CHAPITRE IL
Des redressements des rivieres, et des changements que Fon peut faire à leur cours ou à leur lit.
127. I y a plusieurs cas où la nature semble avoir besoin du secours de l’art, pour modérer le cours des rivieres, qui passent quelquefois d’un état réglé, dans lequel elles font l’ornement , l’abondance et la richesse d’une province, à des crues extraordinaires, et à des débordements qui entrainent à leur suite la terreur, le désordre, le ravage et la mort. On voit de temps en temps, et certains hivers en sont des époquesmémorables, les fleuves, grossis par des pluies ou des fontes de neiges trop subites, sortir de leurs lits, et répandre avec leurs eaux dans les plaines et les vallées les fléaux d'un nouveau déluge. La perte des récoltes et des päturages, la destruction des bestiaux, la chüte des
maisons et des édifices, la ruine des ponts et des
chaussées publiques, les horreurs de la famine ne
sont pas Les seuls maux qui inondent alors l’huma-
nité ; les eaux laissent, en se retirant même, un
germe de corruption et de mort dans de vastes
prairies, où l'humidité croupissante produit des
exhalaisons puantes et mortelles, qui infectent
l'afr; et ceux que l’eau avait épargnés périssent
souvent par l'influence empestée de ces vapeurs
malignes.