RESPIRA TI O N
l'hivernage tropical, comme en certains jours accablants de nos étés d’Europe.
Et cependant la fréquence et l’augmentation de profondeur des mouvements thoraciques ne compensent pas exactement, entre les tropiques, la perte d’oxygène que subit chaque inspiration.
C’est qu’en effet, en mettant les choses au mieux, en admettant que la quantité d’oxygène arrive à être la même, il faut tenir compte de la tension sous laquelle se présente ce gaz à l’osmose pulmonaire, tension diminuée, puisque dans la valeur totale de la pression barométrique sous les tropiques il entre un chiffre double, quelquefois triple de celui qui exprime la tension de la vapeur d’eau dans nos climats d’Europe.
Ne tînt-on pas un compte bien notable de cet abaissement réel de la tension de l’oxygène, malgré son action de tous les instants, qu’il faudrait encore ne pas perdre de vue que l’air échauffé perd de ses propriétés biologiques. « Le sang, écrivaient en 1872 Mathieu et Urbain à la suite de leurs expériences, le sang dissout plus d’oxygène si l’air est plus froid; il en prend moins si 1 air qui alflue aux vésicules pulmonaires est plus chaud (1). »
Admettons, si l’on veut, qu’aucun de ces facteurs, pris isolément, — dilatation de l’air, tension abaissée de l’oxygène dans l’air inspiré — affinité moindre du sang pulmonaire pour l’air chaud — ne soit en état d agir énergiquement sur les phénomènes chimiques de la respiration ; mais, du moins, considérons comme réels les effets nuisibles de leur association et de leur action prolongée.
Pour moi, il 11’est pas douteux, ainsi que je l’ai dit déjà (2), que l’ensemble de ces conditions est une des causes de l'anémie tropicale ; en tous les cas, il ne peut
(ij Arch. de physiologie, mai, 1872, p. 3i2.
[g) De 1 acclimatation des Européens dans les pays chauds. Paris, 1888.
ACTION DU CLIMAT I N T EUT 11 O P I C A L
qu’y aider en s’unissant aux troubles physiologiques qui modifient les autres fonctions de l'organisme.
b) Circulation. — Il est acquis (pie la circulation, si on considère son signe fondamental, prend un caractère de fréquence chez l’Européen dès les premiers temps de son arrivée sous les tropiques. Féris a publié à cet égard des observations concluantes dans les Archives de médecine navale. Malgré quelques divergences (Raltray-Jousset), les auteurs sont généralement d’accord pour admettre que le premier effet de la chaleur tropicale est de déterminer une fréquence de pulsations en étroite corrélation avec l'accroissement des mouvements respiratoires. C’est, du reste, rigoureusement physiologique. Quant à la pression sanguine, on ne saurait admettre qu’elle est augmentée, car la dilatation des capillaires périphériques, sollicitée très activement par la chaleur continue, ne peut que provoquer son abaissement. Jousset a conclu d’ailleurs dans ce sens; et, bien qu’il ait obtenu au début de ses observations des tracés sphygmographiques accusant plutôt de la tension, il a reconnu qu’après un certain temps de séjour aux pays chauds, la pression vasculaire s’abaissait (i).
L’abaissement de tension vasculaire prédispose-t-il à l’engorgement viscéral ? Est-il une cause première et lointaine de pléthore hépatique, de stase splénique, abdominale, etc. ? C’est probable, bien qu’ici il convienne d’être très réservé en l’absence d’observations méthodiques et multipliées. Dans un milieu physique aussi actif que l’atmosphère tropicale réagissant sur l'Européen avec une continuité si remarquable, les plus petites impressions prennent à la longue, en s'accumulant, la valeur d’une modification biologique.
(i) Jousset. Arch. de me'd. navale , t. XL, p. 286.