SOUDAN
Dans le haut Sénégal la saison sèche s’établit de bonne heure, par une anticipation marquée sur le moment où elle règne sur le littoral. Dès le mois d’octobre, coupé cependant encore de jours de pluie, le niveau des eaux baisse partout sur les affluents et bientôt la baisse s’étend au fleuve lui-même. En novembre le beau temps devient continu. On observe toutefois des brumes matinales, souvent assez intenses, qui ne se dissipent que vers sept heures au moment où la brise d’Est se lève. Ces brumes se reforment dans la soirée et se condensent dans la nuit en donnant lieu à une précipitation de rosée abondante.
Ces phénomènes sont constants dans tout le haut pays et caractérisent aussi bien la vallée du Niger que celle du Sénégal. Parfois le vent d’Est, qui est le vent dominant, est remplacé par des brises variables venant de l’Ouest, qui amènent avec elles des nuages et semblent annoncer un retour de pluies. Mais la durée de ces brises est très courte, et rarement dépasse-t-elle un ou deux jours. En janvier cependant, alors que la saison sèche est dans son plein sur le littoral, il est assez fréquent d’observer dans l’intérieur, dans le haut Niger, jusqu’aux montagnes de Kong, des petits orages amenés par des sautes de vents du Sud-Ouest. Ces nuées, accompagnées de tonnerre, donnent des petites pluies, quelquefois pendant deux ou trois jours, dans tout le bassin supérieur du Niger et dans les vallées du Bakhoy et de la Falémé. Mais outre que ces météores sont essentiel-
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lomenl irréguliers cl ne se montrent pas chaque année, ils ne constituent ni par leur intensité ni par leur généralité un régime de pluies pouvant justifier le nom de petit hivernage qu’on donne quelquefois à l’époque de l’année ou ils se manifestent. Ils ne sont rien autre que des orages tic mer emportés vers l'intérieur du continent, orages partiels assez semblables sinon même identiques à ceux qui, au même moment — janvier, février, — s’observent aux Antilles.
Ils sont d’ailleurs sans influence sur la végétation qui ne reprend son essor qu’à l’établissement régulier de la grande saison des pluies, en avril ou au commencement de mai.
Celle-ci s’annonce par des chaleurs accablantes et bientôt par des tornades, orages violents constitués par un tourbillon impétueux qui se meut du Sud-Est à l’Ouest en passant par le Nord, analogues aux cyclones dont ils possèdent les caractères de violence.
11 tombe alors des pluies torrentielles qui transforment les moindres ruisseaux en torrents, font déborder les affluents des fleuves, élèvenL ceux-ci au niveau de leurs berges.
Bientôt les vallées sont submergées; et parfois c’est à peine si l'on reconnaît le lit du fleuve (particulièrement le Sénégal) dans l’immense étendue d’eau qui recouvre la plaine. Çà et là quelques éminences se montrent comme autant d’iles, couvertes de hautes grandnées ou de bouquets de bois où l’inondation n’a pu atteindre. On dirait d’un lac navigable et il est arrivé que des bateaux, trompés sur la direction à suivre et ne reconnaissant plus le courant du fleuve, se sont échoués dans l’intérieur des terres.
O11 m’a cité à Podor le cas d’un navire à vapeur d’un fort tonnage venu de Bordeaux et remontant le fleuve au mois d’aoùt, à qui un accident de ce genre est arrivé.
On conçoit qu’avec un pareil régime de crues et d’inondations, qu’on a comparé justement au régime du