A T M O SP II È R E INTERTROPICALE
par l’ouest viennent directement de l’Atlantique et arrivent purs de tout germe.
C’est qu’en effet l'air marin, l’atmosphère des océans renferme infiniment peu de micro-organismes.
Miquel en a fait l’étude bactériologique à l’aide de récoltes d’air reçues sur des bourres de coton de verre stérile par les soins du commandant Moreau et du Dr Planty Mauzion. Cet air provenait de l’Atlantique et de la Méditerranée et avait été puisé au large (1). Peu après, le Dr Fischer, de la marine allemande, fit les mêmes recherches durant un voyage aux Antilles (2). De ces études il résulte cette conclusion qu’en plein Océan il faut dix mètres cubes d’air pour isoler à peine quatre ou cinq germes, mais que le nombre en augmente au fur et à mesure qu’on se rapproche des continents. A ce moment, si l’on est sous l’influence des brises de terre, on peut trouver dans l’air marin jusqu’à 4o ou 45 germes par mètre cube. On sait en outre que l’air contenu dans les étages d’un navire, riche de micro-organismes tant qu’il est dans un port, se purifie rapidement à mesure qu’il s’éloigne des côtes. En résumé, comme le dit Miquel, la mer absorbe tous les germes, « c’est le tombeau des moisissures et des Schizophytes aériens ».
Il est donc normal, conformément aux observations traditionnelles, que la brise de mer soit salubre et que partout où elle aborde elle amène avec elle la salubrité. Remarquons toutefois, et ceci est très important, que le bénéfice de cette salubrité ne dépasse pas beaucoup le littoral. Car, dès que la brise de mer a franchi les côtes et qu’elle a parcouru un certain nombre de kilomètres dans l’intérieur, elle se charge à nouveau de germes et, par suite, devient une cause d’insalubrité pour les localités où elle règne.
(1) Miquel. Des organismes microscopiques de l’air de la mer ( Semaine médicale de Paris, mars 1884, p. 90).
(2) Fischer. Bactcriologische Untersuchungen auf einer Reise nach Westindien.
DU CLIMAT DES TROPIQUES EN GÉNÉRAL
C’est surtout vrai pour les tropiques, en premier lieu pour les régions paludéennes. Les vents du S.-E. au S. de l’équateur, et du N.-E. au N. de cette ligne, sont les vents de mer pour le Brésil et les Guyanes. Ils arrivent avec leur degré normal de salubrité à la cote, venant de l’Océan, c’est-à-dire avec le minimum possible de germes. Si l’on excepte, sur le littoral de ces régions, les manifestations endémo-épidémiques de la lièvre jaune spéciales aux cités maritimes, et celles de la lièvre typhoïde, affections (pii sont entretenues par le milieu organique humain et dont la genèse est intimement liée aux vices de la voirie et de l’habitation, on constate qu’en ce qui concerne les endémies d’origine tellurique et plus spécialement le paludisme, toute la côte battue des alizés de mer jouit d’une réelle salubrité. Selon Lombard (i) la malaria n’y sévit que faiblement, — encore faut-il sans aucun doute faire intervenir la brise de nuit qui vient de terre. Le Roy de Méricourt estime que si la malaria y est fréquemment observée, on n’y rencontre pas de formes graves, et qu’elle ne s’y signale que par des manifestations plutôt légères. On est assurément loin d’y observer, dans tous les cas, ni l’intensité redoutable ni la multiplicité des formes qui caractérisent les côtes opposées de l’Afrique.
Ici encore convient-il de faire une réserve qui s’applique aussi bien aux rivages d’Amérique qu’à ceux de l’Afrique. Dans ce dernier pays, lorsque soufflent les vents de mer, c’est l’intérieur et non le littoral qui est insalubre, parce que, ainsi que nous l’avons vu plus haut, l’air marin dépourvu de germes, en recueille de grandes quantités sur le continent à mesure qu’il s’éloigne de la côte. C’est l’évaporation des plaines inondées par les pluies de l’hivernage qui est ici en cause ; et, par suite, toutes les localités placées sous
(1) Ti’aité de climatologie médicale.
