées de sauterelles, viennent s'aballre sur rAnglelerrc, suit de prcfiirencc trois roules : celles de Dublin à Liverpool, de Cork à Bristol, du nord-csl vers l'Ecosse. Ce mouvement avait commencé avant 173o (lierqueh.y, Querist, n" 526, se(| ). Il s'est bien accru depuis que le service des bateaux à vapeur a réduit le prix de la traversée à 4-6 pence /'Edinb. R., XLV, p. S4, seq. ; XLVII, p. 256, seq.).
(2j C'est ainsi que des moissonneurs descendent du Wurtemberg et de rOdeuwald dans la vallée du Rbiu , des Alpes dans les plaines de l'Allemagne méridio.nale; les habitants des terres hauleset des bruyères se rendent dans les marches hanovriennes et la iloUande ; ceux du ßrabanten France. Beniiconp d'habitants du pays de Waës se rendent en Hollande, à cinq cl si.\ lieues de dislance, pour ensemencer des champs de lin que les propriétaires ont, nu préalable, labourés cl fumés, puis ils y retournent, au moment voulu, pour le sarclage, la récolte, etc., en faisant ce travail à leur propre compte Schwerz, Belgische Landwirlhschafl, II, p. 105). Déjà, au seizième siècle, prés de 20,001) Français se rendaient annuellement en Espagne [Bodin, Besponsio ad paradoxa, p. 49). Les paysans de la Galicie (Gorale) vont dans les plaines de la Pologne, les paysans polonais dans les terres basses de la Prusse {Haxtltaitscn, Lacndl. Verlassung, I, p. 99) ; les Busses des gonverneiiienls populeux d Oiel, dcPollawa, etc.', dans les steppes du suj [fiuhl, Beise, H, p. 118); et ceux des provinces boi.séesdu nord à Jaroslaw, où ils font toute la culture des terres (Haxlhausen, Sludien, 1, p. 198) ; les Gallegos émigrent dans les vignobles du Portugal; les habitants des Abruzzes dans la campagne de Bome [Galiani, Délia monela, V, 4); les Calabrais à Naples. En Toscane, les plaines insalubres sont presque entièrement cultivées par les habitants de la montagne. Un remarque même en Afrique les émigrations des Fellahs dans la plaine (Ritler, Erdkunde, I, p. 349) ; les voisins des cataractes du Nil desceudent dans
la basse Egypte, où ils demeurent six à huit ans et sont très-recherchés à cause de leur lionnêlelé. Ils exercent les professions de portiers et de portefaix (Burckhardt, Travels, p. 1 47).
{?.) Paris reçoit de la Lorraine et du Limousin une multitude de maçons, de charpentiers, etc., qui retournent au pays après six ou sept mois de séjour ; on évaluait à 20,000 le nombre d'ouvriers en bâtiments qui vont et viennent ainsi chaque année (Chabrol). — Ce chiffre a plus que doublé maintenant. Des milliers d'ouvriers tuiliers se rendent de même tous les ans en Aiitriclie et en Uongrie du pays de Vicence et du Frioul ; lllalie^ depuis un millier d'années, à ce qu'on prétend, est remplie de maçons qui la parcourent en tout sens, et qui viennent des bords des lacs de Côme et de Lugano [Rumohr, Reise in die Lombardei, p. 133). Prés de 3,000 tuiliers ou briquetiers émigrent chaque année de Lippe-Detmoldl, et le gouvernement surveille avec le plus grandsoin mouvement (F. -G. Schulze, Nat.-OEk, p. 606).
