A T MO S PUE RE INTERTROPICALE
quel (i) n’a montré l'influence du régime des vents, de la température et de l’humidité sur la composition microbienne de l’atmosphère. Il a., entre autres observations remarquables, constaté que la chute des pluies et l'humidité de l’air abaissent considérablement le chiffre des germes atmosphériques et que les hauteurs jouent le même rôle, en fonction directe de leur élévation. C’est ainsi que dans les pays chauds la courbe des maladies endémiques monte avec la chaleur et l’évaporation du sol qui accompagnent et suivent les pluies de l'hivernage. Au Sénégal, c’est dans le cours du 3° et du 4e trimestre de l’année, alors que le régime des pluies est établi, et plus particulièrement encore lorsqu'il va cesser, que s’accroît le chiffre de la morbidité générale. Pareille observation se relève dans toutes les régions soumises aux pluies régulières et abondantes qui caractérisent la climatologie intertropicale. A la Guyane et aux Antilles, où les saisons sont beaucoup moins tranchées, où celle que l’on nomme saison sèche est entrecoupée de pluies fréquentes, le maximum des maladies de cet ordre tend à se manifester, il est vrai, à la lin de l’hivernage ;mais, en réalité, la distinction est moins accusée qu’au Sénégal et la répartition des maladies paraît se faire plus uniformément sur l’année entière. En Indo-Chine, Annam, Siam, Cambodge, Tonkin, même observation, avec cette différence, toutefois, que le choléra se développe toujours dès les premières pluies, sans attendre pour son expansion que la saison humide soit pleinement établie. Il semble, en effet, et cela paraît se concilier avec tout ce qu’on sait du Komma-bacille, qu’il suffise des premières ondées qui - tombent sur la terre desséchée par les chaleurs de la saison sèche, notamment en avril et en mai, pour favoriser son développement et le faire éclore. A partir de ce moment, au fur et à mesure de l’imbibition des terres
(i) Miquel. Les organismes vivants de l’atmosphère. Paris, 1 8 S 3 .
•iü DU CLIMAT DES TROPIQUES ES GÉNÉRAL
par les pluies, l'épidémie s’étend en suivant Jes cours d’eau. C’esl ce que nous avons toujours observé en Cochinchinc (i).
Il se peut donc qu’aux pays chauds les pluies torrentielles de l’hivernage aient pour résultat, ainsi que Miquel l’a établi pour l’Europe, de purger l’atmosphère de ses micro-organismes. Mais cetLe stérilisation relative de l’air des tropiques n’est que momentanée. L’atmosphère se recharge rapidement par l’évaporation active du sol ; et les brises régnantes, alizés ou moussons, en passant sur d’immenses étendues de terres mouillées et en pleine activité de végétation naissante, emportent dans les espaces d’innombrables quantités de germes (2). Aussi la contenance de l’air en microorganismes est-elle en rapport non seulement avec l’évaporation, mais encore avec la direction des vents.
On sait, en effet, que l’air de la mer est toujours salubre sur les côtes, tandis que la brise de terre est en corrélation étroite avec le développement des maladies endémiques.
Borius, dans ses recherches sur le climat de la Sénégambie, a parfaitement mis en relief ces différences. « Les vents, dit-il, ont une influence considérable sur l’état sanitaire ; cette influence varie selon l’exposition des localités. Sur le littoral, les vents d’ouest sont les plus sains; c’est le contraire dans l’intérieur » (3).
En d’autres termes, sur la côte occidentale d'Afrique, au nord de l’Equateur, les vents de la partie est (N.-E.- E.-S.-E.) viennent du continent et passent sur des marécages, sur des vallées riches en alluvion, et se chargent puissamment d’organismes empruntés à la superficie du sol. Au contraire, les vents de nord à sud
(1) a. Rapports annuels. Série marine et colonies; b. Dutroul\u. Climats partiels in Traite des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris. 1868; c. Borius. Climat du Sénégal. Paris, iSy5.
(2) Voir plus haut les analyses de Corre.
(3) Borius. Loc. cil., p. 3i(>.