‹ Principes d'économie politiqueChapitre 6 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

TAUX l(E L'INTERET EN GENERAL.

Il ne faut pas confondre l'intérêt du capital (1) ou \e prix de la jouissance du capital, avec le prix de l'argent {§ 42), bien que le vulgaire se plaigne si fréquemment que Targent manque, lorsqu'au fond c'est le capital qui fait défaut, souvent au moment même où l'argent surabonde (2). Cetteerreur tient évidemment à ce que la plupart des prêts de capitaux se font, pour une plus grande commodité, sous forme d'argent, et que presque tous sont évalués en argent ; mais le fond des l'hoses est tout autre, dans l'un et dans l'autre cas.

Du reste, l'intérèl pur et simple du capital se rencontre presque aussi rarement que la véritable et pure rente foncière. Celui qui travaille avec son propre capital peut, tout au plus, par comparaison avec autrui, déterminer d'une manière précise, dans le produit ([u'il obtient, les limites où s'arrête le salaire et où commence l'intérêt du capital (3). De même, lorsqu'il s'agit du loyer des capitaux, l'olfre et la demande décident souvent si le créancier doit se contenter d'un profit moindre, en raison du peu de peine et de préoccuj)alion qu'il encourt, ou s'il faudra que le débiteur, pour obtenir le capital, sacrifie une partie du salaire (4). Lorsque Ad. Smilli érige en règle que \e profit of stock doit être à peu près le double de ['inleresl of moneij (5), il laut ([ue ce profil renferme pour l'entrepreneur un salaire im-

INTÉRÊT DU r,\PITAL. 09

portant. Beaucoup d'affaires passent pour assurer aux capitaux qu'on leur consacre un intérôl exlraordinairement élevé, bien qu'en réalité elles |irocurenl seulement à l'entrepreneur un salaire fort considérable, si on le compare à l'importance des c.apitaux employés. On appelle, par exemple, le pharmacien en beaucoup d'endroits « le ciuatre-vingt-dix-neiif, » parce que l'on suppose qu'il gagne 99 pour 100 du capital. Pour reconnaître Terreur où l'on tombe, il suffit de s'informer du taux de l'intérêt que le pharmacien est obligé de payer sur les capitaux empruntés par hypothèque, quand il veut donner plus d'extension à son industrie. D'un autre côté, Ihomme qui n'emploie que les matières les plus recherchées et en variété plus grande qu'aucun autre fabricant, a besoin d'être aussi instruit que circonspect ; et par-dessus tout , puisqu'il répond en quelque sorte de la santé et de la vie de tant de milliers d'hommes, et qu'il contrôle même les médecins, il faut qu'il inspire une confiance illimitée (6).

Nous entendons par taux usuel de l'intérêt, la moyenne de l'intérêt servi pour des capitaux placés dune manière solide et sans imposer aucune peine.

(I ) Lorsqu'il s'ni^it de capitaux lises, on parle ordiuairement de loyer, et d'inlrrèl (|iiaiid il est (lueslion de capitaux circulants. Si l'on se repn-seule riutérêl comme une fraction du capital lui-même, le rapport existant entre ces deux quotités est désigne sous le nom de taux de l'intérft. On l'exprime de préférence eu tant pour 100, el à raison de la période annuelle.

(2) On a vu en Itussie une grande dépréciation des assignats à cause de leur trop grande muUiplicilé, el cependant n l'argent manquait »(Sforc/t, Handbuch, II, p. 15). En Californie, suivant une correspondance du Times, datée de San-Francisco le 31 janvier 1850, on payait juscju'ù 1 pour 100 d'escompte par jour ! V. iVori/i (Discourse uppq trade, p. 11, seq.).

(3) C'est la rente naturelle du capital, par opposition à la renie stipulée {Rau, Lehrbuch, I, § 223). De même chez les Anglais profit of stock — iulerest of money.

[\) Ainsi, par exemple, ce qu'on appelle un débutant, i\m a cou-

science de sa capacité, mais qui ne jouit encore que de peu de crédit, Tooke (Considérations on ihe state of thecnrrency, 1826) distingue trois classes de capitalistes : a, ceux qui ne veulent ou peut-être même ne peuvent courir aucun risque, ni prendre la moindre peine, pour lesquels chaque amortissement un peu considérable de la dette publique abaisse le taux de l'intérêt, tandis que chaque emprunt de guerre le relève ; h, ceux qui ne veulent, à la vérité, courir aucun risque, mais qui ne se laissent pas arrêter par la peine inséparable de quelque surveillance, du recouvrement des intérêts, etc.; c, ceux qui consentent volontiers à courir quelque risque, en vue d'un intérêt plus élevé. Quant aux emprunteurs, voici comment il les divise : o, ceux qui ont la pensée d'employer le capital emprunté, simultanément avec leur propre capital , de manière à en retirer un bénéfice convenable, tous leurs engagements une fois remplis ; h, ceux qui empruntent pour remplacer temporairement le produit des capitaux qui leur appartiennent ; enfin, c, les consommateurs improductifs.

(5) W. of N. (I, ch.ix). Le produit brut de l'industrie cotonuiére anglaise était évalué, en 1832, à 32 millions de livres sterling, savoir : valeur du matériel, 8 millions ; salaires, 20 millions ; intérêt du capital, 2 millions ; profit des entrepreneurs, 2 millions [Schoen , Nat. OEk., p. lOi). Or, en 1832, l'Angleterre n'employait pas 120 millions de kilogrammes de coton en laine, et elle en emploie aujourd'hui plus de 300 millions de kilogrammes ; la valeur déclarée des fils et tissus de coton exportés y a dépassé 32 millions de livres sterling, en 18.")3, et a encore beaucoup augmenté depuis cette epocjue.

(G) Ad. Smith (I, ch. x, 1); il explique dans le même p.'<.^;snge jiour- (.\no\\e détaillant i\\ne \-)e['ûe ville perçoit, en apparence, des intérêts beaucoup plus élevés que celui d'une grande ville , et toutefois s'eniichit rarement. Ad. Smith reconnaît avec raison (jue les bénéfices considérables, donnés par les secrets de fabrication, doivent être regardés comme un salaire plus élevé (I, ch. vu); pourquoi n'en serait-il pas de même des hôteliers (I, ch. x, 1)? Quand le produit d'une affaire varie suivant les qualités de la personne qui la dirige et qui peut en faire profiter une autre affaire, etc. ; quand la concurrence dépend du plus ou moins de convenance personnelle, nous devons évidemment penser plutôt à une différence de salaire qu'à une différence dans le taux de l'intérêt. — Le bénéfice que fait un loueur de singes est aussi un salaire {liiedel, Nat. OEk., II, p. 376).

INTÉRÊT DU CAPITAL. lOl

Dans les limites du même domaine économique, les diverses applicalions du capital tendent vers un taux d'intérêt uniforme {\). S'il arrivait qu'un emploi offrît plus de bénéfice, le capitaliste serait par là même invité à retirer ses capitaux d'un côté, pour les faire refluer de l'autre, tant que le niveau ne serait pas établi (2). — L'exception la plus considérable à cette règle est simplement apparente. On ne saurait confondre la jouissance d'un capital avec la reconstitution partielle qu'il faut en faire (3). Ainsi, pour empêcher que le capital avancé ne soit tôt ou tard absorbé, il faut nécessairement dans un bail, en dehors de la somme convenue pour le loyer de la maison, stipuler aussi de quoi couvrir les frais de réparations et même de quoi réunir un capital suffisant pour la reconstruction. iMais c'est du danger auquel le capital est exposé qu'il s'agit ici. Si le risque d'une entreprise est tellement grand que pour dix entreprises qui réussissent, dix autres échouent, le produit, quand il dépasserait du double le taux ordinaire, ne donnerait, en réalité, pour l'ensemble des affaires engagées, que l'intérêt habituel. Le danger peut venir du peu de sûreté qu'offre la personne à laquelle le capital a été confié (4), du genre d'opérations auxquelles il est destiné (5), ou du défaut de sécurité des relations commerciales, en général, et surtout de l'ordre légal de la société (6). L'oisiveté temporaire à laquelle sont parfois condamnés les capitaux et qui les laisse improductifs, comme il arrive, par exemple, pour les établissements d'eaux minérales pendant l'hiver, élève le taux de l'intérêt beaucoup plus que le chômage forcé n'élève le salaire, carie repos procure un certain agrément {Senior). Somme toute, la présomption naturelle à l'homme agit sur le taux de l'intérêt comme sur le salaire (§ 168) : elle fait toujours estimer trop bas les petites chances de perte, tandis qu'elle exagère les chances extraordinaires de bénéfice (7).

102 INTFREt DU CAPITAL

(1) V. Harris (Essny on money and coins, p. 13). Pour l'opinion contraire, Ganilh (Diclioiinaire annlyl. , p. 107). Suivant Hermann (Slaalsw. Unlersuciuingen, p. Ii7), un produit qui, pendant la durée de n mois, enlève le capital a à l'usage immédiat de son propriétaire, doit fournir dans le prix un excédant sur la dépense du capital qui, par rapport au bénolice donné par un antre produit, à savoir du capital h employé pendant un espace de?» mois, est comme an : bm.

(2) l.a classe des banquiers, etc., qui a pris un développement si considérable et acquis tant d'importance dans les pays Irés-civilisés, a pour mission d'équilibrer ces différences.

(3) Les rentes à terme et viagères;... à fonds pprdiis.

[A] De là vient que les industriels habiles, qui savent employer d'une manière productive le ca|)itiil emprunté, servent en général des intérêts ujoins élevés que les oisifs tjui doivent les dissiper. — Intérêt élevé, ordinairement payé par les prolétaires.

{")) Ainsi, du temps d'Ainlerson, le profil d'une bonne année de pèche de la baleine devait compenser la perte de six mauvaises années (^Origin of commerce, III, p, J84). Les marchands d'esclaves établissent aujourd'hui leurs calculs de telle sorte que sur o exj)éditions ils peuvent en perdre 3-i (Alhenœum, H mai 1848). Il eil est de même de la contrebande. Le taux de l'intérêt montait souvent,! 30 ou même à 50 pour 100, pour le [irèl a la grosse aventure ; à Athènes, pour un seul voyage dans la nier Noire, il montait jusqu'à 3(> pour lUO, tandis que riulérêl légal du |iays n'était que de 1:2-18 pour loU par an, le loyer des maisons produisait 8 4/7 pour 100, les fermages de terres 8 pour 100 {Boeck, Slaatshaush. der Athener, I, p loo, seq.; Isarus, De Uagn. hered., p. 293). A Rome, avant Juslinien, l'inlérêl maritime n'avait |ias de limites (Hudlicalker, Do fd'uore iiauiico Romano, 1810). — Il faut, dans la fabrication de la poudre, tenir compte de la fréquente explosion des moulins. C'est jiour cela que les entreprises nouvelles, lorsqu'elles réussissent, donnent un profit si élevé. Thaer, tenant compte de celle prime d'assurance, dit : « Si le ca|)ital affecté à l'achat d'une terre rapporte 4 pour 100, l'tnvrntairp doit donner au moins (» pour 100, et le capital d'ex|tloitaliou, 12 pour 100 (Nation. Landwirthsch , I, p. 27). (G) V. ci-dessus ^ 91, cl plus bas §§ 184, 188.

(7) Ainsi, par exemple, Fr. Perthes (Poelilz lahrhiicher, 1829 ;jan., p. 42) affirme (pie la publication des livres scientifiques en Allemagne avait, depuis 1800, prise dans son ensemble et tout calcul fait, causé une perle de capital De même les spéculateurs eu masse perdent plus qu'ils ne gagcent dans le commerce du bois de Canada ; ce qui ne les empêche pourtant pas de continuer, à cause des chances de véritable iolerie que présente ce genre d*enlre|irise {J.-S. Mill, II, ch. xv, 4). Dans lesloteries,la masse totale des joueurs perd infailliblement, demême

que dans les jeux de Bourse, à cause des frais à payer. Le contraire a lieu |iour les perles redoiitahles (|ui oui prise sur l'iniagiiialion ; ninsi, par exemple, en Angielerre, on jiaye pour les assurances contre l'incendie, avecledroilde timbre, cinq fois le niontanlde Testinialion malhémalii|ue du risque {Senior, Outlines, p. 212, seq.). Le caractère national exerce Daturellement ici une grande iniluence ; l'Anglais, par exemple, ou l'Américain (du Nord) sont incomparablement plus aventureux que beaucoup d'habitants du continent, d'un tempérament plus calme.

Les exceptions véritables proviennent des obstacles qui empêchent les capitaux de prendre leur niveau, au moyen d'une oscillation régulière. Les peuples arriérés inultiplienl les empêchements légaux de cette nature : la distinction des classes, les privilèges des corporations, etc., sont là pour interdire non-seulement aux ouvriers, lïiais encore aux capitaux, le passage d'une branche d'industrie à une autre. La routine seule des capitalistes, et l'aveugle défiance de tout ce qui est nouveau, à laquelle cèdent si souvent les hommes dont les appétits se trouvent satisfaits, suffisent pour produire les mêmes résultats (1). Dans les pays civilisés, c'est grâce surtout aux brevets d'invention et au privilège des banques, que les capitaux circulants eux-mêmes rapportent un intérêt qui dépasse le taux ordinaire (2). Enfin, comme pour beaucoup d'entreprises il faut nécessairement de grands capitaux, ou que ceux-ci peuvent seuls procurer de grands bénéfices, et comme il est plus difficile de les réunir au inoyeu de l'agglomération de petits capitaux, que de diviser un grand capital par fractions, le taux de l'intérêt des petits capitaux, surtout dans un état de civilisation avancée, est d'ordinaire au-dessous de celui (pie comportent les grands capitaux. Bornons-nous à citer les intérêts servis par les caisses d'épargne (3). .

Lorsqu'un capital circulant a été transformé en capital fixe, le produit dépend du prix des biens à la production desquels

on le consacre. Comparé aux frais d'établissement du capital fixe, ce produit peut être extraordinairement élevé dans des circonstances favorables, ou très-réduit dans le cas contraire : on a d'autant plus de chances de voir la première hypothèse se réaliser, que les capitaux fixes de même nature sont moins susceptibles de se multiplier ; la seconde, au contraire, se vérifie , surtout lorsque les capitaux ne peuvent exclusivement servir qu'à un seul genre de production et qu'ils s'usent lentement (4). Si le capital circulant et le capital fixe concourent simultanément à la production, comme le premier peut se retirer et se remplacer plus facilement, il prélève dabord l'intérêt ordinaire sur le total du revenu, et laisse le reste au capital fixe. Vient-on à vendre un capital fixe, on ne s'occupera pas de ce qu'il rapportait dans le principe : l'acheteur ne payera que sur le pied du produit présumé, qu'il capitalise au taux ordhiaire de l'intérêt ; et le vendeur n'envisagera plus le bénéfice réalisé que comme un accroissement du capital, et la perte subie que comme une diminution du capital, et non comme un intérêt plus ou moins élevé (5). On pourrait regarder cet accroissement comme le salaire, acquis en bloc, pour l'application intelligente du travail, dans l'emploi primitif donné du capital, et réciproquement.

(1) Le taux de l'inlérêt est demeuré longtemps, dans la vallée de Schappach, beaucoup au-dessous de ce qu'il était dans les environs, parce que les paysans de celte localité, bien qu'enrichis par le commerce des bois, étaient étrangers à l'esprit d'entreprise {Rau, Lehrbuch, I,

(2) L'intervention de la loi produit ici comme une fixation arlilicielle du taux de l'intérêt.

(3) j1/a»,7oM (Unternehmergewinn, p. 150).

