‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 30 sur 73 · OC II IN C 1J INC · texte numérisé non relu

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Et pourtant ni le corps médical, ni meme la plupart des administrateurs indigènes n’avaient cessé de professer la plus grande confiance dans l’avenir. Dès 1864, le Docteur Richaud écrivait cpie l’on 11e devait pas se laisser décourager par la mortalité qui sévissait sur les troupes (11 p. 100); que cette situation, sans doute déplorable, ne tarderait pas à se modifier évidemment dès qu’011 s’occuperait un peu sérieusement de l'hygiène pratique : « IJ n’y a pas lieu, écrivait-il, de se décourager ; Bombay, Calcutta^ un grand nombre d’autres stations de l’Inde anglaise, Batavia, la Havane, ne sont, certes, pas plus favorisées. On doit compter, d’ailleurs, que l’hygiène générale du pays pourra bénéficier considérablement de l’occupation paisible. O11 verra disparaître beaucoup des causes actuelles d'insalubrité ; avec l’amélioration des logements, de l’alimentation, par la mise en culture régulière du sol livrée encore à une vieille routine, coïncidera une réduction sensible du nombre des malades (1). »

Ces espérances qui étaient partagées, au milieu du découragement général de cette époque, par un certain nombre de fonctionnaires et de colons, se sont pleinement réalisées. La Cochinchine jouit aujourd’hui d’un bon renom de colonie prospère, salubre, au moins par comparaison avec le passé. 11 y a sans doute encore à y faire, et il y aura toujours cà y faire au point de vue de l'hygiène ; mais beaucoup déjà s’y trouve réalisé.

La latitude a laquelle se trouve située la Cochinchine (Saigon est par io° 46' 4 7" nord) en fait un pays éminemment tropical, presque équatorial si l’on considère que le cloud-ring , la zone nuageuse des calmes équatoriaux monte jusqu’au i5c degré. Le soleil se lève presque toujours à la même heure, avec une variation de 36 minutes d’un solstice à l’autre (solstice d’été, lever à

(1) Richaud. Topographie médicale de la Cochinchine française. Aie h. de med. navale, t. I, p, 358.

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;*) h. 38 ; solstice d’hiver, lever à G h. 14). Les jours o firent donc une certaine égalité, et l’aurore et le crépuscule y sont d’une telle brièveté qu'ils ne comptent pour ainsi dire pas et qu’on se trouve en quelques minutes passé des pleines ténèbres à la lumière. Au reste, sauf différences graduelles et peu sensibles, ce sont les conditions astronomiques de toute la zone inlerlropicale, de plus en plus précises et tranchées a mesure qu’on se rapproche de l’équateur.

Les saisons de la Cochinehine sc distinguent en saison Iraîche et en saison chaude, et sont en relation avec la direction des moussons. Celles-ci viennent alternativement du Sud-Ouest et du Nord-Est. Lorsque commence la mousson de Sud-Ouest, vers le milieu d’avril, l’humidité équatoriale qu’elle refoule devant elle n’est pas encore assez prononcée pour déterminer des pluies. Il en résulte que la température, loin de diminuer, s’accroît au contraire, et, se combinant avec la persistance de la sécheresse du sol et de l’atmosphère, rend cette partie de l’année assez pénible.

Même les premières pluies qui surviennent en mai, mais qui ne sont pas encore régulièrement établies, ne modifient pas le caractère ardent des chaleurs. Ce n’esl qu’en juin seulement que l’hivernage s’établit définitivement. Alors ce sont des alternatives de chaleur lourde, orageuse, avec des pluies diluviennes qui, au moment de leur chute, abaissent sensiblement la température de l’air. Il y a peu de journées sans orages, et cette situation se prolonge jusqu’en septembre.

