A TM O SP 1IE RE INTERTROPICALE
Cordillères, clans l’Amérique centrale et méridionale, offrent de remarquables conditions de salubrité aux convalescents.
Lombard, de Genève, rappelle que le plateau de l’Anahuac, au Mexique, rentre dans cette catégorie de lieux privilégiés où l’air, plus léger, plus accessible aussi à la radiation solaire, moins humide en même temps, ne paraît pas favorable h l’extension des miasmes telluriques. Ce n est pas, assurément que le paludisme soit absent de cette région, non plus que des hautes vallées de la Colombie, de l’Équateur, de la Bolivie; ce n’est pas qu’on ne puisse l’observer dans les hautes terres de Nicaragua, Costa-Rica et de Salvador; mais tout est relatif, et la réputation de salubrité des plateaux élevés que présente l’orographie systématique de l’Amérique méridionale tient au contraste qu oppose la violente endémicité des terres basses.
Nous avons des preuves sans nombre, tant en Afrique qu’en Amérique, tant en Asie qu’en Océanie, qu il suffit d une altitude de deux à trois cents mètres, et même moins quelquefois, pour introduire dans la fréquence et dans la gravité des fièvres des différences très caractérisées.
Mais à quoi peut-on bien attribuer ces différences ? A cette altitude on ne saurait invoquer le changement encoie assez peu appréciable dans la pression barométrique, ni même la diminution de tension de vapeur d'eau, à supposer qu’on fut fixé sur leur rôle dans la genèse des fermentations organiques.
Il me paraît qu ici 1 influence de 1 altitude consiste en ce que les vents y arrivent dépouillés d’une notable partie des éléments étrangers à la composition de l’air atmosphérique, poussières et microorganismes que lcui densité retient plutôt dans les couches basses de 1 atmosphère (Miquel). Un fait très remarquable, en effet, c est que 1 altitude joue ici même rôle que la
DU CLIMAT DES EROTIQUES EM GÉNÉRAL
mer lorsqu’elle esl interposée entre une localité et une région insalubre. C’est ainsi que l’île de Corée, lorsqu’elle reçoit la brise d’est, qui est fébrigène pour les localités voisines de la terre ferme, n’en est aucunement
incommodée.
« La longueur de la rade que le vent d’E. a à traverser atteignant 12 milles, ce vent doit, plus que celui du N.-E., s’être dépouillé, au contact de celte surface d’eau salée, des miasmes qu’il a pris dans l’intérieur des terres. En résumé, les vents de N.-E. et d’E. ne peuvent apporter à Corée et à Dakar que des effluves maremmatiques d’une provenance assez éloignée et ayant perdu une grande partie de leur puissance en traversant la rade (1). »
L’étendue d’une rade, d’un bras de mer, se comporte donc à l’égard des vents qui ont passé sur des marécages comme une surface d’absorption ou de dilution extrême des germes. L’altitude doit jouer un rôle analogue en ce sens que plus elle s’élève, et plus le vent qui a passé sur les plaines et les vallées insalubres agrandit son aire parcourue avant d’y atteindre, et se dilate en montant. Finalement, pour des altitudes de plus en plus élevées, comme sur les hauts plateaux des montagnes Rocheuses aux Etats-Unis, comme dans l’Anahuac au Mexique, dans les Cordillères de l’Amérique centrale et méridionale, dans le haut Congo et la haute Sangha en Afrique, les vents sont de plus en plus dépouillés de germes par l’ascension atmosphérique et se rapprochent de leur pureté primitive d’air marin. On connaît les recherches de Ed. de Freudenreich, qui lui permirent de constater qu’à partir de 2,000 mètres d’altitude, et en s’élevant jusqu’à 4;°°°, l’air s’appauvrit de plus en plus en bactéries (2). Il
(1) Borius. Loc. cit., p. 93.
(2) Ed. de Freudenreich. Des microbes de l’air des montagnes. Semaine médicale, 1884.
atmosphère INTERTROPICALE 33
arrive à ces hauteurs à n’en plus contenir, ainsi que Miquel le porte dans ses calculs, qu’une seule en moyenne par mètre cube.