(i) Eu d'antres termes, plus ils sotU fixes. Ainsi, par exemple, les maisons de villes en décadence, les canaux, etc., remplacés par des roules plus favorables aux inléréls du commerce, ou les puits, les galeries, etc., d'une mine abandonnée. Lorsque Versailles cessa d'être une résidence royale, la valeur des maisons diminua des trois quarts. {Zin-

keisen in Raumers Ilistor. Taschenbuch, 1«37, p. 426). — La loi de la libre concurrence ne permet guère aux capitaux Oxes de produire un intérêt supérieur au taux habiliicl, car il faut soigneusement distinguer ici entre la renie foncière et Vintérét du capital. Si les ra|iilaiix affectés à la construction des maisons dans une ville ouverte rapportent 8 pour iOO, detractis detrahendis, et que le taux ordinaire de l'intérêt soit de 4 pour iOO seulement, l'offre des maisons ne tardera pas à s'accroilre. Le temps nécessaire à la transition fera seul obstacle à un nivellement complet, mais ce temps pourra se ])rolonger, si la situation politique est de nature à inspirer des inquiétudes. C'est la raison principale de ce l'ait singulier, qu'en 1848 le prix des loyers lléchit beaucoup moins que le prix de vente des maisons. Les conjonctures n'étaient pas assez fâcheuses pour empêcher l'accroissement de la population; toutefois elles ne permettaient pas de se livrer à des constructions nouvelles. — Un pont, au contraire, un chemin de fer, etc., peuvent maintenirleur bénéfice à nn taux élevé, parce que la concurrence ne saurait exister devant les grandes dépenses que ces entreprises nécessitent, et surtout parce que celle qui a l'avantage de la priorité peut abaisser les prix de transport d'une manière décourageante pour les rivaux. — V. Hermann (Slaalswirlhschaftliche Untersuchungen, p. 1 io, seq.). Senior (Oullines, p. 101) cite un exemple curieux emprunté aux Compagnies du gaz et des eaux de Londres.

(b) Ainsi, par exemple, les actions du chemin de fer de Dresde à Leipzig ont élé payées originairement 100 Ihalers chacune. Le dividende actuel moule à IM thalers par an, ce qui fait 13 pour 100 d'intérêt pour les actionnaires primitifs. Celui ([ui a payé le 30 juin 18o6, à la Bourse, 212 Ihalers par action, ne retire de son capital qu'un intérêt d'un peu plus de 4 pour 100. Le versement sur les actions du chemin de ferdu iVord, en France, a été de 400 fr. par action; le revenu de l'année 1836 s'est élevé à 56 fr. Il représentait donc 14 pour 100 sur le capital primitif, et 6 pour 100 seulement au cours de 92o fr,, du 31 décembre 1836.

Les chemins de Lyon et de la Méditerranée ont donné les résultats les plus considérables. Les actions primitives étant de 500 fr., ces lignes ont rapporté en 1856, l'une 81 fr. et l'aulre 1 17 IV., c'est-à-dire plus de 16 pour 100 et 23 pour 100 du prix d'omission. Ce revenu est, au cours du 31 décembre 1856 (1,330 IV. et i ,735 fr.), de 6 pour lOu et 6 3/4 pour 100. Serra ( SuUe cause, etc., 1613, I, 9) appelle d'une façon caractéristique prezzo basse e alto dellc entrate, le taux de l'inlércl élevé et bas.

iOR INTÉRÊT DU CAPITAL.

Par les mêmes motifs, le taux de Tintérêt des capitaux placés à court délai dans le commerce (escompte) est sujet à des fluctualions considérables , tandis que l'intérêt ordinaire , par exemple, des prêts hypothécaires, ne varie guère (1). Il se présente dans le commerce telles circonstances qui, mises immédiatement à profit, promettent un énorme bénéfice, et qui ont disparu au bout d'un mois ; tels dangers, de la nature la plus grave, qui ne peuvent être conjurés que par Tinterveniion immédiate du capital : deux motifs parfaitement suffisants pour expliquer l'élévation du taux de l'iulérêt. Il survient aussi des temps de stagnation commerciale profonde et de calme plat. Le capitaliste prêle alors volontiers à un intérêt três-faible, pourvu qu'il soit certain de pouvoir disposer de ses fonds dès que la moindre brise favorable vient à se lever. L'agriculture se meut trop lourdement, pour se plier à ces placements momentanés et à ces restitutions rapides ; il lui faut des années pour parcourir le cycle régulier de ses opérations : le retrait subit des capitaux lui causerait donc le plus grand dommage (2).

(1) Nebenius (Oeff. Crcdil, I, p, 74, seq.). Vers la ßn du dernier siècle, l'escompie variait à llamboiiri,^ entre 2 1/2 pour 100 et 12 pour lüü, tandis que les capitaux employés à l'agriculture rapporlaieul régulièrement 4 pour 1(10 (ßimVi, Gelilumlauf, VI, 4,19). A la niêuie époque, le liiux ordinaire de linlorel, en Pensyivanie, était de G pour 100 paran, et Pesconiple s'élevait as.scz souvent à 2 pour 100 et H pour IDO par mois {Ei.cliny, Gesch. und Er Ibesclircib. vom America, IV, p. 442;. Pendant la crise de 1837, on a payé jusqu'à 1/4 pour 100 par jour (/fau, Archiv. N. F., IV, p. .':{82). Lors de la crise de 1810, au mois de juillet, l'escompie, dans les ports prussiens, est moulé jusi|ii'à 2 1/2 pourlOU par mois (7oo/,v', Tiioiii;lits and dolails, I, |). 111). En France, l'e-scnmple était, en 1798, au moins de 2 pour lOU par mois (limch, IV, ö2). Un demi-siecle auparavant, les ca|iiiaux français employés en immeubles rapportaient 2-'t pour 100; le taux légal de Pintèrét était de 5 pour 100, l'e.sconqile

INTÊnêt DU CAPITAL. 107

au plus de 6 pour 100, et, dans les temps affilés, de 8-î) po\ir 100 {Forbonnais, Heclicrclies et considérations, I, p. 372).

(2) Cas remarf|nal)le, an temps de Cicéron, où, par suite d'une corruption exercée sur une grande échelle, l'esroniple s'éleva de 4 pour lOU à 8 pour 100 [Cicero, Àd Quint., II, 13; Ad Atl., IV, lö).

Le prix payé pour la jouissance du capital repose naturellement sur le rapport entre \ offre et la demande, en particulier des capitaux circulants. L'augnieiitalion de Voffre se coinporle vis-à-vis de rabaissement du taux de l'intéfèt, comme vis-à-vis de la diminution du prix de toute autre marchandise. Admettons que 50 chasseurs tuent chaque année 1,000 cerfs, et qu'ils livrent au capitaliste qui leur a remis 1 quintal de poudre, 100 de ces animaux comme intérêt de son avance, un second capitaliste peut également offrir un autre quintal de pondre : si le nombre des cerfs tués par les chasseurs s'élève à 2,000, le gain reste probablement le même ; mais que les forêts ne soient point assez riches en gibier, ou que les chasseurs soient trop peu nombretix, trop faciles à contenter, ou trop indolents, le chiffre du gain ne manquera pas de baisser (i).

Les diflicullés qui gênent la multiplication des capitaux exercent une grande influence. Moins est grand l'excédant de ce que le peuple produit au delà de ses besoins essentiels, moins le goût de l'épargne est prononcé, moins il y a de sécurité légale, et plus le taux de l'iiilcrêt doit être élevé pour décider à surmonter ces obstacles. Nous pouvons fort bien appliquer ici les notions relatives aux frais de production (2).

La f/<'»if/»(/(? des capitaux dépend, d Une part, du nombre et delà solvabilité des emprunteurs, surtout de ceux qui ne sont pas capitalistes, comme les propriétaires et les travailleurs, et, d'un autre côté, de la vuleur en usa(je des capitaux eux-mêmes. Aussi raccroissemeni de la population ^ toutes circonstances

égales d'ailleurs, contribue à élever le taux de rintérêt, parce qu'il augmente infailliblement la concurrence de ceux qui ont besoin du capital, même aux dépens du salaire. La solvabiliié des propriétaires fonciers, par opposition aux capitalistes , ne peut, en dernière analyse, reposer que sur l'étendue et la fertilité de leurs domaines, ainsi que sur le caractère de Yéconomie agricole ; la solvabilité des ouvriers dépend de leur habileté et de leur assiduité au travail. Lorsque ces éléments sont en progrès, rélévation du taux de l'intérêt peut marcher de front avec l'augmentation absolue du salaire et de la rente foncière, parce que la somme du revenu national s'accroît.

La valeur en usage des capitaux, qui s'égalise d'autant plus qu'ils se rapprochent davantage du caractère de capital circulant {res fungibiles), est, par sa nature, identique à l'habileté des ouvriers et à la fécondité des forces naturelles, auxquelles le capital vient s'adjoindre; elle se règle donc sur le résultat de l'emploi le moins productif, qui ne peut cependant pas être négligé, pour que tous les capitaux disponibles se trouvent utilisés. C'est cet emploi le moins productif qui détermine le taux ordinaire de l'intérêt, tout comme les frais de production du terrain placé dans les conditions les plus défavorables déterminent le prix du blé (§ 110, 150), ou comme les résultats obtenus par le travail de l'ouvrier, occupé en dernier lieu, déterminent le taux du salaire (§ 1G5) (o).

Quelle sera, dans l'ensemble du revenu public, défalcation faite de la rente foncière, la part du capital, et quelle sera celle du travail? Cela dépend de la solution d'une autre question, à savoir: si le capital court après le travail, ou le travail après le capital (4). Que les capitaux augmentent plus rapidement que la population ne s'accroît, le salaire devra s'élever dans la même proportion, et réciproquement (5). Gela s'applique surtout à cette espèce particulière de salaire élevé, que nous étudierons au paragrajjlic 195, sous la dénonjination de profit de

fenlrepreneur. Plus le nombre des entrepreneurs est restreint par rapport à celui des rentiers oisifs, plus aussi sera faible la part du bénéfice net des entreprises, dont ces derniers devront se contenter en guise d'intérêt (6).

(1) Un des principaux mérites de Ricardo (Principles, ch. xxi) est d'avoir montré le peu de fondement de l'opinion d'après laquelle, lorsque les capitaux augmentent, la concurrence des cajiitalistes devrait amener la baisse de l'intérêt, comme l'ont pensé Ad. Smith (I, ch. ix), J.-B. Say (Traité, II, 8), et beaucoup d'autres. V. aussi J.-S. Mill (Principles, IV, ch. iv, \).

(2) Storch (Ilandbuch, II, p. 20).

(3) L. fFolowski (Etudes d'économie politique, 1848, p. 343) — « La rente de la terre n'est que la différence des diverses qualités des terrains, mis en exploitation. Je crois cette théorie également vraie pour le travail de l'industrie. Il y a des terres, là aussi, de première, de seconde, de troisième qualité : le produit des terres de première qualité s'accroît d'autant plus, qu'on descend à une couche située plus bas. ))

(4) Le fréquent retrait des capitaux doit, passagèrement du moins, élever le taux de l'intérêt.

(5) V. Hermann (Staatwirthschaftliche Untersuclwngen, p. 240). Lorsque Ad. Smith déclare que le rapport entre le salaire du travail et le bénéfice du capital est déterminé par cette circonstance, si l'on demande sur le marché plus de travail ou plus de marchandises, plus de tvork to be doneow work done (I, ch. vu), cette pensée est plus ingénieuse qu'elle n'est complètement vraie. Malthus dislingue le principe restrictif du taux de l'intérêt, qui émane du rendement des capitaux agricoles les moins productifs, et le principe régulateur, c'est-à-dire le rapport réciproque entre l'offre et la demande de capital et de travail (Principles, ch. v, sect. iv). Ricardo (ch. vi) fait dépendre le profit du capital, en tout temps et dans tous les pays, de la quantité du travail nécessaire pour fournir aux ouvriers de quoi subvenir à leurs besoins, alors que ce travail est appliqué au sol qui ne donne aucune rente : théorie juste eu elle-même, et qui n'a été faussée dans l'application que parce que Ricardo lui-même (ch. xxi) et son école ont admis d'une manière trop absolue que les besoins de l'existence se borneraient constamment au minimum de ce qui est nécessaire à la vie. Ainsi, par exemple, J.-S. Mill (Principles, IV, ch. m, 4). Celui-ci, au reste, s'exprime mieux que Ricardo en remplaçant les ivages par costof labour. Seneor enseigne que la répartition du produit total entre le travail et le capital dépend de la

110 INTÉRÊT nu CAPITAL.

situation antérieure des intéressés ; de la valeur du capilal que les capitalistes ont précédemnienl appliqué, pour produire les choses nécessaires aux travailleurs, et du nombre d'ouvriers auxquels la population laborieuse adonné la vie Oullines. p. 188). Thïmeii (Der isolirle Staat, II. p. 20ü; a vainement tenté de produire «ne formule générale, toujours applicable. L'idée émise par Fourier, ([ue sur le produit total les 5/12 doivent être allribués au travail, les 3/12 au talent, et les 4/12 au capital, ne repose absolument sur rien ; elle est de pure fantaisie (Nouv. Monde industriel, p. 3ü9, seq.). Considérant (Destinée sociale, I, p. 102, seq.).

(6) Les capitalistes espagnols (§ 6o) du siècle dernier prêtaient volontiers aux sociétés commerciales qui offraient des garanties solides, au taux de 2-3 pour 100 par an [Bourgoiwi, Tableau de l'Espagne, I, p. 248;. L'abaissement du taux de l'intérêt dans le Hanovre, vers la même époque, doit s'expliquer, d'après fiu.vc/î (Geldumlauf, VI, 4, 12), par la difficulté de trouver un placement, puisqu'on ne pouvait prôler que fort peu sur les liefs et sur les terres des paysans ; qu'il n'existait aucune loi sur la lettre de change, etc.

HISTOIRE DU TArX DE L INTÉRÊT.

Chez les peuples encore presque sativages, le prêt du capital a si rarement lieu, et il se renferme tellement dans le cercle des plus proches, qu'on ne songepas à stipuler un dédommagement en échange (l). Si l'on arrive alors à Vintérêt proprement dit, le taux doit en être extrêmement élevé (2), car la prime d'assurance est fort considérable, tandis que le goût et la possibilité de capitaliser sont très-faibles. Une grande partie des capitaux existants demeurent sans emploi, faute d'intelligence et d'institutions propres à favoriser leur concentration et leur écoulement (^ 4"). Le peu d'habileté au travail se trouve plus que compensé par la surabondance de terres fertiles el de lieux d'établissement d'uue richesse encore intacte, qu'il ne s'agit, pour ainsi dire, que d'écrémer. La population est clair-semée ; mais la servitude qui domine parmi les classes inférieures empêche le salaire d'exploiter à son prolit tous les avantages de

INTIÎRÉT DUCA.P1TAL. Hl

la concurrence (3). Cette dernière circonstance est très-importante (4).

Etant donnée une somme déterminée de revenu général et de rente foncière, il faut nécessairement que chaque diminution du salaire élève le taux de rinlérôt du capital, et vice versa (5).

(1) Tacit. {Genn., 26) ; Savigmj (Ueber das allroemische Schuldrecht, dans les Mémoires de l'Acadéinie de Berlin, 1833, p. 78, serf.) ; Ch. Giraud (Des Nexi ou De la Condition des débiteurs chez les Romains ; — Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, V, 359). Ce travail renferme les renseignements les plus curieux, sur ce ijui louche In question du contrat de prêt à Rome. — V. aussi Troplong (Commentaire du Prêt; prélace el passim).

