CLIMATS RÉGION A U X TYPES
Indo-Chine. — a). Tonkin. — C’est un climat absolument à part dans la série des climats tropicaux. Il offre cette particularité d’un hiver, dont il ne faudrait pas, - certes, exagérer l’importance, mais qui, par le contraste météorologique qu’il oppose aux conditions générales de toute la zone, ne laisse pas d’être intéressant à tous les points de vue, en hygiène comme en climatologie. Les saisons y sont tranchées.
Elles comportent cinq mois tempérés, cinq mois chauds, deux mois de température variable. La première série commence à peu près généralement en novembre,
7^ co.xDino.xs sA.xrr.ii hé s des climats uêgiosacx
avec la cessation des pluies. A peine obscrve-l-on quel- ([ties brouillards. La température baisse considérablement, tombe à 18, 1 6, ia et même i4° dans l’aprèsmidi. En décembre la baisse thermométrique s’accentue : il n esl [>as rare de constater io°. En janvier on observe 9, 8 et même 7°, et le froid est parfois assez vif pour obliger a chantier les appartements. Février est le mois
par excellence des brumes; il est par suite très humide et malsain. Le soleil se montre peu, et, sauf quelques jours, les brouillards voilent l atmosphère d’une manière constante (Maget). Mars ne diffère guère, au point de vue de la température, de janvier et de février. Mais avec avril, bien qu’il règne encore une humidité prononcée, déjà le soleil prend de la force, et vers la fin du mois, au moment de l’établissement définitif de la mousson de Sud-Ouest(devenue Sud-Esten contournant les côtes de l’Annam) commencent les chaleurs caractéristiques de l’été (hivernage des pays chauds). Alors, durant les mois de mai et juin, jusqu’au moment où surviennent les grandes pluies, au moment où le soleil est au zénith, les chaleurs sont torrides. Le thermomètre oscille entre 3a et 36° atteignant parfois 37°.
Durant cette période l’atmosphère est lourde, orageuse, électrique; l’organisme est accablé et subit l’influence énervante propre à la saison chaude et humide des régions équatoriales. A peine observe-t-on des écarts diurnes de 4 à 5° dans la température, qui
alfecte ainsi le caractère d’élévation, d’uniformité et de
constance si pénible aux Européens. Les pluies torrentielles de juin et juillet n’apportent aucun soulagement, et l’évaporation du sol ne suffit pas à diminuer la chaleur ambiante. Au mois d’aout seulement, bien que la température demeure toujours élevée dans le jour, on observe matin et soir une légère détente. Les nuits, insupportables en juin et juillet, deviennent meilleures. Enfin, en septembre, de fortes brises du Nord-Est, quelquefois un typhon, viennent bouleverser l’atmosphère
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et chasser les pluies, mettant fin à riiivernage. Octobre est un beau mois où les ardeurs du soleil, encore vives entre dix heures et trois heures, sont cependant
tempérées par de fortes brises du Nord-Est régulières,
qui retrempent l’organisme débilité par les grandes chaleurs. Voici maintenant l’approche de l’hiver, la saison tonique par excellence et dont la physionomie qui vient d’ètre brièvement esquissée est assez caractérisée pour justifier l’opinion favorable que l’on a aujourd’hui du
Tonkin.
Tel est le caractère général du climat de cette colonie. Des différences assez marquées existent dans les districts montagneux de l’intérieur; et, à mesure que l’altitude y croit, les conditions observées dans le delta, entre Hanoï et Haïphong principalement, se modifient par degrés. Sur les confins du Yun-Nan, sur le haut fleuve Rouge, la température est généralement plus basse dans sa moyenne générale, mais aussi les écarts extrêmes de maxima à minima plus forts : -f- 37 à + 4- Les hivers y sont plus accentués, à la fois brumeux et pluvieux, ce qui donne à tout le pays une humidité prononcée. Lorsque le vent du Nord souffle, il affecte un caractère de bise glaciale, et la température y tombe jusqu’à 6°, 5° et meme 4° (*)•
Pathologie résumée. — On y observe toutes les maladies de la région indo-chinoise. Dans le delta, le paludisme, dans les hautes vallées la fièvre des bois, qui n’en est qu’une des formes, partout indistinctement — mais seulement par cas individuels, — le choléra, la dysenterie, la diarrhée et l’hépatite. En outre de ces maladies endémiques, la fièvre typhoïde, le typhus, s’y manifestent par poussées épidémiques, par foyers spé-
(i) G. Maget. Arch. de med. navale. Climal du Tonkin, 1881, t. XXXV. Boukru. Ann. d’hygiène, 1884, t. X I .
