‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 10 sur 73 · ATMOSPHÈRE I N T E RT R O P I C A L E · texte numérisé non relu

ATMOSPHÈRE I N T E RT R O P I C A L E

même à des distances imprévues, de minuscules parcelles minérales.

Indépendamment, d’ailleurs, de l’observation commune des explorateurs ou colons, qui savent que sous l’influence des vents et selon leur direction l’air atmosphérique est susceptible de renfermer une notable et parfois gênante proportion de poussières minérales, qui proviennent alors soit des déserts (vents d’est au Sénégal) soit des plaines dénudées h la fin de la saison sèche, l’existence de ces poussières, n’en est pas moins établie, alors même qu’elles ne sont plus physiquement sensibles, et qu’il s’agit de contrées maritimes relativement protégées contre les vents de l’intérieur des continents.

C est ainsi que Corre a signalé leur présence dans l’air de Boké, dans la vallée du Rio-Nunez (i), que Maurel les a trouvées en abondance à la Guadeloupe dans des localités continuellement balayées par la brise de mer (2).

Mais ce ne sont pas les poussières de cet ordre qui intéressent l’hygiéniste aux pays chauds. Qu’elles puissent être parfois un inconvénient, ce n’est pas douteux, surtout à l’intérieur de l’Afrique, en plaine, et plus particulièrement au voisinage des zones influencées par le Sahara, quand souffle le vent brûlant du désert; mais, à beaucoup près, cet inconvénient, au-dessous du tropique, n’égale pas celui qu’offre le vent du sud, le Simoun, pour les régions situées au-dessus.

Il n’en est pas de même pour les poussières organiques. Celles-ci, de nature végétale ou animale, constituent pour l’hygiène tropicale une question de sérieuse importance.

En ce qui concerne les poussières végétales, il est

(1) Corre. Analyse microscopique des eaux stagnantes et de l’air de quelques localités insalubres de la côte occidentale d’Afrique, in Arcli. de mcd. navale, t. XXVII, 1877.

(2) Maurel. Ibid. Contribution à l’étude du paludisme, t. XLVII, 1887.

certain que la richesse de la flore des tropiques leur communique une vitalité essentiellement redoutable, en ce sens surtout que tout ce qui provient de la décomposition des végétaux, humus des forêts, végétation algoïde des étangs, lacs, fleuves et ruisseaux, est susceptible, au temps de la saison sèche, de se laisser soulever par les vents régnants, et d’inonder 1 atmosphère d’une masse plus ou moins considérable de micro-organismes.

Le transport des germes organiques n’existe pas seulement, on le sait, au voisinage immédiat des lieux de leur production ; l’air qui a passé sur les marais de la Sénégambie ne contient pas seulement les organismes aspirés à leur surface, mais encore d’autres apportés par la brise du fond des régions de l’intérieur. Et Corre (i) signale cette particularité dans ses observations sur la composition de l’air dans le Rio-Nunez et à l’embouchure du Sénégal.

On sait d’ailleurs qu’Ehrenberg, cité par Arnould (2), avait reconnu dès ses premières recherches à Berlin, en 1828, que l’air de cette ville renfermait des orga nismes provenant de l’atmosphère africaine et identi ques à ceux de l’air du Portugal.

Il faut donc considérer comme un fait scientifiquement établi que l’air des tropiques transporte, dans un état de dilution plus ou moins étendu suivant les régions de la zone, une certaine quantité de micro-organismes empruntés aux surfaces diversement caractérisées, forestières, marécageuses, lacustres, herbacées, qui s’étendent à travers les continents et les îles, et que la constatation de leur existence peut être faite à des distances considérables de leur point de départ.

En ce qui touche la détermination de ces poussières organiques, rien n’est encore moins élucidé pour les

(1) Corre. Loc. cil., p. 408.

(2) àrxould. Nouveaux éléments d’hygiène, 20 édition, 18S9, p. 820.

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