(2; D'après la Lex Visig. (V, 5, §8;, le maxinium d'intérêt permis est de i"! 1/2 pour le prêt d'argent, el de oO pour lUO pour d'autres choses fungibles. Du douzième au quatorzième siècle, les Lombards el les Juifs prirent en France el en Angleterre, la plupart du temps, 20 pour iOO par an (Anderson, Origin ot commerce, a, 13U0). I'liilip|)e IV, roi de France, fixa en 1311 le taux de l'intérêt à 20 pour 100, et pour les foires de la Champagne (c'était donc une sorte d'escompte) à lu pour 100 seulement (Ordonnances de France, I, p. 48-4, ¥3i, o(J8). A Milan, en 1 J97, lo pour 100 passaient |iour un laux trcs-modéré [Giulini, Memorie di Milano, p. 134), et en Toscane, en 1234, 20 pour 100 [laraissenl avoir été le taux ordinaire (/Jau»ner, Geschichte der liohenslaufen, III, p. 552). Le taux légal de l'intérêt à Vérone, en 1828, était de 12 1/2 pour 100; à Modéne, en 1270, de 20 pour 100 [Muraluri, Anliquill. liai., Diss. XVI); à lirescia, en 1208, de 10 pour 100 [liaumer, Uohenslaufen, V, p. 395, seq.). Frédéric II voulut le réduire à 10 pour 100 pour .Naples, mais il ne put y parvenir [Bianchini, Sloria délie finauze diNap.,I, p. 299). Les tables dressées par Cibrario (Economia polit, del medio evo. 111, p. 380,, de 1306 à 1399, montrent que dans la haute Italie les inlérèls élaienl de 20, lo, 14, 10 el même de 5 1/2 pour 100. tu 1430, les Florentins appelèrent les Juifs daus leur ville, afin de modérer le laux énorme de l'intérêt, et ceux-ci promirent de ne point dépasser 20 pour 100 {Cibrario, III, p. 318). Le taux de Tinleret s'est maintenu en Allemagne, jiendant le treizième siècle, sur le pied de 10 pour 100 [Eichhorn, D. R. G., II, §377). A Zurich, en 14i3, les capitaux élaieut prèles au laux de 4 pour 100; huit ans plus tard, après une guerre acharnée, on n'en trouvait plus qu'au taux de 7 1/2 pour 100 (/. Müller^ Schweizer Gesell., IV, p. 211), L'inlérêl de 5 pour 100, dont il est si fré- 4Ui>uuneul quusliou à la liu du quinzième siedu, élail, à la vûriié, lii(é

par 1,1 loi, niais, on réalité, on ne s'y conformait jamais. Les Pérès des conciles de Constance et de Bâle admirent l'intérêt de 5 pour 100. V. F. Hemmerlin (De enitione et vendilione unius pro viginti, 14). Le taux de l'intérêt en Russie, fixé parles lois deJaroslaw (-j-10o4 après J.-C), était de 40 pour UIO {Karamsin, Russ. Gesch, II, p. 47). — Troplong (Préface du Commentaire sur le Contrat du prêt) fournit des indications très-précieuses.

(3) C'est ce qui explique l'intérêt élevé, présentement en vigueur dans un assez grand nombre de pays. Aux Etats-Unis, pendant la durée du dernier siècle, on percevait rarement moins de 8 pour 100 {Ebeling, III, p. 1o2j. Michel Chevalier (Lettres sur l'Amérique du Nord, 1836, I, p. S9) nous apprend qu'à cette époque le taux de l'intérêt s'élevait en Pensylvanie à 6, dans l'Etat de New-York à 7, dans la plupart des Élats à esclaves de 8 à 9, dans la Louisiane à 10 pour 100; daus l'Australie méridionale (1850), avec une sécurité entière, de 15 à 20 pour 100 [Beimer, Sudaustralien, p. 39). Aux Indes occidentales, vers la fin du dernier siècle, un nègre robuste pouvait chaque année rapporter, en produit net, le quart de sa valeur en capital [B. Edivards, Ilistory of the British W. Indies, 11,129). Au Mexique, 36 pour 100; au Brésil, 12 pour 100 (Martins, Reise, I, p, 131) ; à Cuba, pour le gouvernement 10, pour les particuliers de 12 à 16 pour 100 (Humboldt, Cuba, I, p. 234). Temple obtint, en 1820, à Potosi, jusqu'à 30 pour 100, sur gage ; on offrait même de 3 à 4 pour 100 par mois, tandis que le taux de l'intérêt, à Buenos-Ayres, ne dépassait pas 15 pour 100 par an (Temple, Travels, II, p. 217. (Storch parle de 8 à 10 pour 100 pour la Russie (I, p. 262) ; suivant Haxihausen, le t«ux de l'intérêt n'est jamais, à l'intérieur, audessous de 8 à 12 pour 100; il s'élève à 1 1/4, 1 1/2, ou même 2 pour 100 par mois à Odessa et à Kiew (Studien, I, p. 58, 467; II, p. 495). En Grèce, le taux de l'intérêt sur première hypothèque est d'au moins 10, sur la seconde de 15 à 18 pour 100 (Ausland, 1843, n» 82).

(4) Nebenius (Oeff. Credit, I, p. 55).

(5) C'est alors seulement que se vérifie l'assertion sur laquelle Ricardo insiste fréquemment, à savoir, que le salaire du travail ne peut s'élever (|u'aux dépens du profit du capital, et réciproquement.

Les profjrès de la civilisation amènent d'ordinaire rabaissement du taux dtj l'intérêt (1,2). Une des causes principales de ce phénomène se rencontre dans la nécessité où Ton se trouve,

INTKItKT DU CAPI lAI,. 1 13

par suite de l'accroissement simultané de la population et de la consommation, d'employer le capital à la culture des terrains moins productifs, et à l'exploitation des moyens d'établissement moins avantageux (3). L'augmentation du numéraire ne déprime pas par elle-même le taux de l'intérêt. Si elle est suivie d'une dépréciation correspondante des espèces , on ne saurait dire que le peuple soit devenu plus riche ; il faut seulement plus de livres pesant d'or ou d'argent et plus de billets, etc., pour représenter le même capital (4). Mais, tant que dure la période de transition pendant laquelle s'accomplit la baisse du prix de l'argent, cette situation pèse d'ordinaire sur le taux de l'intérêt, d'autant plus que les capitaux de prêt sont, d'habitude, offerts ou demandés sous forme de numéraire (5, 6). — L'abaissement du taux de l'intérêt commence généralement par se manifester dans les grandes villes, qui forment toujours le point sur lequel se révèlent en premier lieu les symptômes, bons ou mauvais, qui accompagnent le développement d'une civilisation avancée (7).

Du reste, la situation des capitalistes n'est pas forcément lésée par rabaissement du taux de l'intérêt. Il peut se faire que pendant longtemps l'accroissement des capitaux soit plus rapide que l'abaissement de l'intérêt, pour chacun en particulier. (Et quand la somme totale des intérêts viendrait à diminuer d'une manière absolue, il resterait, comme facile et agréable ressource, la consommation d'une partie du capital!) Cependant, ce phénomène a presque toujours pour résultat une activité croissante des capitalistes; on ne se décide que plus tard à se reposer sur les résultats du passé. En Hollande, depuis Louis XIV, aucune branche d'affaires n'a guère rendu plus de 2-3 pour 100. Dans les achats de terre, on a capitalisé tout au plus sur le pied de 2 pour 100. Il ne fut donc plus possible aux petits capitalistes de vivre des intérêts de leur capital; et l'esprit public se modela tellement sur ces idées, qu'on y re-

iH INTÉRÊT DU CAPITAL.

garda généralement comme peu honorable l'existence oisive du rentier (8, 9).

{i) L'idée de Proudhon, que cet abaissement de l'intérêt ira jusqu'à le faire coiuplélemenl disparaître, repose sur une erreur pareille à celle (|ui feraii prétendre que parce (|ue l'on peut diminuer chatjue jour la (|uolité de sa nourriture, on peut arriver au point de s'en passer. — Ban(|ue in Poiiple de Proudlion qui, en abaissant l'intérêt des prêts au miiiiiiinni »les frais (radminislrnlion, devait forcer peu à peu les autres capitalistes à suivre son exemple !

(2) Le taux léi^al de l'intérêt était Oxé en Angleterre, d'après Vact 37 d'Henry VIII (c. ixj à 10 pour JUÜ; d'après Vacl 21 de Jacques I" (c. xvii, .18, en IG0I ;1 G pour 100 coiilirmé en 1660) ; d'après Vact 12 de la reine Ayine (c. xvi) i'i .1 pour 100. An temps de Georyes II, on ne donnait réi,Miliéremeiit, en fonrniss.inl sûreté pleine et entière, que 3 pour 100. — En France, le taqj légal de l'inlérêl, au commencement du seizième siècle, était de d/iO du capital ; depuis 4567 = 1/12; en 1601 (Sully), 1/16; en 1634 [Richelieu], 1/18; en 1665 (Colbert), 1 20. V. Forbumiais (liechèrches et Considérations, I, p. -48, 225,385, seq.). Il demeura jusqu'à la Révolution, sauf de courtes interruptions, flxé à 5 pour 100 {Warjikueniy, Frauzos. Staats-und Rechtsgeschichte, II, p. 588, seq.). Le taux légal russe de l'intérêt était tombé au seizième siècle ;i 20 pour 100 {Ilerbeslfiti, Heise, p. -41, seq. ; Karamsin, Russ. Geschichte, VIL, |) KW). En 1660, le taux était généralement eu Italie et en Hollande au pins de 3 pour 100 (en temps de guerre il ne dépassait pas 4j ; en France de 7; en Ecosse de 10 ; en Irlande de 12 ; eu Espagne de 10 à 12; en Turquie de 20 [sir J. Child, Discourse on trade, trad. franc., p. 75, seq.). A côté du taux anglais de 6 pour 100, létaux irlandais était de 10 pour 100, un peu plus tard [l'eUy, Polit, anatoniy of I., p. 74). — On remarque également dans Fantiquité une marche analogue. L)u temps de Sulon et encore;! l'époque de Lysias, l'iulérêt était de 18 pour 100 (fioecfc/i, Slaalshnushall der Athener, I, p. 143, seq.). Je pense que le taux de l'intérêt était tombé dans l'intervalle, et qu'il s'était relevé à la guerre du Pélu|ionnc'se, après latjuelle écrivait Lysias. Au temps de Démusthéne, le taux du prêt, entre amis, s'ékvail à 10 pour 100 (Adv. Unetor., I, p. 866). Arialute \>^rh de 12 pour 100 ,Rhet., III, 10). Lr taux du commerce, en Egypte, vers l'an 146 avant J.-C, paraît avoir été de 12 pour 100 par an (Letronnc, Récompense promise à celui, etc., 1833, p. 7). A Rome, du temps de Cicéron, un pareil intérêt aurait passé pour usuraire [Cicero, Ad Att., I, 12). Sous l'empereur (Claude, il était de 6 pour 100 [Coluniella, De re rust., IH, 3). Justinien ue permettait au; personœ illustreii que A pour 100 par an (L. 26, Cod.,

INTÉRÊT DO r,AI>H AL. Il3

IV, 32). BriUm nvnil prêté à 36 pour lOUl V. Troplong (Préface du contrat de prêt).

(3) Le Uiiron, dans ses foréis sauvages, ahat chaque jour peut-être dix pièces de {iil»ier avec son arc el ses flèches, taudis (jnc rEuropétiii, avec un capital hieii autninienl considérable, rrpréspiilo par son fusil, etc., ne [larvienli en abattre qnecinr|. V. Schloezer (Anfanj^sgriinde, I, p. 28); Mallhus (Principles, ch. v). Suivant ßicardo, rabaissement du taux de rinlérêt qui provient des diflicullés que rencontre l'exploitation agricole, etc., donne une valeur pins jurande ä tous les capitaux, qui se composent de matières premières, tandis que les possesseurs de capitaux en argent ne rencontrent aucune compensation 'cli. vi). Wakefteld (tlngland and America, 1833) rexpli([ue en disant que la proiluclioii, outre le concours du capital et du travail, a encore besoin d'un ßeld of emp/o?/men/ ; d'après M. TF«r(/i (drundzüge der Nat.-OEk . 18S5 p. 50), à mesure que la civilisation progresse, les services précédemment rendus, comparés aux services plus récents, perdent de leur valeur, car ils ont dû s'exercer au milieu de circonstances moins favorables (c'est la doctrine de Ba.sliat).

(4) D. Hume (Discourses, n" 4 : On interest).

(5) Nebenius (Oeff. ('redit, I, p. 172, se(|.). V. pour Kopinion contraire, Montesquieu (Esprit des lois, XXII, 6). Cautillon dit avec linesse : (( Si l'abondance d'argent dans l'Etal vient par les mains des gens qui prêtent, elle diminuera l'intérêt courant en augmentant le nombre des prêteurs , mais si elle vient par l'entremise des personnes qui dépensent, elle aura l'effet tout contraire, et elle haussera le prix de rintérêt, en augmentant le nombre des entrepreneurs qui auront à travailler au moyeu de celte augmentation de dépense, et qui auront besoin d'emprunter pour fournir à leur entreprise, dans toutes les classes d'intérêts » (Nature du commerce, p. 284).

((')) Le taux de l'intérêt à Rome tomba de 12 à 4 pour 100, lorsque Octave enljeté tout à coup sur le marché les trésors enlevés à l'Egypte; le prix des marcliandises n'avait fait que doubler. .Mais lorsque ensuite le monvemenl du commerce eut répandu cette masse d'argent dans les provinces, sous le régne de Tibère, le taux de l'intérêt ne larda pas à remonler {Sueton., ocl., 41; Dio C, LI, 17, 21 ; Oros., IV, 19,. Les émissions colossales de papier faites par Lato réduisirent en France le taux de l'intérêt à 1 l/l pour 100 [Laio, OEuvres, p. 421) ; le prix des terres s'éleva au denier 80 et 100 [Dutot, Héilexions, p. 9V)0, Daire). Mais dés que le papier monnaie eut perdu sa valeur, les choses leyinrenl à leur ancien état. Reniarques pareilles faites à Hlo-Janeiro [Spix et Martius, Reise, I, p. 131).

(7) Tandis qu'à Paris, il y a (|uelques années, les capitaux sûrement pUcés ne rapportaient (|ue 2 1/2 à 3 pour lOO, 4 pour 10() au plus. 37

llß INTERET DU C.VPITAL,

(•onseils généraux sur 61 déclaraieul, on 18i5, que le taux de l'inlérêl hypothécaire de leurs départemeuls dépassait 5 pour 1 00 ; 17 l'évaluaient en moyenne de (j;i 7 pour 100, y couiprisles frais ; 12 de7 à 10 pour 100; (|uelques-uns parlèrent de 12, 15, ou même 22 pour 100 pour de petites sommes et à courte échéance [Chegaray, Rapport au nom delà commission de la réforme hypothécaire, 29 avril 1851; Woloicski, De l'organisation du crédit foncier). — Au commencement de ce siècle, le taux de l''inlérêl en Russie montait, ])Our les provinces baltiques, à 6 pour 100, pour .Moscou, :'i 10; jiour la Tauride, à 25; pour Astracan, à 30 pour 100 [Schloezer, Anfaiig-sgrunde, I, p. 102). Eu 1750, il variait, A IVaples, de 3 ;i o ; dans les provinces, de 7 à 9 pour 100 (Galiani, Délia monela, IV, 1). Sous l'empereur Trajau, à Rome, G pour 100; en Bitliynie, 12 pour 100 {[Hin., Epist., VII, 18 ; X, 62).

(8) Temple (Observations on the Un. Provinces, ch. vi ; Works^ I, p. 184} ; Ad. Smith (W. of N., I, ch. i.\). Déjà Descartes dit de la Hollande : U In nemo non exercet mercaturam. Les très-grands capitalistes vivaient de leurs renies, au temps de Sunth (Richesse de la Hollande, II, p. 172). Aujourd'hui encore, en Angleterre, les innombrables rentiers prennent part occasionnellement aux spéculations, d'où il résulte que les crises commerciales y ont incomparablement plus d'étendue et de gravité qu'ailleurs.

(9) Senior (Outlines, p. 188, seq.) montre comment tout capitaliste qui épargne, amène, au détriment de la masse des autres capitalistes, mais en recueillant un bénéûce personnel, l'abaissement du taux de rintérêl et rélévation du salaire.