(4) Dans les Apennins, presque chaque vallée a son lien préféré pour rémigration : ainsi les iModénais vont en Corse, les habitants du pays de Parme en Angleterre. Le Tyrol allemand voit s'effectuer tous les ans une émigration périodique de 16,000 à 17,000 hommes (Reden, Zeitschrift für Statistik, 1848, p. 522). Chaque année, on délivre pour le même objet, dans le canton du Tessin, au delà de 10,000 passe-ports, c'est-à-dire plus de 10 pour 100 de la population totale : la plupart des cmigranls se dirigent vers la haute Italie, quelques-uns même poussent jusqu'en Russie. Les marchands de fromage et démarrons, les portefaix quittent le pays de l'automne au printemps ; les maçons, vitriers, etc., en été seulement.
(5) Les Savoyards, à Paris, comme décrottcurs, commissionnaires, etc. (L. Faucher, La colonie des Savoyards à Paris); les Gallegos, dans les grandes villes d'Espagneet de Portugal, comme porteurs d'eau ; les Bergamasques, à Milan et Gènes, où ils forment une sorte de corporation, comme forts de la halle on ciochelcurs; les habitants des bords du lac d'Orta, au sud du Lcigo Maggiore, comme garçons d'hôtel (Kellner) ; voilii pourquoi les hôtels y sont si bons; les musiciens de la Bohème, qui exercent pendant l'hiver des métiers tout différents dans leur patrie ; les Grisons, dans l'Europe ciiliére, comme conQscnrs. Il y a bon nombre de villages qui retirent chaque annécdc celle iudusliie jusqu'à 20,000 llorins de |uolil (Rôder et Tscharncr, Der Canton Graubiindlcii, I, |i. 337). Il se trouve actuellement dans les Indes près do 3 millions d'hommes venus de la Cliinc, prcs(|uc exclusivcmeul de la province de Fo-Iuen, conquise en dci nier lieu et rudement opiirimée ; ils s'y livrent aux travaux les |dus délicats (A'. lUHer, Erdkunde, IV, p. 787, seq.).
(G) Dans le canton du Tessin, les terres sont, pendant cet intervalle, assez mal cultivées par les vieillards, les femmes, etc.; les hommes
dissipent souvent, dans la morte saison, dans les cabarets, et pour une vie de débauche, leurs épargnes des quelques mois de travail [Franscini^ Der Canfon Tessin, p. loG, seq.). Les trens d'Osnabrück qui vont en Hollande rapportent, à la vérité, près de iÜO,000 thalers par an ; mais labsence d'aliments chauds, une vie de bivouac et les autres privations qu'ils s'imposent i)ar écoiioniie sont pour eux le germe d'une inunité de maladies (J. Moeser, Patriot, Phantasien, I, 14, seq.). En Angleterre, le mode de travail par compagnies, connu sous le nom de gangsystem, suivant lequel des bandes errantes d'ouvriers, l:i plupart Irl.indais, vont, sous la conduite d'un entrepreneur (f/an^-ma.sier), se livrer aux travaux de la campagne, d'après un prix à forf.iit, donne lieu à de très-grandes plaintes sur la démoralisaiion extrême des jeunes filles (L. Faucher, Eludes sur l'Angleterre, 2« éJit., 1. 1, p. 383 ; Lccds, Les prolétaires agricoles).
(7) Voilà pourquoi les Etats d'üsnabrück, en 1008, se récriaient si amèrement au sujet des émigrations en Hollande qui faisaient singulièrement renchérir les gages de la domesticité.
(8) L'envahissement progressif de TAngleterre par les Irlandais lui cause un grand péril. Les ouvriers irlandais y importent leur misérable genre d'cxi-lence; ils vont pieds nus, en guenilles, n'ayant pour nourriture que des pommes de terre et de l'eau-de-vie, habitent de hideuses demeures souterraines, pêle-mêle, plusieurs familles ensemble, même avec les cochons... [Th. Carhjle, On charlism, p. 28; G.-C. Lewis, The condition of the Irish in England). De fait, à Londres seulement, on comptait en 1819 plus de 70,000 et en 182G plus de 119,000 L-landais (Edinb. R., XLVII, p, 236, seq.). J.-S. Mal n'hésiterait pas au besoin à défendre cette invasion irlandaise, pour préserver ainsi les ouvriers anglais de la contagion (Principles, II, ch. xiv, 6). Heureusement que l'émigration s'est dirigée en dernier lieu, dans une énorme proportion, vers l'Amérique, où elle rencontre plus d'espace.
