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PARTIE I, SECT, SIT. CHAP, VIIN 273 mt) CHAPITRE VII

Des canaux de desséchement, et de leurs accrues.

197. Pour ne rien omettre d’essentiel dans la ma. tiere que nous traitons, il reste à examiner quels sont les moyens les plus convenables de dessécher un terrain où les eaux de pluie et celles des ruisseaux et des sources s'’amassent pendant l’hi. ver, comme dans un fond de cuve, sans pouvoir s’écouler dans une riviere vaisiné, tant que l’eau de celle-ci se trouve elle-même plus haute que la fond du bassin qui sert de réceptacle à ces eaux. Si l’art de manier les eaux et de les conduire suivant les besoins dela société, rend aux hommes des services importants, et contribue à l'embellissement de leur demeure, au aux progrès du commerce, on peut dire qu'ici il crée, pour ainsi dire, de nouvelles richesses, en fertiligant des terrains qu'un marais infect et fangeux rendait aussi nuisibles et aussi mal-sains qu'ils deviennent riants et précieux par le desséchement. Un pays sauvage et marécageux, couvert dé roseaux, inaccessible aux traupsaux, repaire d'aissaux aquatiques, abandonné à quelques misérables pêcheurs; une fois délivré des eaux sous lésquelles il était noyé, ouvre son sein, reçait de précieuses semences, se couvre de riches dépouilles, donne la vie à de nombreux bestiaux , {ait les délices et procure Tome I. 18

ani PRINCIPES D'HYDRAULIQUE, : l'abondance de l’homme industrieux qui l’a fertilisé; de nouvelles familles s’y établissent ets’ y multiplient, et la nature se montre d'autant plus empressée et plus magnifique à récompenser leurs travaux, qu’elle avait long-temps malgré elle renfermé ses trésors dans un sein stérile et glacé par les eaux. Les pays nouvellement habités par le genre humain, comme une grande partie de l’'Amérique et des terres australes, sont encore presque couverts de marais et de lacs; et ils demeureraient encore long-temps dans cet état, si la population, qui y prend tous les jours de nouveaux accroissements, n’augmentait l'industrie, en multipliant les bras des cultivateurs en même temps que leurs besoins. L'auteur de Ïà nature a formé les masses des montagnes, 1l a modelé les vallons et les côteaux , il a tracé le cours des fleuves, et sillonné le litdes rivieres; mais il à laissé à l’homme le soin de dessécher sa demeure et le champ qui le doit nourrir, parce que cette tâche n’excede pas ses forces, et qu'il était avantageux que les parties du globe où l’homme n'avait pas encore pénétré, demeurassent couvertes de forêts et de lacs, pour garder comme en réserve les sucs de la terre, que l’in-jure de l'air, l’ardeur du soleil, et le principe destructeur des pluies auraient dissipés en pure perte, sans cette sauve-garde. C'est donc à lui à se charger du soin d'ouvrir ces trésors si bien conservés, de remercier l’auteur de tout bien, : qui les a ménagés pour son usage, et de répondre à ses vues bienfaisantes par une. économe - ad-

PARTIE L SECT. III: CHAP. VIIL 275 ministration, qui laisse aux hommes à venir la part qu'ils ont droit d'attendre, comme les derniers venus, à un héritage dont leurs peres auront joui $ans le dissiper. Il se trouve encore des can-

tons marécageux au centre des provinces les plus

peuplées et les mieux cultivées, soit que l'industrie .n’ait pas encore tenté de les dessécher; soit que l'administration n’ait pas pu empécher quantité de petits abus, dont les suites sont l’exhaussement du lit des rivieres, et l'impossibilité d'écouler complétement les eaux de pluie : e'est à l’administration à chercher des remedes à cés maux, et à encourager les sciences et les arts, à qui il appartient de poser des principes généraux et sûrs, dont 1l ne reste qu'à faire une judicieuse application. Le problème des canaux de desséchement est donc d’une grande importance, quoiqu'on ne trouve rien à cet égard dans les auteurs. Essayons d’en donner une notion claire et exacte, et de le résoudre, à l’aide de notre nouvelle théorie. . 198. Soit un bassin A, qui se remplit naturellement d’eau, ou par les pluies du ciel, ou par des sources, ou par quelques ruisseaux qui viennent s’y rendre : il n’a point d’autre écoulement que le petit canal AB, qui jette ses eaux dans la riviere BCDE., et ainsi ses eaux seront à-peu-prés de niveau à la surface de la riviere en B, d’où il est aisé de conclure que ce bassin ne peut pas être desséché, à moins qu’en été la riviere ne baisse, par les sécheresses, d’une hauteur au moins égale à la profondeur de l’eau du bassin; mais ce desséche-