Il t\sl, (lu reste, cerlains obstacles qtii, même au milieu des économies les plus florissantes, peuvent agir en sens contraire (le la réduction du taux de l'intérêt, et la faire rétrograder, ou du moins farrèler et l'ajourner.

De ce nombre sont les modifications du système économi- (jue, signalées au paragraphe 183, et, par-dessus tout, Vextensiim des terres fertiles. Supposons un peuple (jui voit doubler tout à coup son territoire, en présence d'une puissance de capital et de travail demeurée invariable. On abandonnera les emplacements moins productifs des anciennes contrées; capitaux et travailleurs se porteront dans les nouvelles. Le revenu

public pris dans son ensemble augmentera, et la rente foncière diminuera (§ 157). — L'intérêt du capital et le salaire du travail devront alors grandir simultanément, d'une manière notable. Auquel des deux cette situation profitera-t-elle de la manière la plus efficace et la plus durable ? Cela dépendra de l'accroissement plus rapide des capitaux ou des travailleurs(l). Un effet pareil doit se produire, quand une nation réussit, au moyen de modifications introduites dans le commerce ou dans les lois dédouane, etc., h faire importer des contrées fertiles et moins exploitées, des denrées à meilleur marché (2).

L'introduction de modes perfectionnés de production a des conséquences très-différentes, suivant qu'il s'agit, ou non, des produits qui correspondent aux besoins des classes laborieuses. Admettons, pour un instant, que les frais du vêlement ordinaire soient tout à coup abaissés de moitié, pnr la découverte de nouvelles étoffes, des machines perfectionnées, etc.; les capitalistes, comme le reste du peuple, verraient, en tant que consommateurs, augmenter ainsi {t'urs jouissances; de plus, leurs revenus aussi bien que leurs capitaux, par comparaison avec les vêlements, obtiendraient une valeur plus grande ; mais le rapport existant entre le capital et l'intérêt, le taux de ï'mtérêl, par conséquent, ne subirait aucune altération immédiate (V. ci-après, note 2). Ce n'est que du moment où les ouvriers utilisent le salaire, qui a réellement suivi une marche ascendante, pour un accroissement de population, où, par conséquent, le salaire, calculé en argent, baisse de nouveau au-dessous du taux antérieur, c'est-à-dire lorsque le prix d'une certaine quantité de travail devient moindre, c'est alors seulement que le taux de l'intérêt s'élève ; une partie de ce qu'ont perdu les ouvriers pourra contribuer à laugmeniation de la rente foncière, conséquence naturelle de l'accroissement de population (3, 4).

Si l'application des modes de production perfectionnée se borne aux articles de luxe, dont l'usage est réservé aux rias-

ses supérieures (par exemple, la fabrication de h dentelle), le taux ordinaire de l'intérêt n'est affecté qu'autant que le commerce réussit à échanger, chez d'autres peuples, des produits de celte nature, contre des objets en rapport avec les besoins des classes laborieuses. Mais il est fort peu d'améliorations dans la prodiiclion, qui n'amènent point une baisse de prix notable, pour les objets de grande consommation ; celle vérité devient surtout sensible aujourd'hui , grâce au développement prodigieux des voies de communication. — Du reste, la mülti' plicatioii des capitaux fixes, comme machines, chemim de fer, etc., peutcommencer par réduire le salaire, et par élever le taux de i'iuiéiêt. Eti effet, un certain nombre d'ouvriers peuvent, passagèrement du moins, être privés d'occupation; et, d'un nuire côte, la consolidalion d'un si grand nombre de capitaux circulants diminue l'offre de ces derniers (^5).

Un autre genre d'obstacles provient de la diminution de l'offre du capital. Tonie guerre, par exemple, entraîne nue lelle déperdition de capitaux, et en rend la reproduction tellemertt difficile, que le taux de l'intérêt monte rapidement (6). Les autres grandes calamités (7) et les dissipations de tonte nature enirainent des conséquences analogues. Tout emprunt public, qu'il soit destiné à une consommation immédiate ou qu'il ail pour bui la création de capitaux productifs, diminue l'offre des cajnlnux circnlanls, (pli iniluent de la manière la plus directe sur le taux de l'intérêl du marché (8, 9).

(j) Le taux de l'iiilérèl s'éleva en Russie, lorsque Catherine II fit k coiiijiièle (le.s [uovinces siluées sur la mer Noire {Storch, llarullmch, II, I». .'{i). Le inèine réMillal se |)rodiiil irime manière bien plus frappante encore lors de loiile bonne organisalion de colonies agricoles.

(2) Abolition lies lois anglaises sur IfS crréales .' — Un commerce exléricNr très-»v«l^^n^e!lx augmente toujours le bien-être du peuple} quant au taux de l'inlérèl, il ne l'élève que si le prix des objets de première néressilè ayant diminué, il s'ensuit une baisse de salaire. Supposons r|u'nn pays ait acheté 10.000 harriijUPs de vin par an pour 1 million de

INTÉRÊT DU CAPITAL. IlO

thalers : on pourra peut-être obtenir ces 10,01)0 barriques pour 1/2 million (le thniers. Si les consommateurs veulent toujours rlé|)enser en vin la même somme de I million, ils doublent naturellement leur consommation^ mais le taux de l'intérêt demeure invariable. Si, au contraire, ils se contentent de la même quantité que précédemment, et s'ils appliquent 16 1/2 million ainsi éparj^Mié à une demande plus considérable de produits indigènes, le capital que cet accroissement de production exige est également devenu libre. Le rapport entre l'offre et la demande des capitaux n'a donc pas varié, abstraction faite de quelques difficultés transitoires. V. /îù'ardo (Principles,ch. vu), qui rectifie l'opinion à' Ad. Smith (W. ofN.,1, ch. IX).

(3) L'élévation du taux de l'intérêt, causée par une diminution du salaire, ne saurait durer longtemps. Les capitaux croissent alors plus rapidement, ce qui produit une augmentation dans la demande du travail. Si, dans l'intervalle, les ouvriers se sont linbiliics à un mode d'existence |)lus exigu, le salaire, en s'élevanl de nouveau, est bientôt suivi d'un accroissement de la population ; alors la nécessité de recourir aux terres de plus mauvaise qualité est la cause d'un abaissement de l'intérêt (Edinburgh Rev.,mars 1824, p. 26).

(4) D'après cela, il est facile de voir (|uelle iniluence exerce une augmentation d'habileté ou d'activité des classes laborieuses (amenée, par exemple, par la diminution des jours fériés, le travail des enfants et des femmes, etc.), alors qu'elle ne réveille pas de nouveaux besoins; tout le bénéfice revient aux capitalistes ou aux propriétaires fonciers.

(f)) V. les explications fort claires, quoique incomplètes, de/.-6', Mill (Principles, IV, ch. m.)

(6) V. ci-dessus, § 184, 2. Dans les temps qui suivirent la guerre de la succession d'Espagne, en France, les usuriers les plus modéras prenaient 12 à 15 pour 100 par an [Dutot, Réllexions, p. 866j. En Russie, après les dix ans de guerre, de 1805 à 1815, le taux de l'intérêt monta de 4 à 5 pour lUO [Storch, Handbuch, II, p. 35, set(.) ; mais V. en sens contraire Nebenius (Oeff. Credit, p. 70, seq.).

(7y C'est ainsi que l'incendie de Hambourg, joint à la mauvaise récolte de 1841, a, pendant de longues années, élevé le taux de l'intérêt dans le Mecklenbourg.

(8) Les emprunts publics sont contractés d'ordinaire dans les temps difficiles, à un taux d'intérêt extraordinairement élevé. Cela inline aussitôt sur le taux de l'intérêt en général, au grand préjudice des entrepreneurs, que le déplacement de beaucoup de capitaux met déjii dans une position très-défavorable. A la longue, le taux de linlérêl bas ou élevé, stipulé pour la dette publique, n'exerce aucune iniluence sur l'intérêt ordinaire, du moment que le créancier ne peut pas demander le remboursement. La Jette publique prend le caractère du capital fixe.

120 1^TÉRÊT DL" CAPITAL.

dont la valeur échangeable s'établit sur le rendement annuel multiplié par le taux de l'intérêt, communément adopté {Hermann, Staatswirthscli. Untersuch., p. 223).

(9) L'action simultanée de la plupart des causes que nous venons de mentionner a fait monter le taux de l'intérêt en Angleterre de 3 pour 100 à 5 pour 100, en moyenne, de 1760 à 1816. Gauss, dans un travail manuscrit dont je me suis servi, rapporte qu'en 179-i, la caisse des veuves des professeurs deGoetlingue ne comptait que sur un intérêt de 3 pour 100; en 4799, le curatorium fit observer que les capitaux pouvaient être désormais placés d'une manière sûre à 4 pour 100 ; l'intérêt moula un peu (ilus lard à o pour 100 et resta {iXQ à ce taux pendant de longues années. — L'inlérêt, il y a dix ans, ne s'élevait, dans l'ancienne Bavière, qu'à 4 pour 100, et à 5 pour 100 dans la Bavière rhénane, où la civilisation a fait plus de progrés.

Entre ces genres d'obstacles, vient se placer d'ordinaire le procédé fort répandu en vertu duquel les pays très-avancés, où le taux de l'intérêt est bas, portent une partie de leurs capitaux dans les contrées où l'intérêt est à un taux élevé, et où domine la production des matières premières (1). Ce mouvement s'effectue de la manière la plus radicale par Xémigration des capitalistes; mais il est vrai de dire que cela arrive rarement, parce que l'attachement naturel de l'homme au sol natal est ordinairement trop puissant, surtout chez les personnes dans un état d'aisance, pour que l'attrait d'un intérêt supérieur détermine l'expatriation. Il arrive beaucoup plus fréquemment (ju'on aille former en pays étranger des établissements temporaires : le capitaliste lui-même y fixe son séjour pour relourner ensuite dans sa patrie, et y passer les années de la vieillesse, après s'être enrichi, ou bien il y fonde une sorte de succursale permanente, en la confiant à la direction d'un représentant. Les habitants de l'Italie septentrionale avaient fondé pendant les derniers siècles du moyen âge des établissements de ce genre, non-seulement pour le trafic des marchandises dans

les échelles du Levant, mais encore pour le commerce de l'argent dans les principaux Etats de rOccident(2). Les villes hanséatiques firent quelque chose d'analogue au nord et au nordest de l'Europe , et c'est encore ainsi que se comportent les Anglais, dans presque toutes les places maritimes un peu importantes du monde (3). Cette entreprise présente toujours quelque chose de périlleux chez les nations qui ne sont pas encore élevées à un haut degré de civilisation (4).

Mais l'instrument le plus actif de la migration des capitaux, c'est le crédit. Dans les relations internationales, les prêts de particulier à particulier sont assez rares. Ils entraînent trop de risques, à cause de l'ignorance inévitable où l'on se trouve au sujet des personnes et des choses, et de la difficulté d'exercer une surveillance continue et de faire prévaloir son droit en temps et lieu (5). On prête avec une plus grande sécurité aux Etals étrangers ou à de grandes Compagnies, dont la situation est parfaitement connue, et qui, du reste, en raison même de la continuité de leur existence, ont un intérêt évident à ne pas compromettre leur réputation de loyauté (6). Le mode qu'on préfère, lorsqu'il s'agit de prêter à l'étranger, c'est de vendre ses marchandises et de n'en exiger le payement avec intérêts, bien entendu, qu'au bout d'un temps plus ou moins long. Les achats sont, au contraire, soldés immédiatement, souvent même par avance(7). — Plus le taux de l'intérêt est bas dans un pays, plus celui-ci peut faire à d'autres Etats un crédit long et peu onéreux : motif de plus pour que les peuples arriérés trafiquent le plus volontiers avec ceux dont la civilisation a fait le plus de progrès (8). Nous parlerons plus tard des colonies.

(i) Nebenius (Der œffenlliche Credit, p. 83, seq.). Après les guerres de la période naiiolêoniemie, les capitaux anglais ont afilué surtout dans rAniéri({ue du Sud, plus lard en Espagne cl au Portugal, depuis 1830 dans l'Aniérique soplcnlrionale, el au couunencenienl de 18i0 daus les chemins de fer français el allemands.

122 INTÉRÊT flu CAPITAL.

(2; Les habitants d'Asti corhinencérent dés 1226 à faire le cdlntîierce de l'argent dans les pays transalpins. En 12S6, Louis IXfitjeleren prison cent cinquante changeurs d'Asli et confisqua le capital qu'ils avaient prêté en France, et qui s'élevait à jjIus de 800,000 livres. On les livra ensuite comme usuriers à leur ennemi, le comte de Savoie {Muratori, Scr. rerum Ital., XL p. 142, seq.). En 1268, Louis IX bannit tous les changeurs lombards et cahorsins ; il ne leur laissa que trois mois pour le recouvrement de leurs créauces [Sismondi, Histoire des Fr., VIII, p. ■112). En 1277, tous les chaii!,^eurs italiens furent de nouveau emprisonnés, et on tira d'eux 120,000 tlorins rPor {Giov. Villani, Vil, 52). Lorsque les Lombards eurent perdu leur liberté, les affaires passèrent entre les mains des Florentins et des Lncquois {Sismondi, Uisl. des ré|iubliques italiennes, IV, p. 002; Dante, Inferno, XXI, 38) Grand rôle joué à la cour de Philippe IV par les frères Franzesi, comme marchands d'objets de luxe, prêteurs sur gages^ etc. Eu 1291, leur jalousie suscite une persécution nouvelle contre tous les autres changeurs italiens (Sismondi, Ilist. des Fr., VIII, p. 429, seq.). La guerre de 1337, entre la France et l'Angleterre, fit subir île grandes pertes aux Florentins : Edouard III ne remboursa point à ses bam|uiers Peruzzi esl Bardi, 135,000 et 184,000 marcs sterling (plus de 10 millions de francs), ce qui entraîna leur faillite et celle de beaucoup d'autres ; en France, on arrêta tons les changeurs florentins et on les obligea à payer de fortes rançons [G. Villani, XI, 71). En 1376, le pape Grégoire XI, alors en hostilité avec Florence, ordonna à tous les princes amis de l'Eglise de confisquer à leur jirofit tons les biens des Florentins qui exerçaient le commerce dans leurs Etats, de saisir leurs personnes et de les vendre comme esclaves. L'Angleterre et la France suivirent ce conseil [Sis* mondi, llist. des rép, ital., IV, 415; V, p. 74, éd. de 1840,. V. Troplong (Préface du Commentaire des Sociétés civiles et commerciales et passim, et Préface du Commentaire du Prêt).

(3) Peu de temps avant la Révolution française, Cadix comptait plus de 50 commerçants en gros, environ 30 marchands eu détait, .30 marchandes de modes et au moins 100 artisans, venus de France [Bourgoing, Tableau, III, p. 130).

(4) L'empereur de Russie Paul mit le séquestre, en 1800, sur tous les biens des négociants anglais. Déjà Galiani (Délia moneta, IV, 3) émet l'opinion qu'un pareil commerce est inconi|iatibIe avec les instincts guerriers. En tons cas, nn gouvernement comme celui d'.VngIclerre a raison de ne pas déclarer trop subitement la gnern; à des pays comme la Russie ou PAmérique septentrionale, afin de donner à ses sujets le temps de faire leurs recouvrements Lorsque, au printemps de 1854, on ne vit plus accepter les traites russes ;i Londres, on put regarder ce fait comme le présage le plus certain de la guerre. Les marchands anglais avaient

INTÉRÊT Dû CAPITAL. 123

réalisé lès avances aux Russes dans la période économique précédente, et ils se refusaient à en faire de nouvelles.