Sans aucun doute, de pareilles fixations ne sauraient
etre maintenues pour l’air des altitudes tropicales.
Les conditions ne sont plus du tout les mêmes. Sous les tropiques, certains hauts plateaux, tels ceux de 1 Afrique, vers les grands lacs, sont recouverts d’une épaisse foret. Or, partout où règne la forêt tropicale, îègne aussi 1 humus aux riches fermentations, générateur de miasmes organiques et de fièvres. En outre, la forêt est par elle-même un solide écran établi contre la ventilation naturelle ; ici donc se trouvent reformées les conditions propices à l’infection aérienne.
Mais partout où la nature des altitudes se présente avec le caractère de la nudité, là où de hautes brises peuvent librement fouetter l’atmosphère telle « Norte » au Mexique (the Norther du Texas, du New-Mexico et c e « 1 Arizona ») (i), l’air garde une notable partie de ses propriétés salubres, bien qu’évidemment inférieures à 1 atmosphère à peu près stérile de EEngadine.
11 convient de noter ici que l’abondance et la force des pluies tropicales contribuent dans une large mesure à purifier l’air des altitudes, puisqu’elles agglutinent et précipitent vers les plaines et les vallées les microbes et les poussières des hauteurs.
. Neanmoms, malgré l’apparence de fondement physique qui s’attache à cette explication de la salubrité de 1 air atmosphérique des altitudes tropicales, je ne puis me dissimuler que d’autres causes encore doivent y être en jeu, en considérant la marche générale des maladies m ectieuses : car les unes et les autres ne sont influencées m également, ni dans le même sens, par l’atmosphère.
En effet, le typhus et la fièvre typhoïde, les fièvres
Hygiène coloniale.
DU CLIMAT DES TROPIQUES EN GÉNÉRAL
éruptives, variole, rougeole, scarlatine, évoluent en
altitude aussi complètement qu’au niveau de la mer,
et souvent môme avec plus de violence (Mexico).
Tour d’autres maladies, au contraire, la climatologie des hauteurs semble défavorable à leur développement. Si l’on considère l’influence des altitudes tropicales sur la genèse et la propagation de certaines maladies microbiennes, on constate qu’elle agit dans un sens fo rm el l e m e n t m o d é r a te u r .
A Mexico la phtisie est rare, puisqu’au dire de Jiménès, cité par Bordier dans sa géographie médicale, sur u 963 malades observés durant une pratique hospitalière de 24 années il n’eut seulement à soigner que i43 phtisiques.
Egalement rare en Abyssinie et dans l’ Himalaya (Hirsch), dans les Cordillères de l’Amérique centrale (Guilbert), sur les hauts plateaux de la Perse (Hirsch, Sehnepp), elle semble subir aux pays chauds la loi d’incompatibilité que Lombard de Genève a formulée en disant qu’elle cessait de régner entre 1 200 et 1 5oo mètres (1).
Below, dans la remarquable étude sur les conditions hygiéniques de Mexico qu’il a communiquée à la 62e session des médecins et naturalistes allemands à Heidelberg1 2 en 1889, a signalé ce fait qui concorde absolument avec les observations de Jiménès, à savoir que les hautes terres du Mexique, à l’altitude de 6840 pieds (2280 mètres de moyenne) sont considérées comme un sanatorium (Kurort) par les Américains du Nord. Les phtisiques des États-Unisy viennent, et s’y rétablissent ; et quand, de retour dans les Etats-Unis, ils rechutent, on les voit revenir chercher dans l’Anahuac une amélioration, et souvent une guérison définitive de leur affection pulmonaire (2).
(1) Lombard. Influences hygiéniques, prophylactiques et thérapeutiques des altitudes; Comptes rendus du IV® congrès international d’Hygiène.
(2) Tagcblall der 62 0 Versammlung der Naturforscher und ærzte in Heidelberg, vom 18 bis, 23 septembre 1889.