La demande, si souvent répétée de nosjotirs (1), que l'Etat garantisse lui minimum « éqnïiahle y> du salaire, ne pourrait être suivie d'effet, là où le tau.v naturel du salaire est tombé audessous de ceminimuirif qu à une condition : àsavoir, de laisser entièrement de côté un certain nombre d'ouvriers, qui n'auraient rien h réclamer dans la répartition du capital insuffisant, destiné au payement des salaires. Aussi, ne se borne-l-on pas
ordinairement à réclamer celle garantie ; on y joint presque toujours la proclamalion du droit au travail, c'est-à-dire de la servitude des capitaux ; ce droit agirait en sens contraire des tarifs du salaire, imposés à la fin du moyen âge, mais il aurait avec ceux-ci une affiniié singulière (2).
On peut en dire autant de la proposition de Louis Blanc, en vertu de laquelle les ouvriers eux-mêmes seraient appelés à régler, d'un commun accord, le taux du salaire (3).
De pareilles mesures sont d'autant plus préjudiciables, qu'elles s'éloignent davantage des limites de la bienfaisance, par Texlension donnée au secours et au taux du minimum, et (ju'elles se rapprochent davantage de la communauté de biens (§ 81). En tout cas, pour ne pas glisser rapidement au fond d'un abime de misère générale et irrémédiable, ces arrangements merveilleux devraient être au moins accompagnés du contrôle efficace exercé par le yorani sur la muliiplication de l'espèce humaine (4)!
La condition des salariés ne saurait se maintenir bonne, ou s'améliorer, que si leur nombre s'accroît plus lentement que les capitaux destinés à les rétribuer. C'est par l'épargne que ces derniers augmentent de la manière le plus sûre : or, la classe moyenne est la seule qui soit véritablement économe. En Angleterre, par exemple, le capital national s'accroît au moins de 50 millions de livres sterling chaque année, tandis que les classes laborieuses dépensent chaque année une aussi forte somme en boissons spiritueuses et en tabac, c'est-ii-dire pour procurer uniquement aux hommes faits une jouissance fugitive, h laquelle leurs familles ne prenneifl presque aucune part. Ainsi, toute élévation du salaire arrachée par une sorte de violence diminuerait les ressources de la classe qui épargne, pour accroître celles de la classe qui dissipe. Ce serait faire comme les sauvages qui abattent l'arbre pour cueillir plus facilement les fruits (5) ! — B. rranklin crie aux ouvriers : « Si (juelqu'un vous dit que vous pouvez vous enrichir autrement que par Té-
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conomie et l'assifluité au travail, ne l'écoutez pas : c'est un empoisonneur! » Et, en effet, les changements utiles à la population tout entière, peuvent seuls améliorer à la longue le sort des ouvriers, et tels sont : l'augmentation des forces productives de l'économie publique, la multiplication des capitaux, l'accroissement, du moins relatif, des classes moyennes, plus spécialement vouées h l'industrie, une instruction plus étendue, elle développement de l'aptitude au travail et du caractère moral des ouvriers eux-mêmes. Ce résultat tient par-dessus tout à leur prévoyance et à TcMTipire qu'ils exercent sur eux-mêmes, en ce qui regarde l'établissement de la famille : sans celte vertu, les circonstances les plus favorables seraient promptement gaspillées (G).
(d) On ne songe guère qu'aux ouvriers des fabriques lorsqu'on agite ces qucslioiis. Mais est ce que les écrivains n'auraient pas pgalemenl leur (Iroii au travail à exercer sur les lecteurs, (|uo l'Etal devrait leur fournir, les avocats sur les procès, les médecins sur les malades ?