(5) Cet inconvcnienl dispnrail du inomenl où le pays qui empriiiile est dans la dépendance poIili(|ue de celui qui prèle. Le canton d'LVî défendit autrefois aux habitants de la Livinerthal d'emprunter ailleurs un capital quelconque. Au commencement de ce siècle, les capitaux d'Uri, prêtés ainsi, s'élevaient â 1/2 million de florins , c*est-;i-dire <i 250 llorius en moyenne par ménage. Aujourd'hui ce chiffre est réduit des 4/5 (FTanscini, Der canton Tessin, p. 126;.

(6) Au seizième et au di.vseptiéme siècles, los villes commerçantes de l'Italie, et surtout Gênes, étaient, comme aujourd'hui l'Angleterre, le principal marché pour les emprunts des pays étrangers. V. Mun (Englands treusure, in6i, ch. iv). Les Génois prêtaient an dehors â 2 ou .'J pour 10U (i\Jonlanan\ Della monela. 1G87, cap. u). Les Hollandais possédaient, en 1778, en papiers publics étrangers, surtout français et anglais, 1,S00 millions de livres (Richesse de la Hollande, II, p. 178). En 1844, d'après un calcul oflicicl, 1,000 millions de llorins, c'esl-àdire un tiers de tonte la fortune nationale (Angs. Allgeni. Zeitg., 1844, n" 3a). /Vfcrer (Histoire financière, 18;U, II, p. 00) évalue à 4 millions i/2 de livres sterling, par an, les revenus des capitaux anglais placés à l'étranger. D'après Baumstark (Staatswissensch. Versuche über Slaatscredit, etc.. 1833, p. 75 , les Etats étrangers ont emprunté en Angleterre 49 millions de livres sterling, de 1818 à 1825; dans le mémo espace de temps l'Angleterre aurait encore pris part aux emprunts russe, français et américain (du Noid) pour la somme de 44 millions de livres sterling. Les canaux, chemins de fer et banques des Etats-Unis ont employé près de 25 millions de livres sterling de capitaux anglais (Potier, Progress, VI, 4, p 634;.

(7) Déjà du temps de Colberl, les Hollandais, dans leurs ventes en Europe, accordaient ordinairement un crédit de douze mois (7. de Witt, Mémoires, p. 184^. Child mentionne pour l'Angleterre, comme un grand progrès, qu'après avoir fait, jusqu'en 1650, toutes les affaires de l'intérieur à crédit (de 3-18 mois), en 1669 on paya tout comptant (Discoiirse on trade, p. 45). Pour les temps antérieurs, V. W. Ruleigh (Observations touching trade and commerce wiih Ihe Holländers and other nations, 1603, Works, Vlll. p. 351, seq.) Dans l'Amérique septentrionale, les marchands du pays [uennenl leurs marchandises aux importateurs à 6-8 mois de crédit (Tt'llhampf, Beitraege, I, p. 52). Aux Indes occidentales, les Anglais, vers la fin du siècle dernier, laisaienl ordinairement un crédit de i2-16 mois H. Edwards, Hisl. of the British W 1., H, p. 383j ; au Brésil, 4, 8 et même 12 mois de crédit; le payemeni par termes mensuels et souvent plus longs encore, sans aucun intérêt, [lour l'importation ; quant à l'exportation, 1 pour 100 par mois, si l'on ne

paye pas comptant {Reden, Garn und Leinenliandel, p. 332). Il fallait, n Buénos-Ayres, payer longtemps d'avance [habilitacion) au producteur ou au commissionnaire le prix des objets d'exportation : procédé hasardeux, mais que la pauvreté du pays rendait nécessaire [Robertson^ Letlers on S. America, I, p. 174, sefj.). L'usage du commerce des blés, dans le midi de la Russie, voulait, le plus souvent, que la moitié du prix d'achat fût payée d'avance, avant même que le blé eût été expédié par le propriétaire, et l'autre moitié à l'arrivée au port, par conséquent avant un embarquement qui pouvait traîner en longueur {TV. Jacob, On the corntrade of Ihe Black Sea, p. 23). V. Tooke (View of the Russian Empire, I, p. 339) ; Richesse de la Hollande (II, p. 43); Storch (Handbuch, III, p. 61, seq ). La Russie, en 1770, faisait crédit à la Perse, pays plus pauvre encore {Ginelin, Reise, III, p. 413). Les Espagnols avaient toujours dans leurs colonies américaines une expédition faite ;i l'avance, dont le payement était opéré à l'arrivée de la seconde (Depoiis, Voyage dans la Terre-Ferme, II, p. 368j. — Du reste, le commerce actif, surtout celui de long cours, peut être considéré, en quelque sorte, comme un prêt international, et c'est ainsi que se constitue le bilan « favorable, » au moyen duquel on acquiert des droits de créance à l'étranger.

(8; 31algré toute la reconnaissance que les Etats-Unis devaient à la France, et malgré tous les efforts du ministre de cette puissance, les Anglais, aussitôt la paix conclue, attirèrent à eux la plus grande partie du commerce de l'Amérique se|itcntrionale {Chaplal, De linduslrie française, I, p. J03). Les pays où le taux de l'intérêt est peu élevé ont, sous ce rapport, un avantage qui s'accroit suivant l'intérêt composé, dés que la durée de l'avance du capital se prolonge {Setiior, Oullines,

Autant l'abaissement du taux de l'intérêt est un aiguillon actif pour les nations susceptibles de développement, autant il pèse sur les peuples stationnaires et sur ceux qui ont vu des rivaux plus puissants s'emparer d'une partie des débouchés ouverts à l'emploi des capilaux{l). Un trop-plein effectif de capitaux a pour la classe moyenne des conséquences aussi fâcheuses que l'excès de la population pour h's classes inférieures; il engendre beaucoup de soucis, el j)orle à des tentatives entachées dabsence de probité ou de dissii)ai!oii (2). Si

FNTKRÊT DU CAPITAL. 125

les capitaux continuent à s'accroître, tandis que la population et l'aptitude au travail demeurent stationnaires, leur somme, sans cesse plus forte, n'obtiendra en partage qu'un produit égal à celui que donnaient précédemment des capitaux moins considérables (3). La nation ne s'enrichirait donc pas en réalité en continuant à faire des épargnes; il se pourrait même que, dans l'avenir, la tendance à capitaliser ses revenus diminuât dans une proportion plus forte que celle de l'augmentation même du capital. En tout cas, le taux de l'intérêt ne saurait s'abaisser au delà d'une certaine mesure. Beaucoup de personnes aimeraient mieux dissiper leurs capitaux ou les aventurer dans des spéculations hasardeuses, que de se contenter d'un intérêt de 1 pour 100 par an (4). Plus un peuple a de modération, de sobriété et de prévoyance, plus le taux de l'intérêt peut baisser, sans produire de pareils résultats; plus aussi le capital se concentre par masses dans un petit nombre de mains puissantes, parce que ceux qui possèdent, n'étant point forcés d'y toucher pour subvenir à leur existence, ajournent le moment où ils commenceront à le consommer (5, 6).

Chez les peuples tombés en décadence le taux de l'intérêt se relève d'ordinaire ; c'est la conséquence naturelle des grandes pertes de capitaux et d'hommes ; alors aussi la liberté des classes inférieures et la sécurité de la propriété sont singulièrement amoindries ou disparaissent entièrement. La décrépitude de la vieillesse les fait retomber en enfance (7).

(1) Temple assure (jue les Hollandais de son temps regardaient comme un malheur le reniboursemenl du capilal d'une délie publique : « They (( receive il wilh Ihears , not knowinir how lo dispose of il lo inlerest « wilh such safely and ease » (Works, I, p. 142). A propos de l'Ilalie, V. Bandini (-\- 1760^ Sopra le maremnie Sienese, p. l54, seq.), el plus anciennement Montanari (Délia monela, p. 57).

(2) Spéculations icméraires el bamiueroules en Hollande (Richesse de la Hollande, II, p. 168). En Angleterre, les entreprises aventurées de 182Ö lurent surlout favorisées par la réduction du taux de Tiulérél delà

délie piiblK|ne, que le gouvernement avait faite peu de temps auparavant [Tooke, llistory of pr'ices, II, p. 148 seq.)-

(3) J.-S. Mill [IV, ch. IV, 4). Lorsque Ricardo (cli. vi) pense que toute au;?mentatioii des capitaux productifs doit élever la valeur en usiîge el, plus encore, la valeur en échange de la forlunß publique, de manière que les ouvriers en ]irofilent, et pins encore, les propriétaires de biens fonds, il présuppose évidemment une amélioration ou une augmentation du travail .

,4) Que Ton songe aux crises commerciales, qui viennent à la suite des excès de la spéculation, surexcitée par un taux d'intérêt très-réduit ; rinunense déperdition de capitaux, (|ui les accompagne, ne tarde pas à le relever rapidement et même à le porter très-haut. Celte baisse, du reste, ne favorise que les spéculations sur papiers publics, actions, etc. ; elle n'agit jiQint sur les marchandises, si ce n'est dans je cas 014 l'on doit .«ans cela s^•^ltendre ;i une hausse de prix. Ainsi, par exemple, les épo- (|nes où la spéculation, en Angleterre, a pris le plus grand essor, savoir : 1796, sur les denrées coloniales; 1808 et suivants, sur les matières brutes ep général; 1814, sur les articles d'exportations, n'ont poinlété marquées par des facilités de crédit {Tooke^ llistory of priées, III, p. lo9,).

(5) L'intérêl moyen des capitaux consacré, de 1829 à 1849, à l'industrie coloiiniére de l'Angleterre, ne s'est guère élevé au-dessus de 21/2 j.our 100 ^Edinb. R., Avril 1840; p. 4^29).

(G) (lomme il arrive très fréquemment qu'on prend les symptômes pour la cause même d'une situation, beaucoup d'écrivains, éblouis par le spectacle de la Hollande, ont cru découvrir dans l'abaissement du lanx de riiilérêt la cauna causans de toute richesse; ils attribuaient à une prescription légale de ce genre, des résultats avantageux, vraiment magiques. Tels sont sir Th. Culpeper (A tract against ihe high rate of usury, 1{)23), continué en 1640. Sir J. Child (Briefs observations concpruing trade and the inleresl of money, 1GG8; Disconrse of trade, 1090, p. 08, seq., .%3. Anderson {+ 1705, Origin of commerce a, 1601, 16olj partageait encore celte opinion ; de même Ganilh (Dictionnaire analytique, p. 99, seq., ci-dessous § 192 . L'opinion contraire a eu pour organe l'auteur anonyme de l'écrit inlilulé : Interestof money mistaken (1668), el Locke 'Considérations of the conséquences of the lowering of inlerest and raisiug Ihe vaine of money, 1691). Beaucoup d'auteurs modernes regardenl l'abaissement du innx de l'inlérct comme un mal. Ainsi, Canard (Principes, ch. v), dit que c'est ordinairement par là que commence la décadence économique d'une nation. V. M'Culloch, Principles, III, 8. Mcdlhus compare l'épargne des capitaux à la procréation des enfants : l'une n'est avanlagense (|n'aulanl que l'intérêt est élevé, etl'aulre, alors seulement ipic le travail est largement rélribué.

INTKKÊT DU CAPITAL. 1*27

La dissipation des capitaux, rnême les plus considérables, comme, par exemple, par suite d'emprunts publics, est proniptemenl réparée, pourvu que les sommes qui produisent le capital demeurent intactes, etc. (Principles, p, 370, seq., 401, seq.). J.-S. Mill conseille formellement aux peuples riclies et Irés-civiliséa; de ne pas se laisser détourner, par la crainte de perdre des capitaux, des entreprises qui portent un cachet utile, lors même qu'elles ne sernient pas industriellement productives. Une pareille perte aurait pour uni(|ue conséquence de diminuer, pendant un certain temps, l'exportalion du capital ou d'en absorber moins dans des spéculations hasardeuses (Principles, IV, ch. v, \). Canard pensait déjà de même, quand il comparait les emprunts publics aux saignées qu'on fait pour guérir une .lélhore (ch ix). Tnrijot confondait la cause avec l'effet, lors((u'il regardait le prix de l'intérêt comme« uneespèfe de niveau au-dessous duquel tout travail, toute lUiUure, Ipulp industrie, loijt commerce cessent. C'est comme une mer répandue sur une vaste contrée : les sommets des monlagnos s'élèvent au-dessus des eaux et forment des iles fertiles et cultivées. Si cette mer vient .i s'écouler, à mesure qu'elle descend, les terrains en pente, puis les plaines et les valions, paraissent et se couvrent de productions de toute espèce. Il suffit que l'eun moule ou s'abaisse d'un pied pour inonder ou pour rendre à la culture des plages immenses )> (Sur la formation, etc., §89).

■7) En Perse, le taux de l'intérêt va jus((u'ii 40-50 pour 100 par année [Ausland, 1844, n''208). Dans la plupart des Etats de l'Inde, le taux de l'inlérêt est si élevé, même pour le gouvernement, que le créancier, ((uaiid même il ne rentrerait pas dans son capital, se trouve suflisammenl indemnisé, pourvu que les intérêts lui aient été payés pendant quelques années (,/. -6". }JiU, II, ch. XV, 2). En Chine, l'intérêt e.sl, pour l'ordinaire, de 12-15 pour 100, et ou le rencontre même à 36 pour JOO [Barroio, China, p. 562).

POLITIQUE Dâ^. L'INTÉRÊT.

La légiiimilé de l'iutérêl repose sur deux principes incoiileslables, savoir :1a puissance productive (l)du capital, et le sacritice qu'on s'impose eu sabstenani den jouir. Si un chasseur a réussi, sans ^utre secours que ses bras, à se procurer une livre de vjande par jour, et qu'à l'avenir il puisse s'en procurer 100, au uioyeii du fusil qu'on lui aura prêté, etc., où sera l'injustice

à ce que le prêteur stipule à son propre avantage une partie de cet excédant de butin, qui, sans le concours par lui fourni, n'aurait jamais été obtenu? L'intérêt du capital peut être nommé le prix de la privation [Senior], au même titre que le salaire est le prix du travail. En supprimant l'intérêt, on renfermerait l'échange dans les limites du moment présent, au lieu d'en faire l'intermédiaire entre le passé et l'avenir; ce serait priver beaucoup de services d'un équivalent, et par là même les étouffer.

La plupart des reproches qu'on adresse aujourd'hui au capital , lorsqu'on en dénonce la « tyrannie, » ne s'attaquent au fond qu'à un tort , celui de ne point être inépuisable ; et les ouvriers qui doivent le plus céder aux exigences du capital, se trouveraient dans une position bien autrement critique s'il venait à disparaître.

(1) Les Grecs nomment fort bien l'intérêt du capital toco;, c'est-à-dire la 'postérité. (On a joué sur les mots on protestant contre la postérité d'un métal stérile Ij Celui qui prête des capitaux destinés à être employés d'une manière productive, consomme, dans l'intérêt qu'il perçoit, le produit réel de sa propriété; au contraire, si le débiteur a dépensé le capital d'une manière improductive, le créancier vit sur les autres revenus ou réserves du (iébiteur, mais ceux-ci auraient été probablement, sans cette intervention, consommés par le propriétaire.