Fig. at

ment complet n’ayant lieu que vers les mois de juillet ou d'août, il ne peut pas procurer beaucoup d'avantages; et les exhalaisons mal-saines qui s’élevent alors d’un sol couvert de fange, causent une putréfaction très - dangereuse : un desséchement permanent et constant rendrait à l'agriculture un fonds nouveau, et préviendrait l'infection de Y'air. Pour se procurer ces deux Avantages, on propose de creuser un autre canal AC ou AD et même AE, et on demande quel est celui des trois qui serà le plus avantageux, quelle longueur il faudra lui donner, et quelles doivent être ses dimensions, pour que le desséchement soit complet dans tous les cas.

199. Pour répondre à la premiere question, j’observe que si on suppose la longueur du canal AC égale à la portion BC du lit de‘la riviere, et que le canal AD soit aussi d'une longueur égale à la portion BD, qui lui répond, il est évident que ces deux canaux, ayant l’un et l’autre la même pente, et étant supposés de sections égalès, feront ‘la même dépense d'eau, tant que le niveau du bassin restera le même; mais quand ce niveau viendra à baisser , sans que la riviere baisse dans la même proportion, il est encore évident que le canal le plus long opérera le desséchement le plus prompt : car le prefnier canal AC pourrait ne plus avoir de pente, tandis que celle du canal AD ne serait diminuée que de moîtié; ainsi l'effet du prémier serait nul, mais mon pas celui du second. On peut faire le même raisonnement peur com-

PARTIE I. SECT. III. CHAP. VIII 27% parer l'effet du canal AD avec celui du canal AE.

Doncil est certain que plus il y aura de différence

de niveau entre l’eau du bassin et celle de l riviere, prise au point où aboutit le canal, plus il restera de pente au canal, déduction faite de la hauteur dont l'eau pourra baisser dans le bassin, ou de celle dont elle pourra s'élever dans la xiviere par les crues. Ainsi, une crue qui ferait bausser le niveau de la riviere d’une quantité donnée,

“pourrait anéanür la pente du canal AC, au même

AD , et faire refouler l’eau dans le bassin À, tandis que le canal AE conserverait encore assez de pente pour continuer de couler. Il faut donc conclure en premier lieu que le canal AE est préférable aux deux autres.

200. Mais on demande, en second Jieu, quelle 64 est Ja longueur positive qu’il faut donner au canal de desséchement; pour qu’il ne reste jamais d’eau dans le bassin A. Gn peut dire en général quecette

longueur doit être au moins telle, qu'elle aboy-

tisse à up point de la riviere où da surface des plus hautes eaux soit inférieure au fond du bassin, afin qu'en tout temps, même dans les crues d'hiver, l'eau du bassin puisse couler sans interruption , et que celle de la riviere ne puisse pas refouler, ni arrêter cet écoulement :.au reste, on sent déja que Tinfériorité de la surface de d'eau de la riviere, au point de jonction du canal, sousilefond du bassin , et par conséquent la longueur absolue du canal,

dépendent des dimensions qu'on lui donnera.

Ces dimensions daivent être réglées sur la pente

qui se trouvera depuis le sol du fond du bassin , qui ‘est censé représenter la surface des plus hautes eaux de Finondation, à l'entrée du canal, jusqu’à la surface de la riviere au point E, dans le temps des crues : car 1l est nécessaire que, dans tous les .cas, la dépense du canal, en vingt-quatre heures, -puisse égaler le produit d'eau des sources, des” ruisseaux et des pluies du ciel, qui s’y rendent dans le même temps. L

. 201. Mais le probléme est encore indéterminé, et .ées données ne! séffisent pas : car on: est le maître de donner au canal une grande section avee moins de pente, ou une moindre section avec une pente plus forte; ét comme l'objet du desséchement peut être également rempli de bien des manieres, 1l peut n'être pas indifférent de choisir celle qui peut réunir d’autres avantages, comme de donner hieu à la moindre dépense possible, ou

-de procurer une vitesse de courant plus grande, qui s'approche davantage de la vitesse du régime, afin de prévenir, si l’on peut, l’envasement du ca-

mal et l'entretien auquel il ne peut manquer d’être plus ou moins sujet. Arrétons-nous à la condition de la moindre dépense possible du côté du déblai des terres de l’excavation du canal; et comme les regles ne frappent pas toujours assez, si elles ne sont rendues sensibles par des exemples, nous allons donner une application des principes précédents, par Lx solution du problème suivant.

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