(2; L. Faucher: « Décréter le droit au travail, cbsl constituer l'Etat en pourvoyeur de toutes les existences, en assureur de toutes les forlunes et en entrepreneur de toutes les industries. Le droit au travail, cest le droit au capilal, c'est le droit au salaire, c'est le droit à laisance, c'est, en un mot, la créance la plus étendue dont on puisse armer les individus contre le trésor public. Quand on descend au fond d'un pareil système, le partage des biens parail mille fois préférable ; car la communauté dos biens met du moins celui qui possède sur la même ligne que celui qui ne possède pas : elle ne prélève la part du pauvre que sur celle du riche, et se borne à faire une répartition nouvelle des capitaux ainsi (|ue des revenus existants. Le droit au travail va bien au delà ; c'est une mainmise, non-seulement sur ce qui est, mais sur ce qui peut être; c'est la communauté, non-seulement do la richesse acquise, mais des forces qui produisent.)) (M(il,iM|,'es d'économie poliTupie, t. II, p. 1-48. — Du droit au travail). Il suppose l'existence permanente, la puissance indéfinie de la production, quelles que soient les circonstances et quelle que puisse èlre l'organisation de la société... Or, il n'existe pas d'état social qui assure la permanence ni la régularité de la production... La moisson du travail, comme celle dos fruits de la terre, a ses années de stérilité, ainsi que ses années d'abondance... Dans l'idéal socialiste, l'Etal donne toujours el ne reçoit jamais. On ne veut pas comprendre
(|iril n'est riche que par la richesse individuelle, qu'il ne produit que par le travail de tous et de chacun (Ibid., p. 149, seq.). — L'Assemblée consiiluante française a rejeté le droit au travail, le \o septembre 1848, par S96 voix contre 187, après que le gouvernement provisoire l'eut proclamé le 23 février de la même année. — V. Le Droit au travail à l'Assemblée nationale, avec des observations de L. Faucher, IFotoioski, Bastiat, etc., par J. Garnier (Paris, 1848).
(3) L. Blanc (De l'Organisation du travail, 1841).
(4) « Tout le monde a le droit de vivre : admettons-le comme démontré. Jlais personne n'a le droit de donner l'existence à des êtres qui devront être nourris par autrui. Quiconque réclame le premier de ces droits, doit abdiquer toute prétention au second... La postérité demandera un jour avec cioiincniont quels peuvent avoir été les hommes parmi lesquels de tels prédicateurs (qui considèrent comme trop dur d'empêcher des indigents d'engendrer des indigents) pouvaient trouver des prosélytes. » J.-S. Mill (Principlos, II, ch. xii),
(o) V. Morison. Les caisses d épargne, en Angleterre, se sont accrues, pendant l'intervalle écoulé entre les années 183G-1849, annuellement de 1,408,603 livres sterling; c'est à peine si la moitié de cette somme provient du salaire des ouvriers, dans le sens strict du mot. Quant à ce que ces derniers versent dans les caisses pour les malades ou la vieillesse, il ne faut point le considérer, à proprement parler, comme un capital productif, mais bien comme une consommation individuelle, renvoyée à une époque plus reculée.
Voici, sur l'institution des caisses d'épargnes, quelques chiffres puisés dans le dernier rapport de 31. F. Delesscrt, président de la Caisse d'épargnes de Paris (9 juillet 1857) :
Celle-ci a reçu pour le compte des déposants, en 18o6, 27,403,800 fr.; elle a remboursé 23,982.074 fr., et employé en achats de renies, au compte des déposants, près de 4 millions. Le nombre des déposants s'élevait, â la fin de décembre 1856, à 221,379 — dont le solde s'élevait à 43,771.986 fr. — La moyenne des dépôts est restée la même pour les ouvriers et les artisans patentés, et s'est affaiblie pour les autres classes.