Cependant, chez les peuples arriérés, la perception de X intérêt est, d'ordinaire, l'objet d'une répulsion générale. On n'y rencontre point ces grandes entreprises industrielles, qui fonctionnent avec le concours des capitaux étrangers : l'agriculture extensive, c'est-à-dire celle qui occupe beaucoup d'espace et emploie peu de capital, procure le plus de bénéfice. L'achat des terres est peu fréquent, et tellement entravé par la législation, qu'on ne saurait entendre parler d'emprunts contractés dans ce but. Il

n'est pas moins rare, par suite de lamulliplicité de terres sans valeur, (jue riiérilier d'un propriétiiire emprunte le capital nécessaire pour désintéresser ses cohéritiers, et pour entrer seul en possession du bien. Dans de pareilles conditions, la détresse peut seule faire recourir à l'emprunt. Ajoutons le taux de l'inlérèt, nalurelleuient élevé dans un pareil temps, le petit nombre des détenteurs de capitaux cl le peu d'importance de leur position, (§ 201), la connaissance tardive des conditions rpii président au développement de la production économique (1), et nous comprendrons sans peine la haine qui, à toute époque de moyen à(je, poursuivit ce qu'on nomme I'hsujy (2). — Presque toutes les religions, à l'exception de la religion chrétienne (religion universelle), ont pris naissance au milieu de la civilisation primitive des peuples, sur laquelle elles exercent la plus grande influence. Il ne faut donc pas s'étonner de voir tant de religions proscrire la perception de l'intérêt. Ainsi, par exemple, la religion juiv(^, qui permet de l'exiger de l'étranger, élève le prêt sans intérêt au rang d'un devoir de conscience pour le riche bienfaisant, dès qu'il s'agit de transactions entre coreligionnaires (5, 4). Le Coran dispose de même (5). Les Pères de l'Eglise condamnent en général le prêt à intérêt, en s'appuyant en partie sur les textes connus de l'Ancien Testament, en partie sur certains préceptes, mal interprétés, du Nouveau Testament (6). Ce sont surtout les Pères du quatrième siècle qui ont parlé dans cet esprit, alors que lempire romain était réduit à une misère extrême par les dévastations des Barbares, ce qui amena, pour les relations qui donnent lieu à l'intérêt, un retour presque complet à l'état des civilisations primitives. Leur principal argument, c'est toujours la charité envers les pauvres (7).

(1) C'est ainsi qu'Arisfote appelle l'intérêt de l'argent, une ncpiisilion contre nature, parce que c'est de Tarifent issu d'argent. — L'argent ne devait servir qu'à léchnnge; l'inlérél qu'on en lire le iMulli|ilie luimême (Polit., I, 3,23, Schu.). Pareillemeut Sénèque (De benel'., Vil, 10).

13Ô 1^TÉUET DU CAPITAL.

V. repeiidniii Tacit. (Ann., XIII, 42, seq. i.— Le moyen âge germanique n'eii élail )ionrlaiil pas à ne point soupçonnai' la faciillô prodnclive du rapilal, comme le prouve rintérô' fixé le plus souvent à 40 pour 100 pour In /.'os el la contradns [liichhorn, Deutsches Privatrechl, § 304). Forbnnnais (17o4) explique ainsi Pinlnrel du capital : des particuliers, font des amas delà qnnnlité d'argent superllue à leurs besoins ; par suite, l'argent manque, et ceux qui en ont besoin doivent offrir un profit à ses pronriélaires pour le rappeler dans le commerce (Eléments du commerce, il, eh. IX, p. 149, soq.),

(2) Les premiers siècles de la république romaine furent constamment troubles par la question des dettes, jusqu'à ce qu'enQn (V. Tite Live, VII, 42 , l'an 339 avant Jésus-Christ (?), l'inlérèlde l'argent fut absolument proscrit {Tarit., Annal, VI, 16). Les paroles suivantes de Calon font assez éclater l'opinion publique '; cet é^àri : Majores ità in legibus posuerunt, furem dupli cnndemnari, fœnrratorem quadriipli (De re rust., prnpf.) ; /"o'/ipron comparé i hominem occiderc {Caton dans Cicero?», De off.. II, 2b). Les siècles plus avancés en culture se sont, dans la pratique, mis fort peu en peine de la loi (V. Tiie-Lioe, XXXV, 7; P/u^, Cato; I, 21 ; Appian., Bell, civ., I, 54', quoique le parti démocrati(|ue continuât de tenir toujours à la prescription légale, qui proscrivait l'intérêt {Mommsen, Roem. Gesch., III, p. 493).

(3^ Kxode, 22, 23); Levit. ,2a,3o, seq,) ; Deuteronome,fI,57,seq.,23, •19, seq.) ; Fs. (15, 5; 101». M ; 112, 5) : Prov. (28, 8) ; Jerem. (lo, 10) ; Ezpcli. (18, 8), Lorsque les Juifs furent revenus de la captivité, la défense fut renouvelée (Nehom., 5, I, seq.). La permanence de ces prescriptions n'aurail-elle pas eu pour motif déterminant une sorte de discipline pédagogique, destinée à guérir le vice particulier auquel le caractère du peupli* juif élail enclin '? Encore au temps de Josephe, l'usure exercée vis-.i-vis des coreligionnaires était généralement méjirisée (Anliq. Jud., IV, 8, 23); le Talmud est inspiré par le même esprit. V. Michaelis (De mente ac ratione legis M., usuram probibentis). En Ilnssie, les Juifs orthodoxes ont coutume, pour élinlcr l'intérêl légal, d'exiger la moitié du bénélice et de l'évaluer provisoirement à une somme ajqiroxiinative. Si plus lard le débiteur afiirme, sous serment, qu'il n'a point l'ail de bénéfice, le créancier est désarmé; mais l'cniprunleur risque de perdre tout crédit pour l'avenir (Bonav. Mcyer, DLe Juden unserer Zeit, 1842, p. 13j.

(4) Les passages tirés de la loi de Moïse ne défendent, du reste, que de faire payer l'intérêl aux pauvres.

(ö.t Voici le moyen ordinaire suivi en Perse pour éluder la défense du Coran (ch ii, 30) : au moment même du prêt, le créancier déduit une fraction de la somme prêtée (Chardin, IV, p. 157, seq.). Sous In domination des Mongols, nu choisissait de |iréference une vente fictive à

lies |tri:i e\orliilaiils. « Poiiri|uoi les c.iiiilalisles n'aclielfti-aienl-ils pas plulôl (les terres ou ne leraienl-iis pas le coniüicrce? » demandail le sultan Gazan, en aiigmenlaul les sévérilos de la défense portée contre le prêt A intérêt (D'Ohssun, Histoire des Mongols, IV^ p. 3d~).

[6, Ainsi, par exemple, l'Evangile de saint Luc (6, M), qni défend .iiissi peu le prêt à inlôrêl que saint Luc (14, 12, seq.) ne défend au.x amis de s'inviter mutuellement Ce n'est pas avec plus de fondemenlqu'on a voulu trouver dans le rhapilre x\i de l'Kvangile selon saint Matthieu une alléscorie relative an.\ prêteurs ,i intérêt. ()n pourrait liien plulôl voir nue approbation de l'intérêt dans saint Matthieu (2ü, 27).

(7; Origène, par exemple, veut, il est vrai, que le créancier ne perçoive aucun intérêt, et mèmecpril ne réclame pas son capital, mais en Uiême temps il invite le débiteur .i rendre lo ilouble sans qu'on l'exige ;IIoin , III, .\d Ps. 37). Il ne condamne donc pas l'intérêt, il s'efforce seulement de faire régner l'amour à la place du droit sirict. Il en est tout autrement de Laclant. (Just., VI, 12); s. Basil. Ad .Matt., o); Ambras. (De off., 111,3) ; Chrysoxt. (Ad Malt, flom., 50, lom. VII, p. 573, Paris, 1727) ; Hieronym. Ad Ezecli., V, p. 367, C, Francof., I(i84;; Au- (justiti. (Episl., 54), et même déjà Cyprian. ip. 183, .S18, Paris, 1726).

Le droii ranonitiue a, dès le principe, essayé d'empêcher la siipiiialioii de Vinlcrêl. Ce droit prit naissance au milieu de la décrépilude de l'empire romain el de renfïmce des peuples modernes (1), Alors ((ue la puissance des papes brillait de tout son éclat, qiiiconriue prêtait à intérêt se voyait refuser la communion, la leiilmticnli /'ac//o et la sépulture chrétienne: pour réclamer le capital en justice, le créancier devait commencer par restituer intégralement les intérêts déjà perçus. Le concile devienne (loli) déclara que prendre on main la défense du prêta intérêt, c'était commettre une hérésie. Le peu de sympathie de l Eglise pour l'essor de la bourgeoisie (2), el eu même temps le désir d'atlirer tous les litiges devant la juridiction ecclésiastique, peuvent avoir beaucoup contribué à ces mesures. Dans le cours du moyen âge, les lois civiles prêtèrent également la main à l'application des mêmes principes (o). Quant h

l"opinion publique, il suffit de rappeler l'énergie avec laquelle le Diiiiie, Lulher et Shal;.'<})care out coudamné le prêt h iulérêt (4). — La transition au nouveau système économique de rintérèt est marquée par le nanlisseuienl {Weddeschofl), engagement qui formait une sorte de vente à condition de raeliat; en vertu de ee contrat, le débiteur cédait au créancier la jouissance d"iMie terre, dans la possession de laquelle il pouvait toujours rentrer en rembour.-arit le capital. C'était, pour l'époque, un moyen des plus utiles destiné à favoriser l'amélioration de la culture par le concours du capital, moyen peu onéreux pour le débiteur, qui avait seul le droit de dénoncer le contrat (5). Il y aurait certainement un grand désavantage 'à continuer cette pratique dans les sociétés arrivées à une culture plus développée ; car il est difficile de comprendre que le détenteur momentané dune terre, qu'on peut lui retirer à chaijue instant moyennant un prix fixé d'avance, s'occupe de l améliorer.

Aussi, l'inlroduclion du contrat de conslilution de rente et de la censive fit accomplir un progrès notable : le débiteur conserva la possession de la terre, moyennant une reute foncière ou un ce)ts payé au créancier. Celui-ci n'eut plus rien à réclamer au delà: mais le débiteur ou ses héritiers conservaient la faculté de se libérer de la rente en remboursant le prix de vente (6). Le pape renouvela, le 19 janvier 15G0, la délense expresse de percevoir tout iniérét qui n'aurait point eu pour |)riucipe une constilutioii de rente (7), et les règlements de police de l'empire, au seizième siècle, déclarèrent pareillement que la constitution de reute était la seule lorme licite du j)rôt à intérêt ; ils ordonnèrent spécialement que le débiteur eût seul la faculté de dénoncer le contrat.

Nous voyons cependant que les pays protestants tout au moins, sont arrivés, dès la première moitié du dix-septième siècle, à l'application du droit moderne du prêt à inté:êt (rétablissement <ln droit romain) (8, 9). — Au reste, on ne saurait

expliquer la persistance des jiroliibilions canoniques du prêt à inlérêl (10), même avec le refuge accordé par la constitution de rente, etc., si les Juifs n'avaient pas été en possession d'un coninierce de capitaux considérable, et assez libre, sauf quelques intervalles (1 1), tout coiiiuie, de nos jours, les Arméniens, les Hindous et les Juifs, au milieu des populations musulmanes.

(I) Les c.inons aposloliqnps, ainsi que plusieurs décisions des conciles du qnalriénie siècle, interdisent an clerjfé le prêl à inlérêl. Un concile provincini d E-:|in£rne élendil même celle prohihiiion anx laï- (jues. Le pape Léon 1®' condanina aussi celle prali(|ue chez les laï pies, mais en n'employant cpie la fiirme d'une prescription morale (443) Le concile de Conslanlinople (814) di^créla d'e.'icomnuniication ceux qui violaient la défense faite (Saint J'homas cfAquin (-(- 1274, De usnris). V. / Malter (Ralio et hisloria odii, quo fœnus halàUini est, GoUing., 1821,; Bossuet (+ 1704, Traité de l'usure).

(2 A. Thierry Lettres sur l'Ili-Nloire de France, 2* éd., p. 2i8).

(3) L'enqiereur Basile, l'an 867. V. Sachsenspi< gi'l (I, 34) Edouard le Coîi/esseuT est le premier roi d'Ani^Icterre qui ail fait iulervenir r.iulorité de la loi civile pour déieudre le prêt a intérêt (Anderson, Oriirin of commerce, a, lOio). Eilontird ///interdit également tout inlérêl de l'ariient lomme la '( ruine du cummerre. » (Id., a, 1341). Eq 1391, la Cliamlire basse du ['ark-ment poursuivit avec zélé le « vice abominable et honteux de l'usure; n et, en 1488, loiil intérêt perçu et toutes les constitutions de renie à des conditions illicites, furent punis d'une amende de 20 livres slerliiig, du carcan et d'un emprisonnement de six mois (Anderson, a, 1488). En France, Philippe IV rendit un édilsur le même sujet, en 1312. V. Beaumanoir (Coutumes, ch. lxvii; Des usures, n°2).

(4) Dante (liiferno, XI, 106) dit que les prêteurs à intérêt transgressaient la loi de Moïse (I, 3). Luther. Tractit vom K.iufliandel und Wucher, lo24, et Sermone vom Wucher, l'ilO. Caluin vit plus clair sur ce point et ne voulut pas reconnaître les défenses canoniques (Epislolae et responsa, Uanov., 1597; epist., 383) V. Le Marchand de Venise, de Shulcsiieure.

(o) La faculté réciproque de dénonciation, à une période pauvre eu capital et en crédit, aurait facilement ruiné le débiteur. V. J. Moser (Pair. Ph., II, n" 18). Dans le cours du moyen âge, les conslitulions parlicnlières des villes, qui ont d'ailleurs sur tant d'autres points fait de l'opposition à l\ome, renferment rarement quelque disposition contraire.

(6) Ell 1420, les évêi|ues de Silésie soumirent au pape la queslion de savoir: Si les consliUilions de renie, en usage depuis plus d'un siècle dans la province, étaient licites? La l'éponse fut affirmative; Alexandre IV avait interdit aux inquisiteurs, dés 1258, de se mêler de |)rocés d'usure. Toutes les stipulations de ce genre avaient été précédemment compiises dans une défense coninuuie (Dcciet. Greg., V, lit. XIX, 1; X, lib. Vj 2, 8). Les sermons de Lullier, sur l'usure, nous font connaître trois formes revêtues par Ife nantissement, avant qu'il se transformât eu prêt à intérêt de nos jours : a, le créancier n'entre point en possession de la terre, qui continue d'être exploitée |iar le débiteur, mais il jierçoit le produit; 6, à la place du produit variable, on allribiie au créancier une redevance lixe, en nature; c, ;l la place d'un domaine particulier, la fortune entière du débiteur est donnée en gage, pour assurer l'acquittement régulier de la redevance en iialurC. Lulher s'élève avec be.iucoup de vivacité contre celle triple stipulation. Entre lé naniissemciit et la constitution de rente se place la régie, tombée plus tard en désuétude, (|ai allribuail au droit de censive la faculté de renvoyer le censitaire, pour cause de négligence. V. Eichhorn (D. Siaatsund Rechisgescb., II, §361,«, 111, § 450). En France, il fut ordohné^cn 1565, de transformer en argent le cens payé en uature (Wahikoeniii, Fraiiz. Slaals-und Rechtsgeschiciite, II, p. 585, seq.).

(7 Magoüni Bullar. Roman JI, p. 295;.