Le lever du soleil, dans cette saison, a presque toujours lieu dans un ciel sans nuages. L’atmosphère est calme, la terre un peu rafraîchie par les ondées torrentielles de la veille. Vers midi, quelquefois avant, de gros nuages précédés de nimbus ou de cumulus se montrent à l’horizon. Ils montent lentement dans un air lourd, électrique, sans brise, dans le calme le plus complet delà nature. Vers 2 heures, 2 h. 1/2 et le plus

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souvent vers 3 heures, les premiers grondements de tonnerre se font entendre, lointains, répercutés dans l'horizon ; mais bientôt, avec une rapidité que la longue préparation de l'orage ne faisait pas prévoir, l’orage a envahi tout le ciel ; les éclairs se succèdent avec une intensité effrayante, les coups de tonnerre répondent aux coups de tonnerre, la pluie tombe, une pluie violente, à gouttes énormes, serrées, qui convertit en quelques minutes les rues et les chemins en ruisseaux, ravine les terres et les couvre d’une véritable nappe d’eau. En même temps, et dès le commencement de l’orage, décuplant la force du météore, le vent souffle en raflales désordonnées. Après quelques minutes, une demi-heure, il n’est pas rare de voir se produire une accalmie momentanée ; mais la pluie reprend de nouveau, et le calme définitif ne revient qu’après des ondées successives, vers la tombée de la nuit.

Ces phénomènes météorologiques, j’en parle par expérience, sont extrêmement fatigants. Et néanmoins on arrive à les désirer, comme la solution attendue, certaine, et la seule possible, de l’état électrique de l'air dans ces torrides journées de l’hivernage. J’ai vu, sur un navire, hommes de l’équipage et officiers, énervés par la chaleur orageuse d’une journée d’aoùt dans le détroit de Malacca, s’exposer, avec une jouissance véritable, à toute la violence de la pluie d’un de ces orages; entrainement irréfléchi, d’ailleurs, et peu hygiénique.

Le changement de mousson, qui a lieu vers la mioctobre, s’annonce par des sautes de vent alternantavec des calmes et quelques pluies, ainsi que par des variations assez sensibles dans la température.

C’est l’époque des typhons, bien qu'ils ne soient pas réguliers dans leurs apparitions, et que des années se passent sans qu’on en observe. Avec la mousson de Nord-Est commence la saison fraîche ; elle va de novembre à mars.

Elle est agréable, quoiqu’elle ne justifie pas beau-

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coup sa dénomination. Mais le contraste qu'elle offre d’une période longue de chaleur sèche, un peu tempérée, comme sensation physique, par une buée régulière, en opposition avec la période précédente, fait qu’on éprouve une véritable détente, un repos, un réel réconfort. Néanmoins cette saison ne saurait être comparée à la meme période au Tonkin. La moyenne des minima n’y descend pas, en effet au-dessous de 2a0 et si, en de bien rares circonstances, quelques minima accidentellement inférieurs peuvent être observés, en décembre et janvier, ils descendent rarement au-dessous de 170. Les mois de décembre et janvier, surtout le dernier, sont les plus frais de l’année.

Ces conditions de climatologie ne diffèrent pas beaucoup, somme toute, de celles qu’on rencontre ailleurs entre les tropiques. Elles montrent seulement qu'elles ne sont pas un obstacle sérieux à une acclimatation relative des Européens, puisque ceux-ci ont pu définitivement s’établir en Cochinchine et y fonder un établissement solide. Dès le début de l’occupation, en raison des retards apportés à la construction de logements bien aménagés, en raison aussi d’une alimentation défectueuse dont les premiers occupants durent se contenter dans un pays où la viande de bonne qualité faisait défaut, où la culture maraîchère n’existait pas, le climat fît de nombreuses victimes. Le paludisme dù aux rizières abandonnées, aux marais sans drainage, aux arroyaux encombrés de vase et desséchés pendant la saison sèche, se manifesta alors avec une grande fréquence. La diarrhée chronique, la dysenterie, l’hépatite, le choléra régnèrent pendant une dizaine d'années de 1862 à 1872 avec une intensité qui firent douter les meilleurs esprits de la possibilité de fonder dans ce pays une colonie durable.

Aujourd’hui cette possession recueille le fruit des efforts accomplis par l’administration locale. Une grande ville bien percée, largement ventilée, confortablement

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