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ATMOSPHÈRE INTERTROPICALE

Quelle est la cause de cette immunité des hauteurs tropicales ? Est-ce la sécheresse relative de l’atmosphère, si on la compare à l’humidité des basses altitudes ? Est-ce la diminution de la pression barométrique, la faible tension de 1 oxygène ? Gela pourrait paraître un paradoxe, étant donné que 1 oxygène en pression est précisément conseillé dans toutes les maladies des voies respiratoires où les échanges deviennent insuffisants.

Il ne faut pas oublier, en outre, que certaines contrées tropicales ou s’en rapprochant, telles que le Sahara et la vallée du Nil, les îles Canaries, passent pour améliorer singulièrement les phtisiques, sans pour cela avoir à invoquer l’altitude.

üéjà il y a près de quarante ans, le Dr Chassaniol, médecin de la marine, avait soutenu dans sa thèse que cei tains climats tropicaux avaient le privilège de l’immunité contre la phtisie (i).

II a’sait spécialement signalé le Sénégal parmi ces pa^ys favorables aux tuberculeux.

ThéA enot, avant lui, avait déjà fait remarquer qu’il n avait jamais rencontré un phtisique dans sa pratique médicale , et Dutroulau confirme cette opinion (2).

Poui moi, je considère comme rigoureusement vraie l’extrême rareté de la phtisie au Sénégal. J’ajouterai en outre avoir eu personnellement connaissance, en 1892, d une personne phtisique qui se rendit au Sénégal, et qui y guérit. Cette personne, examinée en France par plusieurs médecins, présentait avant son départ les signes indiscutables d un ramollissement du sommet pulmonaire gauche, et ses crachats étaient caractéristiques. Le climat de cette région parait donc favoriser 1 état réfractaire et, en certains cas, la guérison ; ce qui

(ï) Chassaniol, De l’influence des climats chauds et de la navigation sur la phtisie pulmonaire. Thèses de Strasbourg, i858.

(2) Dutroulau. Maladies des Européens dans les pays chauds, 1868, p. 16.

DU CLIMAT DES TROPIQUES EN GÉNÉRAL

est sur, c’est que j’avais constaté l’année précédente, dans un voyage au Sénégal, l’absence, dans celte colonie, d’affections pulmonaires et en particulier de Ja phtisie parmi les Européens.

Il semble d’ailleurs que le bénéfice de celte immunité s’étende à une notable partie du continent africain, car le Gap jouit de cette réputation et tout porte à croire que l’intérieur y participe (i). Celte opinion des modernes est d’accord avec ce que pensaient déjà les anciens à l’égard du climat africain et des influences

favorables de la navigation; car Celse, il y a près de deux mille ans, écrivait ceci : « Quod si mali plus est, et vera phtisis est, inter initia protinùs occurrere necessarium est, neque enim facile is morbus, eum inveteraverit, evincitur. Opus est, si vires pcitiinitur , longa navigation e, cœli mutalione , sic ut densius quam id est ex quo discedit æger, petatur : ideoque aptissime Alexcindriam ex Ilalici itur. » Si le mal est plus grave et qu’il y ait phtisie véritable, il est nécessaire d’y porter remède dès le principe ; car il n’est pas facile de détruire cette affection lorsqu’elle a jeté de profondes racines. Quand le malade en a la force, il doit entreprendre de longues navigations et changer de climat, pour trouver un air plus épais (plus plein, plus nourrissant) que celui du pays dont il s’éloigne. On. fait très bien, par exemple, de quitter V Italie pour Alexandrie.

Mais du temps de Celse comme de nos jours, le bénéfice de l’air des mers chaudes non plus que du climat africain ne peut être acquis aux formes trop avancées de la phtisie. C’est dans ce sens seulement que doit être entendue et acceptée l'opinion de J. Rochard et de Fonssagrives que les climats chauds

(i) Mahé. Art. Gcogr. mécl. in Dictionnaire encyclopédique.

Dutroulau. Loc. cit., p. 16.