(<s) Loi prussienne (|ui permet l'intérêt, même sans conslillition de rente, dès 1383 {Vuigl, Gesch. von Preussett, V, p. 467). En 1406, le taux de l'intérêt est lL\é, à Marseille, à lU pour 100 [Andei-son, Origin of commerce, s. <t.). Le même taux existait en Aiigleteire (sl. 37, Henry Hl, ch. IX;. Edouard 17 (st. 5 et 6, ch. xx) fit un pas rétrograde en proscrivant toute espèce d'intérêt, cette mesure eut pour résultat d'élever le taux de l'intérêt de 10 à l4 pout- 100; aussi fat-elle l'évoquée en 1571. Ce qui prouve combien la défense dont il s'agit était peu rationnelle, c'est que les st. 4 et 5 de Philiinie el Marie (ch. ii) assimilent l'homme qui possède un capital de 1 OOl) marcs à celui dont le revenu annuel s'élève à 20Ü livres sterling. L'intérêt de 5 pour 100 fut permis, en Danemark, en 1554; « bien qu'il soit contt*aire au èommandement de Dieu (d'après l'avis de Mélanchton], ce genre de commerce ne saurait être ab.solumeiit interdit.)) (Kolderiip-Rosenviiige, Daenische R. G., de Ilonieij /•,gl42) La législation de l'Empire permit, en 1000, au débiteur de s^eugager, dans le conirat, à subir aussi la dénonciation en cas de relard. En France, an contraire, presque loUs leâ p^êts turent encore lieu sons forme de coustiUilion de rente, pendant lé cours du dix huitième siècle (/!,a?o, Trade ami money, p.l27), el le créancier ne pouvait demander le roinboursemenl, que si son débiteur ne remplissait pas ses obligations (// arnk^nniii, Franz R. (J , 11, p. 585). La défense du prêta intérêt stib-

sisle toujours dans les pays slriclement catliolii(ues (seulement, la bulle Inttr multipliées de Léon X a tait ex|)i'essémenl exception en faveur des monts de pieté), et cette discipline y apporte autant d'entraves à la formation des capitaux, qu'elle favorise le développement d(î Yusurp véritable, yiebuhr (Briefe, II, p. 39*.)) cite des exemples curieux qui conslatenl ce résultat pour les Etats de l'Eglise eux-mêmes. Ou y exige, d'ordinaire, un intérêt de 12 [lour 1Ü0 par an, même pour des prêts sur gages (Rom im Jabr. 1833, ji. 163). V. Storch (Handbuch, II, p. 19), à propos de la secte russe ie^staroverzet (vieux croy.mts), qui aujourd'hui encore condamnent le prêt à intérêt. Il a été permis de le stipuler. en Russie, de trés-boune heure [Etoers, Aeltestes Rocht der R., p. 323)

(9j Les ouvrages suivants de Sanmaise sont généralement regardés comme la plus ancienne juslidcalioii de l'intérêt: De usuris (1638), De modousurarum (1039), De muluo KiiOj. Cependant liacon (Sermoues fidèles, ch. xxxix, depuis 1.597), et au fond aussi H. Grotius (De jure belli et pacis, 1626, M, 12, 20, seq.), avaient préparé les voies. lioscher (Zur Geschichte der englischen Volkswirlhschaflslehre, p. 90, 102, seq.) montre avec quelle chaleur D. North cl Locke s'élèvent contre les dispositions législatives qui péseni sur le tiiux de l'intérêt. Les meilleurs écrivains des pays strictement catholiques se sont, encore longtemps après, fait violence à cet égard, par exemple Galiani (Délia moneta, V, 1 seq.); et l'on ne peut se défendre d'une profonde surprise en voyant à quelles subtilités Turgot (iMénioire sur les prêts d'argent, 1769) est obligé de recourir pour prouver les choses les plus claires. Au moment du prêt, le prêteur« ne reçoit pas autant qu'il donne, » lorsqu'il ne stipule point d'intérêt, car il donne de l'argent et ne reçoit qu'une promesse (pourquoi emprunterait-on sans cela?); or, s'il reçoit moins, pourquoi cellf différence ne serait-elle |ias compensée par l'assurance d'une augmentation sur la somme, proportionnée au retard? Cette compensation est précisément l'intérêt de l'argent. » Mirabeau (Philosophie rurale, ch. vi se montre l'adversaire décidé du prêt i\ intérêt. Voyez, pour l'opinion contraire, la justification tliéologique de Viaixnes (1728, Tr.iité des prêts du commerce, Amsterdam, 1759, IV, p. 19, seq.).

(10) Elle a été conslainment éludée, de mille nianiéves, dans la vie pratique. Ainsi, par exemple, on prêtait du blé, d'autres marchandises, même des lingots d'or et d'argent, et l'on fixait les intérêts à volonté. En aliénant le capital, on pouvait stipuler, à fonds perdu, comme on le jugeait bon [Tuigot, I, c, §29). Quand les débiteurs avaient promis sous serinent de ne pas porter plainte, l'Eglise ordonna de leur venir eu aide d'office; lorsque les tribunaux séculiers se montrèrent las des poursuites, Alexandre ///déclara (|ue ces causes devaient être portées devant la juridiction ecclésiastique (i)ecret. Greg. V, lit. XIX, 13; /h«o-

cent, Epist. VIII. 16; X, 6i). V. /Joumer (Iloheiistaiifen, V, p. 393). En Anglelene, RichnrcI île Conioiinilles obiiiil le monopole de loni le commerce de prêts (Matih. Paris, éd. 1644, p 639), V. st 20 f/enn/ lU (ch. v), d'où résiille clairenieiil in coiitiinie du prêl.'i intérêt, dés I23Ö. Cas divers où les rois d'Angleterre oui emprunté et promis le remboursement cum (lamnis, expetisis et intéresse [Anderson, Ori'j^in of commerce, a, 1274-1339).

(il) V. Gioja (Nuovo prospetio, III, p. 190). Le droit canonique voulut également leur interdire le prêt à intérêt (Décret. Greg. V, lit. XIX, 12, 18). On les assujettit aussi plusieurs fois à un maximum d'iulérêl ((ordonnances dos rois de France, I, p. 53, seq., II, ö7ö ; Recueil des anciennes lois, I, p. 149, 152). Le roi Jean le porta, eu 1360, à 4 deniers pour chacune livre par semaine, c'esl-à dire à 86 2/3 pour lUO par an ! [J.-B. Say, Traité, II, ch. viii, p. 386.)

La plupart des Etats modernes ont remplacé la prohibition du prêt à intérêt par la fi.xation d'un taux à'intérêl légal, et toute tentative de dépasser ou d'éluder les prescriptions de la loi a été punie comme usure (i, 2). Si YuUérêt légal est calculé de manière h opérer une réduction sur le taux habituellement perçu (3), on peut être certain, en général, de ne pas atteindre le but. En admettant, ce qu'il est difficile d'ailleurs de supposer, que le contrôle exercé soit assez vigilant et assez sévère pour empêcher toute transgression de la loi, les prêts deviendront sans aucun doute moins nombreux et moins considérables, car chaque capitaliste aura le plus grand intérêt à taire lui-même emploi de ses ressources. On enverra plus de capitaux au dehors, et la plupart de ceux qui ne sont pas des entre[)retieurs économiseront moins de capital; le tout à l'incontestable préjudice de l'économie publicpie tout entière (4) !

Si, an contraire, le contrôle est insuffisant, la loi sera éludée la plupart du temps (5); puisque les deux contractants, c'est-àdire, le créancier aussi bien que le débiteur, sont l'un et l'autre intéressés h cette transgression. Celui-ci n'a d'ordinaire qiu' le choix entre deux partis ; il lui faut ou renoncer à l'em-

prunt ou devenir complice d'une fraude à la loi. Il est, en effet, généralement plus pressé d'emprunter, qne le créancier de placer son capital. Conibien ne sera-til pas facile de le faire engager sons serment, ou au moyen d'une parole d"lionneur(0)! El il devra payer au prêteur, outre Tinterel ordinaire et la prime habituelle d'assurance, le danger des peines de la loi (7). En dernier résultat on arrive à entraver le prêt, ou à exhausser le taux derinlérct(8).

(1) C'est lii, his(orir[iiement, la seconde signification nllribiiée au mol usurp, tandis qu'au moyen âi^e. par exemple, en Angleterre, jusque sous le régne d'Eli^al)elll {D. [{unie), on a[»|ielail usure tonte espèce de prêt à intérêt. La science devrait se borner à employer ce mol dans le sens indi(|ué an paragraphe 1 13.

(2) En Suisse, vers la fin du dix-septième siècle, on ne punissait pas seulement ceux qui prenaient un intérêt |)lns élevé que celui prescrit par la loi, mais aussi ceux qui se conlenlaient d'un inlérèt moins élevé [Meyer von h'nonau, Ilandhucli der Schwoizer. Geschichte, II, p. 249).

(3) La fixation du taux légal de l'intéiêl s'explique, soit j'ar une répulsion persistante du législateur vis-,i-vis de l'intérêt en général, soit par l'opinion qu'on peut venir en aide aux classes les plus utiles et les plus productives en abaissant d'une manière factice le taux de rinlérét (en particulier au gouvernement lui-même, qui emprunte d'ordinaire plus (|u'il ne prête). Lorsque Louis XIV abaissa le taux de rinlérêl <i S pour 100, en 166S, il dit, dans le préambule de l'édit, que celte mesure favoriserait la propriété et le commerce et préviendrait la paresse. Sully (LXII, Ixoiiomies royales) s'était déj.i exprimé dans ce sens. J. Child (Discourse of trade, p. 69) dit que chaque abaissement du laux de Tintérèt légal, en Angleterre, avait été suivi d'une augmeatalion correspoiidanle de richesse : il ajoute que depuis la première réduction de l'intérêt i?j de '154'>, la fortune publique avait sextuplé; (' dejiuis la dernière réduction de IG.'ii, le nombre des voilures a centuplé, les femmes de chambre d'aujourd'hui sont mieux vêtues que les dames d'autrefois, et l'on rencontre à la Bourse plus de gens ayant 10,000 livres sterling (|u'on n'en voyait précédemment avec 1 ,000 livres.» Culpppir s'exprime de la mênie manière (V. lioscher. Zur Gesch. der englischen Volkwirlhschart, p. 57). Eu France, pins tard, ou pensa que l'abaissement du taux de linieret portail pri'jiulice à la nublcs^ede robe; aussi le rarlement s'y montra opposé dès iu3î [Forbunnais, Recherches et considéralions, II, p. 37, 226). Darjes demande que la police soit

13^. INTÉRÊT DÛ TAPITAL.

iuformée de tous les preis et que l'autorité Ait le droit de faire demander le remboursement, afin de prêter à ceux qui ont le plus besoin de capitaux (Erste Gründe, p. 426).

(4) On ne doit pas oublier que le taux élevé de l'intérêt est un puissant mobile de l'épargne et de l'immigration des capitaux.

(5) Usurœpalliatœ^ Vusure par prélèvement sur le capital, par opposition .1 r(/<;Mre patente du prêt à intérêt. \ celle catégorie appartiennent, par exemple, l'obligation souscrite pour une somme supérieure à celle qui a été reçue en réalité; l'indication d'une monnaie de tilre supérieur, au lieu de celle au moyen de laquelle le prêt a été elTeclué; l'engagement en vertu duquel^ au lieu d'argent, le débiteur se voit contraint d'accepter des marchandises à un prix exorbitant, ou bien, en retournant la proposition, le créancier stipule le |)ayement en marcliandises à un prix dérisoiremenl bas (V. les Règlements de police de l'Empire, 1577, tit. XVII, §§ 1-6, lit. XIX, §§ 1 -3). C'est ainsi qu'à Parisou voit des étudiants acheter des bijoux qui prennent aussitôt le chemin dti mont de piété, et doivent être payés quelque temps après à l'usurier qui les a « vendus » à un prix exagéré.— Celui qui prête 1Ü0 francs à 6 pour iOO, en prélevant d'avance l'intérêt d'une année, prend en réalité prés de 6.4 jiour lüO, parce qu'il n'a au fond prêté que 94 francs. Les faux frais de toute isorte, comme frais d'inscription, de prolongation, d'amortissement, etc. Il faut ranger dans la même catégorie les difficultés dont le rachat du gage est chargé par le contrat lui-même, la fixation des termes, calculés de manière que le débiteur est forcé de les manquer, etc. On voit des exemples curieux de faits pareils au seizième siècle, dans Vàsào (Usura libéra, § o7) et dans l'ouvrage récent de Braun et IVirlh (Die Zinswuchergesetze, I8S6, p. 190). En présence de la multiplicité des stipulations qui peuvent servir de manteau à l'usure, il faudrait, pour se mettre à l'abri de celle-ci, entraver toutes les transactions {Ibid., 145).

(6) Si la loi voulait exciter à la violation de ces promesses, en les annulant, elle donnorail une prime funeste à la démoralisation du peuple : (( Thus rewarding men, for obtaining ihc properly of olhcrs by « false promises, and thcn not only refusing paymeut, but invoking « legal pcnallies on Ihose , who bave helped ihcim in iheir need » {J.-S. Mill, Principles, V, ch. x, 2).

(7) Il doit l'assurer contre les effets de la loi d'usure (Ad. Sinilh . Krug (Siaaisœkonomie, p. 70) dit (|uc les lois sur /'«sure doivent porter ce nom, parce qu'elles la favorisent et non parce qu'elles l'empéchenl. V. déjà Montesquieu (E des L., XXII, 18, se(|.).

(8) Lorsqu'en 178."). Catherine II eut abaissé le taux de l'intérêt de 6 à Y> pour 100 pour la Livonic, il devint bienlôt impossible, même avec les meillt'ures sûretés, d'emprunter au-dessous de 7 pour 100 ySlorch,

IWTfeRÊr DU CAPITAL. 139

Handbuch, II, p. 26). Le taux léiçnl de rinlérêl fut abaissé, à New-Yorks à 6 pour 100, en 1717 ; il (nihil bieulôl, sur la tleuiandc des marchands eux-mêmes, qui ne pouvai ni trouver .i faire aucun emprunt, relèvera 8 pour 100 (Ebeliiitj, Gesch. und Erdbeschr. von Nord-Amerika, III, p. 152;. Le taux de rinlcrél légal au Chili est de 6 pour 100, mais eu fait l'iulérèl n'esljaniais au-dessous de 12 pour 100, souvent de 18 et 24 pour 100. L'abolition des lois d'usure a réduit, au contraire rapidement le taux de rinlérêl au Pérou de oO à 24 pour 100, et enfin à 12 pour 100 {Poeppig, I, p. 118j.

On a cru, à la vérité (§114), pouvoir éviter les incônvértieiUè d'une tarification de Yinlérêt, eu réglant le taux légal sur lé taux ordinaire admis dans le pays (1). Mais ce taux ne sapplique qu'aux prêts qui ne présentent ni embarrais ni danger ; tandis qu'il se rencontre une quantité d'affaires où il faut aussi leiiit' compte au prêteur, tantôt d'une certaine prime d'assurance (2), tantôt de certaines dépenses d'adiuinistration, La loi, même la plus minutieuse et la plus étendue, nepourrail jamais formuler d'une manière précise les innombrables nuances de péril et de peine, et beaucoup de transactions se troUvelaient ainsi soustraites à leur taux naturel. Une promesse de payement diffère de valeur, selon la remarque de Turgot, non-seulement suivant lés personnes, mais encore suivant les temps; elle diminue, palexemple, après de nombreuses faillites (3). Si Ion veut bàsev le maximum de l'intérêt sur le taux usuel des placemen^ii environnés de bonnes garanties, ou qui reposent sur une garantie »yW/^, tous ceux qui ne sauraient en otïrir dépareilles ne pourront réaliser aucun emprunt, ou ils se verront contraints d'éluder la loi, pour consentir un intérêt plus élevé {h moins qiVil ne s'agisse d'un prêt fralernel). Le législateur cause donc un véritable préjudice, précisément à ceux qu'il veut favoriser. C'est ce qu'on a pu remarquer en Angleterre presque à chaque cri^e commerciale (4). L'homme, qui fait profession de pfêlef *<!)« cä-

pilai à court délai et par petites sommes, entreprend un métier que l'examen et la surveillance de iionjbreux petits débiieuis et l'obligalion de replacer sans cesse les |)t'tiles sommes remboursées rendent exlraordinairement pénible et désagréable : de pins, les preis à conri terme exposent toujours au péril de laisser dormir l'argent sans emploi. pen;!ani un intervalle plus ou moins long. Certes, ce sont là des molit's suffîsanls pour faire percevoir, en pareil cas, un taux diniéièt jdus élevé que le taux ordinaire en usage dans le pays, et si l'on englobe dans la dénomination d'intérêt la compensation de tant de risques et d'inconvénients, cela sera non-seulement équitable, mais encore nécessaire (5).

