CO.XU/TIO.XS SANITAIRES LES ( LIMA I S KÊG10.XA IX
mais respectant, sauf contagion par malades, les villages de l’intérieur qui s’alimentaient en eau dans les puits très éloignés de la ligne contaminée. Saigon, pourtant en relation avec les lieux infectés parl’arroyau de la Poste, et malgré le voisinage de Cliolon où l'épidémie se propagea, fut épargné grâce à son service d’eau potable absolument préservé de tout contage. Durant cette épidémie, un seul Européen succomba.
On voit donc que les épidémies qui régnent sur les indigènes ne sont pas bien menaçantes pour les Européens, et ce fait est surtout bien capable de mettre en
lumière la valeur préservatrice de l’hygiène. Quant à la lèpre, également endémique en certaines localités de l’Indo-Chine, notamment au Tonkin, au voisinage
d’Hanoi, de Sontai et en quelques autres districts soit du delta, soit de l’intérieur, je ne saurais considérer son existence connue indifférente ( 1). C’est une menace certaine pour la civilisation. Bien que de lente propagation, de contage difficile, ce n’en est pas moins une maladie transmissible de l’indigène à l’Européen, comme en témoignent les faits déjà assez nombreux, trop nombreux même, qui ont été observés ailleurs, en particulier à la Guyane.
Il serait donc prudent de s’en préoccuper au point de vue, non de l’hygiène privée assez désarmée dans l’espèce, mais à celui de la police sanitaire.
b) Aiiiiam. — Territoire encore peu connu, cette colo nie appelle cependant l’attention des économistes par les richesses agricoles qu’elle est susceptible de produire. Placé sous un climat intermédiaire au Tonkin et à la Cocliinchine, elle diffère du premier par un hiver beaucoup plus chaud, et du second, par une atténuation des chaleurs de l’été qui résulte seulement d’une altitude supérieure. Néanmoins, par sa climatologie générale,
(i) II. Ri: y . Luc. cit Arch. de med. navale, t. XLYI1I.
A N N A M-C OC II I N cm V E
I Annam se rapproche plutôt de la haute Cochinchine, (|ui n est d’ailleurs que le prolongement de son territoire et la continuation de son orographie.
c) ( 'ochinclune. — Cette colonie, qu i forme maintenant un tout continu avec le Cambodge, t’Annam et le Tonkin et concourt a tonner l’Indo-Chine française est, comme on le sait, la plus ancienne de nos possessions en Extrême-Orient. Elle est néanmoins une de ces colonies dont on peut dire qu elles sont a 1 ordre du jour, en ce sens que les richesses agricoles dont elle abonde ou qu’elle est susceptible de produire offrent à notre activité industrielle, commerciale et financière un vaste champ à exploiter. A ce titre, bien que près de quarante années déjà se soient écoulées depuis notre prise de possession, et malgré les progrès véritablement merveilleux que nous y avons réalisés, ce beau domaine exotique est loin d avoir livré à la colonisation toutes les ressources de son sol fertile.
Constituée par les alluvions du Mékong qui se divise en plusieurs bras importants avant de se jeter à la mer et alimente par dérivation de nombreux canaux ou arroyaux dont le réseau emprisonne la majeure partie des basses terres, la Cochinchine représente une immense plaine, généralement très peu élevée au-dessus de la mer, et inondée dans un certain nombre de parties.
La marée, qui refoule et renverse le courant du Mékong et de ses bras principaux, se fait sentir dans tous les canaux de la Basse-Cochinchine jusqu’à une grande distance dans l’intérieur. Elle se fait sentir dans la rivière de Saigon, le Donnai, jusqu’au delà de cette ville. En somme, il faut dépasser Saigon en remontant vers le nord, ou vers Thudaumot et Bienhoa pour rencontrer les hautes terres.
C’est en ce point que viennent finir les montagnes et les fortes collines de l’Annam méridional, dans la pro-
Hygiènc coloniale.
CONDITIONS SANITAIRES DES CLIMATS IIÉGIOSAUX
vince de Binli-Tluian (de 4 à 800 mètres d’altitude et au delà, sur le haut Donnai).
La Basse-Cochinchine doit à sa formation alluvionnaire une 1res grande fertilité. C’est la culture du riz qui y domine. La Haute-Cocïiinchinc, au contraire, par ses plaines ondulées et ses collines, se prête aux cultures riches des contrées intertropicales et c’est de ce côté que peuvent se diriger les entreprises agricoles h capital européen. Mais il n’entre pas dans notre sujet de nous étendre là-dessus, et nous devons nous borner à indiquer sommairement les conditions hygiéniques qu’offre cette colonie.
La réputation de la Cochinchine a eu beaucoup à souffrir, à l’origine de notre établissement, des maladies qui ont sévi alors sur les troupes d’occupation. Pendant de nombreuses années, et aussi longtemps que, sourds aux avertissements des hygiénistes professionnels, les pouvoirs administratifs ont laissé en suspens les questions relatives au bien-être des troupes et des premiers services organisés dans notre possession, la diarrhée, la dysenterie, l’hépatite, les fièvres paludéennes, ont décimé les premiers occupants. Douze ans après la conquête, on pouvait voir encore à Saigon un hôpital couvert en paillotte, et des cases de construction identique servant à loger les fonctionnaires. Il est juste de dire que déjà la troupe possédait des casernes neuves, d’un type qui depuis a servi de modèle, parfaitement hygiéniques et confortables ; et l’on commençait (1874) la construction de la ville européenne qui, depuis, s’est magnifiquement développée suivant le plan initial.
Mais plus de dix années avaient été perdues en controverses, en hésitation sur ce qu’on devait faire en Cochinchine, s’il fallait se borner à un simple dépôt de charbon et à une escale de guerre pour nos flottes ou même s’il ne convenait pas d’abandonner et de rendre à l’Annam une terre jugée par beaucoup comme inhabitable.