NicoLAs. Guide hygiénique et médical du voyageur dans l’Afrique cen traie. Paris. 1 8 8 5 .

A TM O S ni ÈRE INTERTROPICALE

sont essentiellement nuisibles aux tuberculeux (1).

Ainsi, pour des raisons que la science n’a pas encore élucidées, certains climats partiels de la zone intertropicale paraissent jouir, au moins actuellement, d’une réelle immunité à l’égard de la tuberculose, quelle que soit l’altitude. Il est certain que cette condition est en rapport direct avec l’état organique de l’atmosphère ; et probablement ne s’agit-il que de quelques-unes seulement de ses qualités : chaleur, sécheresse relative, pureté entretenue par une ventilation régulière. Mais il convient aussi de tenir grand compte des localités, de la densité de la population, de toutes conditions en un mot susceptibles d’altérer la constitution primitivement salubre de l’atmosphère.

Quant aux maladies microbiennes qui disparaissent totalement aux grandes altitudes tropicales, comme la fièvre jaune, les fièvres bilieuses et les fièvres paludéennes, ou qui y deviennent rares et bénignes comme la diphtérie à Mexico (Below), il faut évidemment chercher dans l’atmosphère d’autres conditions protectrices que celles énumérées plus haut.

Quelles sont-elles ? Anoxhémie, comme le voulait Jourdanet (2) ? Insuffisance de tension propre de l’oxygène, comme l’a indiqué Paul Bert (3) ? Diminution de la tension de vapeur d’eau et abaissement de la température comme je l’ai avancé (4) ?

Confessons notre ignorance. Nous ne savons rien au delà de la constatation du lait matériel de 1 immunité des altitudes à l’égard de certaines maladies infectieuses du littoral, sous les tropiques.

(1) J. Rochard. Influence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phtisie. Mém. de l’Acad. de mcd., 1 856.

Fowssagrives. Union médicale, mars 1 8 5 7 . Hygiène navale, 1877.

(•a) Jourdanet. Le Mexique et l’Amérique tropicales, climat, hygiène et maladies. Paris, 1864.

(3) P. Bert. La pression atmosphérique, 1 8 78 .

b) Treille. De 1 acclimatation des Européens dans les pays chauds. 1888,

DU CLIMAT DES TROT I QUE S EN GÉNÉRAL

Signalant le faible degré d’activité des fièvres paludéennes à Mexico, Below s’exprime ainsi : « Thatsache ist, dass auf den Ilôhen in don Tropcn Malaria viel seltener nnd gutartiger ist, als in die Tiefen. Wer Kann bis jetzt behaupten, ob ein relativer SauerstofFmangel der Luft daran schuld ist, oder ein hoherer oder geringer Ozongehalt daran betheiligt ist? » C’est un lait que sur les hauteurs, enLro les tropiques, la malaria est beaucoup plus rare et plus bénigne que dans les basfonds.

Qui peut, jusqu’à présent, affirmer que la cause en réside dans une diminution de l’oxygène de l’air, ou bien dans une richesse plus ou moins grande de la quantité d’ozone atmosphérique (i) ? Et cetauteur ajoute qu’une étude plus scientifique, plus expérimentale, qui aurait pour objet la comparaison au point de vue biologique, des plasmodies paludéennes au Mexique et à Panama serait seule capable de répondre à ce problème.

Le même doute et les mêmes desiderata s’appliquent aux autres maladies infectieuses. Les connaissances que nous possédons sur les conditions physiques de l’atmosphère, — pression, température, vapeur d’eau, etc., — ne suffisent pas pour nous éclairer sur les causes qui favorisent ou entravent la salubrité des régions tropicales. Une étude bactériologique très méthodique est seule en état de nous renseigner sur les qualités hygiéniques de ces climats.

C’est par l’étude des variations de la composition organique de l’air que nous aurons l’explication rationnelle de la nocivité des uns et de l’immunité des autres.

(i) Below. Tageblatt der 62a Versa nnnlung deuischer Naturforscher und Ærzte, p. 637.

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