On a souvent cru qu'il fallait empêcher les dissipateurs et les hommes à projets abuser, on, pour [)arler plus exactement, d'abuser du capital national, en ti\anl un taux qui's ne sauraient dépasser, et cela à leur propre avaul.ige, comme ;s celui des créanciers qu'ils pourraient avoir (G). Mais presque tous les inventeurs de génie, à commencer par Christophe Colomb et à finir par Stephenson, doivent se résigner à êire regardés pendant un temps, par les hommes jwsitifs, comme des hommes à projets ou des rêveurs (7). La loi les réduit donc à leurs propres moyens ou aux dons d'auirui, et cela dans la période la plus critiijue et la plus coûteuse, celle qui précède le triomphe certain del'idée! Et combien ces deux genres de ressources ne sont-ils pas insuffisants ! En général, les riches savent aussi peu iiivetiicr, que les inventeurs solliciter. Quant aux dissipateurs, ils peuvent se ruiner de tant de manières, surtout par suite de ventes et d'achats, sans que l'Etat puisse les en empêcher, qu'on ne comprend guère le motif pour leijuel la voie de l'emprunt leur serait légalement fermée, plutôt que les autres. Et que dire, si la loi ne fait (pie les livrer à des créanciers suspects, et que précipiter ainsi leur ruine, en les condamnant à subir un taux d'intérêt beaucoup plus élevé (8)?

INTFRÊT DU CAPITAL. 141

(1) Le t.iiix lôf^nl en Autriche est, (lepiiis 1803, de 4 pour 100 pour les prêts avec gnfre, et de 6 pour 100 pour les autres prêts, ainsi (pie pour les trans.iclions du commerce. En France, depuis 1807, il est de 6 pour IdO pour le commerce, de Ti pour 100 entre particuliers et non commerçnnls. Dans le royaume de Wurtemijerjî, 6 pour lOil; dans le royaume de Saxe, 5 pour 100, et 6 pour 100 sur lettres de cliaiii^e ; mais les emprunts publics, les aff.iires de ljan(|ues, de fabriipie et de commerce, sont exemples de l'afiplication de la loi sur l'usure ; en outre, l'aulorilé peut, dans d'autres cas, pernietlre la perception d'un inlérèt supérieur à Pintcrel légal.

(2) Pi'ttji (Qiianlulumcun(|ue concerning money, 1682).

(3) .Mémoire i«ur les [inHs d'argent (§ 36).

(4) Combien de négociants auraient écliap|)é à la banqueroute, s'ils avaient pu emprunter à 7 ou S po'ir 100! Le taux légal deîi pjur 100 était trop bas, en présence de la demande considérable de capitaux et des inijuiélndes du moment, pour leur permettre de contracter des emprunts. Un grand nombre furent réduits, afin de remplir leurs engagements, à vendre leurs marchandises ou les elle s publics qu'ils avaient en porlefeuille, à 30 pour 100 de perte. Or, tout homme qui, pour rapprocher de six mois un recouvrement qu il doit faire, se résigne à subir une perle de 30 pour 100, paye en réalité un iiilérèl de 60 pour 100 V. Tooke (Considérations on the stale of the currency, p. 60, et Uistory of priées, II, p. 163, sur la crise de i82o-1826). (Jomme la banque était plus que personne assujettie à l'intérêt légal, on lui fit, pendant la guerre, des demandes innombrables, afin de gagner la différence qui existait en fait entre l'inlérêl %a/ et l'intérêt (fffctif, [Thornlon^ Paper credit of Gr. Brilain, ch xi.

S; Turjfnt dit ; « Il n'y a pent-êlre pas de plus forte usure que celle qu'on connaît à Paris sons le nom de prêt à la pelile semaine ; elle a étéquelqu fois jus(ju'à 2 sous pur semaine pour un écu de .t livres, sur le pied de 173 [lonr 100. (]'est sur cette usure enorme que roule le commerce des denrées qui se vendent à U Halle et dans les marchés de Paris. Les emprunteurs ne se plaignent pas des cnndilions de ce prêt, sans leipiel ils ne pourraient faire un commerce qui les fait vivre, et les prêteurs ne s'enrichissent pas beaucoup, parce que cet intérêt exorbitant n'esl guère que la compensation du risque que court le capital. En effet, l'insolvabilité d'un seul emprunteur enlevé le prolil que le prêteur peut faire sur trente. » « ... Le peuple a de la reconnaissance plutôt que de la haine pour ces petits usuriers qui le secourent dans son besoin, quoi [u'ils vendent cher ce secours. Je me souviens d'avuir été, à la Tournelle, rapporteur d'un procès criminel pour fait d'usure. Jamais je n'ai été tant sollicité que je le fus pour le malheureux accusé, et je fus très-.surpi is de voir que ceux qui nie sollicitaient avec tant d'iustau-

H^ INTF.RKT DU CAPITAL.

CCS, élaicuL ceux-lii mêmes qui avaient essuyé les usures qui faisaient l'objet du i)rocès » (Mémoire sur le prêt d'argent, §§14-, 3J ,;. V. Cantillon (Nature du commerce, p. 276).

(6) Al). Smith (W. of iN., II. ch iv). V., en sens coiilraire, Jer. Bentham (Defence of usury : showing tlie impolicy of ihe présent legal restrainls on ihe ternis of peciuiiary bargains, in lellers to a friend. Towbich is addeda letler loAd. Smith on the discouragementopposed by the above reslraints to ihe progress of inventive iudnstry. 1787, 3' éd., 1816).

(7) Le premier bateau à vapeur fut baptisé dans l'Amérique seplen- Irionnîe du nom de The Fulton-folly {la Folie-Fullon) !

(8; Le tau.\ légal qui était de 3 pour 100 en Hollande, vers 1640, fut réduit à 4 pnur 100 en 1635 ( Sir J. Child Discoiirse of trade, p. 131;. Du reste, Locke (Considcralions on the lowering of interest, Works, II, |K 34) assure que de son temps on pouvait sans obstacle stipuler en Hollande toute espèce d'intérêt.

Cependant, l'abolition complète des lois d'usure (1) n"a pas totijoiirs réussi. Les pratiques usitées au moyen âge (§ 190) se maintiennent encore et se perpétuent dans les couclies inférieures du contrat de prêt, après avoir disparu des couches supérieures. On n'y a piesquejamais recours au prêt eu vuede la production, c'est uniqneinent la détresse qui crée celle nécessité extrême; le débiteur, faute de lumières, fatite surtout de savoir calculer, est complétemçut hors d'état d'aj)précier la charge du fardeau qu'il assume. L'opinion considère jusqu'il un certain point comme infamant le métier de prêteur, dans de pareilles circonstances; or, lorsqu'une profession réellement nécessaire est ainsi flélrie, il en résulte que les malhonnêtes gens peuvent seuls s'y consacrer (2). La véritable concurrence, qui établirait le mieux le prix naliirol, fait ici d'autant plus défaut que les débitem-s ont plus souvent besoin de mystère(5). — Le moyen le plus efficace d'obvier sons ce rapport aux abus, c'est rinlervenlion des élablissemcnls |)iiblics de prêt, monia-dc-

INTÉRÊT DU CAPITXL. J'l3

piété, elc (4). Un devrait en outre interdire toute stipulation qui neper mettrait pas au débiteur inexpérimenté de saisir nettement la nature des obligations contractées, ou qui l'empêcherait de s'acquitter en temps opportun (5). — Enfin, il faut, au cas où le payement des intérêts se trouve ordonné en justice, que l'Etat consacre un inlêrêl légal, qui se rapproche le plus possible du taux ordinaire du pays (6, 7, 8).

(1) Comme en particulier l'empereur Joseph II ravnit ordonné, vers 1787. V. l'ouvrage couronné de Gi/';//ier (Versuch einer vollslaendiiren Uiilersuchiin!,' üher Wucher und Wuchergesetze, 1790); von Kees (üeber die Aufhebung der Wuchergcselze, 1791); Sonnenfels {Ueher Wucher und Wuchergesetze, 1789), et Zu Herrn von Kees Abhandlung, elc, 1791); Vasco (Usura libéra); le contraire a clé soutenu par Orie,s (E. N., II, 21). — Les débats de la Chambre des députés de France, qui se terminérenl par le rejet de la proposilion de M. Lherbede sur l'abolition des lois d'usure, le 9 mars 1836, offrent un grand intérêl, ainsi que ceux de l'Assemblée législative (I8o0) sur la proposilion de M. lie Saint-Priest, qui a fait aggraver la loi exislanle. L'intérêl légal avait été aboli en France, en 1793-1791 et de 1796 à 18Ü7.— La Sardaigne vient tout récemment de modifier sa législation dans ce sens (juin 1837), ajjré.s un débal prolongé el des plus inlércssanls, lanl dans la Chanibre des députés qu'au sénat. Ce changement est dû principalement ,i l'économiste distingué qui dirige le cabinet, iV. le comte de Cavour.

(2) Certaines lois semblent favoriser à dessein celle tendance, en permeltanl d'élever d'aulanl plus le taux de l'intérêl que le créancier est entouré de moins de considération. Ainsi, dans quelques pays, les juifs pouvaient exiger autrefois un inlérèt plus élevé que les chrétiens. Justiuien permet de percevoirun intérêt de 4 pour 100 seuiemenl prrsonis ülustribus, 6 pour 100 aux simples particuliers de condition ordinaire, el 8 pour 100 aux changeurs (L XXVI, Cod., IV, 32). Par nue disposition en sens contrair<', la loi indienne de Manon astreint le bramine à payer 2, le guerrier 3, le vaysya i, le soudra .^ pour 100 d'intérêt au plus, par mois (ch. vui).

f3) TurgotA'il : « Le nom d'usurier ne se donne presque plus aujourd'hui dans la société qu'aux préleurs A la petite semaine, h quelques fripiers qui prêtent sur gages aux petits bourgeois el aux artisans dans la détresse, enlin à ces hommes infâmes (|ui font melier de fournir ;"i des intérêts énormes, aux enfants de famille dérangés, de quoi subvenir

à leur libertinage et à leurs folles dépenses... De ces trois sortes d'usuriers, il n'y a r|iie les derniers qui Tissent n la société un mal réel, mais non pas à cause de l'intéi êl, qui doit être élevé pour couvrir le risque .. Leur vériiahle crime est, non pas d'être usuriers, mais de faciliter et d'encouiager pour un vil intérêt les désordres des jeunes gens et de les conduire à rallernalive de se ruiner ou de se déshonorer » Mémoire sur les preis d'argent, § 32j. Culquiwiin (Police of ihe metropolis, p. 167) nous apprend ((u'il existe à Londres îles femmes au.xquelles les revendeuses (à Paris, marchandes deqiialre saisons) empruntent chaque malin K .schelliiigsj pour les rendre le soir du même jour, avec l/2schelling d'intérêt ! Des faits de ce genre se présentent souvent encore à la campagne, surtout dans les prêts en nature de capitaux productifs, consentis aux pauvres. Ainsi, il y a dans le canton du Tessin beaucoup de« chepbls de fer » qui doivent être restitués, selon la valeur telle qu'elle a été originairement établie, jdus un intérêt en nature d'environ 36 pour 100 (Franscini, Der Canton Tessin, p. 132). Sur les bords du Pihin on stipule parfois, dans des contrats de ce genre, jus(|irà 200 pour 100 par au [Murstadl, Der Nat. OEkoiiom,, 9' livrais., p. 727).

(i) Nous parlerons ailleurs des inonts-de-picté, des caisses de crédit pour les paysans, etc.

(S) Spiltler (Politik.,)). 412j demande qu'on fasse disparaître toutes les lois d'usure ; seulement, chaque contrat où le taux de l'intérêt est déguisé devrait, sous peine de nullité, l'énoncer tel qu'il est eu réalité. Il semblerait aussi convenable de maintenir l'ancienne défi'use relative aux inlérêls des intérêts (anaioci.smp) qui courent d'eux mêmes et vont en s'accumulant {Cicero, .\d Att.. VI, 21, et L. 26, D XII, 6) et la disposition en vertu de laquelle les inlérêls arriérés ne doivent pas être portés au del.i de Valterum tantum. Lucullus a établi le premier ces prescriptions eu faveur de l'Asie Mineure (V. § ll."i). — A Florence, loi de 1693 qui interdit formellement de cumuler au delà de sept ans, à moins d'un contrat nouveau et exprés, les inlérêts arriérés ou les intérêts des inlérêls {Vasco, Usura libéra, § ISo). —A Bade .l'intérêt au-dessus de 6 |)Our 100 n'est pas défendu, il est vrai, mais il ne peut jouir d'aucun droit de gage ou de privilège, ni être exigé, en cas d'ordre entre les créancieis ; le débiteur conserve le droit de dénoncer le prêt, chacjue mois. Eu Angleterre, les lois d'usure ont été abolies par les statuts 2 et 3 de Vicluria (c. xxxvii), en ce sens du moins que les lettres de change dont le terme ne dépasse pas douze mois et les prêts d'argent, au-dessus de 10 livres sterling, eu sont alfraucliis. Rau (Lehrbuch, II, § 323) conseille de porter Tintérèl légal au double de celui (|ue l'on lait payer d'habitude, quand ou obiient sécurité pleine et entière, et d'ajouter quelque cho.se eu sus pour les courtes échéances el les petites sommes,

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par exemple, ])Our clia(|iie mois f|iii iit;iii((iie à raniiée, l/:2, ij'.i ou 1/4 pour 100.

(6) V. Loche (Considcralioiis, Works, II, y. .'^2).

(7j Le Iniix dcriiitérôl fui en i,'<;i)éral, à Allicnes, abandoimé au libre arbitre dos coiilraclanls, depuis le temps de Solon, qui avait aboli la servitude pour dettes {Lysias, Adv. Tbeomu., p. 360). Toutefois il y avait un intérêt légal de 18 pour 100 pour le cas où, le divorce étant prononcé, le mari mettait du relard dans la reslitulion de la dot de sa femme. V. Boeckh (Slaalsbausli. der Alb., 1, p. 181).

(8) Nous ne terminerons pas ce chajiitre sans indiquer d'une manière spéciale, comme sources à consulter :

1» La piquante polémique au sujet de rintcrèt : Gratuité du crédit, — Discussion entre M.il. Baslial et Proudlion, ISS;), dans laquelle Bastiat a dévelojqié les ressources de son esprit ingénieux, sous la forme la plusattrayanle ;

2" La douzième leçon du Cours d'économie politique de G. de Molinari (185o), dans laquelle cet économiste zélé et convaincu a résumé clairement la doctrine de l'Eglise, nolamnienl celle du dommage naissant el du lucre cessant (p. 302), et djnné le dernier état de la question envisagée au point de vue catholi(iue (p. 305);

3° Le Commentaire du Contrat de prêt, de Troplong , iiolamment la savante et brillante préface de ce livre, qui démontre la légitimité de l'intérêt, et où la doctrine de Vintérêt légal a rencontré son plu.s babile défenseur ;

-4" Enfin la remarquable disserlalion de L-ion Faucher (Dictionnaire d'Economie politique, v" Intérêt, el Mélanges d'Economie politique et dellnances, t. II, p. AiH). Léon Faucher y a résumé avec une vigueur et une précision dont il possédait le secret, tout le débat relatif;! l'usure, en fournissant des indications précieuses, puisées aux Etals-Unis et en Angleterre, et en faisant justice des erreurs des socialistes. Il montre comment la question de l'élévation du taux de l'intérêt se lie à l'ensemble de l'économie publique. « Le taux de l'intérêt se mesure généralement à celui des profils. Là où les placements industriels rapporionl 12 à 15 pour 100, ce serait prétention vaiye que celle d'empruuler de l'argent à i ou même à 5 pour 100. Le commerce de l'argent cesserait, en effet, s'il ne se trouvait pas placé dans des conditions analogues à celles des autres industries... Dans l'Amérique du Nord, où les profils de l'agriculture, qui reste heureusement la princijiale industrie, grâce à la fertilité du sol, s'obtiennent presque sans effort et sont très-considérables, la rémunération du travail et celle du cajiilal gardent un niveau fort élevé. L'argent y est cher, ainsi que les salaires. »

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