Il existe maintenant en France 386 caisses d'épargnes. Le nombre total des livrets s'élevait, au 31 décembre 185S, à 893.750, environ 1/40 de la population. — Le montant des sommes déposées était de 272,180,000 fr.
En Angleterre, la totalité des .caütnö''« 6ûr«/îS était de 599 au 20 nov. 1836. — Le nombre des déposants, de 1,317,444, et le montant des déiiôtsdc 32,828,0001iv. sterl.— 11 faut ajouter les dépôts des institutions charitables, 698,857 liv. sterl. et ceux des sociétés de secours mutuels, 3,360,337 liv. sterl.; on arrive ainsi au total de 36,887,190 liv. slerl.,soit
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933 millions de IV, ; magnifique résultai du travail, do r<''prirgno et de la prévoyance. — En Autriche, l'encaisse était, au 31 décembre JSöG, de 68,930,000 ïr. pour 1 8G, 132 livrets. — E«. l'russe, four Berlin (450,000 habitants), 5,270,000 fr. dus à 40,700 déposants. — En Suéde (31 décembre 18o6), pour Stockholm, 4,650,000 fr., dus à 20,072 déposants. — En Daneniarck , 95,240,000 fr, — Dans l'Etat de Massachusets , 31 caisses d'épargnes, ■165,484 déposants ; soWe du, 1.52,000,000 fr., dus à 182,046 livrets. —A Turin, 1,823,900 fr. dus à 4,718 déposants. —Il y avait, en 1856, 1 livret sur 2 habitants à Nuremberg; ~ sur 3 ;i Bâle; ~ sur 5 à Zurich; — sur 6 à Munich, Bamberg, Genève et dans l'Etat de Massachiisets ; — sur 8 à Neufchâtel ; — sur 9 à Francforlsur-le-Mein ; — sur II à Berlin ; — sur 13 en Danemarck et à Moscou ; -r sur 20 en Angleterre ; — sur 40 en France.
(6) J.-S. Mill (II, ch. xiu"). — Dunoyer (Liberté du travail, liv. IV, ch. x), en parlant des « philanthropes, » qui regardent comme une dure exigence de conseiller aux ouvriers l'unique moyen, véritablement efficace, d'anréliorer leur condition, dit que les riches l'emploient, bien qu'ils en aient moins besoin. « Quand ou loue les classes aisées de ne s'accruilre qu'avec mesure, y a-t-il quelque bon sens à dire qu'il convient aux classes pauvres de ne s'imposer à cet égard aucun frein? » Mario luimême avoue que la garantie du droit au travail, qui ne serait pas accompagnée de mesures pour restreindre la population, conduirait rapidement le pays à une inévitable ruine (Welloekonomie, I, n, p. 357j.
Pour notre compte, nous l'avouerons, les conséquences auxquelles arrivent les partisans trop dévoués de la doctrine de Malthus seraient un motif suffisant pour ne pas nous la faire accueillir sans réserve, et pour trouver à rabattre sur les idées de Boscher à cet égard. Nous nous proposons de revenir sur ce point dans la partie consacrée à la population ; il n'a pas su, ce nous semble, éviter certaines exagérations et certains malentendus en cette matière.
Quelque soit notre respect pour l'opinion d'un écrivain aussi distingué que l'est, par exemple, John-Stuart Mill, nous ne saurions voir autre chose qu'un argument contraire à sa doctrine de prédilection, et une sorte de réfutation au moyen de la réduction à Vabsurde, dans des passages tels que celui-ci: « L'Etat pourrait assurer de l'emploi et un ample salaire à tous ceux qui sont nés. Mais s'il prend cette charge, il est tenu, par la nécessité, de défendre son existence, et la société pour la conservation de laquelle il est institué, en veillant à ce que personne ne vienne au monde sans son consentement. Si les motifs ordinaires et spontanés de continence sont supprimés, il faut leur en substituer d'autres... La société peut nourrir les nécessiteux, si elle est chargée de régler leur multiplication » (liv. II, ch. xu, g 2).