A TM O SP H ÈRE I N T E RT lï 0 P T C A LE
le vent des marécages deviennent malsaines. Ainsi s’expliquent les fièvres qui naissent et se multiplient à quelques kilomètres du rivage pour devenir l’endémie saisonnière, annuelle près des tropiques, bisannuelle dans la zone équatoriale, depuis le ia° degré environ jusqu’à l’équateur (Gambie, Rio-Nunez, Lagos, Porto-Novo, Bénin, Cameroon, Gabon, Congo). De même en Amérique. Au Brésil, à Rio-de-Janeiro, la mousson d’entre S.-E. et S. -O. (viraçâo) coïncide par sa constance avec la saison sèche et fraîche . Elle arrive de la mer sans avoir dévié et atteint directement le littoral. Dans cette condition, outre une bonne température, elle apporte à Rio-de-Janeiro les bienfaits de la salubrité. « C’est la saison la plus agréable à passer à Rio, dit Bourel-Roncière, celle où les équipages s’y portent le mieux et sont habituellement le moins exposés. C'est la période de moindre activité dans la production des émanations telluriques (1). » Si, au contraire, l’alizé de N.-E. souffle à la place du S.-E., il rencontre le continent vers l’équateur, dévie dans la direction parcourue, devient N. -N. -O. et arrive à la côte, en particulier à Rio-de-Janeiro sous le nom de « Terrai » (vent de terre). Alors il coïncide avec des pluies, balaie de grandes étendues de terre et perd aussitôt les propriétés salubres qu’il avait reçues de l'atmosphère océanique . Son apparition est suivie presque aussitôt du développement des maladies endémiques. « Lorsque la saison chaude empiète sur la saison fraîche, se prolonge, que la chaleur continue et que les vents du sud (S.-E. -S. -O., Viraçâo) ne s’établissent pas, les maladies infectieuses continuent et augmentent même de gravité (a). »
Ainsi, en envisageant les régions continentales com-
(1) Bourel-Roncière. Station navale du Brésil et de la Plata. In Arcli. de med. navale , t. XVII, p. 425.
(2) Bourel-Roncière. Loc. cil.
DU CLIMAT DES TROPIQUES EM GÉNÉRAL
prises entre les tropiques, il demeure évident que le bénéfice de la pureté en microorganismes de l’atmosphère maritime ne profite aux rivages et aux pays de l’intérieur où elle pénètre qu’autant que les mouvements météorologiques qui l’entraînent coïncident avec la saison sèche. Dès (pie les moussons ou alizés de mer se rencontrent avec le déplacement de l’anneau équatorial et amènent la saison des pluies, l’insalubrité va croissant du littoral vers l’intérieur. Plus l’étendue des terres est considérable, plus ce phénomène devient sensible. Il est directement lié au réveil de la végétation, entièrement sous la dépendance de la fructification des germes, et l’on peut dire que la courbe des maladies endémiques suit point par point celle de l’évaporation. C’est de cette manière que la fin de l’hivernage se signale par une extrême insalubrité.
Ces conditions de l’atmosphère tropicale, telles qu’elles résultent de leur élude au niveau des mers ou dans les territoires de basse altitude, sont singulièrement modifiées par le changement en hauteur.
On en a d’abord une preuve par le fait de la disparition de certaines maladies infectieuses, comme la fièvre jaune par exemple, dès qu’on s’élève à un certain niveau au-dessus de la mer. On sait en outre que toutes les terres d’alluvions qui bordent les vallées fluviales et forment les basses plaines dans toute la zone intertropicale sont d’actifs foyers de paludisme, redoutés pour les formes graves qu’y affecte cette endémie, tandis que les pays de montagne, les plateaux de l’intérieur, s’ils n’en sont pas exempts, témoignent cependant d’une remarquable atténuation de ces manifestations.
De même qu’aux Antilles françaises, le camp Jacob à la Guadeloupe, le camp Balata et la Fontaine-Didier à la Martinique, ainsi que les hauteurs avoisinantes avec leurs altitudes variables entre 7 et 800 mètres, servent de sanatoria aux fiévreux des localités du rivage et des vallées inférieures, de même les hauts plateaux des