H. Rev. Arch. de med. navale. Le Tonkin, 1887, t. XLVIII.
7 8 CONDITIONS SANITAIRES DES CLIMATS RÉGIONAUX
ciaux, surtout dans l’aggloméra lion du delta. La peste enfin y a été observée, en 1896, provenant du Yun-Nan où elle est en permanence depuis un grand nombre d’années; mais chose singulière, malgré la population annamite qui offre un aliment tout prêt pour ce fléau, elle ne s'est pas propagée, et les quelques cas qui ont été observés se sont éteints sur place. Il a suffi de l'isolement et de la désinfection pour en avoir raison.
Si nous considérons la morbidité européenne, nous devrons faire remarquer que, par une exception qui peut paraître paradoxale, mais qui n’en est pas moins formellement reconnue comme traditionnelle en Indo- Chiné, le choléra est très peu meurtrier pour les Européens. En dehors de quelques épidémies locales qui ont sévi sur les troupes surtout au moment de la conquête et des expéditions qui en ont été la conséquence, on n’observe que quelques cas isolés, presque toujours expliqués par l’intempérance ou le surmenage. Quant à la dysenterie, à la diarrhée et à l’hépatite, beaucoup plus fréquentes, elles reconnaissent surtout pour causes les écarts de régime habituel, l’abus de l’alcool, l’absorption d’une eau contaminée. En somme, si l’Européen s’applique à observer une bonne hygiène, s’il ne s’expose pas à la fatigue, aux intempéries, s’il est avant toute chose sobre et modéré, il échappe presque sûrement à la plupart des affections endémiques. La morbidité indigène se signale surtout par des maladies essentiellement liées à l’état social de la population. Il n’est utile d’en faire mention ici qu’au point de vue de l’influence qu’elles peuvent exercer sur l’hygiène des milieux européens en contact avec des agglomérations annamites. C’est ainsi que la peste, qui, comme le choléra, semble tout d’abord être confinée dans la population indigène, est susceptible, si elle prend une marche franchement épidémique, de constituer des foyers de haute infection dangereuse pour les Européens. L’épidémie de Hong-Kong en 189a,
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celle de Bombay en 1896, témoignent qu’à la longue, les Européens, d’abord exempts et protégés par leur hygiène, peuvent à leur tour payer leur tribut au fléau. De même pour le choléra. A l’inverse de la peste, toujours plus ou moins endémique au Yun-Nan et qui paraît ne pas devoir franchir facilement la frontière, grâce aux précautions prises par les autorités sanitaires du Tonkin, le choléra, lui, est toujours endémique au Tonkin et en Annain, comme aussi, on peut l’affirmer, au Cambodge. Chaque année, pour ainsi dire, l’endémie se réveille de son assoupissement 1 hivernal et subit une poussée qui coïncide avec le début de la saison chaude. Suivant Maget et quelques autres observateurs, le choléra annamite prendrait naissance à la suite du labourage des rizières. D’après les informations que j’ai recueillies moi-même, informations absolument positives et émanant du service que je dirigeais, le fléau suit toujours le cours descendant des fleuves, avec des crochets sur les affluents, frappant les villages qui puisent leur eau d’alimentation à la rivière et s’arrêtant généralement à la limite des eaux de marée, là où les eaux fluviales cessent d’être potables par suite de la salure. Si des localités maritimes comme ITaï-Phong, par exemple, sont visitées par le fléau, cette circonstance s’explique soit par une contamination d’apport, soit par la pollution de la nappe souterraine et des puits qu’elle alimente. C’est surtout, dans l’épidémie de i895 en Cochinchine, que les faits de cet ordre ont été probants. Le choléra fut signalé à la fin de mai à Pnom-Penh (Cambodge) et suivit de là le cours du Mékong, touchant tous les villages établis sur les bords du fleuve, sans s’écarter pour ainsi dire de la ligne du courant. 11 fut très meurtrier pour les indigènes dont quatre ou cinq mille périrent en deux unois. A la lin de juin, l’épidémie touchait à Mytho, ’Vinh-Long et Can-Tho, rayonnant autour de ces centres le long des arroyaux en communication avec le fleuve,